Louis Métraille

| Naissance | |
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| Décès |
(à 71 ans) |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Père |
Louis Métraille |
| Mère |
Mathilde Métraille |
| Fratrie |
Gabrielle (1861), Louise (1863), Marie (1874) |
Louis Métraille, né le à Rennes et décédé le à La Gravelle, est un collectionneur français surtout connu pour sa passion pour les affiches publicitaires anciennes ainsi que les vélocipèdes (ancêtres du vélo moderne). Il a donné une grande partie de sa collection au Musée de Bretagne à Rennes.
Biographie
Louis Eugène Métraille naît le à Rennes, il est le fils de Louis et Mathilde Métraille, originaire de la Gravelle dans le département de la Mayenne. Ils sont négociants en vins et spiritueux au 4 rue Nantaise, et logent au numéro 6 de la même rue. Il est le troisième d'une fratrie de quatre enfants : Gabrielle (1861), Louise (1863), Louis-Eugène (1869) et Marie Métraille (1874). La famille possède une maison cossue à la Gravelle où le collectionneur séjourne fréquemment[1].
Les quelques photographies d'archives disponibles à son sujet laissent penser qu'il a vécu dans un milieu aisé, entouré des siens. Son livret militaire dit qu'il aurait un degré d'instruction de niveau 3, c'est-à-dire qu'il savait lire, écrire et compter.
Négociant en vin au même titre que ses parents, il collectionne les affiches mais pas seulement. Il apprécie également les costumes militaires, les armes, les animaux empaillés ou chloroformés ainsi que les bicyclettes[2].
Un collectionneur excentrique et prolifique
Centres d’intérêt
Un acteur de l'affichomanie
Sa collection d'affiches révèle un fantaisiste au caractère très structuré, portant un soin particulier au classement et à la recherche systématique.
Il débute sa collection en 1885, pour s'arrêter quasiment avant 1914, des dates qui correspondent à l'âge d'or de l'affiche française et de l'affichomanie. Il fit partie de la première vague de collectionneurs d'affiches. Comme tout amateur, il continuera d'acquérir quelques pièces dans les années qui suivent 1914, sans toutefois maintenir le même soin et la même frénésie. En 1940, il reçoit un journaliste de L'Ouest-Éclair, il ne mentionne pas cette collection, ni le don réalisé sept ans auparavant à la ville de Rennes. Personne de son entourage proche ne se souvient de ces affiches. Pourtant cette collection et la rigoureuse sélection qu'il a fait dans l'abondante production de l'époque montre un intérêt bien réel. Nous ne savons pas comment il obtenait ses affiches.
Quatre thèmes récurrent l'ont guidé : les activités domestiques telles que l'alimentation, le lavage ou la toilette. Les spectacles, comme le théâtre, la chanson et le cinéma en faisait aussi partie, la presse ainsi que les cycles et l'automobile. Il ne possède pas d'affiches politiques, il n'a également pas cherché à amasser des affiches régionales ou plus locales. En revanche, durant la Seconde Guerre Mondiale, il arrachait les affiches placardées par les Allemands en se cachant derrière son journal, par souci d'opposition à l'occupant.
Son second critère de sélection étaient les grandes marques et les grands noms de l'illustration.
Plus précisément dans les domaines de la presse et du spectacle, il avait une exacte connaissance des productions contemporaines.
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Adrien Barrère, L'idéal du Touriste. Le « 3 vitesses » supprime toute fatigue, s'adapte à toutes les bicyclettes, 1904 -
Eugène Ogé, Thé Lombart, vers 1901 -
12e Salon de l'Automobile et du Cycle, Paris, décembre 1910 -
Affiche pour la marque de lessive Saponite
Goût pour le monde militaire
Collectionneur depuis sa jeunesse, il est surnommé le « roi des collectionneurs » par un journaliste de L'Ouest-Éclair. Probablement autodidacte, c'est un lecteur assidu. Bibliophile, il avoue avoir possédé plus de 11 000 ouvrages. Sa collection d'affiches de presse nous renseigne sur ses goûts : amateur de romans populaires aux intrigues complexes et morales, aventures policières et militaires, l'essence-même de ses lectures réside dans la tradition et le goût pour l'ordre, ce qui contraste au regard du personnage anti-conformiste qu'il incarne. De même, il lit certainement la presse satirique où il découvre les grands noms de l'illustration. Les personnes qui l'ont côtoyé témoignent qu'il était très cultivé, bavard et capable d'intervenir sur tous les sujets[1].
Son goût pour les armes et les faits militaires peut trouver son origine durant ses quatre années au sein du 70e régiment d’infanterie de Vitré en 1896, avant de rejoindre l'armée territoriale en 1903. Son parcours militaire n'est pas banal, il s'est engagé volontairement au cours de la Première Guerre Mondiale. Actif durant tout le conflit de la Grande Guerre, il participa à trois campagnes contre l'Allemagne et en revient blessé.
