Littérature augustéenne

Le poète augustéen Virgile dans une mosaïque du IIIe siècle représentant également les Muses Clio et Melpomène .

La littérature augustéenne est une période de la littérature latine écrite sous le règne d'Auguste (27 av. J.-C. - 14 apr. J.-C.), le premier empereur romain. Dans les histoires littéraires de la première partie du XXe siècle et avant, la littérature augustéenne était considérée, avec celle de la République tardive, comme constituant l'âge d'or de la littérature latine, une période de classicisme stylistique.

La majeure partie de la littérature périodisée sous le nom d'« augustéenne » fut en réalité écrite par des hommes – Virgile, Horace, Properce, Tite-Live – dont les carrières s'établirent durant les années triumvirales, avant qu'Octave ne prenne le titre d'Auguste . À proprement parler, Ovide est le poète dont l'œuvre s'inscrit le plus profondément dans le régime augustéen.

Impact et style

La littérature augustéenne a produit les poètes romains les plus lus, les plus influents et les plus durables. Les poètes républicains Catulle et Lucrèce sont leurs prédécesseurs immédiats ; Lucain, Martial, Juvénal et Stace sont leurs héritiers dits de « l'âge d'argent ». Bien que Virgile ait parfois été considéré comme un « poète de cour », son Énéide, la plus importante des épopées latines, permet également des lectures complexes sur la source et le sens du pouvoir romain et sur les responsabilités d'un bon dirigeant.

Les œuvres d'Ovide connurent un immense succès, mais le poète fut exilé par Auguste dans l'un des plus grands mystères de l'histoire littéraire ; « carmen et error  » (« un poème et une erreur ») est l'explication indirecte d'Ovide lui-même. Parmi les œuvres en prose, l'histoire monumentale de Tite-Live est prééminente, tant par son ampleur que par sa réussite stylistique. L'ouvrage en plusieurs volumes De architectura de Vitruve conserve également un grand intérêt informatif.

Les questions relatives au ton, ou à l'attitude de l'auteur face à son sujet, sont au cœur des préoccupations des chercheurs qui étudient cette période. Les œuvres augustéennes sont notamment analysées afin de comprendre dans quelle mesure elles favorisent, soutiennent, critiquent ou affaiblissent les attitudes sociales et politiques promues par le régime, dont les formes officielles s'exprimaient souvent par des moyens esthétiques.

Liste des écrivains augustéens

Mécénat

Les Chroniques de Eusèbe de Césarée, rapportent que Lucrèce naquit la seconde année de la 71e olympiade ; époque où la Grèce commençait à répandre ses lumières dans l’Italie ; où Cicéron (106 - 43 av. J.-C..), Atticus (110 - 32 av. J.-C..), Catulle (84 - 54 av. J.-C..) et Jules César (100 - 44 av. J.-C..) apparaissent presque ensemble. Des amitiés se nouent entre les grands et les poètes de Rome, pour Lucrèce, Memmius (99- 46 av. J.-C..); pour Horace (95 - 8 av. J.-C.), Mécène (70 - 8 av. J.-C..), proche conseiller d'Auguste (63 av. J.-C. - 14 apr. J.-C.); et pour Virgile, le même Memmius ; pour Ovide (43 - 18 av. J.-C..) , Messalla. Les principaux membres du « cercle de Messalla » sont Ovide, Properce (47 - 15 av. J.-C.), Sulpicia (47 av. J.-C. -) et Tibulle (54 - 18 av. J.-C..),. Tous ces notables rapprochent les poètes à la personnalité d'Auguste, le premier empereur romain.

Contexte de la guerre civile

Les écrits de Virgile et des auteurs contemporains s'inscrivent dans une période de guerre à outrance, qui voit un questionnement par rapport à la propriété et à la gestion des terres[a] ; personne même après Actium n'était plus sûr de posséder en paix le champ de son père[1]. Si les anciennes guerres menées par Rome s'appuyaient sur le paysan-soldat[2],[1],[3], généralement un petit propriétaire terrien, qui n'était pas déconnecté de la Nobilitas et dont la fonction avait été profondément remanié par l'esclavage romain[b]; les guerres civiles romaines emploient désormais massivement des « sans terres », à qui l'on promet des terres en cas de victoire. Démobilisés, ils forment la masse des vétérans, à qui l'on attribue souvent brutalement des terres en expropriant des communes entières[c]. Dans le temps où l'on distribuait aux soldats vétérans d'Octave les terres de ceux de Crémone et de Mantoue, ce fut par faveur que Virgile conserva les siennes qui étaient échues en partage à Claudius ou à Arius. Les propriétés foncières agricole des écrivains augustéens Tibulle (Latium), Horace (le domaine paternel à Venusia) et Properce (Ombrie), ont de même été dans ce cadres probablement sérieusement amputées[4]. Les Géorgiques de Virgile peuvent être lues comme une dénonciation subtile de la Guerre civile, et une remise en question du modèle du paysan-soldat, les « paysans-soldats pervertis se livrant à des guerres intestines »[5]. On retrouve cette même opposition à la guerre chez Tibulle.

