La Conversion (roman)

La Conversion
Auteur James Baldwin
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Roman semi-autobiographique
Version originale
Langue Anglais
Titre Go Tell It on the Mountain
Éditeur Alfred A. Knopf
Date de parution 18 mai 1953
ISBN 0-440-33007-6
Version française
Traducteur Henri Hell et Maud Vidal
Éditeur La Table Ronde
Lieu de parution Paris
Date de parution 1957
Nombre de pages 259

La Conversion (titre original en anglais : Go Tell It on the Mountain) est un roman semi-autobiographique de James Baldwin paru en 1953. Il est généralement considéré comme l'un des grands romans américains du XXe siècle.

Résumé

Le roman raconte l'histoire de John Grimes, un adolescent intelligent dans le Harlem des années 1930, et sa relation avec sa famille et son église. Le roman révèle également les histoires de la mère de John, de son père biologique et de son beau-père violent et fanatiquement religieux, Gabriel Grimes. Le roman se concentre sur le rôle de l'Église pentecôtiste dans la vie des Afro-Américains, à la fois en tant que source négative de répression et d'hypocrisie morale et en tant que source positive d'inspiration et de communauté.

À travers l'histoire de John, 14 ans, et une série de souvenirs des personnes de sa famille (par analepse), ce roman pose des questionnements moraux, religieux et de liens familiaux chez chacun des personnages, dans le contexte de la ségrégation raciale dans les années 1930[pas clair].

Genèse et publication

Les personnages principaux du roman sont clairement tirés de la propre vie de Baldwin. Né en 1924 à Harlem d'une mère célibataire qui avait quitté le Maryland pour New York, James Baldwin n'a jamais connu son père biologique. Plusieurs années plus tard, sa mère épousa un ouvrier et prédicateur baptiste beaucoup plus âgé, originaire de Louisiane, venu dans le nord en 1919. James Baldwin prit alors le nom de famille de son beau-père et fut élevé comme son fils avec ses nombreux demi-frères et sœurs. Plus tard, il a décrit son beau-père comme « Brooding, silent, tyrannical ... and physically abusive, he was also a storefront preacher of morbid intensity. » (« Sombre, silencieux, tyrannique... et physiquement violent, il était aussi un prédicateur d'une intensité morbide »). Pendant ses années de lycée, mal à l'aise avec son attirance naissante pour les hommes, Baldwin a cherché refuge dans la religion[1]. À l'âge de quatorze ans, il se met lui-même à prêcher et continue pendant plusieurs années[2].

Scott et Violet Arthur et leur famille quittant le Sud des États-Unis, en 1920.

Premier roman publié de Baldwin, Go Tell It on the Mountain s'inspire largement de son expérience personnelle et de celles qui l'entourent pendant son enfance à Harlem, en particulier ceux qui sont venus à Harlem dans le cadre de la grande migration afro-américaine. C'était le résultat de travaux qui ont commencé au moins en 1938[3]. Baldwin a montré une première version du manuscrit au romancier Richard Wright en 1944. Wright a aidé Baldwin à obtenir une avance de Harper & Brothers, mais l'accord n'a pas abouti à la publication.

En , Baldwin envoie à la maison d'édition new-yorkaise Alfred A. Knopf une nouvelle version du manuscrit depuis Paris, où il vit à l'époque. Devant l'intérêt manifesté par Knopf, Baldwin rentre à New York pour le rencontrer[4]. Il accepte alors de réécrire des parties du roman en échange d'une avance de 250 $ (2.551 $ aujourd'hui[Quand ?]) et reçoit 750 $ supplémentaires (7.653 $ aujourd'hui[Quand ?]) à la livraison du manuscrit[4]. Des extraits du roman paraissent dans deux publications : l'un sous le titre « Exodus » dans le magazine American Mercury et l'autre sous le nom de « Roy's Wound » dans New World Writing. Baldwin embarque pour l'Europe le et Go Tell It On the Mountain est publié en [3].

