Laurence S. Kuter

Laurence S. Kuter
Biographie
Naissance
Décès
(à 74 ans)
Naples
Sépulture
United States Air Force Academy Cemetery (en)
Surnom
Larry
Nationalité
Formation
Académie militaire de West Point (jusqu'au )
Air Corps Tactical School (en) (jusqu'au )
Activités
Autres informations
Arme
Grade militaire
Conflit
Distinctions
Vue de la sépulture.

Laurence Sherman Kuter, né le à Rockford (Illinois) et mort le , est un officier général des United States Army Air Forces puis de l’United States Air Force. Il joue un rôle important dans l’élaboration de la doctrine du bombardement stratégique et dans l’organisation des forces aériennes américaines pendant la Seconde Guerre mondiale et au début de la guerre froide.

Biographie

Formation et débuts de carrière

Photo noir et blanc. Portrait d'un jeune homme en uniforme.
Laurence Kuter en 1927, à l'Académie de West Point.

Laurence Sherman Kuter naît à Rockford, dans l’Illinois, le . Il est diplômé de l’Académie militaire de West Point le [1].

Le sous-lieutenant Kuter est d’abord affecté à la batterie D du 2e bataillon du 76th Field Artillery Regiment (en) au Presidio de Monterey (Californie). Il y exerce officiellement toutes les fonctions d’officier de batterie à l’exception du commandement de l'unité. En , sa demande de bénéficier d'une formation au pilotage est acceptée et il obtient son brevet de pilote de bombardier en après avoir suivi des cours sur les bases aériennes de Brooks Field et de Kelly Field (Texas)[1].

Il est ensuite affecté comme officier en charge des opérations au 49th Bombardment Squadron (en), appartenant au 2nd Bombardment Group (en), à Langley Field, en Virginie. Un mois plus tard, il est transféré officiellement dans l’United States Army Air Corps. Durant son affectation à Langley Field, il se classe deuxième lors de la compétition annuelle de bombardement de l’Air Corps[1].

Entre-deux-guerres et développement de la doctrine du bombardement stratégique

En , Kuter devient officier des opérations de la 2nd Bombardment Wing et officier adjoint des opérations de la base de Langley Field. Durant cette période, il vole en position d’ailier dans la patrouille acrobatique du capitaine Claire Lee Chennault, connue sous le nom de The Flying Trapeze[1].

Il joue ensuite un rôle important dans le développement opérationnel du Boeing B-9 Death Angel, le premier bombardier monoplan entièrement en métal (qui n'est cependant produit qu'à 7 exemplaires). Kuter est ensuite sélectionné pour suivre les cours de l’Air Corps Tactical School (en) à Maxwell Field, en Alabama. Il en sort premier de sa promotion au printemps et est maintenu à l’école comme instructeur en aviation de bombardement[1].

À cette époque, l’école commence à élaborer la doctrine du bombardement stratégique en vue des conflits futurs, alors que la planification militaire n'avait jusque là envisagée que des rôles défensifs et de support pour l'aviation. Dans ses conférences sur le sujet, le capitaine Kuter évoque la possibilité d’une force aérienne de 10000 bombardiers, perspective alors jugée très ambitieuse[1].

Les idées que Kuter développe à l’Air Corps Tactical School influencent son affectation suivante à la division des opérations et de l’entraînement de de l'état-major du Département de la Guerre, où il est nommé le grâce à une expérimentation lancée par le général George C. Marshall, qui devient chef d’état-major du Département de la Guerre ce même jour et décide d’affecter à titre expérimental de jeunes officiers aviateurs au sein de l’état-major général, ainsi que des officiers n'étant pas diplômé du Command and General Staff College. Kuter remplit ces deux critères[1].

Seconde Guerre mondiale

Au début de , Laurence Kuter participe à plusieurs projets d’extension de l’Air Corps et figure parmi les quatre principaux auteurs du plan fondamental d’emploi de la puissance aérienne pendant la Seconde Guerre mondiale (dans le cadre de la division de planification de la guerre aérienne de l'état-major général). Ce plan est notable dans la mesure où, chose rare, il a été appliqué presque sans modification durant la guerre, grâce à l'intégration des forces américaines dans l'offensive de bombardement combinée alliée[1].

En , Kuter (parvenu au grade de major) est nommé secrétaire adjoint de l’état-major général du Département de la Guerre. Après avoir participé, au sein d’un comité de trois membres, à la réorganisation du Département de la Guerre, il est promu lieutenant-colonel le puis brigadier général le à seulement 36 ans. En , il est transféré au quartier général des United States Army Air Forces comme chef adjoint de l'état-major du général Henry Arnold, le commandant des forces aériennes. Ces promotions fulgurantes attirent l'intérêt du public: Kuter n'a même pas été lieutenant-colonel pendant un mois entier, a sauté complètement le grade de colonel, et est le plus jeune général de l'armée américaine depuis William Tecumseh Sherman pendant la guerre de Sécession. L'autre général le plus jeune après Kuter a dix ans de plus que lui[1].

