Keith Raniere
| Naissance | |
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Institut polytechnique Rensselaer Rockland Country Day School (en) |
| Activités | |
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- |
| Membre de |
Mega Society (en) (années 1980) |
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| Condamné pour |
Racket (d) (), usurpation d'identité (), possession of child pornography (d) (), extorsion (), association de malfaiteurs (en) (), travail forcé (), trafic sexuel (), esclavage sexuel () |
| Condamnations |
Emprisonnement (), amende (), restitution (en) () |
| Lieux de détention |
Centre de détention métropolitain de Brooklyn (jusqu'en ), United States Penitentiary, Tucson (en) (depuis ) |
Keith Allen Raniere, surnommé « Vanguard »[1],[2], est un criminel américain né le à New York. Il est l'un des cofondateurs de la secte NXIVM, un organisme de vente en réseau par cooptation proposant des séminaires de développement personnel et basé à Albany, New York.
D'abord connu des autorités fédérales pour son implication dans des entreprises de vente multiniveau, Raniere fonde Executive Success Programs (ESP) en 1998 (NXIVM à partir de 2002) avec Nancy Salzman, une ancienne infirmière intéressée par la programmation neurolinguistique. Pour attirer des membres, il se présente comme un génie doté de capacités exceptionnelles, parfois mystiques. Des dérives sectaires sont rapidement dénoncées : isolement des adeptes, chantage, manipulation psychologique et abus sexuels, notamment sur mineures.
En 2015, il crée une branche secrète de NXIVM, DOS (Dominus Obsequious Sororium), dans laquelle les femmes recrutées sont marquées au fer rouge, soumises à des violences physiques et contraintes de fournir des documents compromettants pour garantir leur silence.
Arrêté au Mexique le après des années d’enquête, Keith Raniere est extradé aux États-Unis et jugé en 2019. Son procès montre l'ampleur de ses activités criminelles : esclavage sexuel, extorsion, usurpation d'identité, fraude électronique et détention d'images pédopornographiques.
Il est condamné en 2020 à 120 ans de prison et une amende de 1,75 million de dollars. En 2021, un tribunal ordonne le versement de 3,46 millions de dollars aux victimes dans le cadre d'une procédure de restitution.
Biographie
Jeunesse, formation et premières victimes
Keith Raniere est né le à Brooklyn, New York[2],[3]. Il est le fils unique de James Raniere, un publicitaire, et Vera Oschypko, professeur de danse de salon. En 1967, sa famille déménage à Suffern, dans le comté de Rockland, où il passe le reste de son enfance. Les parents de Raniere se séparent lorsqu'il a huit ans[1],[3],[4].
Il commence sa scolarité dans un établissement public de Suffern avant de rejoindre la Rockland Country Day School, une école privée. Il y obtient son diplôme en , deux mois avant son dix-huitième anniversaire. Des anciens camarades de classe le décrivent comme un élève intelligent, solitaire et manipulateur[4],[5],[6].
Il poursuit ses études à l'Institut polytechnique Rensselaer (RPI) à Troy, New York, où il obtient son diplôme en 1982 avec une moyenne générale de 2,26 sur 4,0 et une spécialisation en mathématiques, biologie et physique[3],[6],[7],[8].
En 1984, alors âgé de 24 ans, Raniere entretient des relations amoureuses avec de jeunes filles mineures rencontrées dans la troupe de théâtre de l'Institut[9]. C'est le cas de Gina Melita, séduite puis violée par Raniere à l'âge de 15 ans, qui se souvient lui avoir présenté une autre lycéenne pendant leur relation de quatre mois[9],[10].
Gina Hutchinson, âgée de 14 ans quand ils se rencontrent, tombe rapidement sous l'emprise de Keith Raniere. Sa sœur aînée, Heidi Hutchinson, découvre cette relation abusive lors des vacances de fin d'année 1984[1],[9],[11]. De retour de l'université, elle confronte Raniere, qui répond que « l'âme de sa sœur est beaucoup plus âgée que son âge biologique ». Prétextant voir en elle « une déesse bouddhiste », il persuade Gina Hutchinson d'abandonner l'école et de suivre ses cours particuliers[9],[11].
