La Marquise de Salusses

La Marquise de Salusses
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Auteur Charles Perrault
Genre Nouvelle en vers
Éditeur [Veuve Jean Baptiste Coignard, ET, Jean Baptiste Coignard Fils]
Lieu de parution Paris
Date de parution 1691
Chronologie

La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis est une nouvelle en vers de Charles Perrault parue la première fois le . Elle est lue devant l'Académie française par l'Abbé Lavau le et paraît ensuite 28 jours plus tard (date de l'achevé d'imprimer) dans Recueil de Plusieurs Pièces d'Eloquence et de Poésie présentées à l'Académie Française pour les prix de l'Année 1691. Elle est précédée d'un envoi dédicatoire : une lettre en vers à Mademoiselle[1], c'est-à-dire Élisabeth-Charlotte d'Orléans, fille de Monsieur le frère du roi (Louis XIV), le duc d'Orléans ; elle est suivie d'une lettre en prose à Monsieur **, en lui envoyant la Marquise de Salusses. À la suite de son succès dans le Recueil de Plusieurs Pièces d'Eloquence de l'Académie, elle est publiée séparément quelques semaines plus tard, sous forme d'un volume in 12. Cette nouvelle est rattachée aux Contes de ma mère l'Oye, parus en 1697.

Les œuvres en vers de Charles Perrault furent imprimés par la famille Coignard, imprimeurs officiels de l'Académie Française, et du Roi. Jean Baptiste Coignard (père) décéda en 1689. Après cette date son fonds de livres fut utilisé et imprimé par sa veuve et son fils. Son fils Jean Baptiste ("fils") lui succéda, et fut nommé Imprimeur du Roi, ainsi que de l'Académie Française, en cette même année 1689. La Veuve de Jean Baptiste Coignard (Père) édita aussi les ouvrages de son époux car elle avait hérité le fonds de commerce de son mari, et avait octroyé à son fils Jean-Baptiste, un quart du fonds. D'où une certaine confusion dans la datation exacte de certains ouvrages (père ou fils, ou veuve), car l'imprimerie Coignard continuait à utiliser l'appellation "Jean Baptiste Coignard" plusieurs années après sa mort, tout en utilisant indifféremment et en même temps les appellations Jean Baptiste Coignard Fils, ou Veuve Jean Baptiste Coignard.

Histoire

Griselidis raconte l'histoire d'un prince qui épouse une bergère après en être tombé follement amoureux. Cependant, il ne peut s'empêcher de tester sa patience et son amour en la mettant à l'épreuve. Pleine de qualités chrétiennes, elle subira tout jusqu'à ce qu'il la couronne de ses efforts. Perrault voulait ici montrer un modèle féminin de piété.

Résumé

Dans le conte de Perrault, le mari devient un prince ayant épousé une bergère. L'homme est affligé de mélancolie et produit quantité de bile noire, qui lui remonte à la gorge sitôt qu'il serait prêt à reconnaître enfin qu'il partage sa vie avec la plus exquise des femmes. La pauvre femme fait contre mauvaise fortune bon cœur et reste fidèle à son époux, malgré tous les maux que celui-ci lui fait subir. Et finalement, le prince se déclare satisfait de la conduite de son épouse, marie sa fille à l'homme de son choix et tout rentre dans l'ordre. Femme honnête n'est pas rancunière.

Les personnages de Griselidis

Nous pouvons opposer Griselidis, modèle de patience et vertu, au prince, qualifié de cruel et sadique. Ceci relève d'une vision manichéenne. Les personnages sont définis sur le plan social : le prince haut dans la hiérarchie et la petite bergère retirée dans la forêt. Sur le plan physique et moral, les personnages sont extraordinaires. Nous pouvons noter l'extrême beauté de Griselidis et la cruauté du prince. La cruauté du prince apparaît comme un manque de confiance en lui.

Le sens de Griselidis

À travers ce conte, Perrault nous offre un miroir de son époque et en particulier de la haute société, avec notamment une évocation du faste de la vie à la cour ou encore des scènes de noces... Ce conte est également prétexte à une réflexion sur le pouvoir : « des peuples réjouis. La complaisance est telle pour leur prince capricieux qu'ils vont jusqu'à louer son épreuve cruelle.»

Sur le plan moral, nous assistons à une satire des femmes. Au début du conte, le prince les juge superficielles et malhonnêtes, et en même temps, Perrault fait leur apologie à travers la vertu de Griselidis.

Hormis à la toute fin du conte où le prince change brutalement d'attitude, le comportement du prince est caractéristique de la perversion narcissique. Après avoir couvert Grisélédis de preuves affectives et matérielles de son amour, il brise progressivement toute tentative d'échapper à son emprise par la séquestration, la privation de ses biens et de son enfant, le mensonge de la fausse mort de sa fille, la manipulation par l'alternance entre son statut de bergère et de reine, la répudiation illégitime et l'humiliation de préparer de ses mains le lit de sa remplaçante[2].

Autres versions du conte

La trame est tirée de Griselda, dixième conte de la dixième journée du Décaméron de Boccace[3] (1349-1353)[4]. Charles Nisard, dans son Histoire des livres populaires ou de la littérature de colportage[5], rapporte la comparaison que Victor Le Clerc établit avec le lai Le Frêne de Marie de France dans le tome XIX d'Histoire littéraire de la France[6] :

« Le lai du Frêne est incontestablement le type de la célèbre nouvelle à laquelle Boccace a donné pour titre Griselidis. Dans le lai et dans la nouvelle, on voit une femme soumise, obéissante aux ordres de son mari, se résignera n'être plus épouse, et préparer de ses mains le lit même où doit entrer celle qui la remplace. Mais dans le lai de Marie, c'est en Bretagne que se passe la scène ; dans la nouvelle de Boccace, c'est en Lombardie. »

Charles Nisard, dans le même ouvrage, reproduit une autre version du conte[4] : Le Miroir des Dames ou la patience de Grisélédis, autrefois marquise de Saluces, où il est montré la vraie obéissance que les femmes vertueuses doivent leurs maris. Elle est basée sur la première traduction de l'histoire de Boccace qu'il connaisse, imprimée à Lyon en 1546 et qui a pour titre Mirouer des femmes vertueuses. Ensemble la patience de Griseledis par laquelle femmes vertueuses. C'est cette édition qui est reproduite dans la Collection Silvestre. Et la réédition, comme l'original, est illustrée de gravures sur bois. Il en manque un chapitre, l'avant-dernier, où le marquis désabuse enfin sa femme, resté dans la casse du compositeur[5].

Articles connexes

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Charles Perrault

Charles Deulin

Notes et références

  1. Appellations des membres de la Maison de France
  2. Guillemine Chaudoye, Dominique Cupa et Maud Marcovici, « Cruauté et transmission de vie. Les contes de fées de Charles Perrault et des Frères Grimm », Topique, vol. 116, no 3,‎ , p. 179-190 (lire en ligne)
  3. Décaméron, Boccace, Dixième Journée, Nouvelle X (lire en ligne).
  4. Annie Collognat et Marie-Charlotte Delmas, Les Contes de Perrault dans tous leurs états, Éditions Omnibus,
  5. Charles Nisard dans son Histoire des livres populaires ou de la littérature de colportage depuis le XVe siècle jusqu'à l'établissement de la Commission d'examen des livres du colportage (30 novembre 1852), tome II, page 481, chapitre XIV (lire en ligne)
  6. Victor Le Clerc, Histoire littéraire de la France, tome XIX, p. 798-799 (lire en ligne).

Liens externes

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