Théâtres européens et africains

Photo noir et blanc décontractée de quatre hommes dans divers uniformes.
Les commandants des forces aériennes alliées sur le front méditerranéen, de gauche à droite: Arthur Coningham, Carl A. Spaatz, Arthur Tedder et Laurence Kuter.

En , Kuter est envoyé prendre la tête de la 1st Bombardment Wing, rattachée à la Eighth Air Force, basée à Brampton Grange en Angleterre. Lorsqu’il en prend le commandement, il trouve quatre groupes de B-17 Flying Fortress en sous-effectifs et opérant séparément plutôt qu'en une escadre organisée. En se basant sur ses théories, il réorganise son escadre et réussit à en faire une force de combat efficace: en regroupant les groupes de bombardement dans des formations plus importantes, il limite les pertes humaines en assurant une meilleure défense et obtient de meilleurs résultats de bombardement[1].

En , il est transféré en Afrique du Nord pour devenir le commandant en second de la Northwest African Tactical Air Force (en), sous les ordres du maréchal britannique Arthur Coningham. Durant la campagne de Tunisie, de nouveaux concepts d’emploi de l’aviation de bombardement tactique sont développés et les règlements de l’Air Corps sont révisés en conséquence. Les changements introduits durant le service de Kuter constituent par la suite une base doctrinale la puissance aérienne tactique de l’United States Air Force[1].

Pendant cette campagne en Tunisie, le général Henry H. Arnold ordonne que Kuter soit rappelé du théâtre méditerranéen le jour de la capitulation du maréchal Erwin Rommel. En , il retourne donc au quartier général de l'USAAF à Washington pour devenir chef adjoint de l'état-major d'Arnold, en charge de la planification et des opérations de combat[1].

Guerre du Pacifique

Photo noir et blanc d'un groupe d'hommes attablés, en costume ou en uniforme.
Délégation américaine à la conférence de Yalta. Laurence Kuter est à l'extrême gauche, regardant vers le photographe.

Durant cette période, les plans de l’offensive aérienne contre le Japon atteignent un stade permettant la création de l’United States Strategic Air Forces in the Pacific. Ce quartier général est établi au Pentagone sous le commandement direct du général Arnold. Kuter en devient chef d’état-major et chef adjoint chargé des plans, notamment en relation avec la Twentieth Air Force et, lors de son déploiement dans le théâtre du Pacifique à la fin de la guerre, avec la Eighth Air Force[1].

En , Kuter est promu major général. Entre et , il participe aux conférences des chefs d’état-major alliés organisées notamment à Québec, à la conférence du Caire et à Londres. Lorsque le général Arnold tombe gravement malade, Kuter est désigné pour le représenter aux conférences de Yalta et de Malte. Il relate ces expériences dans son ouvrage An Airman at Yalta, publié en . En , il est envoyé dans les îles Mariannes comme commandant adjoint de l'USAAF pour la zone de l’océan Pacifique et participe à la conduite des dernières opérations contre le Japon[1].

Photo couleur de trois hommes assis, entouré d'un grand nombre de militaires de haut-rang.
Photographie des dirigeants alliés à la conférence de Yalta. Laurence Kuter est visible, debout, entre Roosevelt et Staline.

Après-guerre et carrière dans l’US Air Force

Développement de l'aviation civile

À la fin de la guerre dans le Pacifique, Kuter reçoit l’ordre de retourner au quartier général de l’United States Air Force en passant par l’Europe. À Paris, il reçoit cependant un nouvel ordre lui demandant de revenir par les Philippines, Guam et Okinawa afin de prendre le commandement des forces de transport aérien chargées d’acheminer le général Douglas MacArthur et ses troupes d'occupation vers le Japon[1].

Au cours de l’année suivante, il regroupe trois divisions de l’Air Transport Command pour former l’Atlantic Division, dont il devient le commandant. À ce poste, il représente l’US Air Force à la conférence aéronautique bilatérale États-UnisRoyaume-Uni aux Bermudes, qui régit le transport aérien civil entre les deux pays, et participe aux négociations d’un accord avec le Portugal permettant l’utilisation par l’US Air Force de la base aérienne de Lajes dans les Açores[1].

En , Laurence Kuter est nommé par décret présidentiel représentant des États-Unis au Conseil intérimaire de l’Organisation de l’aviation civile internationale provisoire à Montréal. Un an plus tard, il est reconduit dans ses fonctions lorsque l’organisation devient permanente. Durant cette période, il participe à d’importantes conférences internationales pour l'organisation de l'aviation civile, notamment à Londres, Le Caire, Lima et Rio de Janeiro[1].