Après ses études, il travaille comme programmeur informatique pour le Département du travail de l'État de New York, puis au sein de la Division des libérations conditionnelles[3],[9],[11]. Keith Raniere, fasciné par la programmation neurolinguistique (PNL) et le marketing de réseau, étudie les techniques de marketing relationnel de la société Amway[1],[7],[11].
En , le Times Union publie un portrait de Keith Raniere, soulignant son appartenance à la Mega Society de Ronald K. Hoeflin après avoir obtenu un score élevé au test d'entrée[6],[12]. Il aurait répondu correctement à 46 des 48, ce qui « représente une performance du niveau d’une personne sur 10 000 000 » selon la mention dédiée, reprise par l'édition australienne du Livre Guinness des records en 1989[6],[12],[13],[14]. Bien que ce test ait été largement critiqué pour son absence de surveillance et de contrôle[6], cette reconnaissance renforce les prétentions intellectuelles de Raniere, qui se présente comme « l’homme le plus intelligent du monde ». Par la suite, il utilise cette réputation pour recruter des adeptes, en particulier des femmes[15],[16],[17].
Création et échec de Consumers' Buyline
En 1990, Keith Raniere crée Consumers' Buyline Inc. (CBI), une entreprise de vente multiniveau proposant des réductions en échange d'une cotisation, et des commissions pour le recrutement de nouveaux clients[11],[16],[18]. Raniere parcourt le pays en utilisant sa réputation pour attirer l'attention du public, se targuant d'avoir su appliquer ses modèles mathématiques à la gestion de son entreprise[1],[16],[19]. Il affirme que CBI a vendu pour près d'un milliard de biens et services en un peu moins de deux ans, valorisant sa fortune personnelle à 50 millions de dollars[16],[19]. Pourtant, selon les témoignages d'anciens employés, Raniere ne se présente au travail que tard dans la soirée, après avoir dormi toute la journée[11],[16].
En , lors d'une réunion de présentation de Consumers' Buyline, Raniere rencontre Toni Natalie, qui rejoint l'entreprise en tant que vendeuse[1],[11],[15]. Séduite par sa réputation, elle lui confie de nombreux détails sur sa vie privée, que Raniere utilise pour renforcer son influence. Moins d'un an après leur rencontre, elle déménage avec son fils à Clifton Park, précipitant l'effondrement de son mariage, et entame avec Raniere une relation qui va durer huit ans[1],[15].
La stratégie commerciale de CBI est rapidement qualifiée de vente pyramidale par les autorités de régulation, qui ouvrent des enquêtes dans une vingtaine d'États[3],[16]. En 1996, Consumers’ Buyline conclut des accords avant de cesser ses activités, à la suite d’une plainte du procureur général de New York alléguant que l’entreprise est « vouée à s’effondrer » comme tout système pyramidal. Keith Raniere signe un accord judiciaire dans lequel il s'engage à régler une amende de 40 000 dollars et à ne plus « promouvoir, offrir ou accorder de participation à un système de distribution en chaîne », sans toutefois reconnaître de faute[16],[20],[21].
Après la fermeture de Consumers’ Buyline, plusieurs femmes ayant travaillé pour l'entreprise, dont Karen Unterreiner, Pamela Cafritz, Barbara Jeske et Kristin Keeffe, restent proches de Raniere. Elles jouent un rôle clé dans le développement de ses projets ultérieurs, notamment en apportant un soutien logistique et financier[7],[11].
Rencontre avec Nancy Salzman et fondation de NXIVM
En 1997, Keith Raniere et Toni Natalie lancent National Health Network (NHN), une société spécialisée dans la vente multiniveau de vitamines[7],[16]. En parallèle, ils ouvrent ensemble un restaurant végétarien à Saratoga Springs (New York), dont Toni Natalie assume seule la propriété, apposant sa signature sur tous les documents légaux[15],[16].
