Karl Eugen Neumann

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(à 50 ans) Vienne |
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Angelo Neumann (en) |
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Pauline Aurelie von Mihalovits (d) |
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Camilla Nordmann (d) |

Karl Eugen Neumann (1865-1915) est un philologue et indianiste allemand. Il est le premier traducteur de larges parties du canon pali des écritures bouddhiques du pali original vers une langue européenne (l'allemand), et à ce titre, il est l'un des pionniers du bouddhisme européen[1].
Biographie
À la naissance de Neumann, son père, Angelo Neumann, est un ténor juif hongrois de l'Opéra de la Cour de Vienne[2]. Sa mère Pauline née von Mihalovits est la fille d'une famille noble hongroise.
De la banque à l'indologie
Il fait ses études supérieures à Leipzig, où son père devient directeur du Théâtre municipal de Leipzig en 1876. En 1882, il commence une carrière dans la banque, à Berlin en 1882, et la poursuit jusqu'en 1885[2]. Mais en 1884, Neumann découvre l'œuvre d'Arthur Schopenhauer[2], et se plonge dans les textes philosophiques, tout en montrant un intérêt marqué pour les sources indiennes qui ont inspiré Schopenhauer. Il tourne le dos au secteur bancaire, et en 1887, se lance à l'université de Berlin dans l'étude de l'indologie (avec Sergueï Oldenbourg et Albrecht Weber), de la religion, de la philosophie (avec Paul Deussen), de la sinologie (avec Wilhelm Grube)[2],[3].
En 1890, peu de temps après son mariage avec Camilla Nordmann (de Vienne, née en 1851 ; le couple a un fils[3]), Neumann se rend à Halle où il fréquente l'Université Martin-Luther, étudiant auprès de Richard Pischel, puis à Leipzig, auprès de Ernst Windisch)[3]. En 1891, il termine sa thèse à Leipzig[2] (sous la direction de Richard Pischel[3]) sur un texte pali. La même année, il publie Zwei buddhistische Suttas und ein Traktat Meister Eckharts (« Deux suttas bouddhiques et un traité de Maître Eckhart »).
Carrière et voyages
En 1892, de retour à Vienne, Neumann publie une anthologie de textes du canon pali en allemand à l'occasion du 104e anniversaire de la naissance de Schopenhauer. Après avoir terminé la traduction du Dhammapada en 1893, Neumann réalise son grand désir : visiter les pays d’origine du bouddhisme. En 1894, pendant une dizaine de mois, il voyage à travers l'Inde et Ceylan[3] où il rencontre des membres du sangha, tels que le moine Sumangala Maha Thera (en) et Lama Dondamdup. S'il vante les connaissances et l’érudition des moines bouddhistes, il se montre également critique pour ce qu’il considère comme une falsification et un édulcoration de l’enseignement original du Bouddha.
Il passe l'année suivante à Londres, où il est en contact régulier avec Thomas Rhys Davids[3].
De retour à Vienne en 1896, il occupe un poste à l'Institut oriental de l'Université de Vienne comme assistant de l'indianiste Georg Bühler[3]. Au cours des années suivantes, Neumann traduit et publie le Majjhima Nikaya en trois volumes. En 1896, il noue une amitié et une correspondance animée avec Giuseppe De Lorenzo (it) (1871 - 1957) de Bari. De Lorenzo traduit les œuvres de Neumann en italien[3] et devient ainsi l'un des pionniers du bouddhisme en Italie.
En 1904, Neumann trouve un mécène en la personne de l'éditeur munichois Rheinhard Piper, qui est également un adepte des thèses de Schopenhauer, et qui accepte de se lancer dans la publication des Paroles du Bouddha, (« Die Reden Gotamo Budhos ») soit la traduction d'une partie considérable du canon pali par Neumann[4] — le premier volume, Dīgha Nikāya, paraît en 1907.
Dernières années
À partir de 1906, Neumann connaît de sérieuses difficultés financières[2]. Cette année-là, il perd sa fortune dans un krach bancaire et doit vendre sa bibliothèque de 4 000 volumes[3], y compris (mais cela sera temporaire) la très estimée édition siamoise[réf. nécessaire] du Tripitaka que lui a été offerte Chulalongkorn, roi du Siam. Sa situation financière s'améliore légèrement grâce à l'héritage laissé après le décès de son père[3].
Neumann meurt d'une pneumonie en 1915[3], dans la pauvreté. Il est enterré au cimetière central de Vienne. Sa tombe, oubliée et négligée pendant deux générations, est restaurée à la fin du XXe siècle et elle est entretenue par les bouddhistes de Vienne.
Travaux
K.E. Neumann est surtout connu pour les premières larges traductions du Canon pali.
