Kóstas Georgákis

Kóstas Georgákis
Biographie
Naissance
Décès
(à 22 ans)
Gênes
Nom dans la langue maternelle
Κώστας Γεωργάκης
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
Parti politique
Plaque à la mémoire de Kóstas Georgákis.

Kóstas Georgákis (grec moderne : Κώστας Γεωργάκης) né le à Corfou et mort le est un étudiant grec qui s'immola par le feu à Gênes pour protester contre la dictature des colonels.

Protestation contre la junte grecque

Le , Georgakis a donné une entrevue anonyme à un magazine génois. Durant cette entrevue, il a révélé que le service de renseignement de la junte militaire avait infiltré le mouvement étudiant grec en Italie. Dans l’entrevue il a dénoncé la junte au sujet de sa politique et de l'infiltration d'espions à la solde du gouvernement au sein des étudiants contestataires grecs en Italie. Un enregistrement de l’entrevue a été obtenu par le consulat grec, ce qui a permis d’établir l’identité de Georgakis.

Peu après, il a été attaqué par les membres du mouvement étudiant de la junte. Pendant la troisième année de ses études, Georgakis se trouvait dans une situation difficile. Son exemption du service militaire obligatoire et également la pension mensuelle ayant annulés par la junte. La junte prit ces mesures en représailles à son engagement dans le mouvement de résistance anti-junte en Italie en tant que membre de la branche italienne du Mouvement de libération panhellénique (PAK). Sa famille à Corfou lui a adressé des lettres décrivant les pressions que le régime a exercées sur eux.

Craignant pour sa famille en Grèce, Georgakis a décidé qu'il devait agir pour sensibiliser l'Occident à la situation politique difficile de la Grèce. Une fois la décision prise de se sacrifier, Georgakis a rempli un bidon d’essence, a écrit une lettre à son père et a donné à sa fiancée, Rosanna, son coupe-vent en lui disant de le garder car il n’en aurait plus besoin.

Vers une heure du matin, , Georgakis conduisit sa Fiat 500 jusqu’à la place Matteotti. Selon les témoignages d’éboueurs qui travaillaient près du Palazzo Ducale une lumière soudaine et éclatante apparut ou il y eut une lumière soudaine et éclatante vers trois heures. Au début ils n’ont pas réalisé que la flamme était un homme en feu. Ce n’est qu’en s’approchant ils ont vu que Georgakis, brûlant et courant en criant, « Vive la Grèce », « À bas les tyrans ! », À bas les colonels fascistes ! », « Je l’ai fait pour ma Grèce ».

Selon le témoignage de son , qui s’est rendu en Italie après les événements, le corps de Georgakis était complètement carbonisé sous la taille, jusqu’à une profondeur d’au moins trois centimètres dans sa chair. Georgakis est mort neuf heures après les évènements sur la place, vers midi le même jour. Ses derniers mots ont été « Vive la Grèce libre »[1],[2],[3],[4],[5].

La reaction de la junte

Sa mort a suscité de vives inquiétudes au sein de la junte, qui craignait qu’on compare l’évènement à l'immolation de Jan Palach en Tchécoslovaquie et que cela attise le sentiment anti-junte en Grèce comme à l'étranger. Des rapports confidentiels du consulat grec en Italie soulignèrent le risque que la tombe de Georgakis devienne un lieu d'exploitation politique et de « pèlerinage anti-nation », ainsi qu'une menace pour le tourisme grec[6].

La junte surveillait les médias italiens et les productions culturelles liées à Georgakis. En , le service diplomatique grec a averti qu’un film italien sur Georgakis – réalisé par Gianni Serra et coproduit par RAI et CTC, intitulé Galani Hora (“Blue Country”) – pourrait nuire à l’image du régime. On suggéra de prendre des mesures pour acquérir les droits de distribution du film afin d’éviter qu’il ne tombât entre les mains de stations étrangères, craignant un impact similaire à celui du film Z de Costa-Gavras[6].

Lors de la procession de funérailles de Georgakis à Gènes le , Melina Mercouri, actrice populaire et future Ministre de la Culture, a dirigé une démonstration d’environ 1,500 militants anti-junte. Un message du leader du Mouvement panhellènique de libération, Andreas Papandreou, a été lu lors de l'événement[7].


En , les restes de Georgakis ont été rapatriés en Grèce à bord du navire Astpalaia et, en , enterré à Corfou sous escorte policière. La junte s’est assurée que l’opération se déroule discrètement, signifiant ainsi sa crainte d’une réaction publique[7].

Lettres écrites

Lettre à son père

Kóstas Georgákis a écrit une lettre finale à son père, qui se trouve dans une livre de Helen Vlachos, propriétaire de Kathimerini:

Mon cher père. Pardonne-moi pour cet acte, sans pleurer. Ton fils n'est pas un héros. Il est humain, comme tous les autres, peut-être un peu plus craintif. Embrasse notre pays pour moi. Après trois ans de violence, je ne peux plus souffrir. Je ne veux pas que vous vous mettiez en danger à cause de mes actions. Mais je ne peux pas faire autrement que de penser et agir comme un individu libre. Je t’écris en italien afin d'accroître l'intérêt de tous pour notre problème. Vive la Démocratie. À bas les tyrans ! Notre pays qui a donné naissance à la Liberté va détruire la tyrannie ! Si tu peux, pardonne-moi. Ton Kostas.

Lettre à son ami

Je suis sûr que tôt ou tard les peuples d'Europe comprendront qu'un régime fascist, comme celui fondé sur des chars grècs, n'est pas seulement une insulte vers leurs dignité de personnes libres, mais représente aussi une menace constante pour l’Europe... Je ne veux pas que mes actions soient considerées héroïques car il ne s’agit rien de plus qu'une situation où je n’avais pas le choix. En revanche, peut-être que certaines personnes s’éveilleront et prendront conscience des temps dans lesquels nous vivons[8].

Hommage

La ville de Corfou a dédié une plaque à son honneur près de la maison de ses parents[9].

Références

  1. ↑ (el) « Κώστας Γεωργάκης: Η τραγική θυσία που κλόνισε τη χούντα » [archive du ] (consulté le )
  2. ↑ Jason Manolopoulos, Greece's 'Odious' Debt: The Looting of the Hellenic Republic by the Euro, the Political Elite and the Investment Community, London, Anthem Press, (ISBN 9780857287717), p. 70
  3. ↑ « Georgakis' story » [archive du ] (consulté le )
  4. ↑ Italian book archive (lire en ligne)
  5. ↑ « Simerini » [archive du ] (consulté le )
  6. « The "return" of Kostas Georgakis », To Vima,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  7. G. Laschi, Memoria d'Europa. Riflessioni su dittature, autoritarismo, bonapartismo e svolte democratiche, FrancoAngeli, (ISBN 978-88-568-4704-8, lire en ligne), p. 103
  8. ↑ « CEDOST Centro di documentazione storico politica su stragismo, terrorismo e violenza politica » [« Historical Documentation Centre on campaigns of violence, terrorism and political violence »] [archive du ] (consulté le )
  9. ↑ « Δήμος Κέρκυρας - Ενσωμάτωση της Κέρκυρας στην Ελλάδα » [archive du ], sur www.corfu.gr (consulté le )

Liens externes

  • icône décorative Portail de la Grèce
  • icône décorative Portail de l’histoire
  • icône décorative Portail de la politique