Léon (Léon Henri Marie) Frédéric, né rue de la Madeleine à Bruxelles le , est le fils d'Antoine Frédéric (1821-1903), joailler, et de Félicitée Joseph Dufour (1827-1890)[1]. Le , il épouse à Schaerbeek Laurence Bastin, née à Binche le [2].
Formation
Fils d'un joailler, Léon Frédéric ne connaît pas de véritable vie de famille. La maison exiguë, où il habite avec ses trois frères et sa sœur, est envahie par l'atelier de bijouterie qui prospère au détriment de l'espace habitable. Dès lors, les enfants sont placés parfois bien loin à la campagne, ou dans une modeste pension. Peu avant ses six ans, Léon est envoyé chez une femme étrangère à la famille et demeurant à Uccle. Il est ensuite logé aux environs de Gand, à Melle, où il devient élève de l'Institut des Joséphites jusqu'à l'âge de 15 ans. S'il ne s'y imprègne pas de l'esprit religieux inculqué par ses professeurs, l'adolescent acquiert une force indépendante et quelque peu sauvage[3].
Estimant que son instruction est achevée, son père le rappelle à Bruxelles, dans l'intention de lui faire apprendre un métier pratique. Il est destiné à entrer en 1871 comme apprenti chez le peintre décorateur Charle-Albert, mais sur les conseils d'Alexandre Robert, il est formé aux premiers éléments de l'art pictural par Jules Van Keirsbilck et suit les cours du soir à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. En 1874, il travaille dans l'atelier particulier de Jean-François Portaels. L'année suivante, l'atelier de Portaels ayant été détruit, il se cotise avec cinq ou six condisciples peintres pour louer un local, à la maison du Renard sur la Grand-Place de Bruxelles, où ils peuvent étudier le modèle vivant. Peu après les jeunes artistes s'installent rue du Moulin, où Ernest Slingeneyer vient les conseiller et corriger de temps à autre[4].
De 1876 à 1878, il prépare le prix de Rome belge auquel il échoue en raison de sa palette trop personnelle éloignée de l'art officiel, mais son père lui offre les moyens voyager en Italie toute une année de 1878 à 1879. À Florence, où il séjourne durant sept mois, il demeure avec son ami Julien Dillens. Les deux artistes, partageant les mêmes conceptions, travaillent ensemble. Son travail comprend 300 ébauches constituant une synthèse du talent des maîtres toscans anciens[5]. La présentation de ses triptyques témoignent de l'influence des primitifs italiens dans sa peinture[6].
Carrière
De retour à Bruxelles, Léon Frédéric expose ses premières œuvres significatives Le Retour de l'enfant prodigue et Le Couronnement d'épines au Salon de Bruxelles de 1878. Il fait également ses débuts au sein du groupe artistique l'Essor qui réunit des tenants du réalisme. Il présente L'Agonie de Saint-François d'Assises au prix Godecharle de 1881, sans remporter la palme, mais qui lui permet de montrer l'originalité de son talent. Ensuite, il pratique un peu d'art décoratif chez Henri Baes. En 1883, il abandonne les sujets religieux au profit du réalisme naturaliste[5]. Il est salué comme un peintre plein de promesses avec son tableau Les Marchands de craie, un triptyque ralliant le modernisme au génie des maîtres primitifs, et durant les années 1890, il devient un des peintres les plus populaires de Belgique, cité aux côtés de Constantin Meunier ou d'Eugène Laermans.
Le , le roi Albert Ier accorde à Léon Frédéric — en même temps qu'à James Ensor — le titre de baron[7]. Léon Frédéric meurt à Schaerbeek le , à l'âge de 83 ans[8].
Son art est l'alliance d'un naturalisme maniéré avec la naïveté et la luxuriance du Quattrocento et des primitifs flamands, souvent exécutées sous forme de triptyques.
Le peintre des Marchands de craie relate avec une poésie touchante les visages, ceux des petits surtout dans leur timidité craintive ; l'un a la grosse tête, l'air bête, borné, un autre louche, ils sont tous malgré tout, même ces deux là, ravissants. C'est la poésie de la misère, de la résignation, du devoir silencieux, du courage.
Certains tableaux prennent la forme d'allégories ésotériques comme l’Intérieur d'atelier de 1882, au musée d'Ixelles. Ces œuvres suffisent à classer Léon Frédéric comme l'un des maîtres du courant symboliste belge[9]. Elles annoncent certains thèmes surréalistes, comme le montre le volet droit du triptyque L'Eau, L'Eau dormante.
Frédérique Thomas-Maurin, Isolde De Buck, Benjamin Foudral (dir.), Léon Frédéric (1856-1940), un autre réalisme [exposition, Ornans, Musée Gustave Courbet, 6 juillet-15 octobre 2018], Besançon, Editions du Sekoya, , 181 p. (ISBN978-2-84751-164-2).
Benjamin Foudral, Léon Frédéric (1856-1940), « gothique moderne ». Carrière d’un artiste belge dans l’Europe de la fin du XIXe siècle. Essai et Catalogue raisonné de l'œuvre [thèse en histoire de l'art, Sorbonne université, soutenue le ], Paris, .
Edmond Louis De Taye, Les artistes belges contemporains: leur vie, leurs œuvres, leur place dans l'art, Bruxelles, Alfred Castaigne, , 803 p. (lire en ligne), p. 289-307.