La même année, Keith Raniere fait la connaissance de Nancy Salzman, une infirmière formée à l'hypnose et la PNL[16],[22],[23]. Leur collaboration aboutit à la création d’Executive Success Programs (ESP) en , une structure proposant des séminaires de développement personnel pour une clientèle aisée[3],[16],[23].
Cette rencontre marque un tournant dans la carrière de Raniere après l'échec de Consumers’ Buyline. Son partenariat avec Nancy Salzman permet à ESP de se présenter comme une entreprise légitime de coaching[23],[24].
Dès 1998, son fonctionnement rappelle celui de CBI, avec des membres recrutant d'autres membres et la présentation tardive de Raniere, restant hors de portée, au sommet de la pyramide[25]. Nancy Sazlman participe à l’élaboration des modules de formation et à la gestion des membres de l'organisation, renommée NXVM en 2002[22],[23],[26]. Elle se fait appeler « Prefect » (« Préfète ») par les étudiants, tandis que Keith Raniere exige d'être appelé « Vanguard » (« Avant-garde »), en référence à un jeu vidéo d'arcade de 1981 dans lequel « détruire des ennemis permet d’augmenter le niveau de puissance du joueur »[9],[11],[16],[27].
Une partie des techniques de NXIVM repose sur les enseignements d'Ayn Rand, un des auteurs préférés de Raniere[3],[16],[28], et sur l'ouvrage The Second Foundation d'Isaac Asimov[16],[19].
Alors que la relation entre Keith Raniere et Toni Natalie se détériore, cette dernière fait régulièrement appel à Nancy Salzman pour des séances individuelles d'hypnothérapie[9],[23]. Elle affirmera par la suite avoir servi de cobaye pour l'élaboration des techniques de Raniere et Salzman, en particulier une méthode d'introspection qu'ils nommeront « exploration of meaning » (« exploration du sens »). Pour la participante, il s'agit de revivre les moments traumatisants de son enfance pour analyser les dynamiques émotionnelles problématiques et les schémas de pensée dits « restrictifs »[3],[23],[26].
En , Toni Natalie et Keith Raniere se séparent, marquant la fin de National Health Network[23],[29]. Quelques mois plus tard, Toni Natalie est contrainte de fermer le restaurant dont elle est propriétaire, et doit vendre sa maison. Le , elle dépose une demande de protection contre la faillite personnelle[29].
Endoctrinement de nouvelles adeptes et dérives sectaires
Au même moment, Barbara Bouchey est contactée par Pamela Cafritz et Nancy Salzman. Cette conseillère financière de 40 ans, en instance de divorce, suit une première formation intensive de ESP en mars et . Elle débute une relation intime avec Keith Raniere après avoir été la cible d'une cour assidue de la part de son entourage[24],[30].
Lauren Salzman fait la connaissance de Raniere en , à l'âge de 21 ans, un mois avant la création d'ESP. Elle participe aux premiers cours expérimentaux en tant qu'étudiante. Après six mois de formation, elle choisit de s'investir davantage et devient l'une des premières coachs de l'entreprise[23],[31]. Progressivement, Lauren Salzman se rapproche de Raniere, qui lui rend visite fréquemment, et sollicite ses conseils concernant tous les domaines de sa vie. En , leur relation devient physique, ce que Raniere veut garder secret, notamment auprès de Nancy Salzman, son associée et la mère de Lauren[30],[32].
En 2002, Raniere et Salzman approchent les héritières de la famille Bronfman. Sara Bronfman, âgée de 25 ans, rejoint NXIVM la première, suivie par sa sœur Clare. Leur père, Edgar M. Bronfman Sr., participe brièvement aux formations un an plus tard, mais s'en détourne rapidement. Il qualifie NXIVM de « secte » dans une enquête du magazine Forbes publiée en [3],[16].
