Leïla Shahid

Leïla Shahid
ليلى شهيد
Illustration.
Leïla Shahid en 2015.
Fonctions
Représentante de Palestine en Belgique

(9 ans)
Président Mahmoud Abbas
Successeur Abdul Rahim al-Farra
Déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne

(9 ans)
Président Mahmoud Abbas
Successeur Abdul Rahim al-Farra
Ambassadrice de Palestine au Luxembourg

(9 ans)
Président Mahmoud Abbas
Déléguée générale de Palestine en France

(12 ans)
Président Yasser Arafat
Prédécesseur Ibrahim Souss
Successeur Hind Khoury
Représentante permanente de la Palestine auprès de l'UNESCO

(3 ans)
Président Yasser Arafat
Prédécesseur Omar Massalha
Représentante de l'OLP au Danemark

(1 an)
Président Yasser Arafat
Représentante de l'OLP aux Pays-Bas

(3 ans)
Président Yasser Arafat
Prédécesseur Afif Safieh
Successeur Youssef Habab
Représentante de l'OLP en Irlande

(1 an)
Président Yasser Arafat
Prédécesseur Eugene Makhlouf
Successeur Youssef Allan
Biographie
Nom de naissance Leïla al-Husseini Shahid
Date de naissance
Lieu de naissance Beyrouth (Liban)
Date de décès (à 76 ans)
Lieu de décès Lussan (Gard, France)
Nature du décès Longue maladie
Nationalité Palestinienne
Parti politique Fatah
Père Munib Shahid
Mère Sirine Husseini Shahid
Conjoint Mohamed Berrada
Diplômé de Université américaine de Beyrouth
École pratique des hautes études
Profession Sociologue

Leïla Shahid, en arabe : ليلى شهيد, née Leïla al-Husseini Shahid le à Beyrouth au Liban et morte le à Lussan en France, est une diplomate palestinienne, déléguée générale de Palestine en France de 1994 à , puis auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg de 2005 à 2015.

Biographie

Leïla Shahid naît dans une famille déjà très impliquée dans le mouvement national palestinien[1] après la chute de l’Empire ottoman et l’institution du mandat pour la Palestine en 1920 par la Société des Nations pour l'administration britannique des territoires de Palestine et de Transjordanie, censée préparer à l’indépendance. Sa mère Sirine Husseini Shahid est issue de deux grandes familles de Jérusalem les al-Husseini (elle est une petite-nièce du grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini[2]) et les al-Alami ; elle est la petite-fille de Faydi al-Alami qui fut maire de Jérusalem de 1906 à 1909, et député de Jérusalem au Parlement ottoman de 1914 à 1918, le père de celui-ci, Moussa al-Alami avait lui aussi été maire de la ville à la fin du XIXe siècle.

Abd al-Kader al-Husseini, combattant durant la guerre de Palestine de 1948, mort au combat, fait partie de ses cousins.

À l'époque de la Palestine mandataire, les dirigeants du mouvement nationaliste palestinien étaient déportés par les Britanniques vers des camps militaires et leurs familles vers des pays sous mandat français. C'est ainsi que la mère de Leïla a été déportée au Liban, où elle rencontre son mari Munib Shahid (en), originaire de Saint-Jean-d'Acre en Palestine (et arrière-petit-fils de Bahá’u’lláh, fondateur de la foi bahá'íe), qui effectuait alors ses études de médecine à l'université américaine de Beyrouth, où il sera professeur de médecine ; ils se marieront en 1944 et auront trois filles (Leïla Shahid, épouse Mohammad Berrada[3], et ses deux sœurs, Maya Shahid, épouse David Corm[3], et Zeina Shahid, épouse Souheil Rached[3]).

Premiers engagements

La guerre des Six Jours éclate le , le jour où Leïla Shahid passe son baccalauréat au Collège protestant français de Beyrouth[4]. Bouleversée par la défaite inattendue des trois armées arabes – syrienne, égyptienne, jordanienne – face à l'attaque surprise de l'armée israélienne, la jeune fille réagit en s’impliquant dans l’action en s'engageant au sein du Fatah. Elle décide de se consacrer à une activité sociale et politique dans les camps de réfugiés palestiniens du Sud-Liban[5].

