Kératolytique
Un agent kératolytique est une substance, le plus souvent appliquée localement, utilisée pour réduire un excès de kératine dans la couche cornée en favorisant la desquamation[1],[2]. Les kératolytiques sont utilisés, seuls ou en association, dans des affections dermatologiques caractérisées par une hyperkératose et/ou une desquamation accrue (par exemple psoriasis, verrues, certaines dermatoses sèches et squameuses)[1],[2],[3]. Leur utilisation peut provoquer une irritation locale notamment lors d'un contact avec les yeux et les muqueuses[1],[4].
Mécanisme d'action
Les kératolytiques diminuent la cohésion entre les cellules cornées (les cornéocytes), ce qui facilite l'élimination des squames et la desquamation de la couche cornée[1],[2]. Dans certaines situations d'hyperkératose, ils peuvent être utilisés en pré-traitement ou en association avec d'autres traitements topiques afin d'améliorer leur pénétration lorsque la couche cornée est épaissie[1],[2].
Principaux agents
Acide salicylique
L'acide salicylique est un acide bêta-hydroxylé (BHA) utilisé comme kératolytique, notamment pour diminuer les squames dans certaines dermatoses hyperkératosiques (par exemple le psoriasis)[1]. Dans le traitement des verrues cutanées, les préparations topiques à base d'acide salicylique ont montré une efficacité supérieure au placebo dans les essais randomisés, avec un bénéfice global modeste[3]. Dans le traitement local des cors, callosités et durillons, l'acide salicylique est utilisé afin de ramollir et contribuer à éliminer l'excès de couche cornée ; ces préparations sont appliquées localement en limitant l'application à la zone épaissie[5],[6].
Acides alpha-hydroxylés
Les acides alpha-hydroxylés (AHA), notamment l'acide lactique et l'acide glycolique, ont une action exfoliante en diminuant la cohésion des cellules de la couche cornée[7]. Dans la kératose pilaire, l'acide lactique et l'acide glycolique figurent parmi les topiques fréquemment évalués dans la littérature[8],[9].
Urée
L'urée est un humectant naturellement présent dans le facteur naturel d'hydratation cutané, utilisée en dermatologie comme hydratant et kératolytique selon la concentration[2]. À plus forte concentration, l'urée contribue à réduire les squames et l'hyperkératose dans plusieurs dermatoses sèches et squameuses (par exemple xérose, ichtyose)[2].
Indications
Les kératolytiques sont utilisés dans des affections caractérisées par une hyperkératose et/ou une desquamation accrue, notamment :
le psoriasis[1] ; les verrues[3] ; la kératose pilaire[8],[9] ; certaines formes d'ichtyose et de xérose sévère[2] ; les cors, callosités et durillons[5],[6].
Kératose pilaire
La kératose pilaire est une affection fréquente de la kératinisation folliculaire. Les traitements topiques évalués incluent des kératolytiques (AHA, urée, acide salicylique) et des émollients, avec une efficacité variable et le plus souvent une amélioration surtout cosmétique de l'aspect des lésions[8],[9]. Dans certaines prises en charge de la kératose actinique hyperkératosique, des kératolytiques peuvent être utilisés en pré-traitement afin de réduire la kératose superficielle et faciliter l'accès aux traitements de la lésion[10].
Cadre réglementaire
En Europe, les produits cosmétiques contenant des agents kératolytiques relèvent du règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques[11]. L'acide salicylique figure à l'annexe III de ce règlement parmi les substances soumises à restrictions. Selon le type de produit, des limites de concentration et des avertissements sont prévus (notamment 3 % dans certains produits rincés pour les cheveux, 2 % dans d'autres produits avec exception, et 0,5 % dans certaines catégories), ainsi que des restrictions d'emploi (par exemple produits destinés aux enfants de moins de 3 ans, produits buccaux/dentaires, applications pouvant conduire à une exposition pulmonaire par inhalation)[12],[4]. Les acides alpha-hydroxylés (acide glycolique, acide lactique) utilisés dans les produits cosmétiques ne font pas l'objet d'une restriction spécifique dans l'annexe III, mais restent soumis aux exigences générales de sécurité du règlement, notamment l'évaluation de la sécurité du produit fini[11]. Aux États-Unis, la FDA a publié une guidance recommandant un avertissement d'étiquetage de type « Sunburn Alert » pour les cosmétiques topiques contenant des AHA et rappelant la nécessité d'utiliser une protection solaire pendant l'utilisation et après l'arrêt du produit[7].
