Laura (film, 1944)
| Titre original | Laura |
|---|---|
| Réalisation | Otto Preminger |
| Scénario |
Jay Dratler Samuel Hoffenstein Elizabeth Reinhardt Vera Caspary (roman) |
| Acteurs principaux |
Gene Tierney Dana Andrews Clifton Webb |
| Sociétés de production | Twentieth Century Fox |
| Pays de production |
|
| Genre | Film noir |
| Durée | 83 min |
| Sortie | 1944 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Laura est un film noir américain en noir et blanc réalisé par Otto Preminger, sorti en 1944.
Par sa construction en flashback et son mélange de genres, « entre thriller et dissection des âmes », Laura est un classique du film noir de l’Âge d'or d'Hollywood, l’un des plus populaires et des plus complexes. «Le film lança également la carrière d’Otto Preminger et fit de l'actrice Gene Tierney un fantasme pour les cinéphiles»[1].
En 1999, le film a été inscrit au National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, en raison de son « importance culturelle, historique ou esthétique »[2].
Synopsis
Le film s'ouvre sur la phrase : « I shall never forget the week-end Laura died » (en français : « Je n'oublierai jamais le week-end où Laura est morte »)[3].
Une jeune femme, Laura Hunt, qui travaillait dans la publicité, a été découverte abattue d'une décharge de chevrotine en plein visage dans l'entrée de son appartement. Le lieutenant Mark McPherson enquête auprès de ses proches, principalement Waldo Lydecker, un journaliste et critique à la plume acide, qui a fait de Laura une femme du monde, et Shelby Carpenter, un Adonis sans le sou qu'elle devait épouser. Au fil de ses recherches, où il apprend à la connaître au travers des témoignages, de la lecture de ses lettres et de son journal intime, et subjugué par un tableau qui la représente, l'inspecteur tombe sous le charme de la défunte Laura...
Fiche technique
- Titre : Laura
- Réalisation : Otto Preminger (et Rouben Mamoulian, renvoyé, non crédité au générique)
- Production : Otto Preminger pour la Twentieth Century Fox
- Scénario : Jay Dratler, Samuel Hoffenstein et Elizabeth Reinhardt, d'après le roman de Vera Caspary (1943)
- Musique : David Raksin
- Photographie : Joseph LaShelle (initialement Lucien Ballard), Lucien Ballard (non crédité)
- Montage : Louis Loeffler
- Direction artistique : Lyle Wheeler et Leland Fuller
- Costumes : Bonnie Cashin
- Distribution : Twentieth Century Fox
- Pays de production :
États-Unis - Format : noir et blanc - 1,37:1 - 35 mm - son : Mono (Western Electric Recording)
- Langue : Anglais
- Genre : Film noir
- Durée : 83 min
- Dates de sortie :
- États-Unis : (première à New York)
- États-Unis : (sortie nationale)
- France :
- Affiche : Constantin Belinsky (France)
Distribution
_trailer_9.jpg)
- Gene Tierney (VF : Madeleine Duhau) : Laura Hunt
- Dana Andrews (VF : Guy Darvey) : Lieutenant Mark McPherson
- Clifton Webb (VF : Gérard Férat) : Noël Lydecker (VO : Waldo Lydecker)
- Vincent Price (VF : Gérald Castrix) : Robert Carpenter (VO : Shelby Carpenter)
- Judith Anderson (VF : Germaine Bredy) : Anne Treadwell
- Acteurs non-credited (par ordre alphabétique)
- Dorothy Adams (VF : Suzie Ledret) : Bessie Clary, la servante de Laura
- Lane Chandler : Un inspecteur
- Clyde Fillmore : Le patron de l'agence Bullitt & Co
- James Flavin : L'inspecteur McEveety
- Kathleen Howard : Louise, la cuisinière d'Anne
- Aileen Pringle : Une femme (rôle indéterminé)
- Larry Steers : Un homme dînant avec Laura
Production
Réalisation
La réalisation du film fut d'abord confiée à Rouben Mamoulian, Otto Preminger étant producteur[4]. Mais les désaccords entre les deux hommes furent rapidement tels que Preminger renvoya Mamoulian, fit appel à un nouveau directeur de la photographie alors débutant, Joseph LaShelle, et reprit le tournage à zéro.
Cinq auteurs ont travaillé sur le scénario : Jay Dratler, Ring Lardner Jr., Samuel Hoffenstein, Betty Reinhardt et Jerome Cady. Seuls Jay Dratler, Samuel Hoffenstein et Betty Reinhardt sont finalement crédités au générique[5].
Darryl F. Zanuck, initialement opposé au projet, imposa à Preminger de retourner la fin : dans la nouvelle version, il était soudain révélé que le personnage de Lydecker avait seulement imaginé toute l'histoire. Lors d'une projection privée de la version Zanuck, le critique Walter Winchell jugea la fin médiocre et conseilla au producteur de la modifier. Zanuck admit s'être fourvoyé et autorisa Preminger à réintroduire la fin initiale, plus dramatique, et celle aujourd'hui connue.
Par rapport à la version Zanuck, la version initiale ne change pas foncièrement le déroulement final (l'assassin est toujours le même), mais elle resserre le dénouement dans un même lieu (l'appartement de Laura) et insuffle une meilleure dimension narrative (focalisation sur la pendule, chronique radio de Lydecker) et tragique.
Le tableau de Laura dans le film a été peint à l'origine, par Azadia Newman, l'épouse de Rouben Mamoulian[4]. Cependant, l'œuvre fut par la suite remplacée par une photographie de Gene Tierney par Frank Polony peinte à la main[6].
