Karahan Tepe
| Karahan Tepe | ||
Karahan Tepe en 2025 | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | Turquie | |
| Région | Anatolie du Sud-Est | |
| Province | Şanlıurfa | |
| District | Şanlıurfa | |
| Coordonnées | 37° 13′ 59″ nord, 39° 00′ 56″ est | |
| Altitude | 690 m | |
| Superficie | 10 hectares (site principal) + 5 hectares (carrières) | |
| Histoire | ||
| Époque | Néolithique précéramique A (PPNA) | |
| Néolithique précéramique B (PPNB) | ||
| Géolocalisation sur la carte : Turquie
| ||
| Internet | ||
| Site web | https://tastepeler.org/en/yerlesmeler/karahantepe | |
Karahan Tepe (parfois orthographié Karahantepe) est un site archéologique du néolithique précéramique situé dans la province de Şanlıurfa, au sud-est de la Turquie. Ses principales structures sont datées du néolithique précéramique A (environ 9 600 - 8 800 av. J.-C.) et du néolithique précéramique B (environ 8 800 - 8 000 av. J.-C.). Il appartient à l'ensemble régional des Taş Tepeler (« collines de pierre ») et il est souvent présenté comme le site « frère » de Göbekli Tepe[1].
Localisation et toponymie
Le site se trouve dans la zone de Kargalı, près du village de Yağmurlu, au sein du parc national des montagnes Tek Tek (Tek Tek Dağları Millî Parkı), une formation calcaire d'âge éocène-miocène dont l'altitude moyenne se situe entre 600 et 800 mètres[2]. Il est situé à environ 46 km à l'est-sud-est du centre de Şanlıurfa[3] et à une quarantaine de kilomètres à l'est de Göbekli Tepe[4],[5],[1].
Localement, la colline est aussi connue sous le nom turc Keçilitepe (« colline aux chèvres »)[6] et sous le nom kurde Girê Keçel[3].
Découverte et fouilles
Le site a été signalé dès 1997 par l'archéologue Bahattin Çelik (université de Harran) lors de prospections archéologiques menées dans la région[6],[7]. Des fouilles systématiques y sont entreprises à partir de 2018-2019 sous la direction de Necmi Karul, professeur à l'université d'Istanbul, dans le cadre du projet Göbekli Tepe Culture and Karahantepe Excavations, placé sous l'égide du ministère turc de la Culture et du Tourisme[1],[6].
Karahan Tepe est par ailleurs intégré au projet de recherche régional Taş Tepeler (« collines de pierre »), également connu sous le nom de Şanlıurfa Neolithic Research Project, qui regroupe environ douze sites néolithiques précéramiques de la province de Şanlıurfa, parmi lesquels Göbekli Tepe, Sayburç, Sefertepe, Çakmaktepe, Gürcütepe et Harbetsuvan[8],[1]. En 2023, environ 5 % seulement de la surface totale du site avaient été fouillés[4].
Phases de fouille et structure du site
Le site s’étend sur environ 10 hectares, auxquels s’ajoutent près de 5 hectares de carrière pour les piliers en pierre[4]. En 2023, seulement environ 5 % de la superficie avaient été fouillés en détail. Les structures mises au jour incluent des galeries ou enclos linéaires avec des piliers en forme de T (anthropomorphes), taillés à même le calcaire ou intégrés dans le relief naturel.
On observe des piliers inachevés, c’est-à-dire encore partiellement attachés à la roche-mère ; ce qui donne des indices sur les techniques de taille sur place[6]. Certaines structures révèlent qu’elles ont été intentionnellement remblayées après usage, ce qui a pu contribuer à leur conservation partielle[7],[9].
Datation et contexte culturel
Karahan Tepe est rattaché aux périodes néolithique précéramique A (environ 9 600 - 8 800 av. J.-C.) et néolithique précéramique B (environ 8 800 - 8 000 av. J.-C.)[4]. Le site s'inscrit dans un horizon culturel commun à plusieurs sites de l'Anatolie du Sud-Est, caractérisé par des piliers monolithiques en forme de T, une architecture circulaire ou ovale et un riche répertoire iconographique animalier, dont Göbekli Tepe, Nevalı Çori et Sayburç constituent d'autres représentants majeurs[1].
Certains chercheurs et plusieurs communiqués officiels turcs ont avancé que Karahan Tepe pourrait être contemporain, voire antérieur, à Göbekli Tepe[6],[7]. Cette hypothèse reste cependant à confirmer : les datations actuelles reposent principalement sur la typologie de l'industrie lithique et sur des comparaisons stylistiques, et peu de séries radiocarbone propres au site ont été publiées à ce jour.
Découvertes notables
Lors des fouilles en 2023, une statue humaine de 2,30 m est découverte, représentant une figure assise tenant un phallus dans les deux mains. Cette œuvre est décrite comme l’un des exemples les plus impressionnants d’art préhistorique[4],[10],[11].

Une statue de vautour a aussi été identifiée, avec un bec et des ailes finement sculptés[10],[11], exposé au Musée archéologique de Şanliurfa.