Effets indésirables et précautions
Les principaux effets indésirables des kératolytiques sont l'irritation locale (érythème, sensation de brûlure, prurit, desquamation), plus fréquente à concentrations élevés ou sur peau fragile[1],[2]. Les AHA peuvent augmenter la sensibilité de la peau au rayonnement ultraviolet ; une photoprotection est recommandée pendant l'utilisation et après l'arrêt[7]. L'acide salicylique est irritant pour les yeux et présente un potentiel de lésions oculaires graves ; le contact avec les yeux et les muqueuses doit être évité[4]. L'acide salicylique présente un risque rare mais documenté de toxicité systémique (« salicylisme ») lorsqu'il est appliqué sur de grandes surfaces, sous occlusion, sur peau altérée, ou de façon prolongée ; le risque est accru chez l'enfant[13],[1].
Notes et références
- (en) Arnd Jacobi, Anke Mayer et Matthias Augustin, « Keratolytics and emollients and their role in the therapy of psoriasis: a systematic review », Dermatology and Therapy, vol. 5, no 1, , p. 1–18 (PMID 25604924, PMCID 4374065, DOI 10.1007/s13555-015-0068-3)
- (en) Jaime Piquero-Casals, Daniel Morgado-Carrasco, Corinne Granger et al., « Urea in Dermatology: A Review of its Emollient, Moisturizing, Keratolytic, Skin Barrier Enhancing and Antimicrobial Properties », Dermatology and Therapy, vol. 11, no 6, , p. 1905–1915 (PMID 34596890, PMCID 8611129, DOI 10.1007/s13555-021-00611-y)
- (en) Chun Shing Kwok, Sam Gibbs, Cathy Bennett, Richard Holland et Rachel Abbott, « Topical treatments for cutaneous warts », Cochrane Database of Systematic Reviews, no 9, , p. CD001781 (PMID 22972052, PMCID 8101088, DOI 10.1002/14651858.CD001781.pub3)
- (en) « SCCS Opinion on Salicylic Acid (CAS No. 69-72-7, EC No. 200-712-3) (SCCS/1646/22) », sur European Commission – Scientific Committee on Consumer Safety, (consulté le )
- « Cors, callosités et durillons aux pieds : que faire et quand consulter ? », sur ameli.fr (consulté le )
- « Cors et durillons », sur Manuel MSD : Édition professionnelle (consulté le )
- (en) « Guidance for Industry: Labeling for Cosmetics Containing Alpha Hydroxy Acids », sur U.S. Food and Drug Administration, (consulté le )
- (en) Anne Beyron, « Keratosis pilaris: a systematic review of the literature and strategies for optimal treatment », European Journal of Dermatology, vol. 35, no 5, , p. 387–393 (PMID 41277649, DOI 10.1684/ejd.2025.4951)
- (en) Eleftheria Dampa, « The Effectiveness of Topical Keratolytics (Alpha Hydroxy Acids/Beta Hydroxy Acids/Urea) in Treating Keratosis Pilaris: A Review of the Literature », Cureus, vol. 17, no 12, , e100507 (PMID 41631232, PMCID 12860576, DOI 10.7759/cureus.100507)
- ↑ (en) Justyna Ceryn, Aleksandra Lesiak, Dorota Sobolewska-Sztychny, Marcin Noweta, Magdalena Ciążyńska et Joanna Narbutt, « Actinic keratosis: comprehensive review of current treatments and emerging therapeutic innovations », Advances in Dermatology and Allergology / Postępy Dermatologii i Alergologii, vol. 42, no 3, , p. 221–231 (PMID 40672735, PMCID 12262025, DOI 10.5114/ada.2024.147331)
- « Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques (version consolidée) », sur EUR-Lex (consulté le )
- ↑ « Règlement (CE) n° 1223/2009 — Annexe III (substances soumises à restrictions) », sur EUR-Lex (consulté le )
- ↑ (en) Raman K. Madan et Jacob Levitt, « A review of toxicity from topical salicylic acid preparations », Journal of the American Academy of Dermatology, vol. 70, no 4, , p. 788–792 (PMID 24472429, DOI 10.1016/j.jaad.2013.12.005)
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