Le Diable, tout le temps (roman)
| Le Diable, tout le temps | |
| Auteur | Donald Ray Pollock |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | country noir |
| Version originale | |
| Langue | anglais |
| Titre | The Devil all the time |
| Éditeur | Doubleday |
| Lieu de parution | New York |
| Date de parution | 12 juillet 2011 |
| ISBN | 978-0-385-53504-5 |
| Version française | |
| Traducteur | Christophe Mercier |
| Éditeur | Albin Michel |
| Lieu de parution | Paris |
| Date de parution | 29 février 2012 |
| Nombre de pages | 384 |
| ISBN | 978-2-226-24000-2 |
Le Diable, tout le temps[1] est un roman de Donald Ray Pollock publié pour la première fois en 2011 aux éditions Doubleday. Il s’agit du premier roman écrit par l’auteur. L’intrigue se déroule dans le contexte d’après-guerre dans une Amérique profonde, de la Virginie-Occidentale à l’Ohio. L’ancrage spatial du roman détient son importance et permet de le rattacher au genre du country noir[2],[3]. L’intrigue débute dans la petite ville de Knockemstiff, à la fois ville natale de l’auteur et titre du recueil de nouvelles qu’il publie en 2008[4].
Le roman reçoit globalement un bon accueil de la critique littéraire. Il fait également l’objet d’une adaptation cinématographique sortie en 2020 sur Netflix et réalisée par Antonio Campos. Donald Ray Pollock y prête sa voix pour incarner le narrateur.
Résumé
De 1945 à 1965 plusieurs destins se croisent et se heurtent dans un terrifiant voyage, de l’Ohio à la Virginie-Occidentale, au travers d’une Amérique obscurantiste et cruelle, hantée par l’idée du bien et du mal[5].
William Russell est un soldat rescapé de la Guerre du Pacifique. Traumatisé par cette expérience, il est sujet à des visions le ramenant de manière perpétuelle à cet enfer. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, la peur de la perdre provoque comme une déchirure le poussant à commettre les pires folies pour la sauver, au détriment de l’équilibre de leur fils, Arvin.
Carl Henderson et sa femme Sandy forment un duo singulier. Lui est photographe à ses heures perdues, elle est barmaid. Lors de leurs voyages, ils sillonnent les routes à bord d'une vieille Ford à la recherche de victimes : des auto-stoppeurs qu’ils appellent leurs modèles.
Roy, un prédicateur ambulant, et son acolyte Théodore, musicien en fauteuil roulant, se rendent de paroisse en paroisse pour prêcher la parole divine lors de sermons excentriques et spectaculaires. L'extrême dévotion de Roy devient peu à peu délire mystique lorsqu’il se convainc de sa capacité à ressusciter les morts.
Affiliation au Country noir
L'expression "Country Noir" est pour la première fois employée par l'écrivain Daniel Woodrell, qui en fait le sous-titre descriptif de son roman Give us a kiss en 1996. La formule reprise dans le discours médiatique devient alors une véritable étiquette de commercialisation, reprise par les maisons d'édition, et participant à la légitimation d'un nouveau sous-genre du roman noir[2].
Le Diable, tout le temps s'inscrit à bien des égards dans ce sous-genre puisqu'il s'ancre dans un cadre spatial rural, celui de l'Amérique profonde. Les personnages qualifiés de white trashes qu'il met en scène sont tous symboliquement emprisonnés dans une forme de déterminisme généré par la réalité démographique et sociale qui les entoure[6]:
« Pollock montre que lorsque les individus sont laissés face à eux-mêmes, quand ils n’ont conscience de rien, ils se dévorent comme des chiens et que cela se transmet d’une génération à l’autre telle une malédiction sociale[7]. »
L'obscurantisme est une grande thématique qui transcende l'œuvre de Pollock, et notamment Le Diable, tout le temps. Le roman raconte la destinée de toute une galerie de personnages basés pour la plupart sur l'archétype du redneck, caractéristique et omniprésent dans le Country noir[2]. Ce roman est en effet celui d'une violence décrite comme la seule réponse possible d'une population sous-éduquée confrontée à ses propres peurs et son impuissance. La rédemption est un autre lieu exploré dans l'œuvre, qui donne à voir un "Ohio décrit comme un purgatoire[7]", où chaque personnage voit ses méfaits sanctionnés par la violence d'un autre.
