Les Temps nouveaux (journal)
| Les Temps nouveaux | |
| |
| Pays | |
|---|---|
| Langue | Français |
| Périodicité | Hebdomadaire Bimensuelle |
| Genre | Presse écrite Presse anarchiste Presse libertaire |
| Prix au numéro | 10 centimes |
| Diffusion | 7000 ex. (1895-1914) |
| Date de fondation | 4 mai 1895 |
| Date du dernier numéro | juin-juillet 1921 |
| Ville d’édition | Paris |
| Directeur de publication | Jean Grave |
| ISSN | 0223-3568 |
Les Temps nouveaux est une publication anarchiste française fondée en 1895 par Jean Grave et disparue en 1921. Il fait suite aux journaux Le Révolté et La Révolte.
Au moment de son interruption en août 1914, l'hebdomadaire totalise 982 numéros ainsi que deux numéros spéciaux[1].
Les Temps nouveaux est également une maison d'édition : elle publie entre autres 72 brochures tirées chacune à 10 000 exemplaires[2],[3].
La plupart des contributeurs du journal, jusqu'alors pacifistes, se rallièrent au parti des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, notamment à travers le Manifeste des Seize et la parution en mai 1916 de bulletins favorables à l’Union sacrée[3].
Histoire


Première époque (1895-1914)
Dans le contexte de l'après « procès des Trente », le premier numéro de l'hebdomadaire Les Temps nouveaux parait le samedi avec un supplément littéraire. Le siège parisien est situé au 140 rue Mouffetard, local que Grave occupe depuis .
Il comprend d'abord 4 pages puis, à partir de , huit pages. Le bureau d'édition rencontrant des difficultés financières, la parution du support devient bimensuelle de à , avant de redevenir hebdomadaire jusqu'à son dernier numéro d'avant guerre, daté du [5].
Le siège de la rédaction déménage en 1902 au 4 rue Broca.
Les Temps nouveaux fait suite aux journaux Le Révolté et La Révolte. Ses débuts sont modestes, avec un budget au lancement d'environ 1 000 francs répartis ainsi : 300 francs envoyés par un camarade de Buenos Aires, 400 francs représentant les droits d'auteur de Jean Grave sur son livre La Société mourante et l'anarchie et quelques centaines de francs récoltés par les compagnons. Contrairement à l'usage dans la presse anarchiste de l'époque, les articles sont désormais signés afin « que chacun n'eût la responsabilité que de ce qu'il avait écrit »[6].
Le premier numéro est tiré à 18 000 exemplaires. Ses débuts sont encourageants mais dès le numéro 29, son tirage tombe à 12 000 puis à 8 000 quelque temps après, avant de se stabiliser autour des 7 000 exemplaires. La situation financière du journal devient alors préoccupante. Le journal ne put survivre, pendant vingt ans, que grâce à la ténacité de Jean Grave, d'un réseau de solidarité actif et de publications annexes (ouvrages, brochures, cartes postales, lithographies)[5].
En vingt années, les contributeurs du journal furent nombreux[1], certain seulement passager. Aux côtés de Jean Grave, Élisée Reclus ou Pierre Kropotkine, collaborèrent William Barbotin, Édouard Couturier, Paul Delesalle (assistant de Grave jusqu'en 1906), René de Marmande, Warlaam Tcherkesoff, André Girard, les docteurs Marc Pierrot, Max Clair et Michel Petit, Charles Desplanques, Pierre Monatte ou encore Amédée Dunois (remplaçant de Delesalle à partir de 1907). La liste des collaborateurs donnée dans le premier numéro comporte également les noms suivants : Paul Adam, Jean Ajalbert, Charles-Albert, Victor Barrucand, René Chaughi, Lucien Descaves, Oswald Heidbrinck, Jean-Charles Fortuné Henry, Théodore Jean, Bernard Lazare, Octave Mirbeau, Félix Nadar, Adolphe Retté, Marc Stéphane[1],[5], Henri Rainaldy[7].
