Le Sang des autres (roman)
| Le Sang des autres | |
| Auteur | Simone de Beauvoir |
|---|---|
| Pays | France |
| Genre | Roman |
| Éditeur | Gallimard |
| Collection | Blanche |
| Date de parution | |
| Nombre de pages | 320 |
Le Sang des autres est un roman de Simone de Beauvoir, écrit pendant la Seconde guerre mondiale et publié le aux éditions Gallimard. Le roman dépeint les conflits philosophiques et existentiels d’Hélène et Jean pendant les années 1930 et l’Occupation à Paris. Les personnages montrent le conflit entre l’engagement politique et l’individualisme. Sa construction fluide, composée de flashbacks et entrecoupée de réflexions existentielles des personnages principaux, explore la culpabilité et la responsabilité face aux effets de leurs actions sur la vie des autres.
Contexte historique
Simone de Beauvoir commence à écrire Le Sang des autres avant l’élaboration de ses textes féministes et de ses mémoires, et avant la publication de son premier roman, L’Invitée, en 1943. Écrit pendant la Seconde guerre mondiale, au cours de ce que l’on a appelé sa « période morale »[Quoi ?], le roman exprime les idées concernant la autoréflexion et du existentialisme que Beauvoir déjà exposé dans L’Invitée, mais dans un cadre plus explicitement historique et politique[1].
L’œuvre offre un éclairage sur les dynamiques politiques et sociales à Paris durant l’Occupation, ainsi que sur les dilemmes auxquels la gauche française est confrontée à cette époque[2]. Elle aborde notamment la diffusion du fascisme en Europe, les actions des syndicalistes parisiens et l'émergence du Front populaire. La guerre civile espagnole, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, les accords de Munich, la défaite de la France en 1940, et les rafles de Juifs pendant l'Occupation sont autant de références historiques qui nourrissent les débats et les questionnements philosophiques du roman[3].
Résumé
Le livre s’ouvre sur Jean réfléchissant à la mort imminente de Hélène. Dans un flashback, on découvre Jean « un enfant bourgeoise » qui est un héritier d’un imprimeur. Il ressent une profonde culpabilité face à son privilège. Il décide de quitter sa famille afin de suivre sa propre voie. Il devient progressivement plus impliqué dans les activités politiques. Au cours d'une manifestation, son ami Jacques, le frère de Marcel, est tué alors qu’il porte un fusil que Jean lui avait donné.
Hélène travaille dans une confiserie. Lorsque son fiancé, Paul, refuse de dîner avec elle afin d’assister à une réunion avec un dirigeant syndical, Hélène y vient elle-même et y rencontre Jean. Après un affrontement idéologique, elle quitte la réunion mais résout d’écrire à Jean. Elle le retrouve pendant une grève ouvrière afin de le confronter pour ne pas répondre à ses lettres. Jean la repousse, mais demeure fasciné par sa curiosité et sa vivacité.
Denise et Marcel, amis de Jean, connaissent également des tensions idéologiques. Marcel est un artiste raté qui refuse de produire un art destiné au grand public, tandis que Denise, qui nourrit aussi des ambitions artistiques, souhaite qu’il gagne de l’argent.
Hélène réalise qu’elle n’aime pas Paul après qu’il a tenté d’avoir des relations sexuelles avec elle. Elle rompt alors avec lui et part pour retrouver Jean, dont elle est amoureuse. Jean la repousse en raison de sa relation avec Madeleine. Hélène part et sombre dans une période d’autodestruction.
Après trois mois, une amie d’Hélène se rend chez Jean pour lui annoncer qu’Hélène est tombée enceinte la nuit où il l’a repoussée. Hélène subit un avortement chez Jean. Par la suite, Jean et Hélène commencent une liaison. Bien que ses sentiments envers elle reste ambigus, Jean décide de lui mentir en affirmant qu’il l’aime.
Pendant les célébrations des Accords de Munich, Paul et Jean sont en désaccord sur la prospecte de la guerre et de l’éthique de l’apaisement. Jean demande Hélène en mariage. Avant qu’ils puissent se marier, la guerre atteint la France et Jean est envoyé pour lutter. Après avoir tenté de lui rendre visite, Hélène réussit à lui obtenir un poste à Paris, pour le protéger des dangers du front. Cependant, Jean, ressentant une responsabilité de combattre, rompt avec elle et retourne au front avant d’être blessé puis renvoyé à Paris.
Pendant que les forces allemandes approchent, Hélène fuit Paris au milieu de l’exode massif et assiste à la souffrance des réfugiés. Lorsqu’elle retourne à Paris, elle entretient une liaison avec un officier allemand, malgré le mépris de sa famille. Le soldat lui propose de partir en Allemagne avec lui, mais elle en vient à éprouver du dégoût et elle refuse.
Entre-temps, Jean est devenu un chef de la Résistance. Il participe à une opération de sabotage et, malgré la culpabilité qu’il ressent face aux représailles des forces allemandes contre les citoyens de la Paris, il continue à poursuivre ses activités.
Après avoir été témoin d’une rafle de Juifs à Paris, Hélène retrouve Jean pour assurer la sécurité de son amie Yvonne. Elle demande à Jean de rejoindre ses efforts dans la Résistance, et leur amour renaît. Il est sous-entendu que, lors d’une mission pour la Résistance, elle est mortellement blessée. Après sa mort, Jean décide de poursuivre les activités de la Résistance.
