Lobet den Herrn alle Heiden

Lobet den Herrn, alle Heiden
BWV 230
Louez l'Éternel, toutes les nations
Image illustrative de l’article Lobet den Herrn alle Heiden
Église Saint-Roch Anges chantant le psaume 117
Laudate Dominum Omnes Gentes

Genre Motet
Nb. de mouvements 3
Musique Jean-Sébastien Bach (probable)
Texte Psaume 117
Langue originale Allemand (latin ?)
Effectif 1 chœur à 4 voix SATB et basse obligée (orgue)
Durée approximative 7 minutes
Dates de composition Inconnues
Partition autographe Perdue
Publication 1821
Breitkopf & Härtel
Création Inconnu

Lobet den Herrn, alle Heiden (en français : Louez l'Éternel, toutes les nations), BWV 230, est un motet de Jean-Sébastien Bach.

Le motet tire son texte de la Bible, le Psaume 117 versets 1 et 2.

Contrairement à la majorité des autres motets de Jean-Sébastien Bach, Lobet den Herrn, alle Heiden a connu une histoire éditoriale inhabituelle et tardive, marquée par son absence lors de la première édition des motets de Jean-Sébastien Bach, au début du XIXe siècle, et par sa première apparition en 1821 dans une édition de Breitkopf & Härtel, fondée sur un manuscrit qui n'a jamais été retrouvé, pas plus que d'autres traces historiques du motet.

C'est le seul motet de cet ensemble à être écrit pour quatre voix (la plupart des autres sont pour double chœur SATB, ou cinq voix). Il est également inhabituel car un accompagnement instrumental indépendant (léger) est spécifiquement indiqué. C'est également le plus court de tous les motets de Bach.

Ces particularités ont entraîné au XXe siècle une controverse concernant la paternité de l'œuvre, qui ne trouve plus guère d'échos de nos jours. Il est généralement admis que Jean-Sébastien Bach est l'auteur de ce motet, de par son style caractéristique et sa complexité et perfection contrapunctique, typique de Bach.

Histoire

L'histoire de sa transmission repose entièrement sur une publication posthume tardive, alors qu'elle était absente de l'édition originale des motets. L'œuvre n'est apparue publiquement qu'en , lors de sa publication par la maison d'édition Breitkopf & Härtel à Leipzig. Le titre dans cette édition était Psaume 117, mis en musique pour quatre voix par J.S. Bach. Partition selon l'autographe original de Bach. L'éditeur affirmait donc être en possession de l'autographe[Ca 1].

Mais aucune recherche ultérieure n'a permis de retrouver une trace historique (autographe, copies manuscrites, allusions dans des documents..) de cette partition. La date et les circonstances de sa composition sont donc complètement inconnues, et même son auteur a été remis en question.

Publication

Absence dans l'édition originale (1802-1803)

La première édition imprimée des motets de Bach paraît à Leipzig en 1802 et 1803, plus de cinquante ans après la mort du compositeur. Cette édition, préparée par Johann Gottlieb Schicht (alors Kantor de l'église Saint-Thomas), est historique car elle constitue la première publication d'œuvres vocales de Bach depuis 1708. Cependant, cette édition ne contient pas le motet Lobet den Herrn[1].

Pour atteindre le nombre canonique de six motets, Schicht inclut à la place l'œuvre Ich lasse dich nicht, du segnest mich denn (aujourd'hui classée BWV Anh. 159 et plus tard attribué à Johann Christoph Bach, avant d'être réattribué à Jean-Sébastien), établissant ainsi un groupe de six motets qui fera longtemps autorité.

Première publication (1821) et autres éditions du XIXe siècle

Le motet Lobet den Herrn n'apparaît sous forme imprimée qu'en 1821, publié par la maison d'édition Breitkopf & Härtel. C'est cette publication qui définit le corpus standard des six motets (BWV 225–230) dans le Bach-Werke-Verzeichnis (catalogue des œuvres de Bach), remplaçant ainsi le motet Ich lasse dich nicht dans les réimpressions ultérieures de l'édition originale.

En 1892, le motet a été publié avec d'autres dans le volume 39 de la Bach-Gesellschaft-Ausgabe, la première édition des œuvres complètes du compositeur.

