Khan Younès

Khan Younès
Khan Younès
Dégâts causés par l'armée israélienne dans une rue du centre-ville, juin 2024.
Administration
Pays Drapeau de la Palestine Palestine
Territoire palestinien Bande de Gaza
Gouvernorat Khan Younès
Démographie
Population 438 557 hab. (est.2023[1])
Densité 4 061 hab./km2
Géographie
Coordonnées 31° 20′ 40″ nord, 34° 18′ 11″ est
Superficie 10 800 ha = 108 km2
Localisation
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Khan Younès
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Khan Younès

Khan Younès (en arabe : خان يونس) est une ville palestinienne située dans le sud de la bande de Gaza. Elle tire son nom d'un émir turc du XIVe siècle, Yunus al-Nûrûzi Khan, et désignerait l’emplacement d’un caravansérail sur le chemin de la Mecque fondé en 1387.

La ville compte plusieurs camps de réfugiés palestiniens dont le plus important est le camp al-Amal, qui héberge des milliers de Palestiniens réfugiés de la guerre israélo-arabe de 1948. En 2023, la population de la ville était estimée à 400 000 habitants.

Khan Younès est presque entièrement rasée par l'armée israélienne lors de la guerre dans la bande de Gaza commencée en 2023[2],[3],[4],[5].

Histoire

Plan de 1945.

Khan Younès est fondée en 1387 en tant que caravansérail (un « khan ») par l’émir Younès El-Nowrouzi, qui lui donne son prénom. La région de Gaza constitue alors un carrefour stratégique pour les sultans mamelouks qui dominent l’Égypte et la Syrie. Le site de Khan Younès est choisi pour ses ressources en eau, son sol fertile et la proximité de carrières. Il se développe rapidement en tant que relais commercial et station de poste, sous la protection d’une garnison qui dissuade les incursions bédouines[6].

La ville se développe jusqu'aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais subit ensuite la montée en puissance du port de Gaza depuis lequel la production locale de céréales est exportée vers Alexandrie, le plus grand port d’Égypte[6]. Les recensements des autorités ottomanes donnent à Khan Younès au milieu du XIXe siècle une population de plusieurs milliers de personnes[6].

Khan Younès, comme le reste de la Palestine, passe sous mandat britannique après la conquete de la région par l'armée britannique en 1917[6].

La ville était, avant 1948, une ville de transit pour les commerçants arabes, et les pèlerins en direction de la Mecque.

Lors du grand exode de 1948, la ville a accueilli 35 000 réfugiés palestiniens. En 2002, leur nombre est estimé par l'UNRWA (Agence des Nations unies dédiée au soutien des réfugiés du Proche-Orient) à 60 662, en incluant les descendants des réfugiés.

Le camp de réfugiés tout juste installé en 1948.

Le massacre israélien de 1956

En , lorsque l'Égypte est attaquée par la France, le Royaume-Uni et Israël, Tsahal mène une offensive terrestre dans la bande de Gaza et massacre de nombreux habitants[6]. Un rapport de l'ONU mentionne que le , 75 civils palestiniens ont été amenés sur des lieux publics et abattus par l'armée israélienne[7]. Le massacre est perpétré à l'occasion d'une recherche brutale de fedayins palestiniens, de maison en maison. 111 autres auraient été tués à Rafah[8],[note 1].

Occupation israélienne à partir de 1967

L’armée israélienne envahit de nouveau l’enclave palestinienne pendant la guerre des Six jours, en , pour une occupation qui durera trente-huit ans[6].

Khan Younès et la Seconde Intifada

Khan Younès est réputé pour être une place forte tenue par le Hamas[réf. nécessaire]. Le , des bulldozers sont utilisés pour raser une partie de la ville d'où des tirs de mortiers sont lancés. Dans les semaines précédant cette opération, près de 80 roquettes artisanales et tirs de mortiers avaient frappé les colonies israéliennes du Goush Katif, tuant un travailleur thaïlandais et blessant une douzaine de colons et 11 militaires israéliens. Le bilan de l'opération fait état de 14 militants palestiniens tués. Des raids aériens fréquents se sont poursuivis au-dessus de la ville[réf. nécessaire].

La ville est lourdement frappée par les bombardements israéliens lors des guerres de Gaza de 2014 et de 2021[6].

Guerre depuis 2023

Destructions à Khan Younès à la suite des bombardements israéliens en octobre 2023.

L'armée israélienne lance l'assaut sur l’hôpital Nasser à Khan Younès en . Plusieurs dizaines de personnes sont d'abord tuées par des tirs de snipers dans l’enceinte ou aux environs immédiats de l’hôpital, selon le bureau humanitaire des Nations unies, dans la semaine précédant l'assaut. Le , l’armée israélienne ordonne l’évacuation de l’hôpital. Le message « sortez, animaux ! » est d’abord été diffusé en arabe avec un mégaphone, puis, le lendemain, les soldats israéliens envoient un jeune Palestinien qu’ils détenaient relayer leur ordre auprès des quelque 10 000 déplacés et centaines de patients et de soignants présents dans l’hôpital. Une vidéo montre le jeune homme, en combinaison blanche de protection, les mains liées et un bandeau sur la tête, argumentant avec des déplacés, puis être exécuté par les soldats israéliens après être revenu auprès d'eux, comme ceux-ci le lui avaient ordonné. L’armée israélienne a déclaré que l’« incident en question » était « examiné »[10].