Malgré cela, les sœurs Bronfman dépensent près de 150 millions de dollars, notamment pour financer des procédures judiciaires visant à réduire au silence les critiques de Keith Raniere[3],[27],[33]. De 2005 à 2007, Raniere, opérant par l'intermédiaire d'une société enregistrée au nom de Nancy Salzman, accumule des dizaines de millions de dollars de perte en spéculant sur les marchés des matières premières. Selon Barbara Bouchey, ancienne planificatrice financière des deux héritières, environ 65,6 millions de dollars appartenant à la fortune familiale de Sara et Clare Bronfman ont été utilisés pour couvrir ses pertes financières[3],[33].
En 2006, l’actrice Allison Mack, connue pour son rôle dans la série télévisée Smallville, assiste à un séminaire de deux jours à Vancouver, où NXIVM a ouvert une antenne en 2009. Recrutée pour son influence, elle rencontre Raniere à Albany et s’implique rapidement dans le recrutement de nouveaux membres[27],[34].
Daniela et Camila
En 2002, Daniela, une jeune Mexicaine âgée de 16 ans, originaire de Monterrey, suit pour la première fois un séminaire de NXIVM dans un des centres internationaux de l'organisation. Elle est rapidement invitée aux États-Unis pour participer aux activités de l'organisation et effectuer des tâches informatiques[35],[36]. En 2003, Marianna, sa sœur aînée, rejoint également le cercle restreint de Keith Raniere. Les deux sœurs deviennent des partenaires sexuelles régulières de Raniere[35],[36].
En -, la plus jeune des sœurs, Camila, s'installe dans l'une des résidences de la communauté[35],[37]. Elle subit des abus sexuels de la part de Raniere dès l'âge de 15 ans[37],[38],[39].
En , Daniela est enfermée dans une chambre par sa famille pendant près de deux ans, sur ordre de Keith Raniere, qui a découvert qu’elle éprouvait des sentiments pour un autre membre de la communauté. Elle parvient finalement à s'échapper, avant d'être reconduite à la frontière entre les États-Unis et le Mexique par son père[38],[40],[41].
Soutien du Dalaï-lama et critiques de la presse
Face aux accusations de dérives sectaires, le conseil d’administration de NXIVM organise en 2009 une visite du Dalaï-lama à Albany, dépensant environ 1 million de dollars à cette fin[8],[42],[43]. Le guide spirituel tibétain rencontre Keith Raniere et aurait signé la préface de son livre, Le Sphinx et Thelxiepeia[42]. En 2017, il est révélé que Sara Bronfman a entretenu une relation avec Lama Tenzin Dhonden, l'émissaire ayant facilité cette visite. Ce dernier, accusé de corruption, est ensuite écarté de ses fonctions[42],[43],[44].
La visite du Dalaï-lama suscite une vague d'indignation dans la presse locale, qui détaille les échecs des entreprises précédentes de Raniere et les pratiques agressives de NXIVM à l'égard de ses détracteurs[3],[43]. Dans ce contexte, un groupe de neuf femmes, toutes d’anciennes dirigeantes ou des membres influents de l'organisation, dénoncent des « pratiques contraires à l’éthique » et l’utilisation par Raniere de son statut de leader pour manipuler sexuellement des femmes au sein de NXIVM[3],[21],[43].
En , le magazine Vanity Fair publie The Heiresses and the Cult (« Les héritières et la secte »), un article révélant publiquement le rôle de financières de Sara et Clare Bronfman, la disparition d'une étudiante de NXIVM lors d'un séminaire en 2003 et l'existence d'un enfant de trois ans élevé comme « l'héritier » de Raniere. La publication s'appuie sur les témoignages de Toni Natalie et Barbara Bouchey[3]. Un mois plus tard, le Times Union rapporte qu'une ancienne cadre de NXIVM décrit les participantes aux séminaires comme des « proies » pour Raniere, servant ses appétits sexuels ou ses penchants pour le jeu[45].
Enquête et révélations du Times Union
En , le Times Union rapporte plusieurs témoignages d’abus sexuels et psychologiques commis par Keith Raniere dans les années 1980 et 1990[9]. L'article dévoile ses relations avec Gina Melita et Gina Hutchinson, dont le corps est retrouvé sans vie le sur le terrain du monastère bouddhiste Karma Triyana Dharmachakra, à Woodstock (New York)[9],[11]. Sa mort est officiellement classée comme un suicide, mais des doutes subsistent quant à l'implication présumée de Keith Raniere[9],[11],[46].
