Libéralisme culturel

La Statue de la Liberté est souvent utilisée comme symbole du libéralisme des Lumières.

Le libéralisme culturel est une doctrine éthico-sociale qui incarne la dimension sociétale du libéralisme classique. Il postule le droit inaliénable de tout individu à choisir de se plier ou de s’affranchir des normes et usages culturels dominants. Cette conception rejoint, par essence, l’idée formulée par Henry David Thoreau du droit à « suivre sa propre voie ». Aux États-Unis et au Canada, cette notion est fréquemment désignée sous le vocable de libéralisme social. Il convient toutefois de la distinguer du progressisme culturel, avec lequel elle entretient une parenté certaine mais non une parfaite synonymie. En effet, le libéralisme culturel vise principalement un point d’équilibre entre la liberté positive (pouvoir d’agir) et la liberté négative (absence de contrainte). En revanche, le progressisme culturel tend à privilégier les impératifs de justice sociale et d’égalité collective, parfois au détriment de la liberté individuelle considérée comme absolue.

Aux États-Unis, l’acception culturelle du libéralisme est usuellement désignée sous le terme de social-libéralisme. Néanmoins, cette notion ne se confond pas avec l’idéologie politique plus vaste homonyme. Dans le contexte américain, le libéralisme social se rapporte spécifiquement à un ensemble de valeurs morales et sociétales progressistes, ainsi qu’à des prises de position sur des enjeux socio-culturels — tels que la légalisation de l’avortement ou le mariage de même sexe — s’opposant ainsi au conservatisme social. Il est à noter que, dans cette acception, un individu se réclamant du conservatisme social ou du libéralisme social peut fort bien professer des opinions divergentes, voire contraires, en matière de politique fiscale, indépendamment de ses affiliations socio-culturelles[1].

Usage moderne

À l’instar du libéralisme moderne dans son acception générale[2], le libéralisme culturel s’articule fréquemment autour des postulats cardinaux de la pensée libérale : la primauté de la liberté individuelle, le principe d’autonomie de l’agent, et l’égalité en droit des personnes.

Le libéralisme culturel accorde une primauté substantielle à la sauvegarde et à l’élargissement des droits et libertés civiques, les érigeant en piliers essentiels de l’autonomie individuelle et de l’avancement sociétal. Ce courant de pensée se conforme aux postulats libéraux fondamentaux, tels que formulés dans les textes doctrinaux historiques et dans certaines déclarations internationales, à l’instar du manifeste de l’Internationale libérale[2].

John Stuart Mill, dans son traité capital De la liberté, érige la liberté individuelle en principe cardinal. Il postule que la coercition sociale ne peut légitimement s'exercer sur les actions d'un sujet que dans l'unique dessein de parer à un dommage envers autrui.

Histoire

L'émergence du libéralisme culturel s'inscrit dans la filiation historique plus ample du libéralisme philosophique et politique, lequel a progressivement contesté les normes établies de conformité religieuse et de hiérarchie statutaire attribuée[3]. Si l'adjectif « libéral » acquiert une acception politique notoire au cours du premier tiers du XIXe siècle, ses postulats fondamentaux — la primauté de la liberté individuelle et le principe de tolérance — puisent leurs origines dans la pensée des Lumières, voire dans des mouvements antérieurs tels que la Réforme protestante, lesquels exaltaient le rôle du for intérieur et du jugement personnel[3]. La conceptualisation et la diffusion terminologique de l'expression « libéralisme culturel » sont communément attribuées à Gérard Grunberg, Étienne Schweisguth et leurs collaborateurs[4], qui l'ont employée et popularisée dans leur ouvrage France de gauche, vote à droite publié en 1981[5].

Au cours des dernières décennies, avec une acmé notable à compter du milieu du siècle dernier, l’Europe occidentale a été le théâtre d’une transformation sociétale profonde. Le politologue Vincent Tournier qualifie ce phénomène de « décollage culturel », marqué par une libéralisation accrue des mœurs et des codes comportementaux. Selon ses analyses, l’émergence de ce libéralisme culturel procéderait principalement des mutations socio-économiques et idéologiques de l’après-guerre. Parmi les facteurs déterminants figurent l’élévation du niveau de vie, le processus d’urbanisation, la généralisation de l’instruction publique et l’affaiblissement de l’emprise des institutions religieuses. Ces dynamiques conjointes auraient favorisé un détachement progressif à l’égard des instances d’autorité traditionnelles, concomitamment à l’affirmation d’une éthique de l’autonomie individuelle.

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Cultural liberalism » (voir la liste des auteurs).
  1. Farai Chideya, Trust: Reaching the 100 Million Missing Voters and Other Selected Essays, Soft Skull Press, , 33–46 p. (ISBN 9781932360264), « The Red and the Blue: A Divided America »
  2. (en-GB) « Andorra Liberal Manifesto - 2017 », Liberal International (consulté le )
  3. Ball et Dagger, « The "L-Word": A Short History of Liberalism », Political Science Teacher, vol. 3, no 1,‎ , p. 1–6 (ISSN 0896-0828, DOI 10.1017/s089608280000088x, lire en ligne Inscription nécessaire)
  4. de Boissieu, « Affaire Macron, le libéralisme est-il de gauche ? », La Croix, (consulté le )
  5. Jacques Capdevielle, Elisabeth Dupoirier, Gérard Grunberg, Schweisguth Etienne et Ysmal, France de gauche, vote à droite, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, (ISBN 2724604474, lire en ligne), p. 49

Voir aussi

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