Loi de programmation militaire 2024-2030
2024-2030
| Titre | Loi n° 2023-703 du 1er août 2023 relative à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense |
|---|---|
| Pays |
|
| Législature | XVIe législature de la Cinquième République française |
|---|---|
| Gouvernement | Borne |
| Adoption | 13 juillet 2023 |
| Promulgation | 1er août 2023 |
| Publication | JO n°177 du 2 août 2023 |
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La loi du relative à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 ou LPM 2024-2030 fixe les orientations relatives à la politique de défense française et trace une trajectoire de programmation des moyens militaires pour la période 2024-2030. Elle précise les orientations en matière d'équipement des armées à l'horizon 2035 et les traduit en besoins financiers jusqu'en 2030. Cette loi est la quatorzième loi de programmation militaire en France. Elle fait suite à la loi de programmation militaire 2019-2025.
Dans le contexte géopolitique instable et imprévisible de relance de la course aux armements décrit par la Revue nationale stratégique 2022, cette quatorzième LPM vise à garantir l'autonomie stratégique du pays, à assurer les engagements de la France au titre de son statut d'allié de l'OTAN et de membre de l'Union européenne et à faire de la France, selon son Conseil des ministres, une « puissance d'équilibre »[1].
La situation nouvelle créée par l'agression de l'Ukraine par la Russie a amené le Parlement, à l'initiative du Président de la République et sur proposition du Gouvernement, à décider d'interrompre la loi de programmation militaire (LPM) prévue pour 2019-2025, au profit d'une nouvelle LPM couvrant la période 2024-2030[2].
La LPM 2024‑2030 a été adoptée le (413,3 milliards d’euros, dont 10 destinés à l'innovation (unités robotisées, essaims de drones, ordinateurs quantiques, intelligence artificielle).
Parcours législatif
Le projet de loi relatif à la programmation militaire (LPM) pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense est présenté au Conseil des ministres du par le ministre des Armées[1].
La Commission de la défense nationale et des forces armées dépose son rapport le . Le texte modifié est adopté par l'Assemblée nationale le . La commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat adopte le projet de loi avec 171 modifications le . Le texte modifié par le Sénat est voté le . La commission mixte paritaire parvient à un accord sur un texte commun le . Le texte de loi définitif est voté par l'Assemblée nationale le puis par le Sénat le [3].
À la suite de sa saisine par plus de soixante députés, le Conseil constitutionnel invalide les articles 14, 17, 20, 36, 45, 46, 48, 50, 52, 59 et 69 de la LPM 2024-2030[4]. La loi est promulguée le par le Président de la République et publiée au JO n° 177 du [3].
L'article 8 prévoit que la LPM 2024-2030 fera l'objet d'une actualisation par la loi avant la fin de l'année 2027. Celle-ci sera précédée d'une actualisation de la Revue nationale stratégique 2025[2].
La LPM 2024‑2030 a été adoptée par le Parlement le (413,3 milliards d’euros), dont 10 milliards destinés à l'innovation (comme prévu en 2023 pour soutenir quatre sauts technologiques : premières unités robotisées, essaims de drones, ordinateurs quantiques, intelligence artificielle, confirmés par le ministère des Armées)[5],[6].
Structure de la LPM
La LPM comporte soixante-et-onze articles, organisés en deux titres, respectivement intitulés « Dispositions relatives aux objectifs de la politique de défense et à la programmation financière » (articles 1 à 12) et « Dispositions normatives intéressant la défense nationale » (articles 13 à 71), ainsi qu'un rapport annexé[2].
Titre I - Dispositions relatives aux objectifs de la politique de défense et à la programmation financière
Ce premier titre de loi comporte douze articles, qui fixent les objectifs globaux de programmation relatifs aux budgets de la mission « Défense » gérée par le ministère des Armées, aux effectifs du ministère des Armées et au surcoût lié aux opérations extérieures et intérieures.
Le rapport annexé à la présente loi définit les orientations relatives à la politique de défense et les moyens qui lui sont consacrés au cours de la période 2024-2030. Il précise notamment les orientations en matière d'équipement des armées à l'horizon 2035 et les traduit en besoins physico-financiers programmés et en ressources budgétaires associées jusqu'en 2030.
Titre II - Dispositions normatives intéressant la défense nationale
Le titre II comporte un ensemble des dispositions normatives relatives aux ressources humaines, à l'élection de militaires aux scrutins locaux, à la cyber-défense, aux opérations, à la coopération et à l'entraînement des forces, au droit de l'armement, en matières immobilières et financières, au monde combattant et des mesures de simplification. Ces mesures ont des conséquences législatives et réglementaires.
Politique de défense et programmation budgétaire
Axes de transformation des armées françaises
Pour répondre à l'évolution des menaces prévisibles à l'horizon 2035-2040, la LPM met l'accent sur quatre axes de transformation principaux des armées[2] :
- Renforcer la protection de nos territoires face aux menaces, actuelles comme futures, en premier lieu par la dissuasion nucléaire et en second lieu par l'accroissement des moyens de protection du territoire national — singulièrement des territoires d'outre-mer (DROM-COM) — et de nos zones économiques exclusives (ZEE). À cet effet, les composantes aériennes, aéronavales et navales de la dissuasion nucléaire seront modernisées. Les moyens de surveillance, de renseignement et de réaction rapide seront renforcés au bénéfice notamment des DROM-COM et des ZEE qui sont confrontés à une « accumulation des tensions stratégiques et des stratégies hybrides », au changement climatique et à des flux migratoires illégaux.
