Libérer et Fédérer
| Libérer et Fédérer | |
| Idéologie | Socialisme Catholicisme social |
|---|---|
| Objectifs | Fin de l'Occupation Refondation de la République |
| Fondation | |
| Date de formation | Janvier 1942 |
| Pays d'origine | France |
| Fondé par | Silvio Trentin |
| Actions | |
| Mode opératoire | Publication de journaux |
| Zone d'opération | Zone libre |
| Période d'activité | – |
| Organisation | |
| Chefs principaux | Gilbert Zaksas Paul Descours |
| Fait partie de | Résistance française |
| Groupe relié | L'Insurgé (Lyon) |
Libérer et Féderer est un mouvement de la Résistance intérieure française, actif de 1942 à 1944. Il est fondé en 1942 autour de Silvio Trentin, homme politique italien antifasciste exilé et devenu libraire à Toulouse. Le mouvement rassemble des personnalités pour la plupart issues du monde syndical et politique, de tendance socialiste ou catholique. Le mouvement est actif à Toulouse et mène principalement une activité de diffusion écrite, notamment par la publication d'un journal clandestin, Libérer et Fédérer.
Histoire
Origines
En 1926, Silvio Trentin, député socialiste (PSI) à Venise, après avoir refusé de prêter serment au régime de Benito Mussolini, s'exile en France. En 1935, il s'installe à Toulouse et il ouvre une librairie (actuel no 10 rue du Languedoc)[1],[2]. En , il est choqué par l'armistice et s'oppose au régime mis en place par le maréchal Philippe Pétain. Le , il ouvre sa librairie aux premiers résistants toulousains, parmi lesquels Achille Auban, employé municipal et responsable fédéral des Jeunesses socialistes[3], Camille Soula, médecin et poète, Paul Descours, instituteur socialiste, et Julien Forgues, syndicaliste[2]. Ils sont rejoints par d'autres personnalités, tels Pierre Bertaux, professeur d'allemand, Jean Cassou, poète et conservateur de musée, et Francesco Nitti, antifasciste italien et ancien brigadiste[réf. nécessaire].
En 1941, Pierre Bertaux prend la tête d'un réseau de la Résistance qui prend son nom. Il participe à des parachutages d'armes et de personnalité sur le terrain de Lamartinette, à Fonsorbes : Pierre Périou le , Yvon Morandat le . Mais, le réseau est démantelé en par la police française : plusieurs membres sont arrêtés, Pierre Bertaux et Jean Cassou sont condamnés à plusieurs mois de prison et enfermés à la prison militaire de Furgole[4].
En , dans une arrière salle de sa librairie sise 46 rue du Languedoc, Silvio Trentin réunit autour de lui des socialistes toulousains[5],[6], rejoints par les membres du réseau Bertaux qui n'ont pas été arrêtés[1]. Il prend également contact avec des syndicalistes, tel Fernand Coll[7], et des personnalités de la démocratie catholique, tels l'ancien avocat de Pierre Bertaux et Jean Cassou, Robert Cazenave[8]. Le mouvement se donne pour responsables Gilbert Zaksas, étudiant en droit, et Paul Descours[9],[2].
Actions
Le mouvement se consacre à la réflexion philosophique et politique et à la production d'un programme qui doit servir la lutte contre l'Occupation, dans la perspective de la Libération[10] : c'est là que l'influence de Silvio Trentin se fait sentir[11],[12].
Le mouvement édite, à partir du [1], un journal clandestin imprimé et tiré à plus de 20 000 exemplaires dans l'imprimerie des frères Henri Lion (actuel no 23 rue Croix-Baragnon) et Raoul Lion (actuel no 2 bis rue Jean-Antoine-Romiguières)[13],[14]. Il imprime également des tracts et fabrique des faux papiers dans son atelier d'imprimerie de Raymond Castellvi (actuel no 6 rue Tripière)[15],[16].
Le mouvement est en contact avec plusieurs mouvements et réseaux de la Résistance toulousaine. La plupart des membres de Libérer et Fédérer ont d'ailleurs des activités dans d'autres réseaux. En , Gilbert Zaksas est actif au sein du réseau Buckmaster et du sous-réseau Pimento, animé par le major Anthony Brooks du Special Operations Executive[17].
En , à la suite de l'armistice italien, Silvio Trentin quitte Toulouse et retourne en Italie, afin de poursuivre la lutte contre le régime fasciste de la République de Salo[2]. Franca Trentin, la fille de Silvio Trentin, reste active en tant qu'agent de liaison. En , le mouvement se rapproche du mouvement L'Insurgé, fondé à Lyon par Marcel Fugères (en fait Marie-Gabriel Fugère)[18]. Il reste cependant un mouvement relativement isolé, dont les idées politiques originales l'éloignent en partie du processus d'unification de la Résistance qui se mène au même moment[18].
Disparition
Le , la Gestapo arrête les frères Lion avec tout leur personnel, dont Georges Séguy[réf. nécessaire], et plusieurs membres du mouvement Libérer et Fédérer, dont Adolphe Coll[19].
Hommages
Plusieurs voies de Toulouse portent le nom de membres du mouvement.
Principaux membres
Comité directeur
- Achille Auban (1912-1973) : employé municipal, responsable des Jeunesses socialistes[3] ;
- Adolphe Coll (1912-1945) : artisan peintre, membre des Jeunesses socialistes, déporté et mort au camp de Flossenbürg[19] ;
- Paul Descours (1909-1992) : instituteur, membre des Jeunesses socialistes ;
- Maurice Fonvieille (1896-1945) : instituteur, militant à la SFIO, conseiller municipal, déporté et mort au camp de Gusen ;
- Clément Laurent (1900-), alias « Pato » : directeur de la coopérative de Saint-Papoul, membre des réseaux Bertaux et Buckmaster ;
- Gilbert Zaksas (1910-1978), alias « Gilbert », « Alexandre » : étudiant en droit.
