L'Enfant bleu (Gainsborough)
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| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1770-1771 |
| Lieu de création | |
| Type |
Huile sur toile |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
177,8 × 112,1 cm |
| Inspiration | |
| Mouvement | |
| Propriétaire | |
| No d’inventaire |
21.1 |
| Localisation |
L’Enfant bleu (The Blue Boy) est une huile sur toile de l'artiste anglais Thomas Gainsborough peinte vers 1770-1771.
Le tableau, sans doute l'un des plus célèbres de l'artiste, est actuellement conservé à la Bibliothèque Huntington de San Marino (Californie) aux États-Unis.
Description
Tableau d'un grande dimension, dite en taille réelle ou en pied, elle représente un garçon — à peine un adolescent — habillé de vêtements aux tons dominants de bleu, avec des nuances gris et argent, contrastant avec un fond nocturnal, ponctué de végétations. Le modèle, le buste légèrement campé en arrière, porte à la main droite son chapeau noir et au côté gauche, en revers sur son bras, une partie de sa redingote. Son regard est porté fixement vers nous et son visage n'exprime ni joie ni peine.
Analyse
Le modèle
La question de l'identité du modèle représenté s'est longtemps posée.
Le modèle supposé a d'abord été Jonathan Buttall (1752–1805), fils d'un riche marchand d'étoffes, — et qui était présent lors des funérailles du peintre () —, mais cela n'a jamais été prouvé : toutefois, la toile appartenait bien à Buttall en 1796, au moment où il fit faillite[1].
Une autre hypothèse suggèrait que le modèle ait été Gainsborough Dupont (né en 1754), le neveu de Gainsborough, qui le rejoint à Bath en 1772 comme assistant[2].
Il a existé d'autres hypothèses, dont celle émise par l'un de ses biographes, William T. Whitley, en 1915 : l'auteur suggère qu'il peut s'agir d'une toile commandée par William Bouverie, 1er comte Radnor : en 1774, il paye en effet le peintre pour une série de toile représentant des membres de sa famille dont « la très belle étude de l'honorable Edward Bouverie [1760-1824], peinte alors qu'il a treize ou quatorze ans, et montré avec un habit bleu Vandyke ». La toile est alors datée 1773[3]. Par ailleurs, Whitley considérait les circonstances et les secrets entourant cette toile comme « mystérieux et non élucidés »[4]. C'est donc aujourd'hui l'hypothèse la plus probable[5].
Techniques

Pour Gainsborough, il s'agit à la fois ici d'un portrait à taille réelle et d'une étude sur le costume où la posture du sujet est rendue comme un hommage à The Children of King Charles I of England, une toile peinte par Antoine van Dyck en 1637 où le futur Charles II d'Angleterre est représenté en habits rouges, dans une posture quasi identique. Autre référence à la peinture de Van Dyck, Gainsborough avait également représenté un chien aux pieds du jeune garçon, qui a été recouvert par la suite, comme repenti suite à une radiographie[6].
Enfin, pour ce qui est de la palette, ce n'est ni le premier tableau de Gainsborough figurant des enfants en bleu avec par exemple, le portrait de Edward Richard Gardiner (v. 1760–68, Tate Britain), ni le dernier tableau faisant appel à cette couleur de façon dominante : La Femme en bleu par exemple date du début des années 1780[6].
Regard critique
Selon Ernst H. Gombrich, dans Histoire de l’art, le choix du bleu par Gainsborough pour cette toile constitue une réponse implicite à son rival Joshua Reynolds. Celui‑ci enseignait à ses élèves de la Royal Academy que le bleu ne devait pas être employé dans les premiers plans, mais réservé aux lointains. Gainsborough entendit démontrer le caractère arbitraire de telles règles académiques en peignant une figure dont le costume bleu vif se détache nettement sur un fond aux tons bruns chauds[7].
Cette assertion a été complètement balayée par la découverte que Reynolds n'avait pu proclamer une telle affirmation avant la composition du tableau, mais bien après (en 1778), et ce mythe avait été en fait déclenché en 1821 par le graveur John Young (1755–1825), chargé de la British Institution, qui publia une reproduction de cette peinture pour la première fois[5],[8].
Expositions et propriétaires successifs
Pour le salon de la Royal Academy of Arts (RAA) en 1770, Gainsborough aurait envoyé depuis Bath à Londres une toile intitulée A Portrait of a Young Gentleman. L'un des témoins de l'exposition, Mary Moser, amie de Füssli, la remarque comme très influencé par Van Dick. Le problème commence ici : dans les archives de la RAA, il n'est fait aucune mention de cette toile en 1770 (sauf en 1771, si on considère que le no 85 du catalogue, le tableau « A ditto of a young gentleman. Whole length » est le Blue Boy)[9]. Par ailleurs, Gainsborough claque la porte de la RAA entre 1773 et 1777. On perd donc la trace ici et de cette toile, sans parler de quelques autres.
On ne sait pas comment la toile payée par Bouverie en 1774 passe à Jonathan Buttall (1752-1805), qui n'est donc ni le premier propriétaire, ni le commanditaire de cette œuvre, et qui fait faillite en 1796 : la toile est alors rachetée par le membre du parlement John Nesbitt (1745-1817) qu'il a payé 80 guinées[10], puis qui l'a revend en 1802, au portraitiste John Hoppner. En 1809, elle passe dans la famille de Robert Grosvenor, comte de Westminster (1767-1845) où elle demeure jusqu'en 1921, date à laquelle elle est achetée par le marchand d'art Joseph Duveen ; il est à noter que le dernier propriétaire et duc en titre, Hugh Grosvenor était mort au combat fin 1914 — la toile se retrouve alors indéniablement rattachée à la tragédie de la Première Guerre mondiale.