- Développer notre capacité à faire face à un engagement majeur et à des affrontements de haute intensité, en tirant tous les enseignements de la guerre en Ukraine : « cette guerre symétrique, de haute intensité, sans supériorité aérienne, oblige en effet l'ensemble des pays européens à renforcer et à repenser leur effort de défense. Le volume d'équipements redevient un facteur décisif, de même que la capacité à durer grâce à des stocks et à une logistique maîtrisée ». À cet effet, la LPM prévoit « le rehaussement de la préparation opérationnelle et de la disponibilité des matériels », l'amélioration de l'agilité de notre base industrielle et technologique de défense (BITD). La LPM promeut aussi l'emploi de leviers de « l'économie de guerre », comme le développement des capacités de production autonome de composants et de pièces critiques ou la relocalisation des moyens de production et des savoir-faire sur le territoire national ainsi que la sécurisation des approvisionnements critiques.
- Maîtriser les nouveaux espaces de conflictualité pour prévenir, détecter, attribuer et contrer les stratégies hybrides dans l'espace, le cyberespace et les fonds marins,
- Repenser nos partenariats stratégiques pour renforcer nos capacités de prévention et d'intervention ainsi que notre aptitude à mener, avec nos alliés, une opération d'envergure en tant que nation-cadre.
Ressources financières
Pour la période 2024-2030, le montant des besoins physico-financiers programmés s'élève à 413,3 milliards d'euros, dont 400 milliards d'euros pour la mission « Défense », hors charges de pensions[7].
| LPM initiale | Budget 2023 (Hors LPM) |
2024 | 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | 2030 | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Crédits de paiement | 45 | 47,2 | 50,5 | 53,7 | 56,9 | 60,4 | 63,9 | 67,4 | 400 |
| Évolution | — | +3,3% | +3,3% | +3,2% | +3,2% | +3,5% | +3,5% | +3,5% | — |
Ces ressources budgétaires sont complétées par des ressources extrabudgétaires à hauteur de 5 866 millions d'euros courants ainsi que par une provision au titre des opérations extérieures et des missions intérieures pour un montant total de 5 300 millions d'euros courants.
Le rapport annexé à la LPM identifie neuf domaines d'effort prioritaires :
- Innovation (10 milliards d'euros de besoins programmés sur la période),
- Espace (6 milliards),
- Drones et robots (5 milliards),
- Défense surface-air (5 milliards),
- Souveraineté outre-mer (13 milliards),
- Renseignement (5,4 milliards),
- Cyber (4 milliards),
- Forces spéciales (2 milliards),
- Munitions (16 milliards).
Ressources humaines
L'augmentation nette des effectifs du ministère de la défense est prévue par la LPM selon le calendrier suivant[8] :
| LPM initiale | 2024 | 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | 2030 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Augmentation des effectifs | 700 | 700 | 800 | 900 | 1 000 | 1 000 | 1 200 |
En conséquence de ces augmentations d'effectifs, les effectifs du ministère de la défense s'élèveront à 271 800 équivalents temps plein en 2027 et à 275 000 équivalents temps plein en 2030.
Tableau des principaux équipements
Le rapport annexé inclut un tableau qui fournit une liste détaillée des équipements des armées françaises en parc fin 2023, prévus en 2030 sur la base des acquisitions programmées dans la LPM et prévus au titre de l'ambition opérationnelle 2035. Le tableau ci-dessous présente un extrait de cette liste détaillée[2].
| Segment capacitaire | Nature équipement | Type équipement | Parc fin 2023 | Parc 2030 | Ambition 2035 |
|---|---|---|---|---|---|
| Capacités interarmées | Satellite de renseignement électro-magnétique | CERES / CELESTE[9] | 3 CERES | 1 CELESTE | 1 CELESTE |
| Satellite de renseignement image | CSO / IRIS[10] | 2 CSO | 2 CSO + 1 Iris | 2 Iris | |
| Satellite de communication | SYRACUSE | 1 | 2 | 2 | |
| Forces terrestres | Char de bataille | Char Leclerc | 200 dont 19 rénovés | 200 dont 160 rénovés | 200 rénovés |
| Char médian | ERBC Jaguar | 60 | 238 | 300 | |
| Véhicule blindé multi-rôles | VBMR Griffon | 575 | 1437 | 1818 | |
| Artillerie | CAESAR | 58 (+ 33 AUF1) | 109 | 109 | |
| Forces navales | Porte-avions nucléaire | Charles de Gaulle | 1 | 1 | 1 |
| PANG | Études | Fabrication en cours | |||
| Sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) | Classe Le Triomphant | 4 | 4 | 4 | |
| Sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) | Classe Rubis | 3 | |||
| Classe Barracuda | 2 | 6 | 6 | ||
| Frégates de premier rang | FREMM, FDA Horizon, FDI | 10 | 13 | 15 | |
| Frégates légères | Classe La Fayette | 5 | 5 | 0 | |
| Avions de combat | Rafale (Marine) | 41 | 41 | 225 Rafale | |
| Forces aériennes | Rafale (Air) | 100 | 137 | ||
| Mirage 2000D | 36 | 48 | |||
| Avion de transport militaire | MRTT | 12 (+ 3 A330) | 15 | 15 | |
| A400M | 22 | 35 | 35 | ||
| C-130 | 18 | 14 | 4 (+ ATASM) | ||
Une nouvelle armée pensée pour les conflits en Europe
Le 9 Avril 2026, le Général d'Armée Pierre Schill, Chef d'Etat-Major de l'Armée de Terre, prend la parole dans une audition organisée par l'Assemblée Nationale dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire actualisée pour les années 2024 à 2030[11].