Distribution
Le rôle de Laura fut d'abord proposé à Jennifer Jones qui le refusa, puis à Hedy Lamarr, qui déclara par la suite qu'elle aurait accepté si on lui avait présenté la partition au lieu du scénario. Preminger aurait apparemment insisté pour donner le rôle à Gene Tierney[6].
Clifton Webb, jugé trop maniéré et désuet, fut d'abord refusé par Darryl F. Zanuck, patron de la Fox Qui lui préférait Laird Cregar[6]. Preminger insista et obtint gain de cause, permettant à Webb de tourner son premier film depuis l'avènement du parlant, et d'être nommé aux Oscars.
Bande sonore
Le thème musical devait être initialement Sophisticated Lady de Duke Ellington. C'est une lettre de rupture de son épouse qui inspira à David Raksin, la mélodie lancinante, thème musical du film. Le thème Laura sera repris par de nombreux jazzmen et devient un standard du jazz[7].
Accueil
Critique
Laura est considéré comme l'un des grands classiques du cinéma dans le genre film noir[4] et cinéma criminel[8].
Pour Marianne Spozio du site aVoir-aLire.com, le film est « le summum du film noir et, surtout, une magistrale illustration de l'ambiguïté des rapports humains.[...] Preminger signe ici un film dont on ne se lasse pas, qui se bonifie à chaque vision. Un chef-d’œuvre d'une extrême richesse, plein d'ambiguïtés, d'un noir bien plus pathétique, dépravé et diabolique qu'un classique mystery picture »[9].
Pour Ilan Ferry du site Écran Large, le film est « l'un des 10 films noirs à avoir vu dans sa vie. Quant à Gene Tierney, rarement une actrice aura été aussi belle et fascinante à l'écran »[9].
Box-office
À l'issue de son exploitation en salles, le film réalise 2 millions de dollars de recettes, pour un budget à peine supérieur à 1 million[4].
Distinctions
Récompense
Nominations
Autour du film
« Pour ce qui est de ma performance personnelle dans ce film, je n’ai jamais eu le sentiment de faire beaucoup mieux qu’une prestation réussie. Je suis contente que le public continue de m’identifier à Laura plutôt que de ne pas m’identifier du tout. L’hommage va, je crois, au personnage – cette Laura, créature de rêve – plus qu’à mon éventuel talent d’actrice. Je ne dis pas cela par modestie. Nul d’entre nous, qui fut impliqué dans ce film, ne lui prêta à l’époque la moindre chance d’accéder au rang de classique du mystère, voire de survivre à une génération »
— Citation de Gene Tierney, dans le livre de Gene Tierney et Mickey Herskowitz, Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma…, Ramsay, coll. « Poche Cinéma », 2006.
Suites et reprises
Le film a connu deux remakes à la télévision : le premier en 1955 comme élément de la série The Twentieth Century-Fox Hour, réalisé par John Brahm, avec George Sanders dans le rôle de Lydecker ; le deuxième en 1962 pour la télévision allemande, réalisé par Franz Josef Wild.
L'intrigue d'un homme qui tombe amoureux d'un personnage qu'il n'a pas connu, et sur lequel il enquête, a inspiré également le film français Poupoupidou (2011) de Gérald Hustache-Mathieu.
La série télévisée Twin Peaks (1990) de Mark Frost et David Lynch, où l'intrigue tourne autour de la mort du personnage de Laura Palmer et la curieuse relation la liant à l'agent Cooper chargé de l'enquête, est également inspirée par ce film[10].
Notes et références
- ↑ Olivier Rajchman, « “Laura”, sur Arte : un bijou noir serti par l’âge d’or de Hollywood », Télérama, .
- ↑ (en) « Liste du National Film Registry », sur loc.gov (consulté le )
- ↑ « Ce soir à la TV : ce film fait partie des 10 plus grands films à énigme de l'histoire du cinéma », Pierre Siclier , cineserie.com, 26 février 2024.
- Corentin Palanchini, « 4,2 sur 5 : Laura est un chef-d'œuvre, mais le réalisateur a été changé en plein tournage ! », sur Allociné, .
- ↑ Jacques Lourcelles, cité par Patrick Brion dans Le film noir : l'âge d'or du film criminel américain d'Alfred Hitchcok à Nicholas Ray, 1992, « Laura : scénario d'un scénario », Spécial Preminger, L'Avant-scène Cinéma, nos 211/212,
- Patrick Brion, Le Film noir : l'âge d'or du film criminel américain, d'Alfred Hitchcock à Nicholas Ray, Paris, France, La Martinière, (ISBN 2-09-240115-7), p. 75-81
- ↑ Jean-Tristan Richard, Les standard du jazz, L'Harmattan, 2021, 478 p. (ISBN 978-2-343-21996-7), p. 251
- ↑ Roy 2007, p. 76
- « Critiques Presse pour le film Laura », Allociné (consulté le 27 février 2024).
- ↑ « Chacun construit son "Twin Peaks" », Télérama (consulté le )
Voir aussi
Bibliographie
- Henri Agel, Romance américaine, Éditions du Cerf, , 191 p. (lire en ligne), chap. II (« Laura »), p. 87 et suivantes
- Jacques Lourcelles, Otto Preminger, Seghers, , 192 p. (lire en ligne), « Laura », p. 5, 15, 17, 28, 42, 105-106, 120, 145, 159
- [Roy 2007] André Roy, Dictionnaire général du cinéma, Montréal, Les Éditions Fides, , 517 p. (ISBN 978-2-76-212787-4, lire en ligne), « Cinéma criminel », p. 76.

Liens externes
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Portail du cinéma américain
- Portail des années 1940