En 1968, Leïla Shahid entreprend des études de sociologie et d'anthropologie à l'université américaine de Beyrouth, un des foyers historiques de la contestation politique palestinienne. En 1974, elle soutient une thèse qui a pour thème la structure sociale des camps de réfugiés palestiniens, puis s'inscrit à l'École pratique des hautes études de Paris afin de préparer un doctorat sur le même sujet[5]. Elle rencontre à Paris Ezzedine Kalak (en), futur représentant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en France (assassiné en 1978), qui la pousse à le remplacer à la présidence de l'Union des étudiants palestiniens en France, en 1976.

Évoluant dans un milieu d'intellectuels où se croisent des universitaires, des écrivains, des cinéastes de la Nouvelle Vague, les critiques de la revue Cahiers du cinéma, la jeune militante fait la connaissance de l'écrivain marocain Mohamed Berrada qu'elle épouse en 1978 et ils vivent au Maroc pendant près de dix ans où ils reçoivent fréquemment leur ami Jean Genet, puis, après Bruxelles, dans un hameau du Gard, département du Sud de la France.

En , en compagnie de Jean Genet, Leïla Shahid part à Beyrouth. C'est alors qu'ont lieu les massacres des camps de réfugiés de Sabra et Chatila, situés au sud de la ville, massacres perpétrés par les Phalanges libanaises. L'armée israélienne fut accusée de porter une « responsabilité indirecte » pour ne pas les avoir empêchés alors qu'elle contrôlait les accès au camp[6]. Arrivés sur place, ils découvrent une vision d'horreur qui inspirera à l'écrivain le texte Quatre heures à Chatila et Le Captif amoureux dédié aux Palestiniens.

Représentante de la Palestine

En 1989, Leïla Shahid est nommée représentante de l'organisation de libération de la Palestine (OLP) en Irlande, et en 1990 représentante de l'OLP aux Pays-Bas puis au Danemark. De 1994 à 2005, elle est déléguée générale de Palestine en France[7],[8].

De 2005 à 2015[9], Leïla Shahid est déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne à Bruxelles. Outre ses interventions régulières dans les médias, et son action politique, en automne 2008, elle initie la saison artistique et culturelle Masarat/Palestine, en Communauté française de Belgique, sous le haut patronage de la ministre des Relations internationales de la Communauté française, avec le soutien de Fadila Laanan, la ministre de la Culture. Le comité palestinien pour l'organisation était placé sous la présidence du poète Mahmoud Darwich décédé en .

Elle a pu visiter pour la première fois les territoires palestiniens en 1994 après la signature des accords d'Oslo en 1993.

En 1999-2000, elle participe au film de Richard Dindo, Genet à Chatila[10].

Elle est l'une des trois promoteurs du tribunal Russell sur la Palestine, dont les travaux ont commencé le [11].

En , Michèle Collery lui consacre un film produit par la chaîne Arte et la Télévision suisse romande (TSR) : Leïla Shahid, l'espoir en exil[12] et en 2017 Michèle Collery réalise, toujours avec Leïla Shahid, le documentaire Jean Genet, Un Captif amoureux, parcours d'un poète combattant (74 min).

En 2012, elle dresse le constat désabusé que le choix fait il y a vingt ans par l'Autorité palestinienne de renoncer à la lutte armée n'a pas porté ses fruits : « [N]ous avons décidé, il y a 19 ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution à deux États. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué (…) [ç]a fait 20 ans que nous négocions soi-disant une solution de l’occupation militaire de nos territoires depuis 45 ans. (…) Nous n’avons même pas réussi à faire retirer l’armée israélienne ni de Gaza ni de Cisjordanie, ni de Jérusalem-Est. Donc regardons la réalité en face : la communauté internationale est responsable aussi de notre propre échec. »[13].

En 2015, elle prend sa retraite professionnelle pour se consacrer à des actions culturelles pour la diaspora palestinienne[14].