Le président Harry S. Truman le propose ensuite pour la présidence du Bureau de l'Aviation Civile. Toutefois, dans un contexte où plusieurs militaires ont récemment été nommés à des postes civils importants et alors que le général Dwight D. Eisenhower apparaît comme une possible figure politique, une commission du Sénat des États-Unis refuse de confirmer la nomination d’un autre officier en activité. Il est indiqué que Kuter devrait démissionner de l’armée pour accepter ce poste. Préférant rester dans l’Air Force, il demande le retrait de sa nomination[1].

Military Air Transport Service et fin de carrière

En , Laurence Kuter est désigné commandant du futur Military Air Transport Service (MATS), qui fusionne les services de transport aérien de la Navy et de l'Air Force. Le commandement démontre rapidement son efficacité lors du blocus de Berlin en 1948-1949, en ravitaillant la ville grâce à un ambitieux pont aérien. Deux ans plus tard, les ressources mondiales du MATS sont engagées dans le soutien aux opérations de la guerre de Corée. Dans le même temps, le commandement de Kuter développe largement l’évacuation aérienne des blessés[1].

En , Laurence Kuter est promu lieutenant général et, en , devient chef adjoint en charge du personnel à l'état-major de l’US Air Force. À ce poste, il lance plusieurs initiatives, menées en coopération avec les responsables du personnel des autres forces armées, qui aboutissent quatre ans plus tard à une législation augmentant la solde et améliorant l’attractivité des carrières militaires[1].

En , il prend le commandement de l’Air University à la base aérienne de Maxwell. Kuter est promu général le , alors qu’il est en vol vers Tokyo pour prendre le commandement des Far East Air Forces. Dans ces fonctions, il constate que la mobilité des forces américaines dans la région est limitée par l’existence de deux commandements majeurs dans le Pacifique : le Far East Command basé à Tokyo et le Pacific Command basé à Hawaï. Les unités aériennes étant réparties entre ces deux commandements, leur redéploiement nécessite l’accord de plusieurs autorités militaires. Estimant que la rapidité de décision et de mouvement est essentielle à l’ère des avions à réaction, Kuter formule des recommandations visant à réformer ce système. Son étude est utilisée comme position officielle de l’US Air Force devant le Comité des chefs d'état-major interarmées et conduit au regroupement des deux commandements et à l'organisation des forces aériennes américaines dans le Pacifique dans leurs formes modernes[1].

Selon des documents déclassifiés au début des années 2000, Laurence Kuter a fait partie des officiers de l'US Air Force qui ont recommandé au président Eisenhower d'employer des bombes nucléaires contre la Chine au cas ou la deuxième crise du détroit de Taïwan dégénèrerait et où la Chine communiste bloquerait le détroit. Eisenhower s'oppose à ses recommandations et préfère ne considérer que des bombardements conventionnels[2]. A titre personnel, Kuter regrette après cet épisode que « l'armée n'avait pas réussi à convaincre les autorités civiles de la nécessité pour les forces américaines d'être libres d'utiliser des bombes nucléaires dès le début de tout conflit. »[2]. En cela, il va à l'encontre de la position officielle de l'US Air Force, qui convient que des considérations politiques et diplomatiques empêchent d'utiliser directement des armes nucléaires en cas de conflit[2]. Après cet épisode, Laurence Kuter est nommé commandant en chef du NORAD de 1959 à 1962, année de sa retraite. Outre trois distinctions de la Distinguished Service Medal, Kuter a reçu au cours de sa carrière la Legion of Merit, la Bronze Star Medal, la Croix de Guerre avec palme, la Légion d'honneur, ainsi que le rang de commandeur honoraire de l'Ordre de l'Empire britannique[1].

Laurence Kuter meurt le à Naples, en Floride, à l'âge de 74 ans.

Références

  1. US Air Force.
  2. (en-US) Walter Pincus, « Eisenhower Advisers Discussed Using Nuclear Weapons in China », www.washingtonpost.com,‎ (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

  • (en) Wesley Frank Craven et James Cate, The Pacific: Matterhorn to Nagasaki, June 1944 to August 1945, vol. V, Chicago, University of Chicago Press, coll. « The Army Air Forces in World War II », , 3–178 p. (lire en ligne [archive du ])
  • Dr Robert O. Fogerty, Biographical Data on Air Force General Officers, vol. II, Maxwell Air Force Base, Alabama, Air University, (OCLC 166883913  , lire en ligne [archive du ])
  • (en) Brian D. Laslie, Architect of air power: General Laurence S. Kuter and the birth of the US Air Force, University Press of Kentucky, (ISBN 978-0-8131-6998-9 et 978-0-8131-7404-4)
  • (en) US Air Force, « General LAURENCE S. KUTER », sur https://www.af.mil/ (consulté le )

Liens externes

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