Titres, rubriques et tirés à part étaient illustrés entre autres par Charles Angrand, Hermann-Paul, Félix Lochard, Maximilien Luce, Camille Pissarro, Ludovic-Rodo Pissarro, Auguste Roubille, Paul Signac, Théophile Alexandre Steinlen, Félix Vallotton et, à partir de , par Jules Grandjouan[5].
Bulletin des Temps nouveaux (1916-1919)
De 1916 à 1919, Jean Grave publie le Bulletin des Temps nouveaux qui prolonge le Manifeste des Seize qui rassemble des personnalités du mouvement libertaire, qui prennent parti pour le camp des Alliés et contre l’« agression allemande » lors de la Première Guerre mondiale[8]. Parmi les auteurs : Christiaan Cornelissen, Pierre Kropotkine, Charles-Ange Laisant, Maximilien Luce, Charles Malato, Paul Reclus, Varlam Tcherkezichvili, Émile Verhaeren[9].
Seconde époque (1919-1921)
Après la Première Guerre mondiale, la revue reparait, se voulant la continuatrice des Temps Nouveaux d’avant-guerre. Son comité de rédaction était composé de Jean Grave, Warlaam Tcherkesoff, Jean Wintsch, Christiaan Cornelissen, Émilio Costa, Jules Moineau, Marie Isidine, Charles Malato, Paul Reclus, J. Zielinski, Auguste Bertrand, Cleuet, Le Levé, Marc Pierrot, Charles-Ange Laisant, Charles Desplanques, Paul Gille, P. Richard, A. Depré, Jacques Reclus et Jacques Guérin[10].
Tous les membres de cette rédaction avaient été signataires ou co-signataires du Manifeste des Seize, une partie assez importante de la revue étant consacré à justifier leur attitude pendant la guerre.
Jean Grave claque la porte le , et entreprend la rédaction d'un nouveau bulletin intitulé Publications de la Révolte et des Temps Nouveaux jusqu'en (no 99).
Au bout de 24 numéros Les temps nouveaux disparaissent après une dernière livraison datée juin-, sans doute faute de fonds suffisant. La plupart des membres de la rédaction se retrouveront dans Plus Loin, animé par Marc Pierrot[10].
Brochures et tirés à part


Jean Grave était à la tête d'une structure éditoriale qui a peu à peu largement misé sur la diffusion de livres, brochures, affiches, almanachs, et cartes postales, vendus à très bas coût. Il en a appelé à un réseau étendu de sympathisants militants et a lancé le « Groupe de propagande par la brochure ». Le but était d'atteindre 500 souscripteurs s'engageant à verser 12 francs par an. De son côté, Grave s'engageait à récompenser chaque militant capable d'enrôler 10 souscripteurs sous la forme d'envois de brochures supplémentaires, d'estampes, de cartes[11].
L'ensemble de ces 72 brochures sont des tirés à part, publiés par les éditions « aux Bureaux des "Temps nouveaux" », publications en général numérotées et vendues 10 centimes l'exemplaire. Certaines son assorties d'une illustration constituant une couverture dessinée, et quelques auteurs signent sous pseudonymes[12].
Par ordre chronologique :
- Augustin Hamon, Patrie et internationalisme, no 1, 1896 [lire en ligne]
- Elisée Reclus, L'Anarchie, no 2, 1896 [lire en ligne]
- Tcherkesov, Pages d’histoire socialiste, I : doctrines et actes de la social-démocratie, no 3, 1896 [lire en ligne]
- Paul Delesalle et Rémi L., Les Révolutionnaires au congrès de Londres. Conférences anarchistes, no 4, 1896 [lire en ligne]
- Errico Malatesta, Entre paysans, no 5, 1897 [lire en ligne]
- André Girard, Éducation et autorité paternelle, no 6, 1897, [lire en ligne].
