Kattalin Aguirre

Kattalin Aguirre
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Kattalin Aguirre reçoit la croix de guerre française en 1945 à Bayonne.
Nom de naissance Catherine Lamothe
Naissance
Sare, Basses-Pyrénées
Décès à (à 94 ans)
Ciboure
Nationalité Drapeau de la France France
Pays de résidence Drapeau du Pays basque Pays basque
Autres activités
Conjoint
Pierre Aguirre (1894-1929)
Descendants
Joséphine Aguirre, « Fifine », (1928-2022)

Kattalin Aguirre, née Catherine Lamothe, le à Sare dans les Basses-Pyrénées et morte, le à Ciboure, est une résistante basque française active dans plusieurs réseaux d’évasion et de renseignement durant la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les réseaux Margot, Nana et Comète, qui permit à des centaines d'aviateurs alliés de rallier l'Angleterre.

Éléments biographiques

Kattalin Aguirre, née Catherine Lamothe, le à Sare, dans les Basses-Pyrénées, est la quatrième d’une fratrie qui comptera huit enfants. Son père, Martin Lamothe, est laboureur ; sa mère, Joséphine Legasse, ménagère[1],[2].

Vers 1910, âgée de treize ans, elle commence à se rendre utile dans l'hôtel familial tenu par sa cousine[Notes 1] et situé à environ 150 mètres de la gare de Saint-Jean-de-Luz - Ciboure. Elle y est engagée comme femme de ménage à seize ans[3],[1].

Elle travaille ensuite à Paris en tant que domestique. En , elle épouse Pierre Aguirre[Notes 2], un marin pêcheur. Ils ont une fille, Joséphine[Notes 3], dite « Fifine », née en . Pierre Aguirre, vétéran de la grande guerre grièvement atteint par les gazages subis au front meurt prématurément, en [1],[4].

Kattalin Aguirre reprend son travail à l'Hôtel Eskualduna qui héberge dès 1936 des réfugiés Basques fuyant la guerre civile en Espagne. Parmi les locataires au long cours, on retrouve Florentino Goikoetxea, Alejandro Elizalde et d'autres passeurs basques. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, Kattalin Aguirre est impliquée dans ce monde de passeurs et de résistants[5].

Seconde Guerre mondiale

Désormais, des officiers Allemands logent à l'Hôtel Eskualduna, consciencieuse mais facétieuse, Kattalin cire leurs bottes impeccablement mais ne peut s'empêcher de saboter leurs talons. Ses oreilles attentives collectent des informations précieuses qu'elle transmet à la résistance[6],[2].

Le premier véritable engagement "officiel" dans la résistance intérieure française, de « cette petite veuve pleine de ressources[6]», date cependant de début 1942, lorsque Marguerite de Corysande, comtesse de Gramont, la contacte. Elle est à la recherche d'un hébergement fiable pour « ses trois enfants », Kattalin se propose de les héberger, le réseau « Margot » était en train de naître[1]. Au début, il s'agit de faire passer des officiers français qui tentent de rallier Londres mais on attend avec impatience les premiers aviateurs britanniques et américains. Kattalin souhaite s'impliquer davantage et rencontre Emile Meyran, « Milito », le responsable du réseau de renseignement « Nana » qui, basé à Pau, cherche un agent de liaison pour assurer la livraison des rapports de renseignement aux Américains de l'OSS via l'Espagne[7],[1],[Notes 4]. Son désormais « grand ami[7] » Florentino lui sera d'une aide précieuse et c'est donc tout naturellement, lorsqu'en , Manuel Iturrioz, le passeur principal du réseau Comète, est arrêté par les Allemands et que Florentino Goikoetxea est appelé à lui succéder, que Kattalin Aguirre intègre le réseau[5].

Florentino Goikoetxea, le « passeur basque de légende », son « grand ami », qui fit franchir les Pyrénées à environ 300 personnes.

Kattalin Aguirre, « figure incontournable de la résistance en Pays basque[5] » fera également partie des réseaux « Mécano », « Perroquet » et « Démocratie ». Elle transporte ainsi des radios-émetteurs en plusieurs pièces détachées, transporte des fonds, et accomplit de nombreuses missions mais là où elle excelle, c'est dans l'hébergement et le ravitaillement de candidats à l'exfiltration[5],[2].

Son implication dans le réseau Comète

Les candidats sont hébergés à Ciboure chez Kattalin Aguirre et sa fille « Fifine », âgée de 14 ans en 1942, rue Docteur Micé[Notes 5]. Kattalin est en lien étroit avec sa voisine et amie, Gracie Ladouce qui tient le central téléphonique de la mairie de Ciboure. Lorsque des messages sensibles doivent être transmis, c'est en basque qu'ils le font [8]. Kattalin héberge ces aviateurs quelque temps et les emmène ensuite à Urrugne puis Biriatou. Le dernier relais avant la traversée des Pyrénées se fait à la ferme « Bidegain-Berri », chez Frantxia Usandizaga où ils sont confiés à Florentino Goikoetxea pour une traversée nocturne de 14 heures accompagnés de Dedée De Jongh, la cheffe du réseau[9].

Mais en , trahis par un ancien valet de la ferme voisine, Andrée De Jongh, Frantxia et Juan Larburu sont arrêtés avec trois aviateurs. Ils avaient exceptionnellement décidé avec Florentino Goikoetxea de passer la nuit à « Bidegain-Berri » en raison du mauvais temps. Fort heureusement, Florentino était rentré chez lui en leur fixant rendez-vous au lendemain soir. Il échappe ainsi à son arrestation. Le bras-droit d'Andrée De Jongh, Jean-François Nothomb, « Franco », reprend alors la direction de la ligne et Kattalin et Florentino poursuivent leur action.

