Leucémie agressive à cellule NK

Leucémie à cellules NK (natural killer) agressive avec atteinte médullaire. (A) Biopsie médullaire montrant un infiltrat extensif de lymphocytes néoplasiques, disposés selon un motif d’infiltration interstitiel, avec un composant sinusoidal moins marqué. (B) Immunohistochimie CD2 : marquage positif des cellules néoplasiques. (C) Immunohistochimie de la perforine A : expression positive dans les cellules néoplasiques. (D) Hybridation in situ pour l’ARN viral EBER1/2 (Epstein–Barr virus encoded small RNA) : expression positive dans les cellules tumorales. (E) Immunophénotypage par cytométrie en flux réalisé sur un prélèvement médullaire : mise en évidence d’une population aberrante de lymphocytes (zone surlignée en rose), positive pour CD2, CD8, CD16 et CD56, et négative pour CD3 et CD5. Ces cellules étaient négatives pour CD4, CD57, le récepteur des cellules T alpha/bêta et le récepteur des cellules T gamma/delta.

La leucémie agressive à cellules tueuses naturelles est une hémopathie maligne rare caractérisée par la prolifération anormale de cellules NK. Dans la classification de l’Organisation mondiale de la santé de 2016, l’ANKL est répertoriée parmi les néoplasmes matures des cellules T et NK et présente une forte association avec l’infection par le virus d’Epstein–Barr [1]. La maladie touche plus fréquemment les hommes, avec un rapport d’environ deux pour un par rapport aux femmes, et survient principalement chez les sujets âgés, à l’exception notable des jeunes hommes asiatiques [2],[3],[4]. Le pronostic est défavorable, avec une survie globale médiane d’environ sept mois ; les taux de survie rapportés chutent d’environ 45 % à un an à ~31 % à cinq ans . Des disparités raciales sont également observées, les patients afro-américains présentant des résultats plus défavorables que les autres groupes [2]. À ce jour, aucun traitement n’a reçu d’autorisation de mise sur le marché de la part de la Food and Drug Administration pour la leucémie agressive à cellules tueuses naturelles.

Étiologie

L’étiologie exacte de la leucémie agressive à cellules tueuses naturelles reste mal comprise car il s’agit d’une entité extrêmement rare. Le virus d’Epstein-Barr semble jouer un rôle important dans la pathobiologie de cette hémopathie et est considéré comme l’un des nombreux facteurs responsables de son caractère agressif [5]. Il est postulé que le virus d’Epstein–Barr aide les cellules NK néoplasiques à échapper aux lymphocytes T cytotoxiques activés via un modèle de latence de type I [6]. De manière surprenante, quelques cas de leucémie agressive à cellules tueuses naturelles négatif pour le virus d’Epstein–Barr ont également été rapportés. Contrairement à la leucémie agressive à cellules tueuses naturelles EBV-positif, la leucémie agressive à cellules tueuses naturelles EBV-négatif tend à survenir chez des adultes d’âge moyen et ne présente pas de préférence raciale [7],[8]. Par ailleurs, les patients atteints de la leucémie agressive à cellules tueuses naturelles EBV-négatif présentent des symptômes et une évolution clinique similaires à ceux de leurs homologues EBV-positifs [7].

Évolution clinique

La plupart des patients atteints de leucémie agressive à cellules tueuses naturelles présentent un ensemble de symptômes. La présence les symptômes habituelles des leucémies (fièvre, sueurs nocturnes, perte de poids involontaire, malaise), de lymphadénopathies et d’hépatosplénomégalie[9]. L’évolution clinique est souvent fulminante, les patients développant rapidement des coagulopathies et un syndrome d’activation macrophagique, suivis d’une défaillance multiviscérale [9]. Le pronostic global reste sombre, la majorité des patients survivant seulement quelques mois [10].

Histologie - Phénotypage - Anomalie moléculaire

Histologie

Les cellules NK leucémiques ressemblent à des lymphocytes granuleux larges ou sont légèrement plus grandes [5]. Ces cellules néoplasiques présentent régulièrement des contours nucléaires irréguliers, une augmentation de la taille du noyau et une chromatine ouverte avec nucléoles proéminents [5],[7]. Le cytoplasme est souvent pâle ou légèrement basophile et contient plusieurs granules azurophiles de taille variable [11].

