Les Larmes de saint Pierre (musique)
| Lagrime di San PietroLes Larmes de saint Pierre LV 1005–1025 | |
Page de titre d'une des parties(Adam Berg, 1595). | |
| Genre | Musique vocale |
|---|---|
| Musique | Roland de Lassus |
| Texte | Luigi Tansillo |
| Langue originale | Italien |
| Effectif | Ensemble vocal à sept voix |
| Durée approximative | 1 h |
| Dates de composition | 1594 |
Les Larmes de saint Pierre (en italien : Lagrime di San Pietro) est un recueil composés par Roland de Lassus en 1594. Il comporte 20 madrigaux spirituels à sept voix (en trois parties de sept poèmes), auquel le compositeur ajoute un motet en latin (Vide homo, quæ pro te patior). Le texte en italien est de Luigi Tansillo de Venosa. Lassus met en musique les vingt premières stances, un ensemble cohérent, sur quarante-deux.
Le recueil de Lassus est imprimé en 1595 par Adam Berg, son éditeur munichois. Il constitue le sommet de sa production et son ultime composition. Au regard de l'histoire de la musique, c'est, pour le Grove, « l’un des témoignages artistiques les plus remarquables de l’histoire de la musique ».
La préface, écrite le , trois semaines avant sa mort, adresse la dédicace au pape Clément VIII.
Dédicace
« C’est avec le plus grand respect que j’envoie et dédie à Votre Sainteté les larmes de saint Pierre, ces vers écrits autrefois par le sieur Luigi Tansillo, et par moi revêtus, sous l’effet de ma dévotion particulière et dans les épreuves de ma vieillesse, d’harmonies musicales ; lesquelles, comme je me plais à l’espérer de l’immense bonté de Votre Béatitude, recevront de sa part un accueil bienveillant et peut-être même parviendront volontiers à ses oreilles, sinon pour leur mérite propre, du moins pour leur sujet puisqu’il s’agit de Pierre, le premier des Apôtres, dont Votre Sainteté est le vrai et légitime successeur. »
— Roland de Lassus, préface, 24 mai 1594.
Lassus n'a jamais entendu chanter son œuvre, autrement que par ses capacités de musicien à entendre une partition de l'intérieur.
Structure et analyse

L'effectif vocal se répartit ainsi : canto I–II, alto I–II, ténor I–II et basse.
- Partie I : Il magnanimo Pietro
- Ma gli archi
- Tre volte haveva a L'importuna
- Qual a l'incontro di quegli occhi santi
- Giovane donna il suo bel volto in specchio
- Così talhor
- Ogni occhio del Signór lingua veloce
- Partie II : Nessún fedél trovai, nessún cortese
- Chi ad una ad una raccontár potesse
- Come falda di neva
- È non fu il pianto suo rívo
- Quel volto, ch'era poco inanzi stato
- Veduto il míser quanto differente
- E vago d'incontrár chi giusta pena
- Partie III : Váttene, vita, va
- O vita troppo rea
- A quanti, già felici in giovanezza
- Non trovava mia fé si duro intoppo
- Queste opre e più
- Negando il mio Signór
- Vide homo, quæ pro te patior

Les quatorze premières strophes racontent les événements vécus par l’apôtre Pierre durant la nuit de la Passion.
Les strophes suivantes, la parole est donnée au disciple de Jésus. Il évoque sa haine de lui-même et appelle la mort, qui seule peut le délivrer de son tourment.
L'ensemble des 20 madrigaux fait se succéder six des modes ecclésiastiques[1]. Lassus regroupe successivement les modes, suggérant une élévation spirituelle[2] : les madrigaux 1 à 4 (en mode I), 5 à 8 (en mode II), 9 à 12 (dans les modes III et IV), 13 à 15 (en mode V), 16 à 18 (en mode VI), 19 et 20 (dans le mode VII).
