Léon Fiévez
Victor Léon Fiévez (né à Havré, le et mort à Bruxelles, le ) est un officier de la Force publique et administrateur colonial belge. Au cours de son mandat au sein de l'État indépendant du Congo, Fiévez se distingue par son activisme administratif, mais se rend également tristement célèbre pour les méthodes cruelles qu'il emploie afin d'imposer la production de caoutchouc sur son territoire, notamment par l'oppression et le massacre à grande échelle des Congolais autochtones, ce qui lui vaut le surnom de « Diable de l’Équateur ».
Biographie
Origines, formation et carrière militaire en Belgique
Léon Fiévez nait à Havré près de Mons, le [1]. Il est le fils de fermiers[2], Florent Fiévez et Julie Lejeune.
Fiévez fait ses études secondaires à Mons. Milicien de la classe 1875, il s’engage comme volontaire au 7e régiment de ligne, devient sergent en 1877, puis réussit l’examen de sous‑lieutenant et passe au 11e régiment de ligne, où il est promu lieutenant en [1].
Au service de l’État indépendant du Congo
En 1888, Fiévez s’engage au service de l’État indépendant du Congo et quitte Anvers le à bord du Coanza, arrivant à Boma le . Il est désigné adjoint du capitaine Roget, commandant de la Force publique. Fiévez est nommé capitaine de la Force publique le et succède provisoirement à son chef, tout en cumulant des fonctions judiciaires (substitut du procureur de l’État, puis juge suppléant).
En , il reçoit le commandement du camp retranché de Basoko, au confluent du fleuve Congo et de l’Aruwimi. Après plus de trois ans de ce service éprouvant, il rentre épuisé en Belgique en . Rétabli, Fiévez repart pour l’Afrique le et, à peine arrivé, il est nommé commissaire de district de première classe et chargé de commander le district de l’Équateur.
Sa mission est très large : recruter pour la Force publique, étendre le réseau de postes[1], poursuivre l’exploration (Ruki, lac Tumba jusqu’au lac Léopold II) et réprimer l’anthropophagie[3], tout en surveillant les incursions arabes jusque dans la région des Lopori-Maringa[4].
Fiévez est présenté comme l’artisan de la station de Coquilhatville : il y fait construire les premières maisons en briques, trace de larges avenues et développe de vastes plantations sur une quarantaine d’hectares en moins de deux ans, ce qui lui vaut des louanges officielles comme « l’un des plus brillants officiers du Congo »[5].
Exploitation du caoutchouc et brutalité du régime
Sous son administration, l’exploitation du caoutchouc dans le district de l’Équateur est intensifiée à l’extrême : en 1895, la production dépasse 650 tonnes, résultat salué par les autorités coloniales comme « sans égal »[3]. Fiévez soutient et protège l’ABIR (dans les régions des Lopori‑Maringa) et la SAB (en) (près du Ruki), faisant appel à la Force publique pour imposer des quotas de caoutchouc[2], ce qui se traduit sur le terrain par des expéditions punitives, des villages pillés ou incendiés[6] et des populations contraintes au travail forcé[5].
Les témoignages missionnaires et congolais décrivent un système de terreur : habitants tués ou noyés, prisonniers recrutés de force[7], marchés d’esclaves autour de Coquilhatville[8], et mains droites coupées sur les cadavres pour justifier l’usage de chaque cartouche[9].
Dans le district de l’Équateur, Fiévez est surnommé à la fois Ntange (« le lit », allusion à sa sieste de midi) et surtout « le Diable » ou « le Satan de l’Équateur », en raison des massacres, des mains coupées comptabilisées par paniers et de la violence extrême liée à la collecte du caoutchouc[2].
Dès 1894‑1895, des missionnaires protestants alertent leurs sociétés et l’opinion internationale, dénonçant les atrocités perpétrées « au nom du caoutchouc » sous l’autorité du commissaire Fiévez[10].
La presse favorable au gouvernement et les autorités de l’État indépendant du Congo cherchent à discréditer ces témoignages[2]. Des inspecteurs et le gouverneur général Théophile Wahis mènent toutefois une enquête approfondie. Cependant, aucune sanction exemplaire n’est prise contre Fiévez[11].
Fin de carrière coloniale et retour en Belgique
Après avoir été promu inspecteur d’État en 1897 et chargé du commandement des districts de l’Ubangi et des Bangala, Fiévez mène encore une campagne de « pacification » contre les Budja au nord, qu’il affirme soumettre par une combinaison de combats, de pressions et de négociations.
Fiévez est poursuivi en justice lors de deux procès pour meurtre de Congolais mais, malgré ces accusations, il est acquitté[6]. Il quitte l'Afrique en et rentre définitivement en Belgique.
Fiévez reprend du service dans l’armée belge, devient major au 9e régiment de ligne en 1910 et reçoit diverses décorations coloniales et belges[4].
Références
- Lacroix 1952, col. 304.
- Vangroenweghe 1986, p. 55.
- Boelaert 1952-1, p. 58.
- Lacroix 1952, col. 305.
- Boelaert 1952-1, p. 59.
- Landmeters, Ngongo et Rousman 2024, p. 396.
- ↑ Boelaert 1952-2, p. 99.
- ↑ Boelaert 1952-2, p. 96.
- ↑ Boelaert 1952-1, p. 65.
- ↑ Vangroenweghe 1986, p. 56-64.
- ↑ Boelaert 1952-1, p. 61.
Annexes
Articles connexes
Bibliographie
- Edmond Boelaert, « Ntange », Aequatoria, vol. 15, no 2, , p. 58-62 (lire en ligne).
- Edmond Boelaert, « Ntange (suite) », Aequatoria, vol. 15, no 3, , p. 96-100 (lire en ligne).
- A. Lacroix, « FIEVEZ (Victor-Léon) », dans Biographie coloniale belge, t. III, Bruxelles, Institut royal colonial belge, (lire en ligne), col. 304-307.
- Romain Landmeters, Enika Ngongo et Corentin Rousman, « Le rôle de Montois dans la colonisation du Congo », dans Jean-Marie Cauchies, Virginien Horge, Corentin Rousman et Sophie Simon (dir.), Histoire de la ville de Mons : politique, militaire, aménagement du territoire, vol. 1, Bruxelles, Racine, , 477 p. (ISBN 9782390253228), p. 396.
- Daniël Vangroenweghe (trad. du néerlandais), Du sang sur les lianes : Léopold II et son Congo [« Rood rubber: Leopold II en zijn Kongo »], Bruxelles, Didier Hatier, coll. « Grands documents », , 318 p. (ISBN 9782870885611).
Liens externes
- « Fiévez Léon - Victor », sur Africa Museum Archives (consulté le ).
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