Lighthorse

Lighthorse (ou Light Horse) est un nom officiel ou informel désignant les forces de police des tribus reconnues au niveau fédéral aux États-Unis. Certains gouvernements tribaux appellent officiellement leur police “Lighthorse”, tandis que d’autres non. Historiquement, ce terme renvoyait aux forces de police montées des Cinq Tribues Civilisées. Les Lighthorse étaient généralement organisés en compagnies et affectés à différents districts. Les plus connus étaient peut-être les Cherokee Lighthorsemen, dont les origines remontent dans l’État de Géorgie. En raison de l’Indian Removal Act, les Cinq tribues furent déplacées de force vers le Territoire indien, où se trouvent aujourd’hui les commissariats (ou postes de police) des services modernes de Lighthorse Police Departments. »
Formes précoloniales de maintien de l'ordre
Avant l’arrivée des Européens, de nombreuses tribus maintenaient l’ordre grâce à des valeurs sociales plutôt qu’à une police formelle. Ces valeurs reposaient sur les liens de parenté : respecter ses proches et éviter tout comportement pouvant embarrasser sa famille incitaient les individus à suivre les attentes de la communauté. Le ridicule social constituait souvent un moyen naturel de préserver l’harmonie au sein de la tribu.
Lorsqu’une offense survenait, les tribus avaient généralement recours à la négociation et à la compensation pour réparer le tort. La conséquence la plus lourde était souvent la honte qui retombait sur la personne et sa famille. Si la négociation privée n’aboutissait pas, la question pouvait être prise en charge par des membres influents, comme les chefs ou d’autres représentants.
Les sanctions variaient selon la situation. Ils pouvaient consister à donner des biens de valeur, tels que des chevaux, à détruire les biens du coupable, à infliger des châtiments corporels ou, dans certains cas, à une «blood revenge» (vengeance de sang), une pratique qui a été par la suite exagérée dans de nombreux récits coloniaux[1].
Cherokee
En 1795, les Cherokees créèrent des organisations appelées « compagnies de régulation » pour lutter contre le vol de chevaux et autres délits contre la propriété[2]. Ces compagnies constituaient une force de police tribale montée, habilitée à faire appliquer les lois tribales. Elles commencèrent à être appelées « Lighthorsemen » dans les années 1820. Leur autorité s'étendit à l'arrestation des criminels, qu'ils livraient aux tribunaux tribaux pour y être jugés et condamnés. Le champ d'action des Lighthorsemen fut ensuite étendu aux crimes plus graves, notamment le meurtre, le viol et le vol. Ils faisaient également appliquer les lois tribales contre l'ivresse[3]. Un auteur a affirmé que les Cherokees avaient emprunté le nom de cette force au général Henry « Lighthorse Harry » Lee, surnommé ainsi en raison de la rapidité de sa cavalerie .
Le , le Conseil national cherokee autorisa la formation d'une compagnie de cavalerie légère. Composée d'un capitaine, d'un lieutenant et de vingt-quatre cavaliers, elle avait pour mission d'arrêter tous les fugitifs recherchés sur le territoire cherokee . Pendant plusieurs années, les cavaliers firent également office de juges et de jurés, administrant eux-mêmes les peines. Généralement, les personnes reconnues coupables de délits mineurs étaient fouettées, tandis que les crimes plus graves étaient passibles de 100 à 300 coups de fouet, de l'amputation des oreilles, voire de la peine de mort. En 1874, les Cherokees construisirent une prison à Tahlequah . Ils furent la seule nation amérindienne à le faire.
Chickasaw
En 1829, Levi Colbert et un groupe de Chickasaws métis créèrent un code de lois pour protéger les propriétés chickasaws, ce qui mena à la création de leur corps de cavalerie légère par le Conseil national chickasaw. Ces corps comprenaient 25 hommes de chaque district tribal, soit 100 cavaliers légers au total. Après la déportation forcée en 1836 vers le Territoire indien, au cours de laquelle de nombreuses vies chickasaws furent perdues, le corps de cavalerie légère chickasaw fut dissous. Bien que d'autres forces de l'ordre aient été établies après l'adoption de la Constitution chickasaw, qui sépara les Chickasaws de la nation Choctaw, le terme « lighthhorse » ne fut utilisé pour la police chickasaw qu'en 2004, lors de la réforme du Département de police de la cavalerie légère chickasaw (LPD)[4].
Aujourd'hui, le Chickasaw LPD a juridiction sur 13 comtés de l'Oklahoma, divisés en 3 districts (WinStar, Ada, Newcastle) et compte 105 agents des forces de l'ordre à temps plein[4].
Choctaw
Le traité de Doak's Stand de 1820 alloua 600 dollars américains par an à la nation Choctaw pour organiser et entretenir les cavaliers légers Choctaw. Ces hommes étaient habilités à arrêter, juger et punir ceux qui enfreignaient les lois tribales. Le premier corps devint opérationnel en 1824. Peter Pitchlynn prit la tête de cette force en 1825. Après la déportation forcée des Choctaws vers le Territoire indien, dans le cadre de la déportation des Indiens, les cavaliers légers furent placés sous l'autorité du chef tribal.
