Les Inconnus dans la maison (film)
| Réalisation | Henri Decoin |
|---|---|
| Scénario |
Henri-Georges Clouzot d'après le roman de Georges Simenon |
| Acteurs principaux |
Raimu Juliette Faber |
| Sociétés de production | Continental-Films |
| Pays de production |
|
| Genre | drame |
| Durée | 92 minutes |
| Sortie | 1942 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Les Inconnus dans la maison est un film français réalisé par Henri Decoin, sorti en 1942.
Synopsis
Hier avocat célèbre, Maître Hector Loursat de Saint-Mars vit retiré dans sa vaste demeure de province et a sombré dans l'alcoolisme depuis que sa femme l'a quitté, voilà dix-huit ans. Il ne s'est pas occupé de sa fille, Nicole, qui a été élevée par la servante de la maison, Fine. Une nuit, une détonation retentit dans la maison. Maître Loursat découvre le cadavre d'un homme dans son grenier. La victime est un repris de justice du nom de Gros-Louis.
Nicole et les jeunes gens qu'elle fréquente sont interrogés par les enquêteurs.
Fiche technique
- Titre : Les Inconnus dans la maison
- Réalisation : Henri Decoin
- Scénario et dialogues : Henri-Georges Clouzot, d'après le roman éponyme Les Inconnus dans la maison de Georges Simenon paru en 1940.
- Photographie : Jules Kruger
- Décors : Guy de Gastyne
- Son : Jacques Carrère (Tobis Klangfilm Eurocord)
- Musique : Roland-Manuel
- Montage : Marguerite Beaugé (non créditée)
- Production : Alfred Greven
- Société de production : Continental-Films
- Distribution : Alliance Générale de Distribution Cinématographique (AGDC)
- Pays de production :
France - Format : Noir et blanc - 35 mm - 1,37:1 - Son : Mono
- Genre : drame
- Durée : 92 minutes
- Dates de sortie :
- France :
- États-Unis : (New York)
- Affiche : Jouineau Bourduge (France)
Distribution
- Raimu : Hector Loursat
- Juliette Faber : Nicole Loursat
- Jean Tissier : le juge Ducup
- Jacques Baumer : le procureur Rogissart
- Noël Roquevert : le commissaire Alfred Binet
- André Reybaz : Emile Manu
- Jacques Grétillat : le président du tribunal
- Tania Fédor : Marthe Dossin
- Génia Vaury : Mme Laurence Rogissart
- Héléna Manson : Mme Manu
- Marguerite Ducouret : Angèle, la cuisinière
- Gabrielle Fontan : Fine, la vieille bonne
- Lucien Coëdel : le patron du bar
- Marc Dolnitz : Edmond Dossin
- Marcel Mouloudji[1] : Amédée ou Ephraïm Luska
- Jacques Denoël : Marcel Destrivaux
- Raymond Cordy : l'huissier
- Lucien Bryonne : un policier
- Fernand Flament : un policier
- Paul Barge : le gardien de prison (non crédité)
- Martine Carol : une spectatrice aux assises (non créditée)
- Lise Donat
- Daniel Gélin
- Langlois
- Franck Maurice
- Jean Négroni
- Bernard Noël
- Claire Olivier
- Max Révol
- Pierre Ringel : le bègue, fils de charcutier.
- Yvonne Scheffer
- Simone Sylvestre
- Charles Vissières
- Jacques Courtin
- Arthur Devère
- Yette Lucas
- Paul Faivre
- Maurice Salabert
- Georges Gosset
- Pierre Fresnay : voix off du narrateur
Dialogues
Quelques heures après la découverte du crime, le juge Ducup interroge maître Loursat chez lui :
- Ducup
- Vous conviendrez tout de même que ce curieux crime, qui se passe, enfin, chez une personnalité aussi curieuse que la vôtre, ne peut que susciter la curiosité ?
- Loursat (tendant un verre)
- Non ?
- Ducup
- Ah ! non merci, jamais le matin... Alors, je vous disais que j'avais eu un long entretien ce matin avec votre fille car je dois vous l'avouer, quand le procureur m'a fait le grand honneur, enfin, oui, car pour moi c'est un grand honneur, de m'occuper, enfin d'instruire...
- Loursat (l'interrompant)
- Ducup ? Ducup ?... Vous m'emmerdez !
- Ducup
- Ah bon ? Ben ça, c'est comme il vous plaira...:
Plaidoirie de Raimu
Maitre Loursat :
Monsieur le président, je vous supplie de m’entendre. Voilà vingt ans que je n’avais pas mis les pieds au palais.
Si hier matin, j’ai bousculé tous mes placards pour retrouver ma robe, si j’ai repris ma place à ce banc, ce n’est pas pour me laisser arrêter dans ma tâche, par de vaines considérations de respectabilité bourgeoise.
Je ne cherche pas le scandale, quoiqu ‘en pense monsieur l’avocat général. Mais je ne l’éviterai pas non plus, si il doit m’aider à faire jaillir la vérité devant vous. Mais pas cette vérité bien mise, bien aguichée, qui se rend aux invitations formulées dans les règles, la vérité toute nue, qui sort du bain, comme une belle garce qu’elle est. Quitte à éclabousser un peu autour d’elle !
Avocat Général : Des mots !