Photographe amateur
Passionné de photographie, il a livré une série d'autoportraits révélant cette importante facette du personnage. C'était un amateur éclairé qui a dû pratiquer tôt cette technique. Ses portraits sont mis en scène, utilisant le reflet d'un miroir ou bien des trucages afin qu'il apparaisse en double. Cela devait s'expliquer par un « certain narcissisme »[3] ainsi que de l’autodérision. Parfois, des figurants étaient présent, ou Louis Métraille était déguisé. Un autoportrait le présente, par exemple, habillé en ménagère, ce qui lui donnait l'image d'un personnage original aux yeux des personnes de son temps.
Il a également pris des clichés des membres de sa famille, où les gens s'amusent, rient au cours d'activités variées : saute-mouton, queue leu-leu, déguisées, etc. L'humour est un des piliers de ses photographies, il ne se limite pas à ses autoportraits. Il prit aussi des photos des fermiers des environs de La Gravelle et de manœuvres militaires sur le Champ-de-Mars à Paris.
Un sportif passionné de la bicyclette
Très sportif, il faisait de la gymnastique, de l'équitation, du patin à roulette, et beaucoup de bicyclette, ce qui explique sa riche collection d'affiches représentant des bicycles. Diplômé de la Société de gymnastique et de tir « La Renaise », il s'amusait à cultiver son humour au travers d'acrobaties, de sauts ou en marchant avec les mains. Le catalogue d'exposition que le Musée de Bretagne lui dédie en 1996 raconte-même qu'il est une fois monté à cheval dans les escaliers du parvis de l'église de Saint-Étienne. Il faisait du patin à roulettes comme moyen de transport à part entière, il allait de Rennes jusqu'à la La Gravelle, soit environ 60 kilomètres, il avait équipé sa paire de freins pour l'occasion.
La bicyclette, ou le vélocipède, fut la passion de sa vie et il en tira une collection dont il était particulièrement fier. Il avait 91 pièces dans sa collection, qu'il commence en parallèle de sa collection d'affiches en 1885. Son grand-père, maître de la poste aux chevaux, était lui aussi un amateur, il hérite une vingtaine de ses pièces à son décès. Collectionneur impulsif, il n'hésite pas à débourser de grandes sommes pour acquérir des pièces rares. Sa collection se concorde avec une pratique du cyclisme, ce moyen de transport le suit toute sa vie, se refusant d'avoir une voiture. Il a par ailleurs fait des trajets comme Paris-Rennes en 24 heures à vélo en mangeant qu'un morceau de sucre[1]. Lui-même disait avoir parcouru 715 000 kilomètres de vélo durant sa vie.
Parmi sa collection, il y a des spécimens uniques : un grand bicycle araignée fabriqué par un ouvrier de l'Arsenal de Brest en 1873 ou bien un tricycle tandem en bois conçu par un charron de Cession-Sévigné en 1864, qui obligeait un des cyclistes à pédaler avec les mains. Louis Métraille avait un goût pour les objets, les affiches excentriques, puis les situations insolites[4].
Vie professionnelle
Son père s'associe avec son genre Louis Colleu et non avec son fils Louis, pourtant le seul fils de la fratrie. Il crée alors son propre commerce de vin rue Nantaise. Il déménage en 1910 rue du Manège, actuelle rue du Père Grignon. Il s'associe rapidement à un autre commerçant, Monsieur Rolland, avant de devenir simple actionnaire[5].
Situation financière et gestion de sa collection
Tant que ses parents sont vivant, il semble avoir bénéficié d'un traitement de faveur de la part de sa mère. Il tire des bénéfices de son négoce ainsi que de l'héritage perçu après le décès de ses parents, ce qui lui permet de maintenir son niveau de vie pendant des années. Cependant, sa situation se dégrade et il refuse de vendre sa collection amassée au fil des années. En 1932, contraint de céder sa maison en viager, il était dans une situation financière délicate[5]. Selon l'acte notarié de la propriété, elle était en mauvais état. Il conserva l'usufuirt de trois pièces au premier étage et d'une cave. Ce sont les jeunes professeurs du collège Saint-Étienne qui logeront dans la demeure de Louis Métraille. Ils fréquentent assidûment les collections de ce dernier[5].
Auparavant, la majorité des pièces de la maison étaient destinées à la présentation de sa collection. Mais quand il se déplace dans les trois pièces dont il à l'usufruit, il déménage ses trésors et est contraint de se séparer de certains. Son espace est envahi d'objets en tout genre. Les visiteurs devaient prendre garde à chaque objet et les déplacements étaient calculés au centimètre près, au vu de la promiscuité des objets entre eux[5].