La Constitution Choctaw de 1838 stipulait qu’« il incombait à tout cavalier léger d’ordonner aux candidats ou à leurs représentants de se former en rangs séparés ; les électeurs se rassemblant avec les candidats qu’ils souhaitaient élire ; et deux ou plusieurs juges étaient désignés par le capitaine de la compagnie de cavalerie légère pour déterminer le nombre d’électeurs dans chaque rang, ainsi que leurs qualifications ; et l’un de ces juges annonçait publiquement le nombre d’électeurs dans chaque rang et proclamait la personne ayant obtenu le plus grand nombre de voix ; et il incombait aux juges des élections de rapporter aux greffiers de district les noms des personnes élues, le poste auquel elles ont été élues et la majorité obtenue ; ces derniers étaient tenus d’enregistrer ces informations et d’informer le chef de district du résultat de l’élection[1]. »
Selon l'historienne Carolyn Foreman, le traité stipulait « que tous les hommes, blancs et rouges, peuvent être contraints de payer leurs justes dettes ; il est stipulé et convenu que la somme de deux cents dollars sera allouée par les États-Unis, pour chaque district, annuellement, et placée entre les mains de l'agent, pour payer les dépenses engagées pour lever et établir lesdits corps ; lesquels doivent agir en tant qu'officiers exécutifs, pour maintenir le bon ordre et contraindre les mauvais individus à quitter la nation, qui ne sont pas autorisés à y vivre par un permis régulier de l'agent. »
Appelés Issuba Vmbinili Tʋshka (« Guerrier à cheval perché ») en langue choctaw, les cavaliers légers montaient leurs propres chevaux et utilisaient leurs propres armes.
Muscogee (Creek)
Les Muscogee furent déplacés vers le Territoire indien durant l'hiver 1836-1837. À leur arrivée, ils conservèrent leur forme de gouvernement d'origine et continuèrent à appliquer leur système de lois.
Au début de la guerre civile, les États confédérés d'Amérique (CSA) ont conclu un traité avec la nation Creek . Parmi de nombreuses autres dispositions, la CSA a promis de fournir 600 dollars confédérés par an pour le soutien des cavaliers légers.
Entre 1882 – 1883, un groupe de Creeks dissidents, mené par Isparhecher, se révolta contre le chef principal Samuel Checote . Ce dernier ordonna aux cavaliers de la cavalerie Creek de réprimer la rébellion et nomma rapidement Pleasant Porter à leur tête. Porter et ses hommes parvinrent à contraindre les dissidents à quitter le territoire Creek et à se réfugier en territoire Sac et Fox, puis en territoire Kiowa . N'étant pas les bienvenus, ils retournèrent sur leurs terres pour faire la paix avec la majorité de la tribu. Porter devint par la suite chef principal de la nation Creek ( – ).
Séminole
Les Séminoles furent les derniers des Cinq Tribus Civilisées à établir leur propre force de police, leur déportation vers le Territoire indien ayant eu un impact considérable sur eux. Les Séminoles résistèrent à cette déportation et furent en guerre contre les États-Unis de 1835 à 1842, période durant laquelle ils furent progressivement contraints de se déplacer vers le Territoire indien.
Suite à la déportation, les Séminoles n'avaient pas les moyens de financer ceci, et pendant la guerre de Sécession, le gouvernement séminole était dysfonctionnel. En 1876, le gouverneur John Brown engagea AQ Teague, un jeune éleveur de bétail texan, comme premier cavalier léger[1].
Évolution du système de justice pénale autochtone
Une série de lois a progressivement privé les tribus de leur autorité pour contrôler et juger leurs propres membres.
En 1817, la Loi générale sur les crimes a étendu la juridiction fédérale aux crimes commis sur les terres autochtones, impliquant une personne non autochtone, et une personne autochtone. Cependant, elle ne s’appliquait pas aux crimes commis par une personne autochtone contre une autre personne autochtone[2]. La loi stipulait expressément qu’elle « ne s’étend pas aux infractions commises par un Indien contre la personne ou les biens d’un autre Indien ».
La situation changea dans les années 1880. Dans l'affaire Ex Parte Crow Dog, un Lakota du nom de Crow Dog fut jugé devant un tribunal fédéral pour le meurtre de Spotted Tail. Il plaida que, puisque l'incident n'impliquait que des Autochtones, il devait être jugé selon le droit tribal et non le droit fédéral. La Cour suprême lui donna raison. Cependant, Spotted Tail étant un chef pro-gouvernement, les États-Unis réagirent en adoptant la loi sur les crimes majeurs (Major Crimes Act) en 1885. Cette loi réduisit considérablement la souveraineté autochtone en plaçant certains crimes sous l'autorité fédérale, même lorsqu'ils étaient commis entre membres d'une même tribu[2].
Dans l’affaire Oliphant c. Suquamish Indian Tribe de 1978, la Cour suprême a stipulé que les tribus amérindiennes n’avaient pas le pouvoir de poursuivre les personnes non autochtones pour des crimes commis sur les terres tribales.
Références
- Kekek Stark, Indian Policing: Agents of Assimilation, Case Western Reserve L. Rev. 683,
- French, « Law enforcement in Indian country », Criminal Justice Studies, vol. 18, no 1, , p. 69–80 (ISSN 1478-601X, DOI 10.1080/14786010500071154, lire en ligne)
- ↑ Eileen Luna-Firebaugh, Tribal Policing: Asserting Sovereignty, Seeking Justice, University of Arizona Press, (ISBN 9780816524341)
- « Chickasaw Lighthorse Police - About », chickasawlighthorsepolice.net (consulté le )
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