L'Homme de Naples

L'Homme de Naples
Artiste
Date
Matériau
Dimensions (H × L)
124 × 246,7 cm
Localisation

L'Homme de Naples – en anglais Man from Naples – est un tableau réalisé par le peintre américain Jean-Michel Basquiat en 1982. Exécuté à la peinture acrylique et par collage sur bois, il se présente à la manière d'un mur couvert de graffiti que domine une tête animale rouge. L'œuvre est conservée au musée Guggenheim de Bilbao, au Pays basque, en Espagne[1].

Contexte

En 1982, Basquiat doit effectuer un voyage à Naples, en Italie, dans le cadre de sa première exposition monographique, dans la galerie du marchand d'art Emilio Mazzoli (connu pour avoir financer plusieurs artistes de la Trans-avant-garde, comme Francesco Clemente, Enzo Cucchi ou Sandro Chia). Cependant, l'artiste américain n'a pas apprécié le galeriste et L'Homme de Naples a été produit en réaction à cela[1],[2].

Description

Bien qu'il y a une tête d'animal rouge à la gauche du tableau (qui correspond à la tête d'un cochon), l'œuvre est principalement construit autour des inscriptions qui envahissent la surface. Ces textes, transformant presque le tableau en un palimpseste, sont écrits différemment, soit par la couleur, l'angle de l'écriture, ou le contenu qu'ils proposent. Ces écritures sont répétés et se répondent presque. Des symboles, comme celui du dollar, de la croix ou de la couronne à trois piques, jonchent également la composition. Toute cette idiosyncrasie textuelle se constituent notamment à travers les répétitions, les fautes d'orthographe et les ratures, ce qui fluidifient la signification, la fonction et le registre des textes. Quant au cochon, il présente des dents qui peuvent faire penser à un crâne humain[2].

Interprétation

Le tableau est une critique satirique de Mazzoli. Plusieurs éléments font référence à Modène, sa ville natale. La cité est connu pour son jambon et la porchetta. Mazzoli était par ailleurs un grand mangeur de ces mets. Ce détail est exprimé par les phrases pig selling (vente de cochons), mercanti di prosciutto (marchand de jambon), big pig sandwiches (gros sandwich de cochon) et pork chops (côtes de porc). Ces phrases-là varient divers mets ou métiers liés à la consommation du cochon. Mazzoli, quant à lui, est critiqué par sa gourmandise et sa richesse avec Lavish (sompteux), écrit en lettres capitales, et Fed Lions (lions nourris). En dessous est écrit le même mot mais déformé, Loin (filet), transformant ainsi le consommateur en consommé[1],[2].

C'est sur ce détail que le deuxième aspect principale de l'œuvre apparaît : celui de la commercialisation de l'art et la transformation de l'artiste en marchandise. En effet, Basquiat exprime également sa peur d'une perte d'autonomie artistique et de devenir qu'un simple producteur de tableaux. Les symboles du dollar et du cent, les mots Lira et Lire et la phrase mezzo libra (demi-livre) et la fraction 1/2 - faisant référence à la pesée des marchandises. Il est possible de percevoir Fed Lions dans un sens économique, comme Basquiat l'a déclaré une fois :

C'est comme nourrir les lions. Comme un puits sans fond. Vous pouvez les nourrir toute la journée, ils n'en auront jamais assez.

Ce point de vue est accentué par l'ajout de mot du champ lexical du football, comme Bleachers (gradins), Spectacle et Kick (coup de pied), ainsi que les noms Rome et Naples, qui font référence à l'AS Roma et le SSC Napoli, les équipes de football des deux villes italiennes. Mais en opposition à cette analogie pécuniaire se trouve des associations à la célébrité de Basquiat, qu'il venait d'acquérir en 1982. Il s'approprie l'aphorisme de Jules César "Veni, vidi, vici", qui est répété cinq fois. Cette phrase connu du dictateur est mise en relation avec la couronne à trois pointes, symbole de l'artiste américain et interprété ici comme un sceau d'identification. De plus, deux carrés aux lignes fines à la gauche du tableau - dans lequel est marqué Dopo - peut évoquer les sceaux officiels que Basquiat devait utiliser comme un argument fiscal dans les documents civils. On peut interpréter ces éléments comme une affirmation sarcastique de la validité légale de l'œuvre de Basquiat, à quoi il accepte et refuse cette objectification[1],[2].

Références

  1. « L'Homme de Naples | Musée Guggenheim Bilbao », sur www.guggenheim-bilbao.eus (consulté le )
  2. (es) Colección del Museo Guggenheim Bilbao, Bilbao, TF. Editores, , 535 p. (ISBN 978-84-92441-83-9), p. 172-173

Liens externes

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