Une autre femme, restée anonyme, raconte avoir été victime de Raniere en 1990, à l'âge de 12 ans, alors qu'il en avait presque 30 et dirigeait l’entreprise dans laquelle travaillait sa mère. Après lui avoir proposé des cours particuliers de latin et d’algèbre, il l’emmène dans la maison qu’il partage avec ses compagnes et engage avec elle une relation sexuelle. Selon son témoignage, ces abus se répètent sur plusieurs mois, affectant son état émotionnel[9],[10]. En 1993, elle dépose plainte auprès de la police de l’État de New York. Faute de preuves matérielles et refusant de porter un micro pour piéger Raniere, seule possibilité envisagée par les enquêteurs, elle est contrainte de renoncer aux poursuites. Sa mère conserve une copie de sa plainte[9].
L'enquête se termine par le témoignage de Toni Natalie. Après leur séparation, en 1999, elle est harcelée par Raniere et ses proches, pendant plusieurs semaines[23],[29],[47]. Elle est aussi accusée d'avoir falsifié des documents en lien avec la faillite de son restaurant végétarien et sa faillite personnelle, contestée par les avocats de NXIVM pendant huit ans et quatre mois[15],[47].
En 2003, le juge Robert Littlefield écrit : « Cette affaire ressemble à une tentative de vengeance ou de représailles d'un homme rejeté contre son ancienne petite amie, avec de nombreuses tentatives pour la faire trébucher »[15],[47],[48]. En , Toni Natalie dépose des documents devant un tribunal fédéral alléguant qu'elle a été violée à plusieurs reprises par Raniere durant leur relation[9],[15].
Le , une femme de 35 ans habitant à Anchorage, Alaska, disparaît au milieu d'une formation intensive de NXIVM et ne sera jamais retrouvée[49],[50],[51]. Quelques mois plus tôt, Kristin Snyder a suivi sa première formation intensive de seize jours, affectant considérablement sa santé mentale selon ses proches[49],[51]
Fuite de Kristin Keeffe et morts suspectes
Kristin Keeffe, compagne de longue date de Keith Raniere et la mère de son premier enfant, quitte brusquement NXIVM avec son fils en [52]. Elle contacte l'avocat de Rick A. Ross, expert des dérives sectaires, pour exprimer son inquiétude concernant le bien-être de l'enfant[52], à qui Raniere aurait imposé un isolement strict, l’éloignant de tout contact avec ses pairs et confiant son éducation à des gouvernantes parlant cinq langues différentes[3],[53].
Dans un courriel, rendu public par la suite, Kristin Keeffe affirme : « J'ai la garde exclusive de Gaelyn. Keith faisait des expériences sur lui. Je devais absolument le mettre à l'abri. », qualifiant Raniere de « dangereux »[52].
Barbara Jeske, âgée de 63 ans, meurt d'une tumeur cérébrale le . Depuis les années 1990, elle était l'une des principales collaboratrices de Keith Raniere, membre de son cercle intime[54],[55]. Selon Toni Natalie, Barbara Jeske n'a pas entamé de démarche médicale pendant un an après l'apparition des premiers symptômes, sur les conseils de Raniere[54],[56].
Pamela Cafritz, une autre figure importante de NXIVM, meurt d'un cancer du rein en , à l'âge de 57 ans[55],[57]. Comme Barbara Jeske, elle vivait avec Raniere dans une maison de Halfmoon (New York). Deux autres femmes ont été atteintes d'un cancer alors qu'elles résidaient dans cette maison. Un échantillon de cheveux prélevé sur l'une d'elles, ayant survécu à un cancer de la vessie, a révélé des taux significativement élevés bismuth et de baryum, des métaux lourds cancérogènes[55],[58].
Dans le documentaire télévisé The Lost Women of NXIVM (2019), un ancien attaché de presse de NXIVM suggère que ces femmes pourraient avoir été empoisonnées volontairement par Raniere[55],[58].