Le récit est parfois empreint d'un ton comique et grotesque[8] par l'intermédiaire duquel sont racontés des faits relevant du registre horrifique. Cet effet naît du décalage manifeste entre le ton employé et l'objet qu'il décrit. Pollock "parvient ainsi à rendre attachante la transformation d’un couple de paumés en duo de tueurs en série[7]." L'utilisation du comique est un autre critère d'appartenance partagé par plusieurs œuvres canoniques du genre :
« La gravité des événements et des scènes de violence est sans arrêt désinvestie par des effets d’excès descriptif ou de mise à distance comique. On retrouve ce fonctionnement chez Donald Ray Pollock[9] »
Dans ses recherches, Alice Jacquelin met en exergue une filiation, intervenant entre les auteurs et leurs œuvres, ayant permis la légitimation générique du Country Noir[2]. Le Diable, tout le temps raconte notamment l'histoire du personnage de Willard, travaillant dans un abattoir de Knockemstiff. Cette description est similaire à celle faite de l'auteur dans un communiqué de presse de 2012 de la maison d'édition Albin Michell. Elle y dresse le portrait d'un auteur né à Knockemstiff, ayant arrêté ses études à l'âge de dix-sept ans pour travailler dans un abattoir avant de se mettre à l'écriture[10]. La posture de l'auteur s'inscrit de manière évidente dans le genre du Country noir, à l'instar de l'ensemble de son œuvre qui s'attache à décrire l'endroit où il a grandi et le seul qu'il connaît[4].
Réception critique
Aux États-Unis
À sa sortie en 2011, le roman de Pollock reçoit aux États-Unis un bon accueil critique. Josh Ritter, dans un article publié dans le New York Times en ,évoque une écriture « maladivement belle, autant qu’elle est dure ». Les scènes décrites par Pollock sont quant à elles qualifiées de « rares [en littérature] et troublantes[11] ».
La dimension sociale du roman est également saluée par le Los Angeles Times. Pour Carolyn Kellog le roman « consolide la réputation d’une des voix les plus signifiantes de la fiction américaine ». L'originalité de l'intrigue réside selon elle en grande partie dans le choix de Pollock de s'inscrire dans un «espace-temps sous représenté dans la fiction littéraire, à l’instar des personnages qui le peuplent[12] ».
Jeff Baker du journal The Oregonian pointe l’efficacité et la dextérité avec laquelle Pollock place ce premier roman dans la continuité de son œuvre : « il n'est pas exagéré de dire que Pollock a multiplié [dans le roman] tout ce qui a fait de Knockemstiff un récit noir contemporain si étrangement convaincant[13]. »
Aux États-Unis, le roman de Pollock fait également l'objet d'une certaine reconnaissance universitaire puisqu'il se voit décerner en 2012 le Thomas and Lillie D. Chaffin Award for Appalachian Writing[14], par l'Université de Morehead (Kentucky)[15].
En France
L’accueil critique du roman de Pollock est tout aussi favorable en France. Le journal L’Express qualifie le roman de « lyrique et sauvage » à l’image des réflexions de « Pollock [qui] s’interroge sur le mal et la rédemption[16]». Il n’est pas le seul à relever la nature dichotomique du roman, puisque le journaliste des Inrockuptibles, Bruno Ruffin, parle d’une « plongée effrayante, cocasse et tendre dans l’Amérique white trash et sa galerie de déjantés[17]».
En 2014, à l’occasion de la sortie du roman en format poche, Anne-Marie Carlier invitée de l’émission Les carnets du libraire d’Augustin Trapenard sur France Culture, présente le roman comme un échantillon du « meilleur de la littérature américaine[18] ».
Le roman reçoit plusieurs récompenses dont le Grand Prix de la littérature policière en 2012[19].
À l'étranger
Le roman rencontre également un vif succès à l’internationale. En Autriche par exemple, Christian Schachinger, journaliste de Der Standard, souligne la singularité de Pollock et décrit le roman comme « une lecture, qui est sans égal dans la littérature américaine contemporaine[20].»
La journaliste canadienne Karine Vilder, du Journal de Montréal, classe quant à elle le roman de Pollock dans le palmarès des meilleurs de l’année 2012 et le qualifie de « pur chef-d’œuvre[21] ».
