L'Homme qui a volé le soleil
| Titre original |
太陽を盗んだ男 Taiyō o nusunda otoko |
|---|---|
| Réalisation | Kazuhiko Hasegawa |
| Scénario |
Leonard Schrader (en) Kazuhiko Hasegawa |
| Musique | Takayuki Inoue |
| Acteurs principaux |
Kenji Sawada Bunta Sugawara Kimiko Ikegami (en) |
| Sociétés de production | Kitty Films |
| Pays de production |
|
| Genre | Film d'action |
| Durée | 147 minutes |
| Sortie | 1979 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
L'Homme qui a volé le soleil (太陽を盗んだ男, Taiyō o nusunda otoko), est un film japonais sorti le 6 octobre 1979, réalisé par Kazuhiko Hasegawa. Produit par Kitty Films et distribué par Tōhō, il constitue le deuxième et dernier long métrage de Hasegawa. Mêlant film d'action, comédie noire et satire politique, l'œuvre réunit Kenji Sawada et Bunta Sugawara dans un récit de tension nucléaire ancré dans le Tokyo des années 1970. Le scénario est coécrit par Hasegawa et Leonard Schrader, frère du cinéaste Paul Schrader.
Boudé par le public à sa sortie, le film est aujourd'hui considéré comme une œuvre majeure du cinéma japonais, est l'un des exemples les plus marquants du cinéma du catastrophe[1].
Synopsis
Makoto Kido (Kenji Sawada) est un professeur de sciences dans un lycée de Tokyo, solitaire, fantasque, et engourdi par la monotonie de son quotidien. Surnommé "Bubble Gum" par ses élèves en raison de sa manie de mâcher constamment du chewing-gum, il promène sur le monde un regard indifférent. Dans son temps libre, il pratique le sport et mène dans son appartement diverses expériences chimiques. On le voit ainsi mettre au point un gaz somnifère qu'il teste d'abord sur son chat, avant de l'utiliser contre un policier qu'il aborde déguisé afin de lui dérober son arme.
Lors d'une sortie scolaire, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale prend en otage le bus de sa classe, exigeant d'être conduit au palais impérial pour rencontrer l'Empereur pour l'interroger au sujet de son fils. L'inspecteur Masuo Yamashita (Bunta Sugawara) neutralise la situation avec l'aide du professeur Kido. Cette première interaction entre Kido et Yamashita laisse sur le professeur une impression : fasciné par le sang-froid et la sympathie qu'il témoigne au preneur d'otage en lui appelant une ambulance, il décide de faire de Yamashita son unique interlocuteur lors de l'exécution de son plan.
En parallèle, Kido nourrit en secret un projet autrement plus ambitieux. Sa fascination pour les bombes atomiques transparaît dans ses cours : il enseigne à ses élèves, en dehors du programme officiel, la chimie des réactions nucléaires ainsi que l'histoire des bombardements atomiques, mentionnant notamment l'essai nucléaire Trinity. C'est cette même obsession qui le pousse à s'introduire dans le centrale nucléaire de Tōkai et dérober un échantillon de plutonium, afin d'entreprendre la fabrication d'une bombe atomique dans son appartement. Dans une scène emblématique, on le voit allongé sur son lit, serrant le plutonium contre lui, avec 9 drapeaux disposés sur le sol : ceux des huit puissances nucléaires en 1979 (les États-Unis, l'Union soviétique, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l'Inde, Israel et l'Afrique du Sud) disposés en cercle autour d'un drapeau blanc frappé du chiffre 9, placé au centre. Ce chiffre devient le pseudonyme qu'il adopte auprès de la police et de Yamashita, se proclamant neuvième puissance nucléaire mondiale.
Maintenant équipé de plutonium, Kido commence la fabrication de la bombe atomique dans son appartement. Sa négligence lors de la fabrication a des conséquences tragiques: son chat meurt après avoir ingéré des déchets de plutonium laissés sans surveillance, et Kido réalise qu'il est lui-même contaminé par les radiations. Il parvient finalement à assembler deux engins : l'un est une véritable bombe atomique, l'autre, d'apparence identique, complètement inoffensive avec une petite quantité de plutonium dedans. Kido, déguisé en femme enceinte, dépose le faux engin dans un lieu public et communique l'emplacement à la police, prouvant ainsi qu'il est en possession d'une véritable bombe atomique.
Utilisant un modulateur de voix, Kido contacte la police anonymement, exigeant que ce soit Yamashita qui mène l'enquête. Avec la menace d'une bombe atomique, Kido, désormais connu de la police sous le nom de "Neuf", formule ses premières revendications: il exige que les matchs de baseball soient diffusés à la télévision sans interruption. Le gouvernement s'exécute. Lors d'une cérémonie de remise de prix pour l'héroïsme dont il a fait preuve lors du détournement, Kido et Yamashita se retrouvent face à face. L'inspecteur, ignorant qu'il parle au terroriste qu'il traque, qualifie l'affaire de « stupide », blessant profondément l'orgueil de Kido.