Perte de l'espoir d'un État palestinien

À la suite de l'attaque du Hamas contre Israël d'octobre 2023, le , sur France Inter, face à Élie Barnavi, ancien ambassadeur israélien en France, elle juge les images terribles, et indique que, comme Élie Barnavi, elle est là pour essayer de comprendre comment on a pu arriver à une situation telle[15]. « Il y a le sentiment d'une profonde tristesse. J'ai été en poste à Paris quand il y a eu les accords d'Oslo. J'y ai cru. Il y avait dans les deux sociétés une petite lueur qui n'a pas été maintenue. C'est un gâchis terrible. La guerre dure depuis 56 ans pour les Palestiniens, à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans les camps de réfugiés. Je suis pessimiste. Je crois que ce qu'il va se passer, c'est l'annexion des territoires qui ne sont pas encore annexés. Il n'y a plus de territoires pour faire un État palestinien »[15].

Mort et réactions

Le , gravement malade depuis plusieurs années, elle s’est donné la mort chez elle à La Lèque, un hameau de la commune de Lussan dans le Gard[16].

L'ancien ambassadeur d'Israël en France, Élie Barnavi, déclare qu'elle était « une défenseuse très véhémente de la cause palestinienne » mais aussi « tendue vers la paix », car elle soutenait « la solution à deux États et la reconnaissance mutuelle »[17]. Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, elle était une personnalité « exceptionnelle », qui n'a « jamais abandonné l'idée de la solution à deux Etats » (...) « le symbole de ce qu'il y avait avant, une époque de grande espérance »[18].

Ouvrages

Notes et références

  1. (en) « Answers of Mrs. Leila Shahid (Biography) », sur eurojar.org (consulté le ).
  2. « The 1000 most important women of the middle east and the arab world, volume 2, Maximillien De Lafayette ».
  3. « Carnet », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le ).
  4. « Destins Hors Normes et Portraits d’Anciens | Collège Protestant Français – Beyrouth Liban » (consulté le ).
  5. Annie Stasse, « Femme de tête comme de cœur, Leïla Shahid, à l'image de la Palestine », sur blogs.mediapart.fr, (consulté le ).
  6. Selon le rapport Kahane. Voir l'article Sabra et Chatila.
  7. « Palestine : le témoignage de Leila Shahid sur 100 ans d'histoire », sur France 3 Corse ViaStella, (consulté le ).
  8. Leila Shahid, « Webinaire Les Écologistes », sur youtube.com (consulté le ), à env. 52 min.
  9. « Leïla Shahid « Genet a aimé être le témoin d’une révolution, des gens humiliés qui relèvent la tête » - L'Humanité », sur humanite.fr, (consulté le ).
  10. (de) « Genet à Chatila », sur richard-dindo (consulté le ).
  11. Appel signé par Leïla Shahid sur le site du tribunal Russell sur la Palestine : [1]
  12. Agnès Rotivel, « Leïla Shahid reste la voix de la Palestine », sur la-croix.com, (consulté le ).
  13. « Leïla Shahid: "Notre stratégie non-violente face à Israël est un échec" », RTBF (consulté le ).
  14. « Leila Shahid: «Je pars avec tristesse et colère» », mediapart.fr, (consulté le ).
  15. « Un "sentiment de gâchis" ressenti depuis samedi par Leila Shahid, ex-déléguée générale de Palestine », sur France Inter, (consulté le ).
  16. Benjamin Barthe, « Leïla Shahid, ancienne représentante de la Palestine en France, est morte » Accès libre, sur LeMonde.fr, (consulté le )
  17. « Mort de Leïla Shahid : l'ancien ambassadeur d'Israël, Elie Barnavi, salue une femme "tendue vers la paix" », sur FranceInfo.fr, (consulté le )
  18. « Mort de Leïla Shahid : Hubert Védrine parle d'une "personnalité exceptionnelle" qui n'a "jamais abandonné l'idée de la solution à deux Etats" israélien et palestinien », sur FranceInfo.fr, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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