Structure et langage

Go Tell It on the Mountain a une structure non linéaire. L'histoire du roman se déroule sur une période de 24 heures, mais contient des flashbacks étendus qui couvrent une période de plus de 70 ans. Le roman se concentre sur John Grimes (qui a 14 ans), mais la voix narrative change avec les points de vue des personnages, permettant l'accès aux pensées et aux réminiscences de Gabriel, le père adoptif de John, de sa mère Elizabeth et de sa tante Florence[5].

Le roman est divisé en trois parties (« Le septième jour », « La prière des saints » et « L'aire de battage »). La deuxième partie est elle-même subdivisée en trois : « La prière de Florence », « La prière de Gabriel », « La prière d'Elizabeth ». Les première et dernière parties suivent principalement les pensées de John avec des aperçus des pensées des autres, tandis que les sections de la deuxième partie suivent principalement les pensées du personnage dont elles portent le nom[5].

Le rythme et la langage du roman s'inspirent fortement de la langue de la Bible, en particulier de la Bible du roi Jacques. De nombreux passages utilisent les schémas de répétition identifiés par des spécialistes tels que Robert Alter et d'autres comme étant caractéristiques de la poésie biblique[6]. De plus, une grande partie du discours des personnages est mêlée de citations et de références bibliques, ce qui fournit à la fois une note de vraisemblance dans le dialogue mais aussi une couche de symbolisme religieux[7].

Allusions religieuses

Le roman est riche d'allusions et de références bibliques et religieuses[7],[8]. Le titre du roman est tiré d'un negro spiritual du même nom[9] et « chacune des trois parties a un titre et deux épigraphes faisant référence à la Bible ou à des hymnes chrétiens, et chacune des prières de la deuxième partie commence par une citation d'un hymne. »[réf. souhaitée] Le titre de la première partie « Le septième jour » est une référence direct au sabbat biblique, dans le récit de la création du monde par Dieu dans le livre de la Genèse. De même, la troisième partie « L'aire de battage » est une allusion à l'évangile de Matthieu, dans lequel Jean le Baptiste déclare que sur l'aire de battage, Jésus séparera le blé (sauvé) de la paille (non sauvé).

Baldwin inclut des extraits de nombreux spirituals tout au long du roman, mais surtout lorsque John subit sa vision religieuse et que les « saints » de l'église chantent autour de lui, chacun mettant en évidence un aspect particulier du récit. De plus, de nombreux noms de personnages font directement référence à des personnages bibliques. Les critiques ont comparé John à la fois à Jean le Baptiste et à Jean de Patmos qui ont vécu une vision religieuse dans le Livre de l'Apocalypse[7]. La mère de Jean le Baptiste, Élisabeth, l'archange Gabriel, la prophétesse Deborah et la reine juive Esther fournissent également des noms de personnages importants.

Baldwin utilise fréquemment des références bibliques directes, notamment l'histoire de Cham, l'histoire de Moïse conduisant les Israélites hors d'Égypte et l'histoire de la femme de Lot, transformée en statue de sel.

Lieux où se déroule la narration

Jeunes garçons à Harlem en 1933.

Le roman se déroule à New York, principalement à Harlem en 1935. Les flashbacks fournissent des séquences prolongées dans le sud des États-Unis, principalement dans une ville sans nom du sud profond où Gabriel et Florence sont nés, et dans le Maryland où Elizabeth a grandi. Les flashbacks rappellent également des périodes antérieures à Harlem et, dans une moindre mesure, à d'autres endroits de New York.