Au vu de la montée des conflits en Europe et dans le monde, le Chef d'Etat-Major de l'Armée de Terre a déclaré vouloir que l'Armée de Terre, jusqu'alors surtout pensée pour les OPEX, serait repensée pour une guerre majeure européenne.
La brigade « bonne de guerre »
Le Général Pierre Schill a évoqué la mise en place d'une nouvelle brigade, dite « bonne de guerre »[11]. Cette nouvelle brigade permettrait la mise en place de nouvelles unités territorialisées, implantées dans des zones nouvelles.
Cette brigade plus locale ne se veut pas comme une brigade blindée classique, comme la 3e Brigade Légère Blindée, mais plus comme une force territoriale légère, distribuée et hybride.
Cette brigade est voulu composée majoritairement de réservistes de l'Armée de Terre avec la mise en place de nouveaux régiments plus territorialisés et donc plus proches des domiciles des réservistes.
Son objectif principal serait tout d'abord la protection du territoire national. Elle serait composée d'unités locales, mobilisables rapidement et liées à une région précise. Cette brigade pourrait donc permettre de rouvrir une implantation militaire locale, recréer un maillage territorial et attirer des jeunes vivant loin des grands régiments.
La future division territoriale
Le Général d'Armée Pierre Schill a également évoqué la mise en place d'une nouvelle division pour 2027, différente des divisions lourdes actuelles, plus orientée territoire nationale, et encore une fois largement composée de réservistes[11].
Encore une fois, cette division se veut dans un contexte de défense nationale. Si les unités d'actives pourraient partir à l'Est de l'Europe en cas de conflit, il faut des unités pour défendre la France. Elle se veut donc force territoriale permanente, capable de sécuriser le territoire et protéger les infrastructures en cas de conflit majeur.
Cette division aura donc pour mission:
- la protection territoriale ;
- le soutien aux populations, en cas de catastrophes et crises ;
- un appui de la sécurité intérieure, en coopération avec les forces de police et la Gendarmerie ;
- la protection d'infrastructures, comme les ports, les centrales et les dépôts ;
- une résilience nationale.
Sources
Références
- « Compte rendu du Conseil des ministres du 4 avril 2023 », sur Présidence de la République (elysee.fr),
- LPM 2024-2030
- « Programmation militaire pour les années 2024 à 2030 », sur République française - Sénat,
- ↑ « Décision n° 2023-854 DC du 28 juillet 2023 du Conseil constitutionnel », sur Conseil constitutionnel,
- ↑ Ministère de la Défense (2023) Objectifs LPM 2024-2030 : réussir les sauts technologiques ; Ministère des Armées Publié le : 15 mai 2023 https://www.defense.gouv.fr/actualites/objectifs-lpm-2024-2030-reussir-sauts-technologiques
- ↑ « La LPM 2024-2030 définitivement adoptée par le Parlement | Ministère des Armées et des Anciens combattants », sur defense.gouv.fr, (consulté le ).
- ↑ Article 4 de la LPM 2024-2030
- ↑ Article 7 de la LPM 2024-2030
- ↑ Laurent Lagneau, « Le ministère des Armées finance une capacité spatiale de renseignement électromagnétique « innovante » », sur Opex 360,
- ↑ Laurent Lagneau, « LPM 2024-30 : Le ministère des Armées va accélérer le projet de satellites d'observation IRIS », sur Opex 360,
- Assemblée Nationale, « Compte rendu de réunion n° 51 - Commission de la défense nationale et des forces armées », sur Assemblée Nationale, (consulté le )
Bibliographie
- Ministère des Armées, Livret de présentation de la loi de programmation militaire 2024-2030, (lire en ligne).
- Ministère des Armées, Projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense, (lire en ligne).
- Assemblée nationale, Rapport fait au nom de la Commission de la défense nationale et des forces armées sur le projet de loi (n° 1033) relatif à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense., (lire en ligne).
- Légifrance, LOI n° 2023-703 du 1er août 2023 relative à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense, (lire en ligne).
- Assemblée Nationale, Compte rendu de réunion n° 51 - Commission de la défense nationale et des forces armées, (lire en ligne)
Articles connexes
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