- Georges Etiévant, Déclarations, no 8, 1898 [lire en ligne]
- Elisée Reclus, À mon frère le paysan, no 11, 1899 [lire en ligne]
- Ferdinand Domela Nieuwenhuis, L'Éducation libertaire : conférence, no 12 , 1900 [lire en ligne]
- Joseph Déjacque, L'Humanisphère, [Bruxelles], no 14, [1899] [lire en ligne]
- Ferdinand Domela Nieuwenhuis, Le Militarisme et l'attitude des anarchistes et socialistes révolutionnaires devant la guerre, no 17, 1901 [lire en ligne]
- Charles-Albert, Patrie, guerre et caserne, no 20, 1902.
- Léonard, L'Élection du maire de la commune par le nouveau conseil municipal : farce électorale, no 23, 1902 [lire en ligne]
- Léonard, Le Tréteau électoral : farce politique et sociale contre tous les candidats, no 24, 1902 [lire en ligne]
- Pierre Kropotkine, Communisme et anarchie, no 27, 1903 [lire en ligne]
- Auguste Bertrand [G. Pernet], La Vérité sur l'affaire Ferrer, no 40, 1910.
- Michel Petit [Edmond Duchemin], Le Nourrisson, no 41, 1911 [lire en ligne]
- André Girard, L'Enfer militaire, no 44, 1911 [lire en ligne]
- Louis Blanc, Quelques vérités économiques, no 48, 1911 [lire en ligne]
- Pierre-Joseph Proudhon, La Royauté du peuple souverain, no 53, 1912 [[gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k81962w lire en ligne]]
- René Chaughi, Les trois complices, no 58, 1912 [lire en ligne]
- Pierre Kropotkine, La Guerre, no 59, 1912 [lire en ligne]
- Pierre Kropotkine, La Loi et l'Autorité, no 65, 1913 [lire en ligne]
- Pierre Kropotkine, Le Principe anarchiste, no 67, 1913 [lire en ligne]
Album de lithographies
Entre et , trente lithographies et une gravure sur bois originales, en noir, sont tirées par Les Temps nouveaux, imprimées chez Tailliardat, avec un tirage moyen de 150 exemplaires sur papier Hollande au prix de vente de 1,25 franc (3,25 francs sur papier Chine). Jean Grave souhaitait proposer à ses lecteurs des images artistiques de haute tenue, et avait consulté William Morris (mort en 1896), en vue d'une couverture à ce qu'il envisageait déjà comme un album. Le choix des artistes doit beaucoup à Félix Fénéon. Durant l'année 1896, cinq lithographies sont proposées à la vente via un encart dans le journal et connaissent le succès, au point que le tirage unitaire passe à 250. L'ensemble sera finalement réuni en album en seulement, et proposé à la vente, avec un frontispice lithographié d'Auguste Roubille. Sur ce, dix-huit images sont reproduites en carte postale en 1904, imprimées chez Berger. Par ailleurs, des lithographies en couleurs sont éditées comme suppléments à la revue réunie en volumes et intitulées Les Temps nouveaux, dont celle de Steinlen, Luce, C. Pissarro, Lebasque, et Georges Willaume[13].
