Louis Jou

Louis Jou
Louis Jou dans son atelier des Baux-de-Provence
Biographie
Naissance
Décès
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française (à partir de )
espagnole
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Jury pour l'élection de la reine d'Arles (d) ()
Autoportrait gravé de Louis Jou

Luis Felipe-Vicente Jou i Senabre, dit Louis Jou, est un peintre, graveur et typographe espagnol, né à Gracia (aujourd'hui intégré à Barcelone) le , émigré en France, mort le .

Biographie

Élevé dans une famille relativement modeste, Louis Jou est placé à ses 8-10 ans dans l'imprimerie Tasso, alors l'une des plus grandes imprimeries de Barcelone. À l'origine simple coursier, il est pris sous l'aile de Eudald Canibel, conservateur de la bibliothèque Arus qui conseillait l'imprimerie. C'est à ce moment là que Jou rencontre véritablement le livre, il découvre les incunables, apprend le latin et le grec. Il devient peintre en lettres à l'âge de 16 ans, son père estimant que son travail d'imprimerie ne le rémunérait pas assez.

En 1906, Louis Jou part pour la France et rejoint son ami organiste Joseph Civil. Il y côtoie Guillaume Apollinaire et Francis Carco. Ce dernier décrit dans Notre Ami Louis Jou les dures années qu'ils passent sans le sou: "Quand j'y songe et nous revois, aux portes des brasseries de cet aimable quartier où nous rôdions le ventre creux, je me demande sous quelle étoile nous étions nés.".

En 1908, il rencontre François Bernouard, poète, imprimeur et éditeur avec qui il anime la Belle Édition où s'affirme son talent de typographe, de graveur et de compositeur de beaux textes. Il fréquente André Derain, Pablo Picasso et obtient des commandes dans la revue de luxe de Jean Cocteau Schéhérazade. En 1909 et 1910, il publie des dessins dans L'Assiette au beurre, puis dans Le Témoin, Le Courrier français, Le Frou-frou (1911-1912)[1].

En 1909, un bloc de plomb lui échappe, et lui blesse le pied. Immobilisé à l'hopital Cochin pour se soigner, il fait la rencontre de Pierre Greletty-Bosviel, étudiant en médecine. Intrigué par les dessins du catalan ils sympathiserons, jusqu'à fonder ensemble la maison d'édition Jou & Bosviel en 1921[2].

En 1914, Jou grave sur bois les illustrations des Opinions de M. Jérôme Coignard. Il se présentera "de la part de l'imprimeur"[3] sans dire lequel, et sera reçu par Anatole France, séduit par ses illustrations. Louis Jou illustrera au total 5 livres pour l'auteur.

En 1921, sa rencontre avec l'écrivain André Suarès donne naissance à l'amitié de toute une vie. Suarès qualifie Jou d'« architecte du livre »[4]. Il réalise son rêve et rapporte d'Espagne ses propres caractères typographiques. Il livre ensuite plusieurs gravures à la revue d'art Byblis (1926, 1930).

En 1939, il quitte Paris et se réfugie aux Baux de Provence, où il restaure la maison acquise en 1921, le splendide hôtel Renaissance Jean de Brion. Il compose, seul dans son atelier, face à sa demeure, ses plus belles œuvres intitulées Les livres de Louis Jou : Les 24 sonnets de Louise Labbé, Adolphe de Benjamin Constant, La Danse macabre, Les Bucoliques baussenques, Le Cantique des cantiques et Oraisons funèbres prononcées par Messire Jacques Benigne Bossuet.

Parmi les plus grands typographes du siècle, la place de Louis Jou est exceptionnelle. Il est le seul parmi ses pairs à avoir conçu et réalisé un ouvrage entièrement par lui-même.

Xylographe, graveur sur métal, Jou dessine et fond ses propres caractères. En remontant jusqu'au XVe siècle à la recherche d'un salutaire renouveau de la typographie, il a, d'instinct, rejoint la démarche intellectuelle de chercheurs qui, en Europe, dans la seconde moitié du siècle dernier, avaient ressenti la nécessité d'une réaction devant le machinisme naissant et les excès de tous ordres dans la conception du livre.

Ayant concilié la rigueur nordique et l'âpreté espagnole, il n'en reste pas moins que la forte personnalité de Jou – qui ne fut le disciple de personne – le libère de toute influence et lui permet d'imposer à son tour une œuvre originale, aussi bien dans l'art typographique que dans ses créations picturales.

Ce catalan naturalisé Français en 1927 fut un créateur de livres dont l'influence, au terme d'une carrière exemplaire de plus d'un demi-siècle, a été l'une des plus déterminantes dans l'évolution du livre contemporain.

