La Route de l'esclave

Le projet « La Route de l'esclave : résistance, liberté, héritage » est une initiative de l'UNESCO, lancée officiellement en 1994 à Ouidah au Bénin, sur une proposition d'Haïti[1].

Marques de fouet sur le dos de Gordon, esclave ayant fui derrière les lignes de l'Union pendant la guerre de Sécession aux États-Unis (1863).

Principaux thèmes et objectifs

« Le projet de la Route de l'esclave est une initiative hautement ambitieuse, dont la vision s'ancre résolument dans le futur, dans la mesure où elle contribue à long terme à améliorer la compréhension mutuelle et le dialogue interculturel. Le défi du « vivre ensemble » dans nos sociétés multiculturelles implique la reconnaissance du passé et de la mémoire de chaque individu, et, en même temps, le partage d'un patrimoine commun, afin de dépasser les tragédies passées[2] ».

Tandis que le concept de « route » reflète les dynamiques des mouvements de populations, de civilisations et de cultures, celui « d'esclave » se concentre non seulement sur le phénomène universel de l'esclavage mais aussi sur les traites négrières transatlantiques, de l'Océan Indien et transsahariennes.

La Route de l'esclave

Traite transatlantique

On estime à 25 voire 30 millions d'hommes, de femmes et d'enfants, le nombre d'individus déportés et vendus en tant qu'esclaves dans les différents réseaux de traite négrière. Cette supposition exclut ceux qui sont morts à bord des bateaux et au cours des guerres et raids liées à cette traite.

Le département rejoint le programme en 2010. Dix-huit sites répartis sur l'ensemble du territoire sont reliés entre eux, passant des vestiges de sucreries, poterie, indigoteries, caféières, à des lieux d'enfermement, des cimetières, des forts, sans oublier le monument de la Liberté de 1849 à Petit-Canal et le musée Schœlcher de Pointre-à-Pitre [3],[4]

Le port de La Rochelle à la fin du XVIIIe siècle

Les premières traces d'expédition négrière rochelaise apparaissent à la fin du XVIe siècle, cependant son plein essor se situe en 1716 à la suite de l'ouverture de la traite aux particuliers. En 1789, La Rochelle devient le deuxième port négrier français après Nantes. Les négociants rochelais investissent massivement à Saint-Domingue, où ils deviennent planteurs. Ils cherchent à contrôler au maximum la production ainsi que les circuits d'échange des produits coloniaux, tout en plaçant le commerce des esclaves noirs au cœur de leur stratégie commerciale[5].

Les routes de la traite rochelaise

Une expédition négrière pouvait durer de 8 mois jusqu'à 2 ans (la traversée de l'Atlantique prend environ 40 jours). La majeure partie de la durée de l'expédition est consacrée à l'achat d'esclaves en Afrique. Entre 1717 et 1793, lors des 427 voyages dont nous avons une trace dans les archives 130 000 Noirs auraient été transportés par les navires rochelais.

Les personnages acteurs de la traite

L'armateur

Les armateurs sont au cœur du processus de la traite négrière et plus généralement des relations commerciales avec les colonies. À La Rochelle, ils sont environ 70 armateurs, appartenant le plus souvent à des dynasties de marchands comme les Garesché, les Fleuriau, les Richemont, les Rasteau, les Carayon

Le capitaine

L'armateur et le capitaine entretiennent des liens étroits. Il arrive régulièrement qu'un armateur fasse appel au même capitaine pour plusieurs voyages. C'est le cas d'André Bégaud, ancien capitaine de l'armateur Nairac en 1774 et qui accomplit au service de Van Hoogwerff plusieurs opérations à partir de 1777 et jusqu'en 1787 l'année de sa mort.

Déroulement des opérations

Au départ de La Rochelle, le navire négrier se rend en Afrique, dans des zones qui sont préalablement définies par l'armateur ainsi qu'un nombre précis d'esclaves à acheter qui constitueront ce que l'on nomme une “cargaison”.

Le choix des marchandises revêt une importance capitale. Elles sont constituées avec soin en fonction des lieux retenus par l'armateur. On y inclut un grand nombre de produits qui serviront de monnaie d'échange auprès des intermédiaires africains pour acheter des esclaves. On trouve des étoffes (fabriquées dans des ateliers à Nantes et à Rouen), des armes blanches, du tabac, de l'alcool et divers objets de quincaillerie. Selon les circonstances, le capitaine pouvait également acheter des vivres, de la poudre d'or ou encore de l'ivoire.