- Lithographies éditées par Les Temps nouveaux
-
Couverture de l'album par Auguste Roubille (1903). -
1. L'Incendiaire, par Maximilien Luce, éditée le . -
2. Porteuses de fagots, par Camille Pissarro, éditée le . -
3. L'Errant, par Henri-Edmond Cross, éditée le . -
4. Les démolisseurs, par Paul Signac, éditée le 29 septembre 1896. -
5. L'Aube, par Jehannet, éditée le 28 novembre 1896. -
6. L'Aurore par Georges Willaume, éditée le . -
7. Les errants ou Pauvres gens, par Theo van Rysselberghe, éditée le . -
8. L'Homme mourant, par Lucien Pissarro, éditée le . -
9. Les sans gîtes ou Les trimardeurs, par Camille Pissarro, éditée le . -
10. Sa Majesté la Famine, par Maximilien Luce, éditée le . -
11. C'est défendu de marcher dans l'herbe, par Hermann-Paul, éditée le . -
12. La Vérité du conseil de guerre, par Maximilien Luce, éditée le . -
13. Mineurs belges par Constantin Meunier, éditée le . -
14. La Guerre, par Charles Maurin, éditée le . -
15. Ah ! les sales corbeaux, par Jules Hénault, éditée le . -
16. Capitalisme, par Comin'Ache[14], éditée le . -
17. Épouvantails, par Lucien Chevalier[15], éditée le . -
18. L’Éducation chrétienne, par Auguste Roubille, éditée le . -
19. Souteneurs sociaux, par Aristide Delannoy, éditée le . -
20. Provocation, par Henri Lebasque, éditée le . -
21. La Débâcle, par Félix Vallotton, bois gravé édité le . -
22. Le Dernier Gîte du trimardeur, par Émile Daumont, éditée le . -
23. L'Assassiné, par L.-C. Dissy, éditée le . -
24. Le Calvaire du mineur, par Édouard Couturier, éditée en . -
25. Les Défricheurs, par Charles Agard, éditée le . -
26. Ceux qui mangent du pain noir, par Henri Lebasque, éditée le . -
27. Les bienheureux, par Oswald Heidbrinck, éditée le . -
28. La Jeune Proie, par Félix Lochard, éditée le . -
29. Le Missionnaire, par G. Willaume, éditée le . -
30. La Libératrice, par Steinlen, éditée le .
Notes et références
- René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Aix-Marseille, 1987.
- ↑ Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones : notice bibliographique.
- Alain Accardo, Albert Libertad, Gaetano Manfredonia, Le culte de la charogne, Marseille, Agone, coll. « Mémoires Sociales », 2006 (ISBN 2748900227)
- ↑ [PDF] Notice œuvre n°9, extrait catalogue numérisé du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq.
- Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992 (ISBN 2070724980) p. 463-467.
- ↑ Les Temps nouveaux, n° 48, 26 mars-1er avril 1904
- ↑ Béatrice Vernier-Larochette, Les anarchistes et Zola : haine ou simple mésentente ?, Acta Fabula, vol. 8, n°4, septembre 2007, lire en ligne.
- ↑ Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, de 1914 à nos jours, tome 2, Paris, Gallimard, 1992, page 15.
- ↑ René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : Temps nouveaux - Bulletin.
- La presse anarchiste : Les Temps nouveaux.
- ↑ « Groupe de propagande par la brochure », avis publié en page 2 de chaque brochure — sur Gallica.
- ↑ « Temps nouveaux, publications des (1896-1914) », base CGECAF.
- ↑ Janine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France 1830-1950, AMG/Flammarion, 1986, pp. 360-361.
- ↑ Notice no M0435001763, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Joconde, ministère français de la Culture
- ↑ « Chevalier, Lucien », notice sur la base Ficedl - cartoliste.
Annexes
Bibliographie et sources
- Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992, (ISBN 2070724980).
- René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Thèse de doctorat, Université d’Aix-Marseille, 1987, Les Temps nouveaux.
- René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Aix-Marseille, 1987 Publications des Temps nouveaux.
- Sylvie Gonzales, Bertrand Tillier, Des cheminées dans la plaine : Cent ans d'industrie à Saint-Denis, 1830-1930, Créaphis, 1998, texte intégral.
- Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones : notice bibliographique.
Radiophonie
- Jean Lebrun, Philippe Pelletier, Les anarchistes : le moment terroriste, et après ?, France Inter, , écouter en ligne.
Articles connexes
Liens externes
- Numéros numérisés des Temps nouveaux dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.
- Numéros du supplément littéraire des Temps nouveaux dans Gallica.
- Les quatorze premiers numéros des Temps nouveaux lisibles en ligne.
- Portail de l’anarchisme
- Portail de la presse écrite
- Portail de l’édition
- Portail de la gravure et de l'estampe