Entre-temps, la toile avait été reproduite sous forme d'estampes — dès 1821 comme on l'a vu —, et qu'elle prend le titre de The Blue Boy sans doute dès avant le milieu du XIXe siècle[11] et connaissait un certain succès au Royaume-Uni où elle était exposée régulièrement, entre autres en 1885 à la Grosvenor Gallery[12], à la Royal Academy en 1912. Duveen la cède contre 182 200 livres sterling (plus de 20 millions de francs de l'époque, ce qui constitue un record)[13] au magnat américain des chemins de fer Henry Edwards Huntington, ce que la presse britannique regrette alors amèrement.
Avant son départ pour la Californie, la toile, devenue une véritable icône, est exposée une dernière fois à la National Gallery (Londres) en : ce sont 90 000 visiteurs qui défilèrent pour l'admirer, puis, le conservateur en chef, Charles Holmes, inscrivit au dos du tableau ces simples mots, en français : « Au revoir. C.H. ».
La Bibliothèque Huntington actuellement l'expose en face d'un tableau de Thomas Lawrence intitulé Pinkie (1794).
En , l'œuvre est prêtée sur une durée de cinq mois pour une exposition exceptionnelle à la National Gallery de Londres, soit exactement un siècle après qu'il a quitté l'Angleterre : l'œuvre n'avait d'ailleurs jamais été prêtée[14].
Influence dans l'art et la culture populaire
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Cette peinture a inspiré le film Der Knabe in Blau (1919) de Friedrich Wilhelm Murnau, puis le film The Blue Boy (1926) d'Arthur Maude.
Le peintre Robert Rauschenberg a confié que c'est cette toile qui avait déterminé sa vocation.
Elle est citée indirectement par Serge Gainsbourg dans sa chanson 69 année érotique (1968) : le chanteur, qui admirait le peintre, trouvait à ce garçon une ressemblance avec Jane Birkin[15].
Dans une relecture postmoderne et gender studies de l'œuvre au début du XXIe siècle, L’Enfant en bleu est une œuvre regardée par l'universitaire Valerie Hedquist[16] comme un « symbole [...] puissant de l'identité de genre non conformiste et de l'attirance envers le même sexe » et un « symbole de la fierté homosexuelle »[2]. Dans son essai, Hedquist mentionne le fait qu'à la fin du XIXe siècle, la mode s'empare de cette représentation dans les magazines et prend l'habitude d'habiller des petites filles à la manière du Blue Boy. En 1882, Napoléon Sarony exécute un portrait photographie d'Oscar Wilde, habillé en Blue Boy et prenant peu ou prou la même pose que le modèle.
Il fait partie des 1 001 tableaux qu'il faut avoir vus dans sa vie[17].
Notes et références
- ↑ (en) Susan Sloman, « Gainsborough’s Blue Boy. Obituary », in: The Burlington Magazine, no 155, avril 2013, p. 231-237.
- (en) Matthew Wilson, « Gainsborough's Blue Boy: The private life of a masterpiece », sur www.bbc.com (consulté le )
- ↑ (en) William T Whitley, Thomas Gainsborough, Londres & New York, Smith, Elder & Co. / Charles Scribner, 1915, p. 105.
- ↑ Whitley, 1915, préface, p. vii.
- (en) Juliet Carey, Dress code – decrypting Gainsborough’s dazzling boy portraits, in: Apollo Magazine, 22 janvier 2022.
- (en-US) Katie White, « Thomas Gainsborough's 'Blue Boy' Was Once the World's Most Famous Painting—Here Are 3 Surprising Facts About It », sur Artnet News, (consulté le )
- ↑ Ernst H. Gombrich, L’Histoire de l’art, Paris, Phaidon, coll. « Art et idées », édition de luxe, 2001, p. 32.
- ↑ Eau-forte de John Young reproduite dans le Catalogue of the Pictures at Grosvenor House [1821], — cf. Notice œuvre, catalogue numérisé du British Museum.
- ↑ (en) « Year 1770: In Search of Chitqua », The Royal Academy Summer Exhibition: A Chronicle, 1769-2018.
- ↑ (en) « Nesbitt, John (?1745-1817), of Keston Park, nr. Bromley, Kent. », The History of the Parliament Online.
- ↑ Signalons la traduction de Paul Adolphe Rajon, opérée en 1881 pour la revue L'Art — cf. « The Blue Boy (from the gallery of his grace the duke of Westminster) », catalogue du musée d'Art et d'Histoire, Genève.
- ↑ (en) « Master Jonathan Buttall, The Blue Boy », in: Catalogue de l'exposition Gainsborough, p. 35, item 62.
- ↑ The New York Times, 11 novembre 1921.
- ↑ (en) « Gainsborough’s masterpiece The Blue Boy returns to the UK – exactly 100 years, to the day, since it left », sur www.nationalgallery.org.uk (consulté le )
- ↑ Mary Testa, Histoire de culte : l’album « Serge Gainsbourg - Jane Birkin » ou la naissance d’un couple mythique », Elle, été 2022.
- ↑ (en) Class, gender, and sexuality in Thomas Gainsborough's Blue boy , Yale Center For British Art, 2020.
- ↑ Geoff Dyer et Stephen Farthing, Les 1001 tableaux qu'il faut avoir vus dans sa vie, Paris, Flammarion, 2006, p. 318.
Voir aussi
Liens externes
- (en) Site officiel
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Le projet Blue Boy à la fondation Huntington
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