Krvna osveta

La Krvna osveta (cyrillique : Крвна освета, trad : vengeance par le sang) est une loi de vendetta pratiquée par les peuples Slaves du Sud au Monténégro et en Herzégovine, notamment par les Bosniaques, Serbes, Monténégrins et Croates (principalement originaires d'Herzégovine), à travers l'histoire. Attestée pour la première fois au Moyen-Âge, cette vendetta est généralement déclenchée par un crime tel qu'un meurtre, un viol, une agression ou un autre méfait similaire. Les proches d'une victime, qu’ils aient subi un préjudice réel ou qu’ils le considèrent comme tel , sont alors tenus de venger cette dernière, conformément à l'obligation sociale. La vengeance était considérée comme un moyen de préserver son honneur, une valeur fondamentale de la culture traditionnelle des Slaves du Sud.

Origine

Chez les Albanais, notamment en Albanie du Nord et ceux du Kosovo, les vendettas s'inscrivent dans une tradition séculaire[1]. Les règles qui les régissent remontent au Kanun de Lekë Dukagjini, un ensemble de lois coutumières datant au moins du XVe siècle. Ces lois stipulent que si l'honneur d'un homme est profondément bafoué, sa famille a le droit de tuer l'insulteur. Après un meurtre, la famille de la victime peut venger sa mort en s'en prenant aux hommes de la famille du meurtrier. Ce processus déclenche souvent une spirale de vengeances entre les deux familles.

Les sociétés et traditions tribales des régions dinariques des Balkans remontent à l'Antiquité[2]. La conquête ottomane de la région vers 1362 a ravivé les traditions guerrières de ces tribus. Plus d'un siècle après la bataille de Kosovo en 1389, ces tribus furent les dernières des peuples balkaniques à être conquises. Cependant, elles continuèrent de résister à la domination ottomane et à l'islam, et ne furent jamais véritablement soumises.

Le Monténégro étant devenu un symbole de résistance, le système tribal se renforça grâce aux batailles et à l'objectif largement partagé de se libérer du joug ottoman. De nombreuses sociétés tribales, comme celle du Monténégro, fonctionnaient selon le principe de l'entraide, c'est-à-dire que les membres réglaient eux-mêmes leurs différends plutôt que de s'en remettre à la loi ou à toute autre forme d'autorité[3]. Par conséquent, les concepts de droit et d'organisation politique étaient très différents de ceux du monde occidental, et le règlement des différends prenait souvent la forme de vendettas, l'absence d'un pouvoir central pour contrôler les conflits meurtriers permettant à ces vendettas de se propager sans contrôle[2].

Cette pratique a débuté dans les Balkans au XVe siècle sous la domination ottomane et s'est raréfiée au XIXe siècle, lorsque les pays balkaniques ont progressivement accédé à l'indépendance[4]. Dans les principautés pré-ottomanes, le prix du sang (vražda), une compensation en argent ou ressources à une famille, afin de faire pardonner un crime était versée : la moitié revenait à l'Église orthodoxe et l'autre moitié à la famille de la victime. Après la conquête ottomane de la Serbie, les clans autonomes se sont souvent livrés à des luttes intestines. Malgré la répression et le net recul de ces conflits, ils persistent encore aujourd'hui, malgré les poursuites judiciaires[5].

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Krvna osveta » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) « Serbia: Blood feuds carried out by ethnic Albanians; state protection and support services available to victims of blood feuds; instances of prosecution for blood-feud related crimes (2012-March 2014) », Refworld, (consulté le )
  2. Simíc, « The Blood Feud in Montenegro », Kroeber Anthropology Society, vol. Special Publication 1 (1967): Essays in Balkan Ethnology,‎ , p. 83–94 (lire en ligne)
  3. Christopher Boehm, Blood Revenge: The Enactment and Management of Conflict in Montenegro and Other Tribal Societies, University of Pennsylvania Press, coll. « II », (ISBN 0-8122-1241-X, lire en ligne)
  4. (sr) Petar Rosić, « Tradicija osvete u Crnoj Gori », Glas javnosti, Belgrade, Serbia,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  5. Boehm, « Retaliatory Violence in Human Prehistory », The British Journal of Criminology, Oxford University Press, vol. 51, no 3,‎ , p. 518–534 (DOI 10.1093/bjc/azr020, JSTOR 23640324)
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