Dans l'ivresse de ce premier succès, Kido réalise qu'il ne sait pas véritablement ce qu'il veut. Il contacte l'émission de radio animée par Reiko Sawai (Kimiko Ikegami (en)), surnommée "Zero", et lance un appel aux auditeurs pour recueillir leurs revendications. Zero, y voyant une opportunité pour faire le buzz autour de son émission, joue le jeu et formule sa propre demande : un concert des Rolling Stones à Tokyo, le groupe étant interdit par le gouvernement japonais en raison de l'arrestation de Keith Richards pour possession de drogue. Kido décide d'adopter cette exigence, et le gouvernement finit par céder.
Kido et Zero se rencontrent et développent une certaine complicité, jusqu'à ce qu'un baiser révèle à la jeune femme que Kido est en train de mourir due à son exposition radioactive. Kido la jette dans la rivière et disparaît.
Kido formule ensuite une troisième revendication : le versement de cinq cents millions de yens. La police parvient à localiser l'origine de son appel et déclenche une traque. Kido, coincé se réfugie dans des toilettes publiques où il tente de se suicider avec son arme, mais est terrassé par un malaise; les symptômes de la contamination radioactive s'aggravent, il crache du sang. Acculé, Kido négocie avec Yamashita : il révèle l'emplacement de la bombe en échange de sa liberté. Mais une fois relâché, avec l'aide de "Zero", il récupère l'engin des autorités par force. Zero est abattue durant leur fuite.
Le jour du concert des Rolling Stones, Kido se rend sur les lieux avec la véritable bombe. Armé et portant la bombe, Kido confronte Yamashita, révèle qu'il était le terroriste qu'il traquait, et la force vers le toit d'un immeuble voisin. Les deux hommes en viennent aux mains et basculent, tombant du toit de l'immeuble. Kido se rattrape à une ligne électrique et survit ; Yamashita n'est pas aussi chanceux, s'écrase au sol et meurt.
Dans la scène finale, Kido déambule dans les rues de Tokyo, la bombe toujours en sa possession. Des bruits de minuterie se font entendre, l'écran devient noir, et une explosion retentit, laissant le destin de la ville à l'imagination du spectateur.
Fiche technique
- Titre français : L'Homme qui a volé le soleil[2]
- Titre original : 太陽を盗んだ男 (Taiyō o nusunda otoko)
- Réalisation : Kazuhiko Hasegawa
- Scénario : Leonard Schrader (en) et Kazuhiko Hasegawa
- Photographie : Tatsuo Suzuki
- Montage : Akira Suzuki (ja)
- Musique : Takayuki Inoue
- Éclairages : Hideo Kumagai
- Direction artistique : Yoshinaga Yoko'o
- Son : Ken'ichi Benitani (ja)
- Producteurs : Mataichirō Yamamoto (ja) et Kei Ijichi (ja)
- Société de production : Kitty Films
- Société de distribution : Tōhō
- Pays d'origine :
Japon - Langue originale : japonais
- Format : couleurs — 1,85:1 — 35 mm — son mono,
- Genre : film d'action - thriller - film policier
- Durée : 147 minutes[3] (métrage : 4 029 m[3])
- Date de sortie :
Distribution
- Kenji Sawada : Makoto Kido
- Bunta Sugawara : l'inspecteur Masuo Yamashita
- Kimiko Ikegami (en) : Reiko Sawai / Zero
- Kazuo Kitamura (ja) : Tanaka
- Shigeru Kōyama : Nakayama, le secrétaire du Premier Ministre
- Kei Satō : Ichikawa
- Yūnosuke Itō : le kidnappeur
- Morio Kazama : Asai, le producteur de radio
- Yutaka Mizutani (en) : Sato, le policier du kōban
Production
Genèse et développement
Le projet naît d'une idée de Leonard Schrader, scénariste américain et frère du cinéaste Paul Schrader, établi au Japon depuis plusieurs années[4]. Lorsqu’il découvre le concept, Hasegawa, dont la mère était enceinte de lui au moment du bombardement atomique d'Hiroshima, y perçoit une résonance immédiate avec son propre vécu. Ultérieurement, il résume l'idée avec la formule lapidaire : « so stupid, so good »[5]. Il s'agit de son deuxième et dernier long métrage en tant que réalisateur[4].
