Les Corps tranquilles

Les Corps tranquilles
Auteur Jacques Laurent
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Jean Froissart (1948)
La Table ronde (1958)
Date de parution 1948
Nombre de pages 992

Les Corps tranquilles est un roman de Jacques Laurent publié en 1948. Il raconte les aventures entrecroisées de plusieurs personnages que rien ne réunit a priori, sinon le hasard, notamment leur recrutement par petites annonces. L'ouvrage passa largement inaperçu lors de sa parution.

À partir des années 1970, il fit toutefois l'objet de mentions et de réévaluations ponctuelles dans certains travaux critiques consacrés à l'œuvre de Jacques Laurent ou au roman français de l'après-guerre.

Genèse de l'ouvrage

En 1941, Jacques Laurent, alors âgé de 22 ans, est mobilisé dans l'armée de l'armistice pour garder un point de contrôle isolé de la Ligne de démarcation, près de Moulins[1]. Durant cette affectation, il commence à rédiger un texte évoquant des images de la capitale, qu'il développe progressivement en récit complexe.

Après la guerre, le roman reste inachevé, tandis que l'auteur publie sous pseudonyme des travaux divers, dont Caroline chérie (1947) signé Cecil Saint-Laurent, qui rencontre un grand succès. Grâce à ce succès, Jacques Laurent peut terminer Les Corps tranquilles, publié fin 1948 aux Éditions Jean Froissart.

Résumé

L'action suit un groupe de collaborateurs et enquêteurs recrutés par annonces de presse par un « Institut international de vigilance, de recherche et de lutte contre le suicide ». Une quinzaine de personnages, hommes et femmes, de différentes origines et âges, interagissent dans le cadre des activités de l'Institut. Le personnage principal est Anne Coquet, jeune homme ironique chargé de missions en province, dont les déplacements permettent de parcourir différents milieux sociaux et régions de France.

Le récit mêle satire sociale, comédie de mœurs, éléments de roman policier, monologues intérieurs et digressions humoristiques. Selon l'auteur, l'action se déroule en 1937-1938, bien que le roman laisse volontairement de côté les événements de la Seconde Guerre mondiale. L'écriture polyphonique et les enchaînements d'intrigues ont été rapprochés de l'univers de John Dos Passos, envers lequel Laurent a reconnu une dette littéraire[2].

Le titre

Le sens du titre Les Corps tranquilles est expliqué dans l'œuvre elle‑même et dans des commentaires critiques. Il ne renvoie pas principalement aux personnages comme acteurs d'aventures sexuelles, mais fait référence aux « corps tranquilles » des matériels de chimie pour enfants, c'est‑à‑dire des substances faiblement réactives dont l'auteur se sert comme métaphore pour qualifier les personnages du roman, dont les interactions n'engendrent guère de drame majeur. Cette interprétation contraste parfois avec les illustrations de couverture des éditions de poche, qui peuvent suggérer une lecture plus érotique du titre.

Réception

À sa parution, Les Corps tranquilles reçut des appréciations favorables de la part de certains écrivains, dont François Mauriac, Paul Morand et Henry de Montherlant, mais resta largement ignoré par la critique littéraire de l'époque, notamment en raison de son ampleur et de son caractère atypique.

Le roman paraît en 1948, peu après le succès rencontré par Caroline chérie, roman populaire publié l'année précédente par Jacques Laurent sous le pseudonyme de Cecil Saint-Laurent. Ce rapprochement est mentionné dans plusieurs commentaires ultérieurs portant sur la réception de Les Corps tranquilles[3].

L'audience du roman demeura longtemps limitée, principalement au cercle des lecteurs et écrivains associés au courant des Hussards. Le prix Goncourt décerné en 1971 à Les Bêtises contribua à attirer une attention nouvelle sur l'œuvre romanesque antérieure de Jacques Laurent, y compris Les Corps tranquilles, que l'auteur considérait comme un livre central dans son parcours[4].

À partir des années 1970, le roman fit l'objet de mentions et de réévaluations ponctuelles dans certains travaux critiques consacrés à l'œuvre de Jacques Laurent ou au roman français de l'après-guerre[1]. Il a depuis été réédité en format de poche.

Notes et références

  1. Michel Déon, Réponse au discours de réception de Jacques Laurent à l'Académie française [1].
  2. Christophe Mercier, Conversation avec Jacques Laurent (1995), Julliard.
  3. Pierre Drachline, Le double « Je » de Jacques Laurent, Le Monde, 21 mars 1985.
  4. François Bott, Mauvaises fréquentations, éd. Manya, Levallois-Perret, 1992.
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