Les Clochards célestes
| Les Clochards célestes | ||||||||
| Auteur | Jack Kerouac | |||||||
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| Pays | ||||||||
| Genre | Roman | |||||||
| Version originale | ||||||||
| Langue | Anglais américain | |||||||
| Titre | The Dharma Bums | |||||||
| Éditeur | Viking Press | |||||||
| Date de parution | 1958 | |||||||
| ISBN | 0-140-04252-0 | |||||||
| Version française | ||||||||
| Traducteur | Marc Saporta | |||||||
| Éditeur | Gallimard | |||||||
| Collection | Du monde entier | |||||||
| Date de parution | 1963 | |||||||
| Nombre de pages | 373 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Les Clochards célestes est un roman de Jack Kerouac (1922 - 1969), publié en anglais en . Son titre original est The Dharma Bums[N 1],[N 2].
Les Clochards célestes est une suite de Sur la route, paru en 1957, et le roman allait devenir l'une des œuvres les plus connues et les plus importantes de Kerouac, racontant l'histoire de deux amis qui parcourent la nature et approfondissent leur connaissance du bouddhisme, à la recherche de la vérité et de l'éveil.
Roman à clefs, le livre met aussi scène plusieurs Américains (en fait des connaissances personnelles de Jack Kerouac), écrivains et poètes, en guerre contre les conventions, voyageurs désargentés, attirés par la pensée bouddhiste.
Contexte
Kerouac écrivit le roman en onze jours, dans la maison qu'il a habitée avec sa mère entre l'été 1957 et [1]. Tout comme Sur la route, le manuscrit fut d'abord tapé sur un rouleau continu de papier téléscripteur[1].
Les Clochards célestes renvoient à la période qui débute en , date à laquelle Kerouac, rentrant du Mexique, arrive à San Francisco, avec l'idée de retrouver Allen Ginsberg[2]. Ce dernier l'introduit auprès des poètes de San Francisco, qui est en ébullition culturelle à ce moment, lancée dans une « Renaissance poétique », et Kerouac fait la connaissance de Gary Snyder et Philip Whalen. Ensemble, ils discutent longuement du bouddhisme[2]. Il assiste aussi à la première lecture publique de Howl, le poème de Ginsberg qui deviendra un jalon incontournable de la Beat Generation. Par ailleurs, Kerouac accompagne Snyder et John Montgomery (écrivain) (en) — tous deux alpinistes confirmés — dans une ascension dans les Montagnes Rocheuses[2].
Ce sera autant d'événements que Kerouac reprendra dans son roman, qui se veut la « chronique d'un temps béni » (même si ce temps ne fut peut-être pas « béni »[2]).
Le roman vu par Kerouac
Le roman se divise en trente-quatre chapitres. Kerouac écrira un « modèle pour la [quatrième de] couverture de Les Clochards célestes », qu'il envoie à Tom Guinzburg (en) dans une lettre au début , qu'il commence ainsi[3] :
« Dharma est le mot sanskrit pour Vérité. Il peut aussi être traduit par Le Devoir ou La Loi. The Dharma Bums est l'histoire surprenante de deux jeunes Américains qui font de bon coeur l'effort pour connaître la Vérité avec de gros sacs sur le dos, vagabonds de la côte Ouest se baladant et escaladant les montagnes pour aller méditer et prier et cuisiner leurs aliments simples, et plus loin vivre dans des cabanes et dormir sous les étoiles de la Californie. (...)