Un désaccord oppose les deux auteurs sur le dénouement du film : Schrader souhaite supprimer la mort de Kido par empoisonnement radioactif, qu'il juge trop pesant. Hasegawa refuse : « Comment un film sur une arme nucléaire pourrait-il ne pas être pesant ? Il doit être à la fois terriblement lourd et terriblement hilarant, d'une façon jamais imaginée »[5]. Hasegawa est un hibakusha de deuxième génération, il estime que « toute l'humanité est à la fois auteur et victime du crime nucléaire »[1].
Initialement, le film porte le titre La Bombe atomique qui rit , avant que Hasegawa opte pour son intitulé définitif[4].
Attribution des rôles
Le rôle principal échoit à Kenji Sawada, figure incontournable de la pop japonaise surnommée "Julie" par ses admirateurs et régulièrement qualifiée de "David Bowie japonais"[5]. Face à lui, Bunta Sugawara, connu pour ses rôles de yakuza dans la saga Combat sans code d'honneur de Kinji Fukasaku, campe l'inspecteur Yamashita. Le casting réunit ainsi deux acteurs emblématiques de générations opposées : Sawada, figure de la culture pop japonaise d'après-guerre, et Sugawara, représentant d'un Japon plus ancien et de ses codes virils traditionnels[5].
Tournage
Le tournage se déroule en grande partie sans autorisations officielles, sous la protection de groupes nationalistes d'extrême droite[5]. L'équipe investit les rues de Tokyo en conditions réelles, s'insérant notamment dans le cortège d'une manifestation du Parti communiste japonais lors du 1er mai, et tourne en décors réels à la Diète du Japon, au Palais impérial et au grand magasin Shibuya Tokyu[4].
Ancien élève de Shōhei Imamura, Hasegawa recrute le jeune Kiyoshi Kurosawa au poste d'assistant réalisateur. Durant le tournage, ce dernier est interpellé par la police après avoir jeté de faux billets depuis le toit d'un immeuble, provoquant un mouvement de foule[5]. À la demande des autorités japonaises, plusieurs séquences consacrées à la fabrication de la bombe sont retirées au montage, leur précision technique ayant suscité des inquiétudes gouvernementales[5].
Le film sort au Japon le , distribué par Tōhō, puis aux États-Unis le sous l'égide de Kitty Films[6].
Accueil
À sa sortie au Japon le , le film est un échec commercial[6]. Lors de sa sortie aux États-Unis le , la presse américaine se montre peu enthousiaste, certains critiques le jugeant « trop long et quelque peu ridicule »[5].
Le film connaît néanmoins une réévaluation progressive au fil des décennies. En 2009, la revue Kinema Junpō le classe au septième rang des plus grands films japonais de tous les temps[5],[7], puis le couronne en 2018 meilleur film japonais des années 1970, à l'issue d'un vote réunissant 115 critiques et professionnels du cinéma[8]. En 2022, le critique américain Nick Newman l'inscrit dans sa sélection personnelle pour le sondage Sight & Sound des plus grands films de tous les temps, déclarant que « dans un monde juste, ce film serait vu aux côtés des grandes références du cinéma japonais »[9]. Des cinéastes et animateurs japonais de renom, parmi lesquels Satoshi Kon et Shin'ichirō Watanabe, ont publiquement cité le film comme une influence majeure[5].
Distinctions
Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données cinématographiques IMDb, présente dans la section « Liens externes ».
Récompenses
- 1979 : Hōchi Film Awards du meilleur film pour Kazuhiko Hasegawa et du meilleur acteur pour Kenji Sawada[10]
- 1980 : prix Kinema Junpō du meilleur film (choix des lecteurs) pour Kazuhiko Hasegawa[11]
- 1980 : prix du meilleur acteur dans un second rôle pour Bunta Sugawara aux Japan Academy Prize[12]
- 1980 : prix Mainichi du meilleur réalisateur pour Kazuhiko Hasegawa[13]
- 1980 : prix du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Kazuhiko Hasegawa au festival du film de Yokohama[14]
Nominations
- 1980 : prix du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Kazuhiko Hasegawa, du meilleur acteur pour Kenji Sawada, de la meilleure photographie pour Tatsuo Suzuki, des meilleurs éclairages pour Hideo Kumagai, des meilleurs décors pour Yoshinaga Yoko'o et du meilleur son pour Ken'ichi Benitani (ja) aux Japan Academy Prize[12]
Analyse
Kido comme victime et bourreau
Le personnage de Kido incarne ce que le chercheur Eugenio De Angelis qualifie de « désastre nucléaire ambulant » : une menace non pas soudaine et spectaculaire, mais invisible et progressive, qui ronge son hôte de l'intérieur avant de menacer le monde extérieur[1]. Contrairement aux protagonistes des films d'action hollywoodiens, imperméables aux conséquences physiques de leurs actes, Kido subit de plein fouet les effets des radiations : perte de cheveux, crachats de sang, dégradation progressive du corps. Hasegawa fait ainsi du personnage principal à la fois le responsable et la première victime de la menace nucléaire, illustrant sa conviction que « toute l'humanité est à la fois auteur et victime du crime nucléaire »[1].