Le site a livré divers motifs animaliers : serpents, oiseaux, fragments de lièvres, pattes de gazelles, etc[10],[11].
Des carottages récents et des relevés archéohydrologiques ont révélé un système ancien de collecte et de stockage d’eau (citernes, canaux, bassins) à environ 500 m au nord du site, suggérant une gestion hydrologique réfléchie[12].
Dans la structure dite “AB”, on relève dix piliers rectilignes taillés dans le substrat, ainsi qu’une tête humain-serpent sculptée dans la paroi, ce qui ajoute une dimension symbolique à l’architecture du site[13].
Lors de la campagne de fouilles de 2025, le ministère turc de la Culture a annoncé la découverte, à Karahan Tepe, d’un pilier en forme de T comportant un visage humain sculpté sur sa face supérieure[14]. Selon cette annonce, le visage présente des yeux profondément incisés, un nez droit et des pommettes bien définies, ce qui serait inédit dans le corpus des piliers T des sites Taş Tepeler[15]. Cette découverte est présentée comme susceptible de « modifier l’interprétation symbolique » des monuments néolithiques de la région, en rapprochant les piliers d’une représentation anthropomorphique plus explicite[16]. Il constitue à ce jour la plus ancienne représentation réaliste d’un visage humain connue dans le monde néolithique[17].

Fonctions, interprétations et hypothèses
Les archéologues considèrent généralement Karahan Tepe comme un site à vocation rituelle ou cultuelle, analogue à Göbekli Tepe, bien que le débat subsiste quant à l’existence d’une composante résidentielle ou utilitaire[7].
Certains chercheurs ont proposé une interprétation astronomique des symboles présents sur les piliers et en reliefs, liant ces motifs à un calendrier luni-solaire ancien. Par exemple, on a fait le rapprochement entre des symboles en “V” sur des piliers de Göbekli Tepe et un agencement de 11 piliers dans une structure de Karahan Tepe, interprétés par certains comme signifiant des “jours épagomènes” dans un système calendaire[9].
Conservation et valorisation
Le projet Taş Tepeler comprend des plans pour sécuriser, aménager et ouvrir Karahan Tepe au public à partir de 2025. Le site est attendu pour devenir un pôle touristique dans le cadre de la valorisation du patrimoine néolithique local.
Le musée d’archéologie et de la mosaïque de Şanlıurfa est l’un des lieux d’exposition des objets provenant de Karahan Tepe[6].
Références
- « Karahantepe | Taş Tepeler », sur tastepeler.org (consulté le )
- ↑ (en) Bahattin Çelik, « A New Early Neolithic Settlement: Karahan Tepe », Neo-Lithics, nos 2/00, , p. 6-8
- (en) « Karahantepe », sur Municipalité de Şanlıurfa (consulté le )
- (en-US) Mark Milligan, « New monumental statues discovered at Göbeklitepe and Karahantepe », sur HeritageDaily - Archaeology News, (consulté le )
- ↑ (en) « Unveiling The Mysteries Of Karahan Tepe: The Remarkable Companion To Göbekli Tepe », sur IFLScience, (consulté le )
- (en-US) Mark Milligan, « Karahan Tepe – The sister site to Göbekli Tepe », sur HeritageDaily - Archaeology News, (consulté le )
- (en) Ayla Jean Yackley, « Discovery of Turkish 11,400-year-old village challenges ideas of when and why humans first settled down », sur The Art Newspaper - International art news and events, (consulté le )
- ↑ (en) Andrew Loral, « Karahantepe to Welcome Visitors in 2025 », sur Anatolian Archaeology, (consulté le )
- Martin B. Sweatman, « Representations of calendars and time at Göbekli Tepe and Karahan Tepe support an astronomical interpretation of their symbolism », Time and Mind, vol. 17, nos 3-4, , p. 191–247 (ISSN 1751-696X, DOI 10.1080/1751696X.2024.2373876, lire en ligne, consulté le )
- (en-US) Dario Radley, « New statues found in Göbekli Tepe and Karahan Tepe », sur Archaeology News Online Magazine, (consulté le )
- (en) Leman Altuntas et Leman Altuntaş, « New discoveries in Göbeklitepe and Karahantepe: A Human statue with a realistic facial expression found in Karahantepe », sur Arkeonews, (consulté le )
- ↑ Nizar Polat, « An Investigation of Ancient Water Collection and Storage Systems Near the Karahantepe Neolithic Site Using UAV and GIS », Environmental Archaeology, vol. 28, no 6, , p. 475–487 (ISSN 1461-4103, DOI 10.1080/14614103.2023.2216530, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Shushi Tomer, « A note on the symbolism of structure AB in the Karahan Tepe site », SSRN, (DOI 10.2139/, lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) Leman Altuntaş, « A Historic First at Karahantepe: Human-Faced T-Shaped Pillar Unearthed in Türkiye », sur Anatolian Archaeology, (consulté le )
- ↑ (en-US) Jessica Esther Saraceni, « News - 12,000-Year-Old Carving Found in Turkey », sur Archaeology Magazine, (consulté le )
- ↑ (tr) Mehmet Nuri Ersoy, « Karahantepe — Tarihte bir ilk! », sur X,
- ↑ (en) « A Human Face Carved 11,000 Years Ago at Karahan Tepe », sur Smithsonian Magazine, (consulté le )
Annexes
Articles connexes
- Préhistoire de l'Anatolie
- Néolithique du Proche-Orient
- Göbekli Tepe
- Révolution néolithique
- Néolithique précéramique
- Klaus Schmidt (archéologue)
Liens externes
- (en) Site officiel "Taş Tepeler" (collines de pierres) : Göbekli Tepe Culture and Karahantepe Excavations
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