Logement d'abord
Le logement d'abord est une politique publique qui s'adresse à toutes les personnes sans-abri. Elle propose de permettre aux personnes sans abri d’accéder directement à un logement autonome avec un accompagnement social, sans passer par toutes les étapes habituelles : les centres d'hébergement d'urgence, les centres d'hébergement et de réinsertion sociale, puis parfois les maisons relais ou autres lieux de vie collectifs ou semi-collectifs existant selon les pays.
Cette politique publique est souvent rattachée à un programme expérimental américain : Housing first. Il adresse les besoins des personnes vivant à la rue depuis longtemps et expérimentant des troubles psychiques sévères, modélisé via une démarche de recherche scientifique à New York à la fin des années 1980[1].
Aujourd'hui cette politique est diffusée dans plusieurs pays en Europe[2].
Histoire
Les politiques logement d'abord sont souvent confondues avec le programme new new-yorkais, Housing First[1]alors que ce programme n'est qu'un modèle des politiques logements d'abord. En Finlande par exemple le modèle choisi préférentiellement n'est pas le modèle new yorkais d’accès à des logements disséminés avec des équipes qui interviennent chez les personnes, mais le modèle développé entre autres à San Francisco de logement dans un seul immeuble où l'équipe a des bureaux sur place qui est de fait moins cher et semble plus efficace pour les personnes avec des problèmes sévères d'alcool[3]. Enfin s'est développée une approche dite de "rapid re-housing" pour les personnes qui n'ont pas de problèmes graves de santé ni de temps long à la rue[4]. Ces différentes approches ont fait l'objet de nombreuses évaluations médico-économiques dont les résultats ont souvent montré une réduction de l'utilisation des services publics tels que les hôpitaux, les prisons et les centres d'hébergement d'urgence. Des villes européennes comme Helsinki[5] et Vienne[6] ont constaté une réduction spectaculaire du nombre de personnes sans abri de longue durée à la suite de l'adoption de politiques de type « Logement d'abord ». Cela est également le cas des villes nord-américaines de Columbus (Ohio), Salt Lake City (Utah)[7] et Medicine Hat (Alberta)[8],[9],[10],[11],[12].
Principe
Une politique de type Logement d'abord présuppose que le premier besoin d'une personne sans domicile fixe est d'avoir un foyer, et que les autres problèmes comme la santé, ou le travail passent après. Il s'agit d’éviter ces étapes, dites d'approche en escalier qui partent du principe que les personnes doivent « se préparer ». L'approche logement d'abord ne présuppose pas une éventuelle « incapacité à habiter » des personnes du fait de leur parcours ou de leurs vulnérabilités. Elle consiste à donner l'accès à un logement de façon inconditionnelle, c'est-à-dire sans poser de conditions liées à la consommation d'alcool ou de drogues, à un niveau de revenus ou à une absence de casier judiciaire. Un accompagnement médical et une assistance sociale sont cependant toujours proposés[13].
Par pays
Belgique
Les expérimentations sont menées de 2013 à 2016[14]. Des sans-abris sont hébergés à Ixelles dans le cadre de cette politique à partir d'[15]. En Région wallonne en 2018, quatre villes ont mis en place le programme : Charleroi, Liège, Mons et Namur, pour un budget total de 480 000 €[16].
États-Unis
Les États-Unis sont les premiers à avoir mis en place de tels programmes, qui sont nés dans les années 1990 à New York[1].
L'État de l'Utah a mis en place cette politique en 2005, et a observé une baisse de 91 % du nombre de sans-abris chroniques en 10 ans[17]. Par ailleurs, l'État a économisé de l'argent, notamment en matière de santé et de prison, à travers ce programme. Pour Kevin Corinth, le chiffre de 91 % n'est pas exact, car il est dû en partie à un changement de mode de décompte, même s'il salue les effets de la politique Housing First[18].
À Salt Lake City, la mise en place du programme de 2005 à 2015 a permis une diminution de 72 % des sans-abris[13].
Finlande
Le programme a été mis en place en 2008 et est considéré comme un succès dix ans plus tard. Le nombre de sans-abris a diminué de 35 %, et les quatre cinquièmes parviennent à mener une vie plus stable. Le programme a fourni 4 600 logements pour un coût de 270 M€. L'État considère que ce programme coûte moins cher que de laisser les gens dans la rue[19],[20].
France
Durant l'hiver 2005 et 2006, l'ONG Médecins du monde lance un mouvement social avec la distribution de centaines de tentes bleues à Paris puis dans plusieurs villes de France[21] aux personnes vivant à la rue afin de rendre plus visible le phénomène du sans-abrisme[22]. Durant l'hiver 2006 le mouvement s'amplifie avec les Les Enfants de Don Quichotte qui mettent des centaines de tentes rouges sur le canal Saint-Martin à Paris[23].