Dans sa nécrologie de Neumann publiée en 1916[5], l'orientaliste E.P. Buffet salue également la traduction — pour une large part effectuée pour la première fois — des Majjhima et Dhīga Nikāya, publiée sous le titre général Die Reden Gotamo Buddho's (« Les discours de Gautama Bouddha ») entre 1896 et 1912. Il remarque à ce sujet que Neumann a eu « le courage de défier la convention », en utilisant la terminaison « o » du nominatif en pali, écrivant ainsi « Buddho » et « Gotamo » au lieu de « Buddha » et « Gotama ». D'autre part, il relève que le travail le plus intéressant de celui-ci a été sa traduction, en 1899, des Theragāthā et des Therigāthā, qui sont des recueils de poèmes (gāthā) écrits par des moines et des moniales bouddhistes. Il s'agissait de la première traduction de ces textes (celle, en anglais, de Caroline Rhys Davids ne venant qu'en 1909 pour les moniales et en 1913 pour les moines). Buffet note que Neumann « a traité ces hymnes d'une façon tout à fait inhabituelle pour la poésie bouddhique, en rendant ces textes avec grâce et de façon rythmée. »
Selon Klaus Karttunen, Neumann était davantage un auteur et un traducteur qu'un érudit (scholar)[3]. Ses traductions en allemand de classiques du bouddhisme constituent un travail remarquable, et « ses traductions ont été qualifiées de précieuses sur le plan littéraire, mais aussi libres et pas toujours correctes »[3]. De fait, aujourd’hui, ses traductions sont considérées comme « dépassées à bien des égards », mais représentent cependant « un travail pionnier important »[2]. Par ailleurs, et à titre d'exemple, le sanskritiste Paul Oltramar souligne dans son compte-rendu de la traduction du Mahaparinibbana[6] (sutra consacré aux dernier jours du Bouddha, à sa mort et à son entrée dans le nirvana) que « le plus grand reproche que l'on puisse adresser [à K.E. Neumann], c'est de faire croire à ses lecteurs que pour "raconter les derniers jours du Bouddha", il suffit de traduire textuellement le sutta. »
Traductions du pâli de K.E. Neumann (sélection)
- K.E. Neumann, Die Lieder der Mönche und Nonnen Gotamo Buddho's, Berlin, E. Hofmann & co., 1899, xii+392 p. [lire en ligne (page consultée le 21 février 2025)] (Traduction des Theragâtâ et des Therigâtâ)
- K.E. Neumann, Die Reden Gotamo Budhos. Aus der Sammlung der Bruchstücke Suttanipato des Pali-Kanons, Munich, R. Piper, 1911, xii + 412 p. [lire en ligne (page consultée le 21 février 2025)]
- K.E. Neumann, Die Reden Gotamo Buddhos. Aus der mittleren Sammlung Majjhimanikayo des Pali-Kanons, 3 Vol., Munich, R. Piper, 1922 (Lire en ligne : Livre 1, 870 p. ; Livre 2, 920 p. ; Livre 3, 840 p.)
- K.E. Neumann, Der Wahrheitpfad, Dhammapadam ; ein buddhistisches Denkmal, Munich, R. Piper 1921, xiii + 156 p. [lire en ligne (page consultée le 21 février 2025)]
Notes et références
- ↑ Hecker 1986, Titre de l'ouvrage
- Obermayer-Marnach 1978
- (en) Klaus Karttunen, « Neumann, Karl Eugen », sur whowaswho-indology.info, (consulté le )
- ↑ (en) Suzanne Marchand, « On Buddhist Studies in Nineteenth-Century Germany », dans Stephan Kigensan Licha et Hans-Martin Krämer (Eds.), Learning from the West, Learning from the East: The Emergence of the Study of Buddhism in Japan and Europe before 1900, London - New York, Brill, , 378 p. (ISBN 978-9-004-68107-1, lire en ligne), p. 272
- ↑ Sauf mention contraire, les informations de ce paragraphe viennent de Buffet 1916.
- ↑ Oltramar 1911, p. 125
Voir aussi
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (en) Edward P. Buffet, « Karl Eugen Neumann », Le Moniste, vol. 26, , p. 319-320 (DOI 10.5840/monist191626229).

- (de) Hellmuth Hecker (de), Die Lehre des Buddhas und Karl Eugen Neumann, Constance, Verlag Christiani, , 157 p. (présentation en ligne)
- (de) Hellmuth Hecker, Karl Eugen Neumann : Erstübersetzer der Reden des Buddha, Anreger zu abendländischer Spiritualität, Hambourg, Octopus-Verlag, , 483 p.
[(de) Lire présentation en ligne. V. les p. 50-52 du PDF.] - (de) Eva Obermayer-Marnach, « Neumann, Karl Eugen », dans Österreichisches Biographisches Lexikon 1815–1950, vol. 7, Vienne, Académie autrichienne des sciences, (lire en ligne [PDF]), p. 93.

- Paul Oltramare, « Neumann, Karl Eugen, Les derniers jours de Gotamo Buddho. Traduction de "la grande Enquête sur l'Extinction", le Mahâparinibbànasuttam du canon pâli, Munich, R. Piper, 1911. (Compte-rendu) », Revue de l'histoire des religions, vol. 66, , p. 118-125 (lire en ligne
)
Articles connexes
Liens externes
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