Éditions du XXe et XXIe siècle

Le motet a été inclus dans la Neue Bach-Ausgabe (Nouvelle Édition Bach) en 1965.

Il a été publié en 2002 par Carus-Verlag comme l'un des sept motets édités par Uwe Wolf. L'éditeur note certains doutes quant à l'authenticité de l'œuvre, expliquant que « contrairement au nombre "classique" de six œuvres, nous avons publié sept compositions dans ce volume de motets : cinq œuvres indubitablement authentiques de Johann Sebastian Bach et deux dont l'authenticité est moins certaine »[1].

Controverse sur la paternité du motet

La publication tardive de 1821 a soulevé des problèmes musicologiques concernant l'authenticité et la transmission de l'œuvre. Contrairement à d'autres motets dont il existe des manuscrits autographes ou des parties séparées utilisées par le compositeur, Lobet den Herrn ne dispose pas de telles sources primaires historiques. De plus, l'édition de 1821 s'appuie sur des sources dont la fiabilité est parfois remise en question, alimentant les débats sur la paternité de l'œuvre.

En effet, certains chercheurs, comme Martin Geck, ont remis en question l'attribution à Bach[2],[3],[1], étant donné l'absence de traces historiques et ses particularités : c'est le seul motet de cet ensemble à être écrit pour quatre voix (la plupart des autres sont pour double chœur SATB). Il est également inhabituel car un accompagnement instrumental (léger) est spécifiquement indiqué[3].

Ses arguments ont été contestés par Ralph Leavis[3] (1971) et Friedhelm Krummacher[4] (1974), qui ont défendu l'attribution à Bach en soulignant la qualité architecturale de l'œuvre et en citant des parallèles dans la Messe en si mineur, notamment à propos de l'ambitus inhabituel de ce motet, que on retrouve dans la Messe.

Le musicologue Andreas Weil est revenu sur le sujet en 2024 et a apporté son analyse de la controverse et de l'œuvre[5]. Selon lui, le motet est constitué de trois doubles fugues complexes et les juge supérieures aux œuvres de contemporains comme Jan Dismas Zelenka. Il identifie également un traitement audacieux des dissonances (note de passage irrégulière, dissonante sur un temps fort) typique du style mature de Bach, que l'on ne retrouve pas chez les autres compositeurs de l'époque. L'auteur conclut que la maîtrise contrapuntique exceptionnelle plaide fortement en faveur de Jean-Sébastien Bach[5].

Selon Gilles Cantagrel, son attribution ne fait globalement pas de doute étant donné le style très caractéristique de l'œuvre, et sa complexité et perfection d'écriture « qui n'appartient qu'à Bach »[Ca 1].

Aujourd'hui, le débat sur l'authenticité est totalement absent du catalogue de référence Bach-Werke-Verzeichnis de 2022 qui l'inclus dans l'ensemble canonique des motets de Bach (listés de BWV 225 à 231); il est admis que Bach est l'auteur de la BWV 230 et qu'il l'a probablement composée à Leipzig.

Texte et structure de l'oeuvre

Le motet tire son texte du Psaume 117, versets 1 et 2, dans sa traduction allemande de Martin Luther. Klaus Hofmann (2000) a noté des problèmes de prosodie suggérant un texte original latin[6].

D'autres motets de Bach sont connus pour avoir été composés pour des funérailles à Leipzig et utilisent des textes comme l'Épître aux Romains. La tonalité de célébration et de jubilation de Lobet den Herrn indique qu'il a été composé pour un autre type d'occasion.

Le motet est intégralement en ut majeur. Il est à quatre voix SATB, et, chose inhabituelle pour un motet, une partie instrumentale indépendante (basse obligée) est spécifiquement notée, qui vient soutenir l'harmonie quand la polyphonie du chœur s'allège. Les autres motets sont parfois exécutés avec instruments, mais colla parte, sans harmonie indépendante.

La structure de l'œuvre suit la structure du psaume : elle est composée de trois parties, la première sur le premier verset, le second sur le second verset, et la troisième consacrée à la louange Alléluia.