À la suite d'une visite dans un squat thérapeutique a Marseille en 2008, Roselyne Bachelot alors ministre de la Santé commande un rapport ministériel sur la santé des personnes sans chez soi qui sera remis en 2010 [24]et va déboucher sur la mise en place d'une recherche évaluative de type « un chez soi d'abord ». Toulouse, Marseille et Lille en 2011 et Paris en 2012 sont les quatre sites choisis pour mettre en place une recherche évaluative complexe pour tester le programme qui fait l'objet d'un projet de recherche au Canada de plus de 110 millions de dollars canadiens et qui a débuté en 2009 appelé at home/chez soi[25]. Cette recherche a débuté à Marseille dans un squat puis s'est transformé en un essai randomisé sur quatre villes : Marseille, Lille, Toulouse en 2011 puis Paris en 2012[26]. Cette recherche évaluative s'est appuyée sur une recherche canadienne déjà en cours au Canada depuis trois ans et des liens étroits se sont noués entre les deux équipes de recherche[27]. Les premiers résultats très encourageants de cette recherche ont amené le gouvernement, en 2017 à changer sa politique globale de lutte contre le sans-abrisme pour une approche dite de "logement d'abord";
Le programme de recherche français comprend un essai randomisé et une approche qualitative importante avec quatre chercheurs en sciences humaines et sociales (sociologue, anthropologue et politologue) . Il cible des personnes sans abri de longue durée qui expérimentent des troubles psychiques sévères[28]. La Fondation pour le Logement des Défavorisés constate le succès des expérimentations si elles sont menées correctement[29]
En 2017, le gouvernement français annonce un plan quinquennal pour le « logement d'abord »[30]. Le plan développe peu de moyens nouveaux, l’État jouant avant tout un rôle de facilitateur[31]. Ce plan est mis en œuvre par la Délégation Interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (DIDAL).
À Lille, comme dans les trois autres villes, le programme vise à accompagner 100 personnes depuis la rue dans un logement autonome, avec un accompagnement. Le coût estimé du programme "Un chez soi d'abord" est de 14 000 € par personne, contre 18 000 € pour quelqu'un qui reste dehors[32].
Un chez soi d'abord
Le programme « Un chez soi d'abord » est porté par la Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (DIDAL). Inspiré d'un programme américain, il consiste à proposer un logement pérenne à des personnes sans domicile souffrant de troubles psychiques ou d'addictions, tout en les accompagnant selon leurs besoins.
Notes et références
- Sam Tsemberis et Kristen Gurdak, « Housing First : de la rue à un foyer, de son foyer au monde: », Vie sociale, vol. n° 23-24, no 3, , p. 31–52 (ISSN 0042-5605, DOI 10.3917/vsoc.183.0031, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ (en) Seema L. Clifasefi, Susan E. Collins, Nicole I. Torres et Véronique S. Grazioli, « HOUSING FIRST, BUT WHAT COMES SECOND? A QUALITATIVE STUDY OF RESIDENT, STAFF AND MANAGEMENT PERSPECTIVES ON SINGLE‐SITE HOUSING FIRST PROGRAM ENHANCEMENT », Journal of Community Psychology, vol. 44, no 7, , p. 845–855 (ISSN 0090-4392 et 1520-6629, DOI 10.1002/jcop.21812, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) « Rapid Re-Housing », sur National Alliance to End Homelessness, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Jon Henley, « 'It’s a miracle': Helsinki's radical solution to homelessness », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ (en) Kelly McEvers, « Utah Reduced Chronic Homelessness By 91 Percent; Here's How », NPR, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) Nickelsburg, « The cities making a dent in homelessness — and what Seattle can learn from them », GeekWire, (consulté le )
- ↑ (en-US) Shuler, « 'Vicious cycle' of mental illness, homelessness can be stopped with help of empathy |Opinion », The Columbus Dispatch (consulté le )
- ↑ (en-US) Walker, « Franklin County homeless shelter population up, challenged by lack of affordable housing », The Columbus Dispatch (consulté le )
- ↑ (en-US) Garrott, « SLC to extend moratorium on homeless shelters for another year while city council signals discontent with current strategy », Building Salt Lake, (consulté le )
- ↑ Gregersen, « How A Small Canadian City Took On Chronic Homelessness », Next City (consulté le )
- Nicolas Massol et Christophe Sente, «Le Housing First a permis de réduire de 72% le nombre de sans-abri à Salt Lake City», sur liberation.fr, (consulté le ).
- ↑ Coralie Buxant, « Implémentation du Housing First en Belgique - Résultats, challenges et perspectives1 », sur Parlement européen
- ↑ Nicolas Franchomme, « Espace Malibran à Ixelles : l’initiative Housing First permet l’hébergement de sans-abris », sur bx1,
- ↑ Monika Wachter, « "Un chez soi d'abord": un dispositif innovant pour les SDF qui fait ses preuves à Namur », sur rtbf.be, .
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- ↑ Aurélie Kieffer, « "Un chez soi d'abord" », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ « Logement d’abord : le plan quinquennal pour le logement d'abord et la lutte contre le sans-abrisme | Ministères Aménagement du territoire Transition écologique », sur www.ecologie.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Une stratégie loin de convaincre - ASH | Actualités sociales hebdomadaires », sur www.ash.tm.fr (consulté le )
- ↑ E.C., « Á Lille, “Un chez soi d’abord” : après la rue, se relever grâce au logement », sur France 3 Nord, (consulté le )
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