Dominus Obsequious Sororium

En 2015, Keith Raniere créé DOS (Dominus Obsequious Sororium, « Maître des esclaves obéissantes » en latin), une société secrète au sein de NXIVM[18],[25]. Les femmes recrutées sont marquées au fer rouge avec un symbole représentant les initiales de Raniere[18],[59],[60]. Ce rituel suit un scénario dicté par Raniere à Allison Mack, une des huit femmes appartenant au premier cercle d'esclaves/maîtres de la société secrète[57],[61]. Ses membres sont également contraintes de fournir des documents compromettants (photos, informations personnelles, droits sur des biens personnels) pour garantir leur silence et leur obéissance[18],[59],[60].
En , une enquête du New York Times dévoile l’existence et une partie du fonctionnement de DOS. Ces révélations s’appuient notamment sur le récit de Sarah Edmondson, une ancienne membre de la secte[8],[59].
Au cours des mois suivants, d'autres victimes sont entendues par les autorités fédérales, révélant que les recrues de la société secrète sont soumises à un système de contrôle extrême sous couvert de tâches imposées par leurs « maîtres », incluant des privations alimentaires, des châtiments corporels et l’obligation de séduire Keith Raniere[60],[62],[63].
Ces pratiques, présentées comme des « exercices de préparation » et documentés par plusieurs témoignages, servent de fondement aux accusations portées contre Raniere pour trafic sexuel, tentative de trafic sexuel et travail forcé[2],[25].
Arrestation, procès et condamnation
Face à l’ampleur des révélations et à la pression croissante des autorités, Keith Raniere fuit se réfugier au Mexique avec plusieurs membres de son entourage. Le , le Federal Bureau of Investigation (FBI) dépose une plainte sous scellée et obtient un mandat d'arrêt à son encontre[2],[64],[65]. Il est finalement arrêté le à Puerto Vallarta par la police mexicaine, puis extradé vers les États-Unis pour comparaître devant le tribunal fédéral de Fort Worth (Texas) dès le lendemain[25],[64],[65],[66].
En marge de l'audience préliminaire, le procureur Richard P. Donoghue énonce les accusations dans un communiqué :
« Selon les allégations de la plainte, Keith Raniere a créé une société secrète de femmes avec lesquelles il a eu des relations sexuelles et qu'il a marqué au fer rouge de ses initiales, en les contraignant par la menace de divulguer des informations hautement personnelles les concernant et de confisquer leurs biens. »
— Communiqué du procureur des États-Unis Richard P. Donoghue[25],[67]
Keith Raniere est placé en détention provisoire et transféré au Metropolitan Detention Center de Brooklyn jusqu'à son procès[65].
Début du procès
Son procès débute le à New York, devant le tribunal fédéral de Brooklyn[68],[69]. Les cinq femmes inculpées dans cette affaire — Nancy Salzman, Lauren Salzman, Clare Bronfman, Allison Mack et Kathy Russell — ont plaidé coupable afin d'obtenir des peines réduites, laissant Raniere seul face aux accusations[68],[70],[71].
Dans leurs déclarations liminaires, les procureurs affirment que l'accusé n'est pas un mentor mais un « prédateur » et un « escroc » qui ciblait les personnes cherchant à améliorer leur vie[68],[72]. Marc Agnifilo, avocat de Keith Raniere, insiste quant à lui sur le consentement présumé des victimes, déclarant notamment : « C'est une chose pour laquelle ces gens ont souscrit. »[69],[72].
Témoignages des victimes
Parmi les témoins à charge figurent Lauren Salzman, le réalisateur Mark Vicente, les victimes « Sylvie », « Daniela », « Jay » et « Nicole », ainsi que l'expert en sectes Rick Alan Ross[60],[73],[74],[75]. La défense ne présente aucun témoin[75].
Le témoignage de Daniela détaille l’emprise psychologique et physique exercée par Raniere sur elle et ses sœurs, évoquant notamment un avortement subi en 2006 ainsi que sa captivité entre et [38],[40],[41].