Structure du motet Lobet den Herrn, alle Heiden (BWV 230)
Partie Mesures Texte (Allemand / Français) Forme Musicale Analyse et Caractéristiques
I. Louange 1 – ~58 Lobet den Herrn, alle Heiden, und preiset ihn, alle Völker!
(Louez l'Éternel, toutes les nations, Célébrez-le, tous les peuples !)
Double Fugue[Ca 2]
  • Thème A ("Lobet") : Jubilation caractérisée par des arpèges ascendants (sauts d'octave et de quinte), évoquant un appel de trompettes[Ca 2],[7].
  • Thème B ("Preiset") : Thème contrastant mélismatique, composé de gammes descendantes et ascendantes, évoquant une effervescence ("bouillonnant").
  • Technique : Les thèmes sont présentés et combinés dans un contrepoint serré.
II. La Justification ~58 – 98 Denn seine Gnade und Wahrheit waltet über uns in Ewigkeit.
(Car sa bonté pour nous est grande, Et sa fidélité dure à toujours.)
Style motet[Ca 2]
  • Contraste : La section débute par une rupture stylistique marquée par une écriture homophone (accords verticaux) plus calme.
  • Figuration sonore ("Ewigkeit") : Sur le mot "Éternité", pour l'illustrer, une voix tient une longue note (pédale) pendant que les autres voix continuent de bouger, symbolisant la durée infinie du temps divin[7],[Ca 2] .
  • Motif "Gnade" : Un saut d'octave marquant souligne le mot "Grâce"[7].
III. La Jubilation 99 – Fin Alleluia.
(Louez l'Éternel.)
Fugue
(Style de danse)
  • Caractère : Changement de mesure (souvent ressentie comme un 3/8[Ca 2]) donnant à la musique l'allure d'une gigue ou d'une danse française rapide.
  • Écriture : Passages en canons stricts par paires de voix et grande virtuosité vocale[7].
  • Finale : L'œuvre se conclut par une section extatique en accords verticaux (homophonie).

Discographie

Lobet den Herrn a souvent été enregistré avec d'autres motets de Bach. Ces ensembles enregistrés sont partiellement listés dans la discographie des motets de Johann Sebastian Bach.

Bibliographie

  1. p. 364
  2. p. 366
  • Weil, Andreas (2024), « Sur la question du compositeur du motet « Lobet den Herrn, alle Heiden » BWV 230. Un plaidoyer pour une enquête historique et stylistiquement critique », Zeitschrift der Gesellschaft für Musiktheorie 21/2, 21-45. https://doi.org/10.31751/1214 :

Notes et références

  1. Uwe Wolf, Johann Sebastian Bach / Motetten / Motets, Carus-Verlag, , PDF (lire en ligne)
  2. Geck, Martin (1967), Sur l'authenticité du motet de Bach ›Louez le Seigneur, toutes les nations, dans : Bach Yearbook 53, éd. par Alfred Dürr et Werner Neumann, 57–69.
  3. (en) Leavis, Ralph, « Bach's Setting of Psalm CXVII (BWV.230) », Music & Letters, OUP, vol. 52, no 1,‎ , p. 19–26 (DOI 10.1093/ml/LII.1.19, JSTOR 731829)
  4. Krummacher, Friedhelm (1974), «Interprétation du texte et structure de la phrase dans les motets de Bach», dans : Bach Yearbook 60, éd. par Alfred Dürr et Werner Neumann, 5–43.
  5. Weil, Andreas (2024), « Sur la question du compositeur du motet « Lobet den Herrn, alle Heiden » BWV 230. Un plaidoyer pour une enquête historique et stylistiquement critique », Zeitschrift der Gesellschaft für Musiktheorie 21/2, 21-45. https://doi.org/10.31751/1214
  6. Hofmann, Klaus (2000), "Le motet "Lobet den Herrn, alle Heiden" (BWV 230). Problèmes anciens et nouveaux", dans : Bach-Jahrbuch 86, éd. par Hans-Joachim Schulze et Christoph Wolff, 35-50.
  7. « Oeuvres vocales de JS Bach. BWV 230 », sur Edward van Hengel

Liens externes

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