De Angelis rapproche par ailleurs Kido du personnage de Meursault dans L'Étranger d'Albert Camus : les deux partagent une même distance au monde, un détachement nihiliste face à l'absurde, et une incapacité à saisir pleinement les conséquences de leurs actes[1].
Critique institutionnelle
Le film dresse un portrait sévère des institutions japonaises. Les autorités, confrontées à une menace nucléaire réelle, se révèlent davantage préoccupées par la gestion de l'opinion publique que par le danger lui-même. La police et le gouvernement craignent avant tout de provoquer une panique collective liée à la prise de conscience des risques radioactifs, au point de céder aux exigences les plus absurdes d'un homme seul[1]. Hasegawa, aux positions radicalement anarchistes, tourne en ridicule une classe dirigeante incapable de contenir l'action d'un simple professeur de lycée.
L'atome pacifique
Le film s'attaque au mythe de « l'atome pacifique », promu pendant des décennies au Japon comme une source d'énergie propre et sûre. En montrant qu'un individu ordinaire peut fabriquer une bombe atomique avec des moyens rudimentaires dans son appartement, Hasegawa démontre que la frontière entre usage civil et usage militaire du nucléaire est illusoire[1]. La menace nucléaire n'est pas l'apanage des conflits entre grandes puissances : elle est accessible à quiconque possède les connaissances et la détermination nécessaires.
Style et influences
Sur le plan formel, le film se structure en deux parties aux esthétiques radicalement distinctes. La première moitié adopte un style quasi documentaire, culminant dans la longue séquence de fabrication de la bombe, filmée avec une attention obsessionnelle au détail et sans ellipses, occupant environ un cinquième de la durée totale du film[1]. La seconde bascule vers un registre hypercinétique, influencé par les codes visuels du manga et de l'animation japonaise, multipliant les scènes spectaculaires et les situations à la limite de l'absurde[1].
Ancien élève de Shōhei Imamura, Hasegawa inscrit son œuvre dans une tradition du cinéma japonais indépendant et politiquement engagé[5]. Film Comment note par ailleurs que le film porte en lui « plus d'un peu de Miike », en référence à Takashi Miike, lui aussi formé à l'école d'Imamura[5].
Notes et références
- Eco-disasters in Japanese cinema, Association for Asian Studies, coll. « Asia shorts », (ISBN 978-1-952636-50-9).
- ↑ L'Homme qui a volé le soleil : titre français du film lors de la rétrospective « Le Cinéma japonais » du 19 mars au 29 septembre 1997 au Centre Georges-Pompidou
- (ja) L'Homme qui a volé le soleil sur la Japanese Movie Database.
- (en-US) « The Man Who Stole the Sun », sur Japan Society (consulté le ).
- (en) « Kaiju Shakedown: The Man Who Stole the Sun », sur Film Comment (consulté le ).
- Stuart Galbraith IV, The Toho Studios Story: A History and Complete Filmography, Scarecrow Press, (ISBN 978-1-4616-7374-3 et 979-8-8818-4054-9), p.316.
- ↑ (ja) « 「オールタイム・ベスト 映画遺産200」全ランキング公開 » [« Publication du classement complet des 200 meilleurs films du patrimoine cinématographique de tous les temps »], (version archivée), sur Kinema Junpō (consulté le ).
- ↑ (ja) Natasha Inc, « キネマ旬報が選ぶ1970年代日本映画ベストテン、第1位は「太陽を盗んだ男」 », sur 映画ナタリー (consulté le ).
- ↑ « Nick Newman | BFI », sur www.bfi.org.uk (consulté le ).
- ↑ (ja) « Hōchi Film Awards » (consulté le ).
- ↑ (en) Stuart Galbraith, Japanese Filmography : A Complete Reference to 209 Filmmakers and the Over 1250 Films Released in the United States, 1900 Through 1994, Mcfarland, , 509 p. (ISBN 978-0-7864-0032-4), p. 477.
- (ja) « 3e cérémonie des Japan Academy Prize - (1980年) », sur www.japan-academy-prize.jp (consulté le ).
- ↑ (ja) « 34e cérémonie des prix du film Mainichi - (1979年) », sur mainichi.jp (consulté le ).
- ↑ (ja) « 第1回ヨコハマ映画祭 1979年日本映画個人賞 (version archivée) », sur homepage3.nifty.com/yokohama-eigasai (consulté le ).
Liens externes
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