La Fête des masques

La Fête des masques
Auteur Sami Tchak
Pays Drapeau du Togo Togo
Genre Roman
Distinctions Grand prix littéraire d'Afrique noire (2004)
Éditeur éditions Gallimard
Date de parution 2004
ISBN 9789961769324

La Fête des masques est un roman de l'écrivain togolais Sami Tchak[1],. Paru en 2004 aux éditions Gallimard[2], l'oeuvre remporte le Grand prix littéraire d'Afrique noire dans la même année.

Présentation

Résumé

À la suite d'un bref malentendu, un homme frustré, Carlos, commet un meurtre en étranglant à l'issue de leur relation sexuelle Alberta, mère célibataire du jeune Antonio, qui ne demande qu'à être aimée. À partir de ce point central, l'auteur, faisant parler les vivants et les morts, retrace les différents éléments ayant conduit à ce crime[3].

Personnages

  • Alberta : jeune femme victime d'un viol incestueux par son père durant son enfance, elle est la mère célibataire du jeune Antonio. Prostituée, intensément courtisée par les hommes en raison de son corps d'une grande beauté, déçue d'être systématiquement abandonnée, elle rêve d'une relation stable[4].
  • Carlos : principal protagoniste du roman. Issu d'une famille pauvre qui ne parvient à l'aisance que grâce à Carla, sa sœur prostituée, il soufre de multiples frustrations. Marqué par les humiliations constantes de son père et les diktats de sa sœur qui l'a fait se travestir dans son jeune âge , il présente des comportements sadiques et soufre de névrose et d'une homosexualité refoulée, quand il n'endosse pas son personnage féminin sous le nom de Rosa. Amoureux du capitaine Gustavo et jaloux de sa sœur, il rêve de la tuer symboliquement[5].
  • Antonio : fils unique d'Alberta, il souhaite venger sa mère mais au fil du temps manifeste une forte empathie pour Carlos qui lui témoigne son affection. Il finit par tuer ce derniere en le décapitant à coup de machette[6].
  • Carla : sœur de Carlos. Se prostitue auprès des plus hauts notables de la République de « Ce-Qui-Sert-De-Pays ». Exploitée par son père qui endosse le rôle de proxénète, elle accepte de payer ses dépenses, mais en contrepartie prend le rôle de chef de famille et décide tout[7].
  • Le capitaine Gustavo : homme de lettres féru de littérature grecque, il se contente professionnellement d'assurer la sécurité du premier dirigeant du pays, « le Suprême »[8]. Il est l'un des nombreux amants de Carla, et a éprouvé une forte attirance pour Rosa, lorsque Carlos s'était présenté, travesti, sous ce nom[9]. Pour oublier cette attirance et son homosexualité, il finit par épouser Carla[10].

Contexte

Le roman se passe dans un pays non identifié. Les prénoms espagnols peuvent faire penser à l'Amérique latine, les commentateurs y retrouvent certaines composantes sociales rencontrées en Afrique. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une dictature ou d'un pays en forte déliquescence, comme l'attestent le nom utilisé pour la désigner, la République de « Ce-Qui-Sert-De-Pays », et le fort mépris de ses dirigeants envers le peuple[3],[8]. Les nombreuses références (ou l'intertextualité), littéraires ou musicales, sont toutes occidentales[11].

Analyse

La sexualité, omniprésente comme dans tous les premiers romans de Sami Tchak, et en particulier dans Place des fêtes et Hermina, est un crible qui permet d'exposer le destin humain de ses personnages, leurs aspirations et leur frustrations. Le recours au corps, à la sexualité pour dénoncer des mœurs sociales, est aussi une façon de « trouver l’universalité dans l’intimité », un trait commun à un courant de la littérature africaine apparu avec une nouvelle génération d'écrivains au début du XXIe siècle, même si Sami Tchak s'en démarque avec des audaces scripturales et thématiques, en abordant par exemple dans ce roman des tabous tels que l'inceste, la nécrophilie ou la pédophilie[12].

Les masques évoqués dans le titre sont sans rapport avec les masques traditionnels africains ou la fête du même nom. Ils sont les outils utilisés pour cacher les aspects les moins avouables de la personnalité de chacun[11],[13]

Réception

Le livre est couronné par le Grand prix littéraire d'Afrique noire en 2004[14].

Dans les médias, Le Temps, qui en fait un bref compte-rendu, considère que s'il y a beaucoup de dérision dans le livre, l'aspect joyeux du « pessimisme joyeux » annoncé par l'éditeur n'est pas au rendez-vous[11].

Notes et références

  1. WorldCat, « La fête des masques » Accès libre, sur search.worldcat.org (consulté le )
  2. « La Fête des masques », sur Gallimard, (consulté le )
  3. Réassi Ouabonzi, « Sami Tchak : La fête des masques », sur Chez Gangoueus, (consulté le )
  4. Boulingui 2021.
  5. Ndombi Loumbangoye 2016, p. 68-74 ; 82-88.
  6. Ndombi Loumbangoye 2016, p. 92-93.
  7. Ndombi Loumbangoye 2016, p. 141.
  8. Ndombi Loumbangoye 2016, p. 234.
  9. Ndombi Loumbangoye 2016, p. 68-69.
  10. Ndombi Loumbangoye 2016, p. 150.
  11. « Sami Tchak. La Fête des masques - Le Temps », www.letemps.ch,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  12. Ndombi Loumbangoye 2016, p. 12-14.
  13. « Sami Tchak y «La fiesta de las máscaras» » [vidéo], sur Casafrica, (consulté le ), p. 1'20
  14. « Historique du Grand Prix Afrique – ADELF – L’Association des Écrivains de Langue Française » (consulté le )

Bibliographie

  • Ornella Pacelly Ndombi Loumbangoye, Écriture du corps et mythe personnel de l'écrivain. Approche psychocritique de Place des fêtes, Hermina et La fête des masques de Sami Tchak. (thèse de doctorat en littératures comparées et francophones), Université de Limoges, , 320 p. (lire en ligne)
  • Rodrigue Boulingui, « Satire et Postmoderne dans La Fête des masques de Sami Tchak », Djiboul, vol. 1, no 2,‎ , p. 323-342 (lire en ligne [PDF])
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