Le retour à La Rochelle et le bilan financier d'un voyage de la traite

Des produits coloniaux étaient rapportés : café, sucre, coton… Cette marchandise doit être écoulée une fois arrivée à La Rochelle. Ces produits sont des matières premières. Elles doivent ainsi être transformées. Les produits coloniaux enrichissent un ensemble d'acteurs. Par exemple le raffinage du sucre a joué un rôle important dans l'enrichissement de la ville de La Rochelle dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Liste de bateaux négriers rochelais

Liste de bateaux négriers rochelais [6] :

Le navire négrier La Reine de Podor

Pour partir en expédition, il fallait construire un navire ou en acheter un d'occasion. La reine Podor est construite en 1784. Les bateaux utilisés pour le trafic négrier servaient aussi généralement pour faire du commerce ou de la pêche. Ils pouvaient donc avoir plusieurs fonctions, ce qui est le cas pour La Reine de Podor qui servit aussi au commerce.

Gravure d'une captive

La Reine de Podor a quitté le port de La Rochelle le pour aller en Afrique puis à Saint-Domingue. Le Capitaine Gauvin accoste au Sénégal, le . Il quitte le navire pour aller chercher des esclaves. Quant à son second, Vincent Polony, il reste sur le navire pour s'occuper des marchandises à vendre.

Avant d'embarquer les Africains, ils sont marqués au fer rouge ce qui les réduisait à vie à leur statut d'esclave. Du Sénégal ils partent à Saint-Domingue. Durant la traversée du navire, une révolte des esclaves eut lieu. Claude Vincent Polony, dans un écrit L'Histoire des services à la mer dans les ports raconte cette révolte. Un lieutenant et trois autres marins ont été jetés à l'eau. Pour mater la répression, Claude Polony a dû sacrifier quelques esclaves bien qu'il voyait en eux toute sa fortune. D'autres esclaves ont été punis en étant marqués par un fer à cheval. Une fois arrivés à Saint-Domingue les esclaves sont vendus. Le navire rentre en France en après un voyage de 17 mois.

L'Histoire particulière d'une esclave

Dans le journal de Claude-Vincent Polony on retrouve la trace d'une esclave embarquée en 1784 sur le navire Les Trois Frères lors d'une expédition le long des côtes de l'Angola dans la rade de Gabinde. L'une des captives, de par son aisance et sa fierté se distingue aux yeux de tous. Son attitude pique la curiosité de Polony qui décide de trouver un interpréte pour communiquer avec elle. Elle accepte alors de faire le récit de sa vie. Issue d'une lignée d'aristocrate et réduite deux fois en esclavage à la suite de conflits, elle est amenée sur la côte avec son mari déchu, une partie de ses servantes et de ses amis pour être vendue comme esclave[7].

Traite dans l'Océan indien

Les sociétés de l'Océan Indien, incluant les Comores, Madagascar, l'île Maurice, La Réunion, les Seychelles se sont formées à des moments différents par d'anciennes traites d'esclaves et les différentes migrations de populations originaires d'Afrique, d'Asie et d'Europe.

Archéologie sub-aquatique

Le projet intitulé L'Utile…1761, Esclaves oubliés, comprend un volet de recherche archéologique sub-aquatique concernant un bateau qui a fait naufrage sur l'île Tromelin, abandonnant son chargement d'esclaves en provenance de Madagascar sur l'île.

Traite dans le monde arabo-musulman

Résistances et abolitions

Vote de la loi d'or abolissant l'esclavage au Brésil (1888).

Abolitionnistes majeurs :

Commémorations

  • Journée internationale en souvenir des victimes de l'esclavage et de la traite négrière transatlantique (25 mars)[8],[9]
  • Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition ()
  • Journée internationale de l'abolition de l'esclavage ()

Formes contemporaines d'esclavage

Annexes

Références

  1. « Route de l'esclave », sur unesco.org (consulté le ).
  2. Prononcé par Mme Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO, à l'occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, 23 août.
  3. Matthieu Dussauge, Les Patrimoines de la traite négrière et de l'esclavage, dans Le Patrimoine de la Guadeloupe, éditions Hervé Chopin, 2019, p. 93
  4. https://ekladata.com/LDtS6sfi_9eBNZmff2Pismyj93c/route_de_lesclave_livret.pdf
  5. Archives Départementales de la Charente Maritime, « Le commerce triangulaire et la traite négrière rochelaise », (consulté le ).
  6. DEVEAU Jean-Michel, La traite rochelaise, Paris, Éditions Karthala, , p.161-169.
  7. Archives Départementales de la Charente Maritime, « Exposition Virtuelle, La traite négrière rochelaise au XVIIIe siècle », (consulté le ).
  8. « Mémorial permanent en souvenir des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves » [PDF], sur un.org (consulté le ).
  9. « Contexte », sur un.org (consulté le ).

Liens externes

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