Le Joueur de flûte champêtre

Le Joueur de flute champêtre
Artiste
Date
1874
Type
Huile sur toile en tondo
Dimensions (Diam × H × L)
98 × 98 × 98 cm
No d’inventaire
FNAC PFH-3044
Localisation

Musique champêtre, aujourd’hui connu sous le titre Le Joueur de flûte champêtre, est une huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon[1] de 1874[2], au palais des Champs-Élysées. L'œuvre valut à l'artiste une médaille de troisième classe, et fût achetée par l'état[3], qui la plaça au musée des Beaux-Arts de Carcassonne la même année[4].

Le tableau représente un jeune garçon nu, assis dans un sous‑bois, jouant d’une flûte rustique. La composition circulaire concentre l’attention sur la figure, isolée dans une atmosphère de calme et de recueillement. Le corps de l’enfant est traité avec un naturalisme tendre, dans la tradition des nus innocents hérités de l’Antiquité et de l’Arcadie. Delobbe excelle ici dans un mélange de réalisme rural et d’idéalisation classique, qui deviendra sa signature.

Marie Jeannic, souvenir de Concarneau (Finistère), une autre toile que Delobbe exposait au Salon de 1874.

L'artiste présentait trois toiles au Salon de 1874 : Musique champêtre, Le Retour des champs, à Saint-Briac (Ille-et-Vilaine), qui fut également acquis par l'état et placé au Musée de Rochefort, ainsi que Marie Jeannic ; souvenir de Concarneau (Finistère), le portrait naturaliste d'une jeune Bretonne en train d'éplucher des légumes. Le Salon de 1874 est resté célèbre pour une autre raison : c’est celui où, en marge, les impressionnistes organisent leur première exposition. Mais dans les salles officielles, le goût dominant reste celui d’un naturalisme sage, d’une pastorale sentimentale, très apprécié du public bourgeois. Delobbe, élève de Bouguereau, s’inscrit parfaitement dans cette esthétique : maîtrise du dessin, idéalisation du nu, sujets champêtres attendrissants et virtuosité technique. Musique champêtre correspond exactement à ce que le jury valorise : un sujet moralement acceptable, un nu non érotisé, une atmosphère bucolique, une exécution irréprochable[5].

Le Joueur de flûte champêtre, exposé salle 05 du Musée des Beaux-Arts de Carcassonne.

Avec son nu enfantin, Delobbe reprend un motif fréquent chez Bouguereau, Cabanel, Lefebvre… Le nu enfantin est alors perçu comme pur, moral, non transgressif, et permet aux peintres de montrer leur virtuosité anatomique. Le jeune joueur de flûte évoque les bergers musiciens de l’Antiquité, l’idéal pastoral où nature, innocence et musique se confondent, une Arcadie rêvée, hors du temps.

Les critiques sont favorables : pour Le Musée Universel « M Delobbe et M Cot ont fini par échapper à l'influence engourdissante de ce groupe auquel ils ont appartenu ; La musique champêtre, du premier, est pétrie un peu plus solidement qu'on n'en a l'habitude dans cette école[6]. »

Pour Le Tintamarre « La Musique Champêtre de Delobbe est une très bonne étude de nu[7].»

L'influent Charles Clément du Journal des débats remarque aussi le tableau : « M Delobbe a envoyé, sous le titre de Musique champêtre, un tableau où l'on voit un petit garçon assis par terre et tourné de profil. Il a les jambes croisées, les genoux relevés et souffle dans une flûte de roseau. Je ne sais pourquoi, ce tableau m'a beaucoup arrêté, quoiqu'il ne soit pas irréprochable, tant s'en faut. Le type de l'enfant manque de distinction ; la facture, pleine, solide, ferme, a des qualités sérieuses qui font bien augurer du talent de l'artiste. Pourtant elle n'est pas agréable. Mais M Delobbe sait dessiner et peindre, et il a un sentiment vrai, sincère dans l'attitude et dans l'expression de cette figure, un mérite si réel que l'on passe par-dessus les défauts[8].»

Ce tableau compte dans la carrière de Delobbe : deux ans après l'acquisition par l'état de sa toile orientaliste N'Fissa, Femme d'Alger, placée au musée de Dijon, il assoit sa reconnaissance officielle[9]. Il installe son style pastoral, qu’il développera ensuite entre Concarneau et Pont‑Aven, dans ses scènes d’enfants bretons[10]. Il démontre son habileté à concilier académisme et sensibilité naturaliste.

Notes et références

  1. ↑ La Chronique des arts et de la curiosité, Bureaux de la Gazette des beaux-arts., (lire en ligne).
  2. ↑ « Base salons : Entrée catalogue : Musique champêtre [214504] », sur salons.musee-orsay.fr (consulté le ).
  3. ↑ Dictionnaire illustré des contemporains, E. Dentu, (lire en ligne).
  4. ↑ Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle: Français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, etc.,etc, Administration du Grand Dictionnaire Universel, (lire en ligne).
  5. ↑ Journal officiel de la République Française: 1874, 3, Journaux Officiels, (lire en ligne).
  6. ↑ « Musée universel : revue illustrée hebdomadaire », sur Gallica, (consulté le )
  7. ↑ « Le Tintamarre : journal de littérature, de musique, de mode et d'industrie, paraissant le dimanche / directeur : Commerson », sur Gallica, (consulté le )
  8. ↑ « Journal des débats politiques et littéraires », sur Gallica, (consulté le )
  9. ↑ La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une société de savants et de gens de lettres. Tome 14 : Delle - duègne / sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, D.-Camille Defus...[et al.], 1885-1902 (lire en ligne)
  10. ↑ Denise Delouche, Les peintres de la Bretagne avant Gaugin, Service de reproduction des thèses, Université de Lille III, (lire en ligne).

Liens externes

  • icône décorative Portail de la peinture
  • icône décorative Portail de la France au XIXe siècle
  • icône décorative Portail des années 1870
  • icône décorative Portail de l’Aude