Sélections et Prix littéraires
- 2011 : Top 10 des meilleurs livres de l’année du Puslishers Weekly[22]
- 2012 : Grand prix de littérature policière[19]
- 2012 : Thomas and Lillie D. Chaffin Award for Appalachian Writing[14]
- 2012 : Meilleur livre de l’année par Lire Magazine[16]
- 2012 : Obtention de la Bourse Guggenheim dans la catégorie « Arts créatifs et champ de la fiction »[23]
- 2013 : Deutscher Krimi Preis (3e place)[15]
- 2013 : Prix Mystère de la critique[24]
- 2013 : Trophée 813 du roman étranger[25]
Éditions et traductions
- The Devil all the time, Doubleday, 2011 (ISBN 978-0-385-53504-5)
- Le Diable, tout le temps, trad. Christophe Mercier, Albin Michel, Paris, 2012
- Das Handwerk des Teufels , trad. Peter Torberg, Verlagsbuchhandlung Liebeskind, Munich 2012
- Le strade del mal , trad. Giuseppe Maugeri, Elliot, Rome, 2011
- El diablo a todas horas , trad. Javier Calvo, 2020
Sources
Références
- ↑ Pollock, Donald Ray, 1954- ... et Impr. CPI Bussière), Le diable tout le temps : roman, A. Michel, impr. 2012 (ISBN 978-2-226-24000-2 et 2-226-24000-4, OCLC 793481240, lire en ligne)
- Alice Jacquelin, « « Genèse et circulations d’un sous-genre populaire en régime médiatique : le cas du ‘country noir’ », », Écritures et formats médiatiques, revue Belphégor (en ligne), à paraître, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « "Country noir", "polar rural", "néo-polar", les formes contemporaines du roman noir avec Alice Jacquelin et Lucie Amir - Ép. 9/12 - La Nuit de la Bilipo », sur France Culture (consulté le )
- Un jour un livre, « Entretien avec Donald Ray Pollock », sur youtube.com,
- ↑ Patrick Cintas, « Revue d'art et de littérature, musique - Patrick CINTAS », sur www.lechasseurabstrait.com (consulté le )
- ↑ Natacha Levet, «Le roman noir français et les marges rurales : modalités, enjeux et évolutions », Journée d'étude Quand le noir se met au vert, Université de Poitiers, 2 mai 2018
- (en) « Que vaut vraiment Donald Ray Pollock ? », sur ZONE CRITIQUE, (consulté le )
- ↑ (en-US) Robert Goolrick, « ‘The Devil All the Time,’ by Donald Ray Pollock », Washington Post, (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Alice JACQUELIN, Genèse et circulations d’un paradigme culturel populaire en régime médiatique : le cas du Country Noir, Thèse de doctorat en Littératures comparées, Université de Poitiers, 2019.
- ↑ Communiqué de presse de Le diable, tout le temps de Donald Ray Pollock, Albin Michel, 2012.
- ↑ (en-US) Josh Ritter, « A Good Man Is Impossible to Find (Published 2011) », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « 'The Devil All the Time' by Donald Ray Pollock: Book review - LA Times », sur web.archive.org, (consulté le )
- ↑ « 'The Devil All the Time' review: Donald Ray Pollock doubles down in his latest contemporary noir - oregonlive.com », sur web.archive.org, (consulté le )
- « Morehead State University :: Major in You. », sur www.moreheadstate.edu (consulté le )
- « FIVE in BLOOM: Where Are They Now? | Bloom », sur web.archive.org, (consulté le )
- « Le Diable, tout le temps, de Donald Ray Pollock, meilleur livre de l'année », sur LExpress.fr, (consulté le )
- ↑ « "Le Diable, tout le temps", une plongée effrayante dans l'Amérique white trash », sur Les Inrockuptibles, (consulté le )
- ↑ « "Le Diable, tout le temps" de Donald Ray Pollock par la librairie des Halles à Niort », sur France Culture (consulté le )
- « Prix : Grand Prix de la Littérature Policière - Etrangère. Prix littéraires sur Babelio. », sur www.babelio.com (consulté le )
- ↑ (de-AT) « Gottesfurcht und Teufelslust - derStandard.at », sur DER STANDARD (consulté le )
- ↑ Karine Vilder, « Le Diable, tout le temps », sur Le Journal de Montréal (consulté le )
- ↑ « Best Books 2011 | Publishers Weekly Publishers Weekly », sur PublishersWeekly.com (consulté le )
- ↑ « Biographie et actualités de Donald Ray Pollock France Inter », sur www.franceinter.fr (consulté le )
- ↑ Jérome PEUGNEZ, « Prix Mystère de la critique », sur Zonelivre, (consulté le )
- ↑ Nicolas Trenti, « Trophée 813 du Roman étranger - Polars Pourpres », sur polars.pourpres.net (consulté le )
Liens externes
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