Le héros est le jeune Japhy Ryder, poète, montagnard, bûcheron, savant orientaliste et bouddhiste zen convaincu, qui enseigne à son ami Ray Smith, passager clandestin des trains de marchandise, la Voie du Dharma et l'emmène au sommet d'une montagne où les erreurs communes de ce monde sont laissées loin derrière et où un sens nouveau d'une parenté purement matérielle est établi avec la terre et le ciel. »
Cette voie, poursuit Kerouac, est « la Voie de tous les prophètes du passé », et il cite Jean-Baptiste pour l'Occident et « le saint et vieux dément zen Han Shan en Orient. » Et si ces « Vagabonds de la Vérité » descendent vers la ville de San Francisco, où il se passera des choses « dingues », ils n'y seront pas entendus et regagnent la solitude et la « paisible leçon » du désert. Kerouac souligne aussi que dans ce livre, « [il] se sépare du mouvement "bohème" de la Beat Generation » pour mener ses lecteurs « vers une conception de la "compassion consciente et continue " et vers une trêve paisible dans la compréhension du paradoxe de l'existence. »
Il liste aussi toute une galerie de personnages qui apparaissent dans le livre :
« À travers ces pages passent des clochards, des blondes, des chauffeurs de camion, des poètes, des chasseurs, des prédicateurs noirs, des Mexicains, des bibliothécaires, des chiens de chasse, des enfants, des concierges, des gardes forestiers, des bûcherons, des cow-boys et des penseurs zen d'une variété déroutante et délicieuse pendant que l'histoire fonce pareille à la vie vers la conclusion. »
Et Kerouac termine en faisant suivre directement cette énumération de cette recommandation : « Lisez lentement et voyez. »« »
Analyse

Après son célèbre roman Sur la route, Kerouac livre ici une nouvelle facette de sa personnalité. Tandis que dans Sur la route, la quête n'apparaissait qu'à titre de prétexte pour voyager, on voit Kerouac désormais s'occuper de son âme en essayant de fuir le monde et les villes. Ce désir de fuite ne le quittera plus désormais, puisqu'il se retrouvera dans des œuvres postérieures telles que Big Sur ou Anges de la Désolation (Desolation Angels). Mais pour l'instant on voit le « roi des beats » se concentrer tout particulièrement sur le bouddhisme, sans cependant rejeter totalement le catholicisme de son enfance ; il associe volontiers Bouddha et Jésus-Christ, qui sont pour lui les incarnations parfaites du maître spirituel : « Qu'est-ce que tu lui veux à Jésus-Christ ? N'a-t-il pas parlé du ciel ? Est-ce que le nirvâna de Bouddha est autre chose que le ciel ? »[4].
Cependant il est intéressant de remarquer que cette égalité ne durera pas. Au fur et à mesure qu'on avance dans son œuvre, le Christ finit par reprendre la première place, et le bouddhisme ne deviendra plus pour lui qu'une religion faite de mots vides[réf. nécessaire],[5].
C'est sans doute « la plus fraîche et la plus lumineuse » des œuvres de Kerouac, selon Yves Le Pellec[réf. incomplète].
Personnages
Kerouac s'inspirait souvent de ses amis et de sa famille pour créer ses personnages fictifs, procédé que l'on retrouve dans Les Clochards célestes. Pour rappel, il voyait son œuvre « comme celle de Proust », c'est-à-dire « ne compren[ant] qu'un livre unique aux vastes dimensions »[6]. Mais, précise-t-il[6], « étant donné les objections de mes éditeurs, je n'ai pu attribuer les mêmes noms à mes personnages dans chacun des volumes. »
On a les correspondances suivantes[7],[N 3] :
| Personnage | Personne réelle | |
|---|---|---|
| Ray Smith | Jack Kerouac | |
| Japhy Ryder | Gary Snyder | |
| Alvah Goldbook | Allen Ginsberg | |
| Cody Pomeray | Neal Cassady | |
| Warren Coughlin | Philip Whalen | |
| Sean Monahan | Locke McCorkle | |
| Henry Morley | John Montgomery (écrivain) (en) | |
| Francis DaPavia | Philip Lamantia | |
| Ike O'Shay | Michael McClure | |
| George | Peter Orlovsky | |
| Rheinhold Cacoethes | Kenneth Rexroth | |
| Arthur Whane | Alan Watts | |
| Nin | Caroline Kerouac | |
| Evelyn | Carolyn Cassady | |
| Bud Diefendorf | Claude Dalenberg (en) | |
| Rosie Buchanan | Natalie Jackson |
Réception
Le livre connut un grand retentissement, à la suite du succès de Sur la route[8]. À sa parution, en , le New York Times écrivit[1] : « « M. Kerouac a encore frappé ! » », soulignant que le livre « devrait susciter la jubilation parmi les Beejees [Beat Generation] ainsi que la fureur généralement plus gratifiante de ceux qui, en exhortant les autres à ne pas lire un livre, contribuent grandement à compliquer les problèmes fiscaux de l'auteur. »
Allen Ginsberg et Gary Snyder — qui apparaissent dans le roman lui-même sous un nom de fiction — l'accueillirent favorablement. Il en alla de même de personnalités du bouddhisme zen comme Alan Watts et D.T. Suzuki. Ce dernier demanda d'ailleurs à rencontrer Kerouac et Allen Ginsberg[8].