Bien que Camila n’ait pas pris la parole lors du procès, elle se présente à l’audience de détermination de la peine, confirmant les abus sexuels dont elle a été victime[38],[39]. Des échanges de messages textes sont présentés à la Cour, ainsi que des photographies sexuellement explicites, prises en 2005 par Raniere alors que Camila était âgée de 15 ans[39],[76].
Réquisitoire et plaidoirie
Lors de son réquisitoire, la procureure adjointe Moira Penza appuie les accusations concernant l'utilisation des éléments bancaires d'un membre décédé de NXIVM pour des achats de plusieurs milliers de dollars, le piratage des comptes de messagerie des « ennemis » de NXIVM et l'exploitation sexuelle de plusieurs femmes. Elle soutient que l’organisation fondée par Raniere était en réalité une secte sexuelle dissimulée, décrivant l'accusé comme un « chef de réseau criminel sans limites ni contre-pouvoirs »[66],[75].
À l’inverse, Marc Agnifilo affirme que toutes les relations de Raniere étaient consensuelles, arguant qu'aucune garantie n'a été rendue publique et que les anciens membres du groupe n’ont pas été sanctionnés après leur départ[75].
Condamnation
Le , Keith Raniere est reconnu coupable des crimes fédéraux suivants : trafic sexuel, extorsion, association de malfaiteurs, menaces, usurpation d'identité, fraude électronique et détention d'images pédopornographiques[18],[66],[71].
La pandémie de Covid-19 retarde de plusieurs mois la condamnation de Raniere[18]. Selon les procureurs, il continue de communiquer avec ses disciples par courrier électronique et téléphone, exprimant son absence totale de remords[77],[78]. Le , le juge Nicholas Garaufis le condamne à une peine de 120 ans de prison et une amende de 1,75 million de dollars[38],[79],[80].
En , Raniere fait appel de sa condamnation et de sa peine devant la Cour d’appel des États-Unis pour le deuxième circuit[81]. Les plaidoiries ont lieu le [82],[83]. Le , la cour rejette l’appel et confirme le verdict[84],[85].
Le , un tribunal fédéral ordonne à Keith Raniere de verser 3,46 millions de dollars à vingt-et-une victimes, qui obtiennent réparation pour leurs frais médicaux (dont le retrait des marques), juridiques, et le travail non rémunéré qu'elles ont effectué au sein de DOS[86],[87]. La décision du tribunal s’appuie sur deux lois fédérales : le Trafficking Victims Protection Act (2000) pour les victimes de trafic sexuel, et le Mandatory Victim Restitution Act (1996) pour les crimes de racket[86].
Poursuite judiciaire civile
Le , 80 victimes présumées de NXIVM, dont Sarah Edmondson et Mark Vicente, déposent une plainte civile au tribunal fédéral de Brooklyn. Elles accusent Keith Raniere et quatorze autres personnes de fraude et d’abus psychologiques et physiques. Les expérimentations controversées menées par l’Ethical Science Foundation sont aussi visées[88],[89],[90].
Culte de la personnalité
Chaque année, en août, les membres de NXIVM se réunissaient dans une propriété au bord du lac George (New York) pour célébrer l’anniversaire de Raniere lors d’un événement appelé « Vanguard Week », initialement prévu sur une journée avant de s’étendre à onze jours. Ces rassemblements incluaient des « cérémonies d’hommage » en son honneur[30],[91].
Revendications hagiographiques
En , un portrait du Times Union décrit un « génie » et un « athlète » hors du commun, attribuant à Keith Raniere des aptitudes extraordinaires : maîtrise de l'expression orale dès l'age d'un an, champion de judo de la côte Est à l'âge de onze ans ou douze ans, maîtrise des mathématiques de niveau universitaire à l'âge de douze ans[6],[12]. Depuis, ces allégations sont reprises par Raniere et son entourage pour assurer la promotion des formations d'Executive Success Program puis NXIVM[1],[7],[17].