Kattalin Aguirre aide ainsi, durant toute la durée de la guerre, des centaines de personnes dont certaines lui voueront une éternelle reconnaissance comme George Duffee de la 78e escadre qui volait sur bombardier Hallifax. Son avion avait été abattu au dessus des Pays-Bas lors d'un raid sur l'Allemagne en . Il se souvient avoir rencontré une femme « maternelle mais ferme[4] » qui lui avait imposé de prendre un bon repas avant la traversée des Pyrénées. Il maintient un lien étroit avec elle après la guerre et veille même à son bien être « pour ses vieux jours »[4].

Kattalin Aguirre meurt à Ciboure, le , elle confie simplement sur son lit de mort : « Je n'ai pas fait plus que ce que j'avais à faire »[1].

D'autres dirent d'elle : « Si les grandes figures de résistants ne manquent pas sur la côte basque, l’une d’entre elles mérite une mention spéciale pour son rôle à l’échelle du département, pour la longévité de son engagement et pour son sens du sacrifice : Kattalin (Catherine en basque) Aguirre[5]. »

Reconnaissances

Rue Kattalin Aguirre à Urrugne.

Kattalin Aguirre reçoit de nombreuses décorations, belges, britanniques et françaises. Vers la fin de sa vie, elle est invitée pour une réception sur une frégate de la Royal Navy faisant escale dans le Sud de la France. Les matelots sont intrigués par cette petite dame âgée toute de noir vêtue et sont stupéfaits lorsqu'ils découvrent, tandis que Kattalin cherche un mouchoir dans son sac, ses décorations[4].

Deux voieries portent son nom, l'une à Ciboure, l’avenue Kattalin Aguirre et la seconde à Urrugne, rue Kattalin Aguirre.

Décorations

Notes et références

Notes

  1. Catherine Dubarbège veuve Muruaga (Philippe Connart & Geoff Warren, 2022, pages non numérotées)
  2. Martial Pierre Aguirre, né à Ciboure, le et mort, en cette même ville, le .
  3. Joséphine Philomène Anita Aguirre, née à Ciboure, le et morte, en cette même ville, le , elle épousera Clément Castet.
  4. Ce réseau restera actif jusqu'à la fin de la guerre contrairement à Margot qui sera démantelé par la Gestapo (Laulhé, 2015).
  5. À l'époque no 58, aujourd'hui le no 20, la maison s'appelle « Philo Baïta » (Philippe Connart & Geoff Warren, 2022, pages non numérotées)

Références

  1. Buber's Basque Page 2022.
  2. Pouyet 2011, p. 1.
  3. Philippe Connart & Geoff Warren 2022, p. non numérotées.
  4. Montgomery-Massingberd 1997, p. 264.
  5. Laulhé 2015.
  6. Montgomery-Massingberd 1997, p. 263.
  7. Eusko Ikaskuntza 2025.
  8. Jiménez de Aberasturi 2011, p. 126.
  9. Jiménez de Aberasturi 2011, p. 124-125.
  10. « LAMOTHE CATHERINE – Liste unique des décorés », sur Archives de la grande chancellerie de la Légion d'honneur (consulté le )

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Jacques Ospital, Figures de femmes: le silence de l'histoire du Pays basque, Elkar, , 156 p. (ISBN 978-84-9783-956-3)
  • (en) Hugh Montgomery-Massingberd, The Daily Telegraph Second Book of Obituaries: Heroes and Adventurers, London, Pan Books, , 351 p. (ISBN 9780330352987). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean Pouyet, « Kattalin, passeuse de l’ombre », Sud Ouest,‎ . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Mixel Esteban, Regards sur la Seconde Guerre mondiale en Pays basque, Bayonne, Elkar, coll. « Histoire », , 202 p. (ISBN 9788497835497, lire en ligne)
  • Jean Crouzet, « Kattalin simulait des promenades sentimentales pour faire passer des aviateurs en Espagne », Sud Ouest,‎
  • Jean Crouzet, « Mme Aguirre, cette figure de la résistance locale vient de s’éteindre à 95 ans », Sud Ouest,‎ . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Juan Carlos Jiménez de Aberasturi, En passant la Bidassoa : Le réseau Comète au Pays basque, 1941–1944, Anglet, Ville d’Anglet, , 183 p. (ISBN 978-2-9509114-0-7)
  • (es) Juan Carlos Jiménez de Aberasturi, La red "Comète" en el País Vasco: la Frontera hacia la libertad en la Segunda Guerra Mundial, San Sebastián, Sociedad de Estudios Vascos, , 121–131 p. (lire en ligne)
  • (es) Eusko Ikaskuntza, « Aguirre, Kattalin », sur Auñamendi Eusko Entziklopedia, Sociedad de Estudios Vascos, (consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Benoît Laulhé, « Réseaux. Passages. Passeurs. fiche 12 : Kattalin Aguirre », sur Les Basses-Pyrénées dans la Seconde Guerre mondiale, Association BPSGM, (consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Buber's Basque Page, « Basque Fact of the Week: Kattalin Agirre, Member of the French Resistance », sur Buber.net, (consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Philippe Connart & Geoff Warren, Passages classiques du réseau Comète, evasioncomete.be, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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