Structure narrative
Le texte est divisé en treize chapitres. Les chapitres impairs adoptent le point de vue de Jean et les chapitres pairs suivent celui d'Hélène. La voix et la perspective de Jean sont privilégiées et ses chapitres encadrant ceux consacrés à Hélène[3].
Le récit principal se déroule au cours d’une seule nuit en 1943, durant laquelle Jean est confronté au deuil et à la culpabilité liés à la mort imminente d’Hélène. Les événements de cette nuit sont fréquemment évoqués au début et à la fin des chapitres de Jean, encadrant ainsi des retours dans le passé qui permettent au lecteur de découvrir les événements qui avaient conduit à cette nuit. Le lecteur reçoit les détails de la vie d’Hélène et le parcours de Jean depuis son enfance. La temporalité est complexe et se développe selon deux lignes narratives, l’une suivant la nuit présente et l’autre le passé.
Simone de Beauvoir discute cette construction dans son mémoire, La Force de l’âge…
« Je respectais l’ordre chronologique; mais, par moments, l'actualité brisait l'évocation des jours anciens. J’y emmêlai aussi, en les soulignant par des italiques, les pensées, les émotions qu'éprouvait Blomart au cours de la nuit. [...] Toutes les dimensions du temps se trouvaient rassemblées dans cette veillée funèbre: le héros le vivait au présent, en s’interrogeant à travers son passé sur une décision qui engageait son avenir. Cette construction convenait au sujet »[4]
La perspective narrative est également complexe. Le récit de Jean est parfois à la première personne, parfois à la troisième personne. Dans ses réflexions, Jean s’adresse fréquemment à Hélène à la deuxième personne. Cette fragmentation de la voix narrative a été rapprochée des textes de Jean-Paul Sartre sur la guerre, Le Sursis (1945) et La Mort dans l’âme (1949)[5]. Ce procédé narratif est souvent observé dans les textes de l’existentialisme français traitant de l’effet des événements historiques sur l’individu[6].
Accueil critique
Le roman est achevé en 1943 mais est publié après la libération de Paris dans une vague des romans sur la Résistance. Selon Beauvoir, Le Sang des autres devait publier par une imprimerie clandestine, Les Éditions de Minuit, mais il n’a pas été achevé avant la Libération[7]. Il a été célébré comme l’un des premiers romans de la Résistance française, renforçant la position de Beauvoir sur la scène littéraire d’après-guerre[8]. Les traductions du livre en anglais et dans d’autres langues ont rapidement suivi, avec une traduction anglaise par Yvonne Moyse et Roger Senhouse publiée en 1948[9].
En comparaison avec L'Invitée que Beauvoir considère comme « une frivole histoire d'amour »,[4] Le Sang des autres traité plus directement les problématiques importantes chez Beauvoir. De nombreux critiques considèrent Le Sang des autres comme un roman à thèse, une classification que Beauvoir rejette[10].
Adaptation
Le roman est adapté au cinéma en 1984 dans le film franco-canadien Le Sang des autres réalisé par Claude Chabrol[11]. La distribution comprend Jodie Foster (Hélène Bertrand), Michael Ontkean (Jean Blomart), Sam Neill (Herr Bergman) et Lambert Wilson (Paul Perrier) dans les rôles principaux[12].
Éditions
- Éditions Gallimard, coll. « Blanche », 1945
- Éditions Gallimard, coll. « Folio » no 363, 1973 (ISBN 2-07-036363-5)
Notes et références
- ↑ (en) Colin Davis, « Simone de Beauvoir's "Le Sang des autres" and the Ethics of Failure », The Modern Language Review, vol. 93, no 1, , p. 35-47
- ↑ (en) Alex Hughes, Le Sang des autres, Exeter, BPC Wheatons Ltd., (ISBN 0-852614624)
- Simone de Beauvoir, Le Sang des autres, Paris, Gallimard,
- Simone de Beauvoir, La Force de l'âge, Paris, Livre de Poche (NRF Gallimard),
- ↑ (en) Alex Hughes, Le Sang des autres, Exeter, BPC Wheatons Ltd., (ISBN 0-85261-462-4)
- ↑ (en) Terry Keefe, Simone de Beauvoir: A Study of her Writings., Harrap,
- ↑ LILIANE LAZAR, « UNE CONSCIENCE QUI ÉVOLUE: SIMONE DE BEAUVOIR SOUS L'OCCUPATION », Simone de Beauvoir Studies, vol. 22, , p. 16-24
- ↑ (en) Toril Moi, « The Adulteress Wife », London Review of Books, vol. 32, no 3,
- ↑ (en) Simone de Beauvoir, The Blood of Others, London, Secker & Warburg,
- ↑ Daniele Fleury, « LA RECEPTION DE "L'INVITEE" ET DU "SANG DES AUTRES" PAR LA CRITIQUE JOURNALISTIQUE », Simone de Beauvoir Studies, vol. 23, , p. 61-74
- ↑ « Le Sang des autres » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database.
- ↑ (en) « The Blood of Others », sur www.imdb.com
Liens externes
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