Les Époux Andrews

Les Époux Andrews
Artiste
Date
Entre et
Lieu de création
Type
Matériau
Dimensions (H × L)
69,8 × 119,4 cm
Mouvements
No d’inventaire
NG6301
Localisation

Les Époux Andrews – en anglais Mr and Mrs Andrews – est un tableau réalisé par le peintre britannique Thomas Gainsborough vers 1750.

Description

Cette huile sur toile est une idylle composée d'un double portrait dans sa moitié gauche et d'un paysage champêtre dans l'autre : elle représente le couple de jeunes mariés formé par Robert (1725–1806) et Frances Mary Andrews (c.1732-1780) devant leurs terres près de Sudbury dans le Suffolk. Lui est debout, un fusil de chasse sous le bras et un chien à ses pieds, elle, est assise sur un banc, devant le large tronc d'un chêne, ses mains convergeant autour d'une partie de sa robe bleue laissée inachevée, car peut-être destinée à accueillir un futur nouveau-né. À droite, on peut voir des gerbes de blés, situant la saison.

Analyse

Vu comme l'un des premiers chef-d'œuvre de jeunesse de l'artiste, la composition obéit au code d'une conversation piece et a été qualifié de « triple portrait » : celui de Robert, de son épouse et de leurs terres, traversées par la Stour.

Peignant ici des notables voisins de sa ville de naissance, Gainsborough y manifeste son goût à la fois pour le portrait, les paysages de son terroir — son genre préféré entre tous —, les couleurs vives et la représentation des individualités.

L'intérêt majeur du tableau ressortit à la véritable révolution sociale qui se fait jour ici. La composition se scinde en effet en deux parties inégales, délimitées par le chêne imposant devant lequel se positionnent les époux. La partie droite occupe plus des deux tiers de la surface. On y voit un champ de blé dont on a récolté les épis désormais liés en gerbes. Le blé a été planté en rangées parfaitement rectilignes. C'est le signe d'une agriculture mécanisée et scientifique. C'est une rupture majeure : la terre n'est plus "naturelle", elle est optimisée. A l'arrière-plan se devinent des animaux d'élevage. Le ciel, au-dessus, paraît se dégager comme après la pluie. Il s'agit donc d'une nature travaillée, cultivée à dessein de rendement. On y pratique l'élevage d'ovins et de caprins dont la laine, le lait et la viande sont aussi sources de revenus.

La partie gauche du tableau, réduite à la portion congrue montre à l'arrière-plan deux bovins dans un enclos à la lisière d'une forêt. Elle est surtout occupée par Mr. Andrews dont l'accoutrement et la présence d'un chien attestent qu'il se livre à l'un des privilèges de l'aristocratie, la chasse. Menaçant, le ciel au-dessus est à l'orage.

Il semblerait donc que le tableau de Thomas Gainsborough se situe à un moment de bascule sociale où la bourgeoisie besogneuse et capitaliste tend à se substituer à la classe aristocratique. La richesse n'est plus la propriété foncière, constituée entre autres de forêts giboyeuses propices aux seuls plaisirs de la chasse, c'est désormais la terre travaillée. La propriété foncière cesse d'être un simple titre de noblesse pour devenir une unité de production capitaliste.

Pourtant, cette "révolution" ne s'accompagne pas d'un effacement des signes extérieurs de prestige. Au contraire, le couple Andrews utilise cette nouvelle puissance économique pour mimer l’oisiveté aristocratique. Le fusil et la robe de soie ne sont plus les attributs d'un lignage immémorial, mais les trophées d'une réussite agraire. En définitive, Gainsborough ne peint pas seulement une transition économique, mais l’acte de naissance d’une nouvelle élite : celle qui dompte la nature pour en extraire le profit, tout en s'appropriant les privilèges de ceux qu'elle remplace. Le tableau fige ainsi cet instant fugace où le "gentleman" devient "farmer", faisant de son domaine non plus un jardin d'agrément, mais un empire de rendement.

L'orage à gauche, dont nous avons parlé, symbolise alors le passé/le privilège et l'éclaircie à droite l'avenir/le profit. S'agissant enfin de la zone inachevée sur les genoux de Mrs. Andrews, elle est destinée à un enfant symbolisant précisément cette lignée qui doit maintenant s'inscrire dans cette terre "rentabilisée".

Conservation

La peinture est conservée à la National Gallery, à Londres, depuis son acquisition en 1960.

Liens externes

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