Ruines à Khan Younès en .

Durant l'assaut, le service d’orthopédie est visé par les bombardements, tandis que certains patients traités dans l’unité de soins intensives meurent en raison d’une pénurie d’oxygène. L'armée israélienne affirme avoir attaqué l’hôpital après avoir collecté des « renseignements crédibles provenant de différentes sources, dont des otages libérés, indiquant que le Hamas avait retenu des otages » dans l’hôpital Nasser – ce que dément le mouvement palestinien. Toutefois, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a, lui, dénoncé la « tendance des forces israéliennes à attaquer des infrastructures essentielles pour sauver des vies à Gaza, notamment des hôpitaux ». D'après le quotidien Le Monde, « déjà étranglé par le siège israélien de l’enclave et débordé par l’afflux de morts et de blessés causés par les bombardements, le système de santé gazaoui est systématiquement pris pour cible par les militaires israéliens. » L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi dénombré des centaines d'attaques israéliennes contre le système de santé de la Bande de Gaza, tuant des centaines de patients[10]. Le , le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, appelle à une enquête internationale après la découverte de centaines de corps dans des fosses communes près de l'hôpital Nasser de Khan Younis[11].

La ville est entièrement détruite à la fin des opérations israéliennes en [2],[3],[5].

Destructions israéliennes dans la rue principale de Khan Younès, .

Le , un bombardement visant à tuer un dirigeant du Hamas, Mohammed Deif, fait 90 morts et des centaines de blessés[12]. L'armée israélienne lance une nouvelle offensive sur la ville à partir du . Environ 170 Palestiniens sont tués les cinq premiers jours, des centaines sont blessés et plus de 180 000 doivent quitter la ville[13],[14].

Au moins 40 personnes sont tuées et 60 blessées dans un bombardement israélien sur une zone humanitaire dans la nuit du 9 au [12]. Au moins 20 personnes sont tuées dans des bombardements le [15]. Le , neuf personnes sont tuées dans des frappes sur des tentes de personnes déplacées[16]. Le , trois personnes dont un enfant sont tuées dans une frappe israélienne sur leur maison[17]. Le , dix personnes sont tuées dans une frappe israélienne. Une petite fille d'un an, ses parents, son grand-père et son oncle figurent parmi les victimes[18].

Un nouvel engagement militaire de grande ampleur dans la ville débute le dans le cadre d'une offensive israélienne plus large dans la bande de Gaza[19]. Après la mise en œuvre d’un cessez-le-feu le , l’offensive s’arrête et les forces israéliennes se retirent de certaines parties de Khan Younès[20],[21]. L’armée israélienne a tracé au milieu des ruines de la ville une « ligne jaune », évacuant une partie de Khan Younès et maintenant l'autre partie, où toute présence palestinienne est strictement interdite, sous occupation militaire[6].

Culture et patrimoine

Le château de Barquq

En 2024, le Château de Barquq (en) est en grande partie détruit par l'armée israélienne lors de la guerre qu'elle mène dans la bande de Gaza depuis 2023[22],[23].

Le musée culturel d'Al-Qarara

Situé à Al-Qarara, dans la périphérie de Khan Younès, le musée culturel conte l’histoire de la Palestine. Parmi les pièces les plus anciennes, il y a une énorme poterie – un réservoir à eau – et une meule de pressoir à olives, datant de 4 600 ans. On y trouve aussi du patrimoine plus récent comme des pièces de monnaie, des passeports, des objets de la vie de tous les jours[24].

En , le musée est bombardé et détruit par les forces d'occupation israéliennes peu avant le début du siège d'Al-Qarara[25],[26].

Le zoo

Jadis la ville a eu un zoo florissant, mais qui a dû fermer en 2016 à la suite des bombardements israéliens et du blocus économique de l'enclave de la Bande de Gaza[27],[28].

Personnalités

Jumelage

Galerie

Notes et références

Notes

  1. « Mais de nombreux fedayins et environ 4 000 fidèles égyptiens et palestiniens ont été piégés dans la bande de Gaza, identifiés et rassemblés par les FDI, le GSS et la police. Des dizaines de ces fedayins semblent avoir été exécutés sommairement, sans procès. Certains ont probablement été tués lors de deux massacres perpétrés par les troupes de Tsahal peu après l'occupation de la bande de Gaza. Le 3 novembre, jour de la conquête de Khan Yunis, les FDI ont abattu des centaines de réfugiés palestiniens et d'habitants de la ville. Un rapport de l'ONU fait état de « quelque 135 résidents locaux » et de « 140 réfugiés » tués alors que les troupes des FDI traversaient la ville et son camp de réfugiés « à la recherche de personnes en possession d'armes »[9].