Postérité

Née dans les écoles antiques, l'admiration pour le génie poétique de Virgile s'est perpétuée sans relâche au Moyen Âge pendant un millénaire. Dans certains cas, elle a même pris l'allure d'un véritable culte[6].

Il est peu probable qu'Ovide ait jamais été totalement oublié au début de l'ère chrétienne, mais il semble que la lecture de sa poésie, principalement des Métamorphoses, ait été très occasionnelle et limitée à quelques étudiants de la haute société, répartis dans toute l'Europe. Si les écrits d'Ovide avaient été accessibles à l'époque, il est logique d'en déduire que leur lecture publique n'aurait pas été tolérée dans les centres d'enseignement, les couvents ou les écoles dirigées par les prêtres et les moines. Ces institutions étaient entièrement dominées par un esprit de réaction contre le paganisme, ses philosophes et ses poètes. Les contrastes marqués entre les injonctions des Pères de l'Église, comme celles d'Augustin, et les préceptes d'Ovide, font qu'il est certain que ses œuvres étaient soumises à une interdiction stricte. Aux IXe et Xe siècles, le prestige unique de Virgile, contribua également à reléguer au second plan l'étude d'Ovide[7].

Notes

  1. ↑ Les guerres civiles romaines jusqu'à Actium et après, qui voit la victoire décisive d'Octave, désormais nommé Auguste, le premier empereur romain, des transferts massifs de terres sont faits en faveur des vétérans, prises sur les ressources de l’ager publicus ou obtenues par confiscation ou expropriation. Certaines ont été obtenues par le mécanisme de la proscription (Proscription de 43 av. J.-C.), comme des prises faites à un ennemi après une guerre.
  2. ↑ Au premiers temps de la république, le modèle du Romain était le paysan-soldat, dont l'exemple le plus éclatant est Cincinnatus, abandonnant la charrue pour servir la République, puis y retournant le service accompli ; rusticus qui fit jadis la grandeur de l'Urbs, il était cependant aussi quelques fois décrié ou moqué (dans Blandenet 2016). Ce modèle a par la suite évolué. À la suite de ses conquêtes, notamment les Guerres puniques (264 -146 av. J.-C..) Rome s'est enrichie du commerce et a adopté dans ses habitudes une profusion de luxe déjà dénoncée par Caton, vers -195. Régulus dispose d'un seul serviteur pour l'aider à cultiver sa terre, et la plupart des patriciens vivent, de son temps, dans la même simplicité. Cent cinquante ans après, à l'époque de la Deuxième Guerre servile vers -104, quatre cents esclaves sortent armés de la maison d'un simple chevalier romain. Le plus grand nombre forme une classe d'ouvriers dont les propriétaires exploitent le travail, vendent les produits ou louent même les services (dans Levasseur 1859). Par la suite le peuple romain est devenu un mélange de toutes les nations : les affranchis confondus avec les citoyens, l’esclave n’a plus rien qui le distingue en apparence de son maître(dans Soury 1872).
  3. ↑ La Guerre de Pérouse est une réaction aux confiscations d'Octave.

Références

  1. Jules Soury, Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle, t. tome 101, Paris, (lire sur Wikisource), « Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle », p. 68-104
  2. ↑ Maëlys Blandenet, « Rusticité et identité romaine à l’époque républicaine », Vita Latina, vol. 193, no 1,‎ , p. 29–44 (DOI 10.3406/vita.2016.1826, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ Pierre Émile Levasseur, Histoire des classes ouvrières en France depuis la conquête de Jules-César jusqu'à la Révolution, volume 2, Librairie de Guillaumin et Cie, (lire en ligne)
  4. ↑ Raphaëlle Laignoux, « Politique de la terre et guerre de l’ager à la fin de la République. Ou comment César et les triumvirs ont « inventé » des terres pour leurs vétérans », Mélanges de l'École française de Rome - Antiquité, nos 127-2,‎ (ISSN 0223-5102, DOI 10.4000/mefra.3064, lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Delphine Viellard, « L’intertexte virgilien », Acta fabula, no vol. 8, n° 2,‎ (ISSN 2115-8037, DOI 10.58282/acta.2904, lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ André Vernet, « Virgile au Moyen Âge », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 126, no 4,‎ , p. 761–772 (DOI 10.3406/crai.1982.13997, lire en ligne, consulté le )
  7. ↑ Schevill 1913.

Bibliographie

  • Tim Helmke, Exemplarisches Krisenwissen: Gender in Narrativ Und Narration Des Fruhen Prinzipats, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, (ISBN 9783525302286)
  • Pierre Grimal et Alexandre Grandazzi, « Chapitre III. La littérature augustéenne », dans Vivre dans la Rome antique, Humensis, (ISBN 978-2-7154-1189-0, lire en ligne)
  • Jules Soury, Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle, t. tome 101, Paris, (lire sur Wikisource), « Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle », p. 68-104
  • Rudolph Schevill, Ovid and the renascence in Spain, Berkeley, University of California Press, (lire en ligne)
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