Phénotype

Les cellules du lymphome agressif à cellule NK expriment de manière accrue CD56 et CD94 [12]. L’antigène de surface CD56, une molécule d’adhésion des cellules neuronales favorise le processus de métastase [6]. La glycoprotéine transmembranaire CD94 se lie à NKG2A, le récepteur inhibiteur pour l’antigène HLA-E, formant des hétérodimères fonctionnellement distincts [11]. Une fois lié à son ligand HLA-E, le complexe CD94-NKG2A permet aux cellules NK de surveiller l’expression d’autres molécules HLA [13]. Des irrégularités dans l’expression de ce complexe peuvent contribuer à la résistance tumorale aux cellules immunitaires [13]. Les cellules ANKL sont connues pour exprimer positivement les marqueurs : CD2, CD3ε, CD16, CD56, CCR5, TIA-1, perforine A et granzyme B, également présents sur les cellules NK matures CD56+ [14].

Analyse moléculaire

Les anomalies cytogénétiques conventionnelles observées dans la leucémie à lymphocytes NK agressive ont été décrites dans un nombre limité d’études. Parmi les altérations les plus fréquemment rapportées figurent :

  • la délétion du bras long du chromosome 6, notée del(6)(q21q25), c’est-à-dire la perte d’un segment situé entre les régions q21 et q25 du bras long (q) du chromosome 6 ;
  • la délétion du bras long du chromosome 11, notée del(11)(q), qui correspond à la perte d’une portion du bras long du chromosome 11 [11],[10].

On retrouve fréquemment des niveaux anormalement élevés d’interleukine-10 , un activateur extracellulaire de STAT3, et des mutations dans la voie de signalisation JAK-STAT [15].

Sources

  • El Hussein, S.; Medeiros, L.J.;Khoury, J.D. Aggressive NK Cell Leukemia: Current State of the Art. Cancers 2020, 12, 2900. https://doi.org/10.3390/cancers12102900 paru sous Creative Commons Attribution (CC BY)
  • Sumbly V, Vest M, Landry I (February 23, 2022) Aggressive Natural Killer Cell Leukemia: A Brief Overview of Its Genomic Landscape, Histological Features, and Current Management. Cureus 14(2): e22537. https://doi.org/10.7759/cureus.22537 paru sous Creative Commons Attribution License CC-BY 4.0.
  • Ishida F (2018) Aggressive NK-Cell Leukemia. Front. Pediatr. 6:292. https://doi.org/10.3389/fped.2018.00292 paru sous Creative Commons Attribution (CC BY)

Références

  1. ↑ (en) Steven H. Swerdlow, Elias Campo, Stefano A. Pileri et Nancy Lee Harris, « The 2016 revision of the World Health Organization classification of lymphoid neoplasms », Blood, vol. 127, no 20,‎ , p. 2375–2390 (ISSN 0006-4971 et 1528-0020, PMID 26980727, PMCID 4874220, DOI 10.1182/blood-2016-01-643569, lire en ligne, consulté le )
  2. (en) Fnu Amisha, Paras Malik, Manojna Konda et Sunilkumar Kakadia, « Epidemiology of Aggressive NK-Cell Leukemia in the United States: A SEER Population-Based Study », Blood, vol. 138, no Supplement 1,‎ , p. 4537–4537 (ISSN 0006-4971 et 1528-0020, DOI 10.1182/blood-2021-154381, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ Alia Nazarullah, Michelle Don, Yuliya Linhares et Serhan Alkan, « Aggressive NK-cell leukemia: A rare entity with diagnostic and therapeutic challenge », Human Pathology: Case Reports, vol. 4,‎ , p. 32–37 (ISSN 2214-3300, DOI 10.1016/j.ehpc.2015.08.001, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ Fumihiro Ishida et Yok-Lam Kwong, « Diagnosis and management of natural killer-cell malignancies », Expert Review of Hematology, vol. 3, no 5,‎ , p. 593–602 (ISSN 1747-4086, PMID 21083476, DOI 10.1586/ehm.10.51, lire en ligne, consulté le )
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  14. ↑ (en) W.S. Kim, S.-Y. Song, Y.C. Ahn et Y.-H. Ko, « CHOP followed by involved field radiation: Is it optimal for localized nasal natural killer/T-cell lymphoma? », Annals of Oncology, vol. 12, no 3,‎ , p. 349–352 (DOI 10.1023/A:1011144911781, lire en ligne, consulté le )
  15. ↑ (en) Hongsheng Zhou, Yongjian Deng, Changxin Yin et Xiaolei Xue, « ANKL Is Strongly EBV-Related, Frequent In Chromosome Aberrations and Gene Mutations, LMP2A/LMP1-CDK6-MDM2-CD44-Positive and Might Be Sensitive To L-Asparaginase-Containing Regimen », Blood, vol. 122, no 21,‎ , p. 3012–3012 (ISSN 0006-4971 et 1528-0020, DOI 10.1182/blood.V122.21.3012.3012, lire en ligne, consulté le )

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