Maitre Loursat :
Vous voulez des faits ! Si mon neveu qui n’est certes pas d’une intelligence supérieure, mais qui n’est pas non plus, le parfait petit crétin dont il se donne de genre, a pu organiser cette imitation de gangster, c’est qu’il étouffait chez lui. Il ne pouvait plus supporters les gémissements, les mamours de sa mère, les turlupinades de son père. Tu entends Marthe ! Si tu avais été une mère plus compréhensives plus normale, et si ton maris avait moins couru les p'', ton fils n’en serait pas là !
Chez Monsieur Destrivaux père, c’est autre chose. Il est caissier. Et il promène dans la vie le grillage de sa caisse, comme une cage portative, dont il s’entour, pour diner, aimer, dormir. Regardez-le dans la salle, quel contact, un fils peut-il avoir avec ce parfait fonctionnaire ? Chez les Dayas, c’est différant, chacun barbotte dans le tiroir caisse, l’enfant grandi au milieu des disputes, des engeulades, des batailles.
Ephraïm Luska fuit la boutique de ses parents parce qu’elle sent mauvais, tout simplement.
Quand à Nicole Loursat, elle a passé toute sa jeunesse, en face d’un ivrogne, crasseux et repoussant. C’est moi même messieurs, sans nul vanité.
Reste le cas de Madame Manu ! C’est un cas curieux et banal en même temps ! Tandis que Madame Dossin, passe ses jours et ses nuits vautrer sur un divan, Madame Manu se lève à cinq heures du matin pour astiquer ses parquets. Tandis que les Dayas, font valser les bénéfices de la charcuteries, Madame Manu compte sous à sous. Tant dis que Monsieur Destrivaux s’enferme dans son mutisme, Madame Manu fait la conversation à son fils et la nuit laisse ouverte la porte de sa chambre, pour surveiller et veiller sur son sommeil. C’est une mère parfaite, c’est une sainte, rien d’étonnant que Manu n’est eu qu’une idée, foutre le camp !
L’ÉVASION ! L’ÉVASION ! Voilà ce que cherchait ses enfants ecoeurés par l’image de la bourgeoisie qu’il trouvait chez eux ! Ils étaient prêt à faire n’importes qu’elles sottises pour se libérer d’un conformisme étouffant ! Monsieur le Président a dit à l’un deux : « Mais quand vous sortiez de chez vous, vous trouviez des distractions ? »
Vraiment ! Messieurs les jurés, pouvez-vous m’indiquer la route du stade, du vélodrome, le chemin de la piscine ? Non ne cherchez pas. Il n’y a ni stade, ni vélodrome, ni piscine. Il y a cent trente deux cafés et bistrots, je les ai comptés ! Et quatre bordels ! Cela je ne les ai pas comptés, tous mes concitoyens les y ont repérés depuis longtemps. Messieurs, quand les enfants, ne peuvent pas se saouler de grand air et de vitesse, il faut bien qu’ils aillent user leurs nerfs quelque part ! Il vont au cinéma ! Et là ils se pâment devant les performances de Tatave le Balafré ! Quand ils ne s’excitent pas sur les jambes de la star ou de la vampe ! Et un beau jour, ou une belle nuit, le spectateur, ces enfants deviennent des acteurs. Ils se couvrent de sang. Et bien ce manteau de sang, c’est vous, c’est nous, qui leur avons jeter sur les épaules. J’ai terminé ! Monsieur l’Avocat Général peut poursuivre en paix son interrogatoire !
Autour du film
- Au début de la partie consacrée au procès, Edmond Dossin vient témoigner et au moment de prêter serment fait un salut la main tendue en avant (contrairement aux autres témoins).
- Après la Seconde Guerre mondiale, certaines voix s'élèvent pour interdire le film jugé antisémite car l'un des accusés porte un nom à consonance israélite « Ephraïm Luska ». Decoin est alors obligé de modifier sa copie sous peine de censure[réf. nécessaire] : le personnage interprété par Marcel Mouloudji est rebaptisé « Amédée » dans une version re-postsynchronisée. Mais Raimu étant décédé en 1946, son dialogue ne put être redoublé et il continue d'appeler son client « Ephraïm », le personnage semblant dès lors avoir deux prénoms. Dans le roman de Simenon, le jeune homme se nomme bel et bien « Ephraïm Luska » mais on l'appelle « Justin » pour le différencier de son père qui se prénomme également « Ephraïm »[2].
- Le roman de Simenon a été également adapté au cinéma par Georges Lautner en 1992, L'Inconnu dans la maison avec Jean-Paul Belmondo, et par Rodney Gibbons en 1997, Stranger in the House (en).
- Le court-métrage antisémite Les Corrupteurs de Pierre Ramelot est projeté en première partie du film, qui est resté en exclusivité dix semaines à Paris, et passe ensuite dans de nombreuses salles dont celles de la zone sud[3]
- Le film a été restauré en 2010.
Notes et références
- ↑ au générique Marcel Mouloudjy
- ↑ Le prénom du père semble précisé page 170 du roman : « C'est lui qui avait amené presque de force le gras M. Luska, Éphraïm Luska, deux cuisses si épaisses qu'elles l'obligeaient à marcher les jambes écartées. Le marchand de jouets, terrifié par la justice, balbutiait : « - J'ai cru que mon fils était amoureux. Je l'ai dit à sa mère. Nous étions inquiets tous les deux ». Plus probablement Manu préférait prénommer Ephraïm Luska fils Justin et Ephraïm Luska fils voulait changer son prénom à consonance juive afin de s'intégrer à la bande de camarades ».
- ↑ Cairn : Les Corrupteurs, ou le cinéma français à l'heure nazie
Liens externes
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