Dans le motet final, le traitement est des plus austères et conforme au genre du motet latin. Il s'agit de la réponse du Christ : « Homme, vois les souffrances que j’endure pour toi. » L'œuvre s'achève sur ces paroles terribles, toujours adressées à Pierre : « La douleur intérieure est plus terrible encore, Tant ton ingratitude me fait souffrir. » Le texte de ce motet en latin est inspiré de Philippe le Chancelier et attribué à Saint-Bernard dans une source lue par le compositeur[3]
Ce 21e et dernier morceau est écrit, selon plusieurs musicologues[4], dans un tonus peregrinus unissant les 8e et 9e modes[5] mais reste « indéterminé » pour Ceulemans[6].
Réception
Le recueil constitue le sommet de la production de Roland de Lassus et son ultime composition[7]. Au regard de l'histoire de la musique, c'est « l’un des témoignages artistiques les plus remarquables de l’histoire de la musique[8]. »
En 2018, une « chorégraphie gestuelle » est mise en scène par Peter Sellars et les artistes vocaux du Los Angeles Master Chorale sous la direction de Grant Gershon. Ensuite une tournée les amènent en Europe, notamment, jusqu'au festival de Salzbourg.
Éditions
- Adam Berg, Munich, 1595.
- Möseler, Wolfenbüttel 1935–1936 (Das Chorwerk, volumes 34, 37, 41). Éditeur : Hans Joachim Therstappen.
- Bärenreiter Verlag, Cassel 1989 (BA 4200), xxx-109 p. (ISMN 9790006444793). Éditeur : Fritz Jensch (OCLC 21907023).
- Sacred madrigal cycle to texts by Luigi Tansillo, Weingarten, 2009. Éditeur : Michael Procter.
- Université de Campinas, 2013, xxvi-536p. Éditeur : Daniela Francine, Lino Popolin[9].
Discographie
- Ensemble vocal Raphaël Passaquet (, Harmonia Mundi HMU 961) (OCLC 1252563612)
- Chœur de chambre de l'Académie Ferenc Liszt, dir. István Párkai (1980, Hungaroton HCD 12081-2)
- Münchner Motettenchor, dir. Hans Rudolf Zöbeley (1982, LP Calig CAL 30 830) — avec Lieder, Chansons et Moresques.
- Consort of Musicke, dir. Anthony Rooley (1982, L'oiseau Lyre/Decca 443 197-2)[10] (OCLC 630255952) — avec Biago Marini, Le lagrime d'Erminia.
- Huelgas Ensemble, dir. Paul Van Nevel (5-, Sony SK53 373)
- Ensemble Vocal Européen, dir. Philippe Herreweghe (, Harmonia Mundi HMC901483) (OCLC 816259630)
- Ensemble Ars Nova, dir. Bo Holten (20-, Naxos 8.553311)
- Ensemble Hofkapelle, dir. Michael Procter (2003, Christophorus CHR 77255) — avec Melancholia, aphorismes sur la vie et la mort.
- Capella Dvcale Venetia, dir. Livio Picotli (2003, CPO 999 862-2)
- Studio de musique ancienne de Montréal, dir. Christopher Jackson (, Atma Classique ACD2 2509)
- Ensemble Gallicantus, dir. Gabriel Crouch (2-, Signum Classics SIGCD339) (OCLC 942393574)
- Greccio Kamarakórus, Greccio Chamber Choir, dir. Szent Péter könnyei ? Balázs Barsi (Pro Musica Studio)
En 2010, Le Collegium Vocale Gent[11], dirigé par Philippe Herreweghe a été filmé à Asciano en Italie, pour une interprétation des Lagrime di san pietro. Réalisation : Henri de Gerlache[12] pour la RTBF et ARTE France[13] (durée : 50 min 30 s).
Notes et références
- ↑ Ceulemans 2018, p. 101.
- ↑ Filiatrault 2010, p. 6.
- ↑ Ceulemans 2018, p. 99.
- ↑ Bernhard Meier, « Lassus », Encyclopédie de la musique, dir. François Michel (Paris, 1958-1961), vol. 3, p. 35-40 et en particulier p. 37-38 ; H. S. Powers, « Tonal Types », p. 448 ; S. Gissel, « Die Tonarten der Lagrime di San Pietro », p. 31-32 ; F. Wiering, The Language of the Modes , p. 281-282 ; A. J. Fisher, « 'Per mia particolare devotione' », p. 210. Référence données par Ceulemans 2018 p. 106.