En 1954, il figure au jury pour l'élection de la reine d'Arles[5].

Décoration

Livres illustrés

  • Miguel de Cervantes, Le Jaloux Carrizalès d’Estramadure, Paris, Société littéraire de France, 1913
  • Louis Jou, Les Sept péchés et sept vertus, 14 eaux-fortes, Paris, d'Alignan, 1914
  • Anatole France, Les Opinions de M. Jérôme Coignard, Paris, Les Cent Bibliophiles, 1914
  • Louis Jou, Spolium, 14 eaux-fortes, Paris, Le Prince, 1914
  • Louis Jou, Nos héros, 12 eaux-fortes, Paris, La Guerre, d'Alignan, 1915
  • Louis Jou, Les Lâches, 12 eaux-fortes, Paris, Le Prince, 1916
  • Blaise Pascal, Les Pensées, coll. « Le livre catholique », Paris, Georges Crès, deux volumes, 1916
  • Miguel de Cervantes, Le Jaloux Carrizalès d'Estamadure, Paris, Société littéraire de France, 1916
  • Remy de Gourmont, La Petite ville suivie de Paysages, Paris, Société littéraire de France, 1916
  • Oscar Wilde, Salomé, coll. « Le Théâtre d'Art », Paris, Georges Crès, 1917
  • André Suarès, Amour, poème de Félix Bangor, Paris, Émile-Paul Frères, 1918
  • André Gide, Le Retour de l'enfant prodigue, Paris, Nouvelle Revue française, 1919
  • Anatole France, La Rôtisserie de la Reine Pédauque, Paris, G. & A. Mornay, 1920
  • A. T' Serstevens, Le Carton aux estampes, Paris, G. & A. Mornay, 1922
  • Montesquieu, Lettres persanes, Paris, Les Bibliophiles du Palais, 1926
  • Anatole France, L'île des Pingouins, Paris, Lapina, deux volumes, 1926
  • André Gide, Les Nourritures terrestres, Paris, éd. Claude Aveline, 1927
  • André Suarès, Le Voyage du Condottière, Paris, Les éditions d'Art Devambez, 1930
  • André Suarès, Marsiho, Paris, Trémois, 1931
  • Oscar Wilde, Salomé, Paris, Société des médecins bibliophiles, 1932
  • Frédéric Mistral, Nerte, Paris, Société des Bibliophiles de Provence, 1936
  • Chateaubriand, Atala, René, le dernier des Abencérages, Paris, La Maison française, 1948
  • Miguel de Cervantes, Don Quichotte, Genève, Gerald Cramer (quatre volumes), 1948-1950
  • Maurice Brun, Groumanduji, Marseille, Maurice Brun, 1949
  • Rabelais, Œuvres, Paris-Nice, Imprimature (Gerald Cramer) 3 volumes, 1951-1952
  • Pierre Klossowski, Le Bain de Diane, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1956

Livres édités

Notes et références

  1. « Jou, Louis », in Gérard Solo (dir.), Dico Solo. 5000 dessinateurs de presse..., Dijon, AEDIS, 2004, page 455.
  2. Pierre Seghers, Louis Jou, architecte du Livre et des Baux, Paris, Pierre Seghers,
  3. Francis Carco, Notre Ami Louis Jou, Paris, M-P. Trémois,
  4. René Hilsum (direction), Plaisir du bibliophile, gazette trimestrielle des amateurs de livres modernes, no 1, février 1925, p. 3-18.
  5. https://www.amisduvieilarles.com/assets/files/bulletins/pdf/64p.pdf.
  6. « Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses n°20 du 16/10/1963 - Légifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le )

Annexes

Bibliographie

  • Pierre Seghers, Louis Jou, Architecte du livre et des Baux, biographie de Louis Jou, 136 p., 1980.
  • René Puig, Louis Jou, Éditions Tramontane, 84 p., 1960.
  • " Les Cahiers d'Estienne 1970, Louis Jou et André Suarès ", numéro 36, publié sur les presses de l'École Estienne, Paris, 1970.
  • André Feuille, Louis Jou, Biobibliographie, Société des Bibliophiles de Guyenne, Bordeaux, 330 pages, 1984.
  • Louis Jou, catalogue de l'exposition au musée d'art moderne et contemporain de Liège, Éditions Magermans, 1993.
  • Louis Jou et André Suarès, Correspondance 1917-1948, 360 pages - © Fondation Louis Jou - Jean-Claude Corbillon, 2010.

Liens externes

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