L'article relate l'entrée de Raniere dans la Mega Society, un groupe réservé aux individus ayant obtenu un quotient intellectuel (QI) élevé au test Mega publié dans le magazine Omni en 1985[6],[12],[13]. Le test, à faire à domicile sans surveillance et sans limite de temps, est critiqué par les experts en psychométrie qui l'ont examiné (fuites de réponses, résultats impossibles à vérifier)[6]. Malgré ces réserves, les résultats sont cités par le Livre Guinness des records en 1989[6],[7],[14]. Dès lors, Keith Raniere se présente comme « l’homme le plus intelligent du monde » avec un QI de 240[1],[16],[17],[18]. En 2012, le Times Union rapporte qu’il a convaincu certains membres de NXIVM que « son énergie intellectuelle déclenchait les détecteurs de radar »[7].
Selon plusieurs témoignages, Keith Raniere affirmait pouvoir guérir les « désintégrations »[N 1] de ses disciples par le biais de relations sexuelles, présentées comme une voie vers l'éveil spirituel[17],[35],[93]. S'inspirant de concepts orientaux sur les énergies, issus du yoga, il manipulait ses partenaires en leur faisant croire qu'il serait physiquement blessé si l'une d'elles avait d'autres relations[30]. Il évoquait aussi une « lumière bleue » prétendument visible après l'acte sexuel[9],[17],[36].
Règles et obligations des adeptes
Keith Raniere est appelé « Vanguard » par les étudiants de NXIVM, qui doivent s'incliner pour le saluer et le remercier à l'issue de chaque cours en déclarant collectivement « Thank you, Vanguard »[15],[23],[73]. Ils sont incités à couper les liens avec leur entourage familial et social, accentuant leur dépendance envers l'organisation et son leader[35],[94]. Les témoignages d'anciens membres indiquent que toute remise en question de son autorité est réprimée, voire punie[43],[73].
Les femmes de son cercle restreint étaient soumises à des règles strictes pour mériter son attention, notamment un régime alimentaire drastique[17],[76],[92]. Il humiliait fréquemment celles qu'il jugeait en surpoids, critiquant ouvertement leur apparence et les obligeant à se peser régulièrement, sous peine de sanctions[17],[93].
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Keith Raniere » (voir la liste des auteurs) et « NXIVM » (voir la liste des auteurs).
Notes
Références
- (en) Josh Bloch, Kathleen Goldhar, Anita Elash et Dave Pizer, « The making of Vanguard », CBC News, (lire en ligne)
- (en) United States District Court, Eastern District of New York, « Plainte et déclaration sous serment à l'appui du mandat d'arrêt » [PDF], sur justice.gov,
- (en) Suzanna Andrews, « The Heiresses and the Cult », Vanity Fair, (lire en ligne)
- (en) Robert Brum, « Sex cult NXIVM founder Keith Raniere's sad, lonely Rockland childhood; sentenced to prison », The Journal News, (lire en ligne)
- ↑ (en) Tina Traster, « Rockland-Raised Sex Cult Leader Keith Raniere Sentenced To Life In Brooklyn Court », Rockland Country Business Journal, (lire en ligne)
- Berman 2021, Part 1 — Chapitre 2 : One in Ten Million
- (en) James M. Odato et Jennifer Gish, « Secrets of NXIVM », Times Union, (lire en ligne)
- Louis Chahuneau, « NXIVM, la secte sexuelle qui a infiltré Hollywood », Le Point, (lire en ligne)
- (en) James M. Odato et Jennifer Gish, « In Raniere's shadows », Times Union, (lire en ligne)
- (en) Ruth Brown, « The dark cult with billionaires, stars, and allegations of sex slavery », New York Post, (lire en ligne)
- Berman 2021, Part 1 — Chap. 3 : Mothership, New York
- (en) Irene Gardner Keeney, « Troy man has a lot on his mind », Times Union, (lire en ligne)
- (en) Scott Morris, « The one-in-a-million I.Q. test », Omni, , p. 128-132
- (en) Norris McWhirter, Donald McFarlan, The Guinness book of records : 1989, Internet Archive, (lire en ligne), p. 16
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Annexes
Bibliographie
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Articles connexes
Liens externes
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