Notes
Notes
- ↑ Dharma est un mot sanskrit faisant partie du vocabulaire du bouddhisme et de l'hindouisme.
- ↑ À ne pas confondre avec le titre d'un autre de ses livres : Dharma (traduit en français sous le titre Dharma) un recueil de notes prises entre 1953 et 1956, publié en 1997 seulement, et traduit en français en 1999 par Fayard (421 p. (ISBN 978-2-213-60612-5) .
- ↑ Claude Dalenberg et Alan Watts n'apparaissent pas dans la référence précédente. Pour Dalenberg / Diefendorf, voir (en) Adam Tebbe, « In memory of Ananda Claude Dalenberg », sur sweepingzen.com (via webarchive.org), (consulté le ). Pour Watts / Whane, voir (en) Monica Furlong, Zen Effects. The Life of Alan Watts, SkyLight Paths, , xvii + 247 p. (ISBN 978-1-893-36132-4, lire en ligne), p. 159.
Références
- (en) « The Dharma Bums », sur blogs.rollins.edu, (consulté le )
- Yves Buin in Sur la route et autres romans, Gallimard, 2003, p. 723.
- ↑ Cité par Yves Buin in Sur la route et autres romans, Gallimard, 2003, p. 724-725. Sauf mention contraire, les citations de cette section proviennent de ce texte.
- ↑ Les Clochards célestes, éd. Folio, p. 174
- ↑ On peut lire ceci dans le roman Big Sur de Kerouac : « Tu ne vois donc pas que ce sont des mots vides de sens ; je m'aperçois que j'ai joué comme un enfant heureux avec des mots, dans un immense univers tragique. »[source insuffisante]
- Big Sur, déclaration liminaire au roman, dans Sur la route et autres romans, Gallimard Quarto, 2003, p. 967.
- ↑ (en) « Who’s Who. A Guide to Kerouac’s Characters », sur beatdom.com (consulté le )
- Yves Buin in Sur la route et autres romans, Gallimard, 2003, p. 724.
Voir aussi
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Édition originale
- (en) The Dharma Bums, New York, Viking Press (1re éd. 1963), 244 p.
Traduction en français
- Les clochards célestes [« The Dharms Bums »] (trad. Marc Saporta), Paris, Gallimard, coll. « Folio » (no 565), (1re éd. 1963), 384 p. (ISBN 978-2-070-36565-4)
- Sur la Route et autres romans (Édition établie et présentée par Yves Buin), Paris, Gallimard, coll. « Quarto », , 1420 p. (ISBN 978-2-070-76845-5), « Les clochards célestes (trad. M. Saporta) », p. 721-913.

Études
- Yves Buin, Jack Kerouac, Paris, Gallimard, coll. « Folio biographies » (no 17), , 364 p. (ISBN 978-2-070-30979-5)
- Yves Le Pellec, Jack Kerouac. Le verbe vagabond, Paris, Belin, coll. « Voix américaines », , 128 p. (ISBN 978-2-701-12345-5)
Liens externes
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