Références

  1. « Palestinian Territories: Administrative Division », sur citypopulation
  2. Victor Simonnet et Laura Thouny, « Dans la bande de Gaza, Khan Younès est presque totalement rasée, d’après des images satellites », sur Le Monde.fr, (consulté le )
  3. « A Gaza, les habitants de Khan Younès peinent à reconnaître leur ville défigurée », sur Libération,
  4. « À Gaza, les déplacés découvrent une “vaste mer de décombres” » Accès payant, sur Courrier international, (consulté le )
  5. (en-US) Ben Reiff, « Gazans return to decimated Khan Younis », sur +972 Magazine, (consulté le )
  6. « La longue histoire de Khan Younès, occupée, bombardée, rasée et divisée par Israël », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. (en-US) admin, « "Khan Yunis" is a massacre that disappeared from history and was documented by an American journalist », sur Tek Deeps, (consulté le )
  8. (en) Noam Chomsky, Fateful Triangle : The United States, Israel, and the Palestinians, Montréal, Black Rose Books Ltd, , 578 p. (ISBN 978-1-5516-4160-7, lire en ligne), p. 102.
  9. (en) Benny Morris, Israel's Border Wars, 1949-1956 : Arab Infiltration, Israeli Retaliation, and the Countdown to the Suez War, Oxford University Press, (ISBN 978-0-1982-7850-4), p. 424.
  10. « L’armée israélienne attaque l’hôpital Nasser de Khan Younès, le plus grand encore en service à Gaza », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  11. (en) « U.N. Calls for Inquiry Into Mass Graves at 2 Gaza Hospitals », sur nytimes.com (consulté le )
  12. LIBERATION et AFP, « Gaza : 40 personnes tuées dans une attaque sur zone humanitaire, selon la Défense civile », sur Libération (consulté le )
  13. « Guerre entre Israël et le Hamas : les combats à Khan Younès ont fait plus de 180 000 déplacés en quatre jours, selon l'ONU », sur Franceinfo, (consulté le )
  14. « La Défense civile de Gaza annonce environ 170 morts à Khan Younès depuis le début de l'opération israélienne lundi », sur RFI, (consulté le )
  15. « Guerre Israël-Hamas : au moins 20 morts dans deux frappes à Khan Younès », sur La Libre.be, (consulté le )
  16. https://www.lorientlejour.com/article/1434863/bande-de-gaza-la-defense-civile-annonce-14-morts-dans-deux-frappes-israeliennes.html
  17. « Gaza : la Défense civile fait état de 19 morts dans plusieurs frappes israéliennes », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  18. « Dix-huit personnes tuées à Gaza dans de nouvelles frappes israéliennes, selon les secouristes », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  19. JNS Staff, « IDF steps up Gaza offensive under Operation 'Gideon's Chariots' », Jewish News Syndicate, (consulté le )
  20. (en-US) « Masses begin returning to Gaza City as IDF withdraws, opens coastal road », The Times of Israel,‎ (lire en ligne, consulté le )
  21. (en) « Israel ceases fire and Gazans start returning home », Al-Monitor (consulté le )
  22. Jean-Baptiste Humbert, « n° 053 – Citadelle de Barqūq à Khān Yūnis », sur Gaza, inventaire d’un patrimoine bombardé, (consulté le )
  23. (en) Xinhua, « Palestinians mourn as Israel destroys Gaza archaeological sites », sur The Express Tribune, (consulté le )
  24. « Gaza Stories Episode 51 : Le musée d'Al-Qarara - UJFP », sur Union Juive Française pour la Paix, (consulté le )
  25. (ar) « خسائر كبيرة في قطاع الثقافة الفلسطينية جراء العدوان الإسرائيلي على غزة » [« D'énormes pertes dans le secteur culturel palestinien suite à l'agression israélienne contre Gaza »], Cairo24 [lien archivé],‎ (lire en ligne, consulté le )
  26. (ar) « ستهداف البشر والحجر والكلمة.. قصص تدمير أشهر المؤسسات الثقافية في غزة - البوابة نيوز » [« Cibler des personnes, des pierres et des mots... Histoires de destruction des institutions culturelles les plus célèbres de Gaza »], Arabianews24,‎ (lire en ligne, consulté le )
  27. Le Point magazine, « Gaza: la mort rôde au zoo de Khan Younès, dévasté par le conflit », sur Le Point, (consulté le )
  28. « Dans la bande de Gaza, le "pire zoo du monde" ferme ses portes grâce à une entente internationale inattendue », sur France 24, (consulté le )
  29. (en) « Fact Sheet: Scholars Killed », sur Georgetown Faculty & Staff for Justice in Palestine, (consulté le )
  30. Braun Vincent, « La nouvelle idole des Palestiniens », sur La Libre.be (consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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