Autres membres
- Yves Berducou (1915-2009) : employé de la SNCF, syndicaliste à la CGT ;
- Robert Borios (1919-1944), alias « Blanchard » : capitaine de gendarmerie, exécuté au camp de Souge[20] ;
- Robert Cazenave (1913-2014) : avocat ;
- Fernand Coll (1907-1981) : ouvrier à la Cartoucherie, membre des Jeunesses socialistes, secrétaire adjoint de la SFIO de la Haute-Garonne, syndicaliste à la CGT[7] ;
- Jean Coste (1910-1985) : ouvrier à l'ONIA, syndicaliste à la CGT ;
- Paul Debauges (1903-2002) : professeur de mathématiques au lycée de garçons et à l'école régionale d’architecture ;
- André Etcheverlepo (1912-1944), alias « Rollin » : ajusteur chez Latécoère, syndicaliste à la CFTC, agent du SOE, membre de l'AS, assassiné par la Milice à Montauban ;
- Georges Ferriès (né en 1923) : ouvrier de la Société des pétroles du Languedoc ;
- Jacques Furet, alias « Mercier » ;
- Théophile Luce (1907-1992) : inspecteur des PTT, responsable du mouvement à Mauguio et dans sa région ;
- André Montané (1908-1978) : ouvrier à la SNCASE, membre du PSOP, syndicaliste à la CGT ;
- Eugène Montel (1885-1966) : instituteur et homme politique, membre de la SFIO de l'Aude, conseiller général ;
- René de Naurois (1906-2006) : prêtre et professeur à l'Institut catholique de Toulouse, Français libre, aumônier du Commandos Kieffer, Compagnon de la Libération et Juste parmi les nations.
- Élie Ousteau (1909-1984) : syndicaliste et socialiste ;
- Luigi Pavan (1913-1944), alias « Loup » : artisan à Salies-du-Salat, membre de l'AS, exécuté par erreur par les FTPF à Saleich ;
- Jean Rous (1908-1985), alias « Clart » : avocat, membre du mouvement trotskyste et du POI, délégué à la IVe Internationale, responsable de Libérer et Fédérer à Lyon ;
- Francesca Trentin (1919-2010) : fille de Silvio Trentin, étudiante ;
- Silvio Trentin (1885-1944) : professeur de droit à l'université de Pise, député de Venise pour le PSI, responsable du mouvement antifasciste Giustizia e Libertà, mort à Trévise[2].
Notes et références
- Arrighi 2007, p. 121.
- Portalès, « Trentin », 2013-2021.
- Morin 2008.
- ↑ Lecuir 2013, p. 347-348.
- ↑ Arrighi 2007, p. 122 et 128-129.
- ↑ Toulouse Résistante, circuit de mémoire
- Morin et Portalès, « Coll Fernand », 2014-2018.
- ↑ Lecuir 2013, p. 348-349.
- ↑ Arrighi 2007, p. 122.
- ↑ Arrighi 2007, p. 123-125.
- ↑ Arrighi 2007, p. 125-126.
- ↑ Michel Goubet, « La résistance étrangère à Toulouse (1940-1944) », Bulletin de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, supplément no 8, 1995, La Résistance et les Français. Villes, centres et logiques de décision, p. 74.
- ↑ Guillaume Davranche, Rolf Dupuy et Marie-Cécile Bouju, « notice LION Antonin [dit Henri [LION Antonin, Henri] »], sur le site du Maitron en ligne, mis en ligne le 21 avril 2014 (modifié le 22 décembre 2020).
- ↑ Chauvet 1978, p. 311-313.
- ↑ Marie-Cécile Bouju, « notice CASTELLVI Raymond », sur le site du Maitron en ligne, mis en ligne le 25 novembre 2018 (modifié le 25 février 2019).
- ↑ Chauvet 1978, p. 315-316.
- ↑ Lecuir 2013, p. 354.
- Arrighi 2007, p. 129.
- Portalès, « Coll », 2014.
- ↑ Portalès, « Borios », 2014-2022.
Voir aussi
Bibliographie
- Jean-Pierre Pignot, Libérer et Fédérer. Aspects de la Résistance à Toulouse et sa région, Conseil général de la Haute-Garonne, 1994.
- Paul Arrighi, « Silvio Trentin et le mouvement de Résistance Libérer et Fédérer : « de la Résistance vers la Révolution » », Guerres Mondiales et Conflits Contemporains, no 226, , p. 121–130.
- Paul Arrighi, Silvio Trentin, un Européen en résistance. 1919-1943, éd. Loubatières, 2007 (ISBN 978-2-8626-6521-4).
- Paul Chauvet, La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale, Paris, 1978.
- Marie-France Lecuir, « La double vie de l'avocat Robert Cazenave, 1940-1944 », Vivre et mourir en temps de guerre de la préhistoire à nos jours : Quercy et régions voisines, Presses universitaires du Midi, Toulouse, 2013, p. 343-357. (ISBN 978-2-8107-0940-3).
Articles connexes
- Histoire de Toulouse pendant la Seconde Guerre mondiale
- Liste des réseaux et mouvements de la Résistance intérieure française
- Journaux clandestins de la Résistance en France
Liens externes
- Gilles Morin, « notice AUBAN Achille, Joseph », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le .
- Gilles Morin et Georges Portalès, « notice COLL Fernand, Adolphe », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le .
- Georges Portalès, « notice BORIOS Robert, Pierre, Léon pseudonyme Blanchard », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le .
- Georges Portalès, « notice COLL Adolphe », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le .
- Georges Portalès, « notice TRENTIN Silvio », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le .
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