- ↑ Filiatrault 2010, p. 7-8.
- ↑ Ceulemans 2018, p. 101 et 106.
- ↑ Ferrand 2011, p. 379.
- ↑ Grove 2001.
- ↑ Lino Popolin 2013.
- ↑ L'ensemble Consort of Musicke a également été filmé par la RTSI en 1985, publié par Cascade Medien 80014, en 2004, 14e d'une collection de 20 DVD « Silverline Classics ». complément : Johannes Ockeghem, Missa Pro Defunctis.
- ↑ Avec : María Cristina Kiehr et Hana Blažiková (sopranos) ; Thomas Hobbs et Chris Watson (altos) ; Stephan MacLeod (ténor) ; Tore Denys et Peter Kooij (basses)
- ↑ Henri de Gerlache sur cinergie.be.
- ↑ [vidéo] « Le Collegium Vocale Gent, dir. Philippe Herreweghe (ARTE 2010) », sur YouTube.
Bibliographie
- Jacques Viret, « Lagrime di San Pietro », dans Marc Honegger et Paul Prévost (dir.), Dictionnaire des œuvres de la musique vocale, t. II (G-O), Paris, Bordas, , 2367 p. (OCLC 25239400, BNF 34335596), p. 1052-1054.
- François Filiatrault, « Les larmes d’Orlande », p. 6, Montréal, Atma Classique, 2010 .
- Ignace Bossuyt, « Roland de Lassus » dans Françoise Ferrand (dir.), Guide de la musique de la renaissance, Paris, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », , 1235 p. (OCLC 779690643, BNF 42553838), p. 379
- (pt) Daniela Francine Lino Popolin (thèse de doctorat), Lagrime di San Pietro de Orlando di Lasso : um estudo de preparação e execução através de uma nova edição crítica e revisada, Université d'État de Campinas, , xxvi-536 (DOI 10.47749/T/UNICAMP.2013.903257) — texte et partition révisée en annexe.
Articles
- (de) Siegfried Gissel, « Die Tonarten der 'Lagrime di San Pietro' von Orlando di Lasso », Musica Disciplina, vol. 47, , p. 5-33 (JSTOR 20532368)
- (en) James Haar, « Lassus (Orlando di Lasso), Orlande (Roland) de », dans Grove Music Online, Oxford University Press, .

- (en) Alexander J. Fisher, « 'Per mia particolare devotione': Orlando di Lasso's Lagrime di San Pietro and Catholic Spirituality in Counter-Reformation Munich », Journal of the Royal Musical Association, Taylor & Francis, vol. 132, no 2, , p. 167-220 (JSTOR 30161407)
- (pt) Daniela Francine Lino et Carlos Fernando Fiorini, « Lagrime di San Pietro, de Orlando di Lasso, em nova edição critica e revisada », Opus, Associação Nacional de Pesquisa e Pós-Graduação em Música, vol. 18, no 2, , p. 111–140 (ISSN 1517-7017, lire en ligne)
- Anne-Emmanuelle Ceulemans, « Lassus, Meier, Powers : la réalité des modes sous la loupe », Revue belge de Musicologie, Societe Belge de Musicologie, vol. 72, , p. 85-110 (JSTOR 45108292)
- (en) Anne-Emmanuelle Ceulemans, « Cadential and Modal Treatment in Palestrina’s Delle Madrigali Spirituali a Cinque Voci Libro Secondo (1594) and Lasso’s Lagrime Di San Pietro (1595) », Musurgia, vol. XXVI, no 2, , p. 71-94 (ISSN 1257-7537, OCLC 8281130317, DOI 10.3917/musur.192.0071).
Liens externes
- Ressource relative à la musique :
- (it) Le lagrime di San Pietro del Signor Luigi Tansillo da Nola : (éd. Gioseppe Cacchij 1585) sur rae.es — ou (éd. 1618) sur archive.org
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