Dans le roman, la ville de New York représente à la fois la liberté et l'opportunité, en particulier pour Florence et Elizabeth qui échappent à une vie de famille confinée, et pour John qui contemple les opportunités du monde en dehors de Harlem alors qu'il se promène dans Midtown Manhattan. Mais la ville représente aussi la vulgarité et la perdition, en particulier pour Gabriel et à travers lui, pour John. Cette dualité est utilisée pour renforcer les autres conflits du roman, en particulier entre la sainteté et la mondanité et entre John et Gabriel. Pour Elizabeth surtout, mais aussi pour Florence et Gabriel, la promesse de la ville, la promesse qui a poussé la Grande Migration des Afro-Américains du Sud rural vers les villes du Nord, s'est révélée fausse. Elizabeth pense que contrairement au Sud, qui ne promet rien, le Nord promet mais ne donne pas et ce qui est donné peut être retiré en un instant. Bien que la Grande Migration ait conduit à la Renaissance de Harlem et à l'épanouissement de l'art et de la culture, la description de Harlem dans le roman se concentre sur la pauvreté, la violence, l'ivresse et la dépravation sexuelle[5].

Éditions en français

Réception

Dès sa parution Go Tell it on the Mountain rencontre un franc succès[10]. Le roman est généralement considéré comme le meilleur roman de Baldwin et comme l'un des grands romans afro-américains du XXe siècle[11]. En 1998, la Modern Library l'a classé 39e sur sa liste des 100 meilleurs romans de langue anglaise du 20e siècle[12]. L’hebdomadaire Time a placé le roman sur sa liste des 100 meilleurs romans de langue anglaise publiés de 1923 à 2005[13]. L'éditeur Franklin Library l'a inclus dans sa collection « 100 Greatest Masterpieces of American Literature » publiée de 1976 à 1984 à l'occasion du bicentenaire américain[14]. Le roman est régulièrement inclus dans les programmes scolaires des lycées et collèges aux États-Unis. Cependant, sa présence a également suscité la controverse, car il contient des blasphèmes et du sexe explicite[15].

Références

  1. (en) Randall Kenan et Amy Sickels, Lives of Notable Gay Men and Lesbians: James Baldwin, Philadelphia, Chelsea House, (ISBN 9780791028766), p. 34-37
  2. (en) James Campbell, Talking at the Gates, A Life of James Baldwin, (ISBN 9780520381681), p. 10
  3. (en) David Adams Lemming, James Baldwin: A Biography, New York, Alfred Knopf, (ISBN 978-1-62872-438-7), p. 89, 92
  4. Yannick Michel Blec, James Baldwin, Paris, Gallimard, coll. « Folio Biographies », , 320 p. (ISBN 9782072929618, lire en ligne Accès limité), p. 105-120
  5. (en) James Baldwin, Go Tell it on the Mountain, , 254 p. (ISBN 0-440-33007-6, lire en ligne)
  6. (en) Robert Alter, The Art of Biblical Poetry, Basic Books, , 320 p. (ISBN 978-0465022564)
  7. (en) Shirley S. Allen, « Religious Symbolism and Psychic Reality in Baldwin's 'Go Tell It on the Mountain' », CLA Journal,‎
  8. (en) Barbara K. Olson, « "Come-to-Jesus Stuff" in James Baldwin's Go Tell it on the Mountain and The Amen Corner », African American Review, vol. 31, no 2,‎ , p. 295–301 (ISSN 1062-4783, DOI 10.2307/3042466, lire en ligne, consulté le )
  9. (en) Joseph Epstein, The Yale Book of Quotations, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-10798-2), p. 278
  10. Yannick Michel Blec, James Baldwin, Paris, Gallimard, , 320 p. (ISBN 9782072929618, lire en ligne Accès limité), p. 289-301
  11. (en) Lee Daniels, « James Baldwin, Eloquent Writer In Behalf of Civil Rights, Is Dead », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. (en) « 100 Best Novels « Modern Library », sur www.modernlibrary.com (consulté le )
  13. (en) « TIME Magazine - ALL-TIME 100 Novels », sur web.archive.org, (consulté le )
  14. (en) « Franklin Library 100 Greatest Masterpieces of American Literature » (consulté le )
  15. (en) Office of Intellectual Freedom, « Banned & Challenged Classics », Advocacy, Legislation & Issues,‎ (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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