Le Violoniste aveugle et sa Fille

| Artiste |
François-Alfred Delobbe |
|---|---|
| Date |
1866 |
| Type |
Huile sur toile |
| Localisation |
Musée des Beaux-Arts de Brest, Brest (France) |
Infortune, est une huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1866[1], au palais des Champs-Élysées[2], aujourd’hui conservée au musée des Beaux-Arts de Brest sous le titre Le Violoniste aveugle et sa Fille[3]. C’est l’une de ses premières œuvres remarquées[4], et elle révèle déjà les qualités qui feront sa réputation — sensibilité, humanité, maîtrise du dessin, et une émotion contenue mais puissante.
Une scène de misère digne et silencieuse
Le tableau représente un vieil homme aveugle, violoniste ambulant, assis au pied d’un arbre, accompagné de sa fille, jeune adolescente qui s’appuie contre lui. Le titre original, Infortune, dit tout : il s’agit d’une scène de pauvreté, mais traitée avec une dignité profonde, sans pathos excessif. Le père, aveugle, tient son violon : son seul moyen de subsistance. La fille, les mains jointes, exprime une sollicitation muette. Le paysage est dépouillé, presque vide : un espace de solitude.
Le violoniste aveugle est un motif fréquent dans la peinture depuis Rembrandt[5] jusqu'au XIXe siècle : symbole de la misère digne, figure du marginal, artiste pauvre mais noble, image de la fragilité humaine. Delobbe s’inscrit dans cette tradition, mais avec une nuance personnelle : il met l’accent sur la relation père‑fille, non sur la performance musicale. La musique devient un symbole de survie, non un spectacle.
Le tableau a été remarqué et apprécié, comme en témoigne cette critique dans l'Artiste, dont Arsène Houssaye est alors rédacteur en chef : « Avec l'Infortune de M Delobbe, nous lisons une page touchante, et dans l'œil bleu et profond, dans cette dignité d'attitude, dans cette décence de la misère, nous avons avec ce ménétrier aux mains calleuses un type de paysan finlandais, le plus achevé, le plus beau de rudesse, le plus saisi, qu'il soit possible de reconnaître. La jeune fille assise à terre, est une création assez neuve. M Delobbe ne fait pas larmoyer la sensibilité ; il est pénétré et il lui suffit d'une parole mâle, d'un simple jet de paupière pour le dire[6] ».
Le tableau s’inscrit dans la tradition du réalisme compassionnel (Rembrandt[7], Millet, Breton, Lhermitte). Le violoniste aveugle symbolise la pauvreté honnête, la dignité dans l’adversité, la condition humaine universelle et la solidarité familiale comme dernier refuge. Delobbe ne montre pas la misère pour choquer, mais pour élever moralement.
Références
- ↑ « Base salons : Entrée catalogue : Infortune [180979] », sur salons.musee-orsay.fr (consulté le ).
- ↑ Explication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants, Dubray, (lire en ligne).
- ↑ « Le violoniste aveugle ».
- ↑ Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle : Français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, etc., Administration du Grand Dictionnaire Universel, (lire en ligne).
- ↑ Alamy Limited, « The Blind Fiddler, Rembrandt van Rijn, 1631 papier imprimé violon, violon. aveugle, cécité Photo Stock - Alamy », sur www.alamyimages.fr (consulté le ).
- ↑ L'Artiste, (lire en ligne).
- ↑ « Rembrandt | Anna and the Blind Tobit | NG4189 | National Gallery, London », sur www.nationalgallery.org.uk (consulté le ).
Liens externes
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