Donation et postérité
Donation de son vivant
L'anticonformiste et collectionneur Louis Métraille a offert en 1933 une grande partie de sa collection, notamment ses affiches, au Musée de Bretagne à Rennes, sa ville d'origine. Les affiches n'ayant jamais été exposées, elle conservent encore la fraîcheur de l'impression originale[6]. C'est durant sa période financière difficile qu'il fit des dons à la Ville de Rennes, en 1933, 1934 et 1938. Le don de sa collection en 1933 concerne 337 pièces, bien qu'on suppose qu'il en possédait davantage, d'après des photographies de son intérieur montrant certaines affiches qu'il n'aurait pas donné. Elles sont fixées au mur, l'une d'entre elles est Lait pur de la Vingeanne de Steinlen[4].
À l'instar de Georges Pochet, Roger Braun, Gustave Dutailly ou encore René Wiener, nombreux sont les « affichomaniaques »[2] qui ne collectionnèrent qu'à titre privé, tous finissant par donner ou léguer leurs collections à des bibliothèques ou à des musées. Pourtant, certains des affichomaniaques les plus prolifiques n'ont pas entretenu leur collection, et d'autres bien qu'ayant entretenu et valorisé leur collections dans le but d’œuvrer à la diffusion de l'affiche ont vu leurs collections disparaître au fil des décennies, en particulier celles d'Ernest Maindron, Gustave Bourcaud ou encore Alexandre Henriot[7].
Dès lors, le don d'une majeure partie de la collection de Louis Métraille au Musée de Bretagne de Rennes lui a permis de connaître un sort plus prospère. Le musée lui a d'ailleurs consacré une exposition temporaire ainsi qu'un catalogue complet[6] de sa collection, avec des notices détaillées des affiches en question. Il constitue un référentiel pour comprendre l'étendue et la nature de sa collection, ainsi que son importance pour les collections muséales. Pourtant, il souhaitait également donner l'ensemble de sa collection de bicyclettes à la ville de Rennes, ce vœu ne se réalisant pas puisque ce don de 1934 fut détruit au cours des bombardements de 1944 lors de la Seconde Guerre Mondiale. Sa collection d'affiches reste la plus complète qu'il ait pu donner de son vivant, cela dit elle demeure la plus mystérieuse car il ne s'exprimera pas dessus[5].
Donation après son décès
En 1941, après son décès le , sa collection d'armes et de costumes militaires est léguée à la ville de Rennes et dévolue au Musée des Beaux-Arts de Rennes. En tout, 156 pièces sont données, allant des sabres, épées, pistolets et fusils, casques, shakos de hussard, chapkas de uhlan, etc.
Expositions consacrées au collectionneur
Expositions consacrées au collectionneur[6] :
- Exposition De la réclame à la publicité, Musée de Bretagne, 1979. Exposition temporaire.
- Exposition Parcours d'affiches, Musée de Bretagne, 1993. Cette exposition temporaire rendit hommage à la collection de Louis Métraille au travers d'une centaine d'affiches présentées, la moitié provenant des collections de Métraille.
- Exposition Collectionneur d'affiches, Musée de Bretagne, 1996. Exposition temporaire entièrement consacrée au collectionneur Louis Métraille et sa collection donnée au musée.
En savoir plus
Bibliographie
- Élise Dubreuil et Clémence Raynaud, L'art est dans la rue, [exposition, Paris, Musée d'Orsay, 18 mars - 6 juillet 2025], Paris, Musée d’Orsay et Bibliothèque Nationale de France., 2025.
- Laurence Prod'homme (sous la dir. de), Louis Métraille, collectionneur d’affiches, Rennes, Editions Apogée, Musée de Bretagne, 1996.
- Anne-Marie Sauvage, « Quand l'estampe s'affiche... », Nouvelles de l'estampe, n°251, 2015.
- Nicholas-Henri Zmelty, L’affiche illustrée : au temps de l'affichomanie, Paris, Mare & Martin, 2014.
Liens externes
- Musée de Bretagne (Rennes)
- Ressource relative aux beaux-arts : AGORHA
Notes et références
- Collectionneur d'affiches, Editions Apogée : Musée de Bretagne ; Diffusion, PUF, (ISBN 978-2-909275-70-3 et 978-2-901429-22-7), p. 5
- Nicolas-Henri Zmelty, L'affiche illustrée au temps de l'affichomanie (1889-1905), Mare & Martin, (ISBN 979-10-92054-01-9), p. 31
- ↑ Collectionneur d'affiches, Editions Apogée : Musée de Bretagne ; Diffusion, PUF, (ISBN 978-2-909275-70-3 et 978-2-901429-22-7), p.6
- Collectionneur d'affiches, Editions Apogée Musée de Bretagne, (ISBN 978-2-909275-70-3 et 978-2-901429-22-7), p. 8
- Collectionneur d'affiches, Editions Apogée : Musée de Bretagne ; Diffusion, PUF, (ISBN 978-2-909275-70-3 et 978-2-901429-22-7), p. 7
- Collectionneur d'affiches, Editions Apogée Musée de Bretagne, (ISBN 978-2-909275-70-3 et 978-2-901429-22-7), p.11
- ↑ L'art est dans la rue, Musée d'Orsay : Bibliothèque nationale de France, (ISBN 978-2-7177-2965-8 et 978-2-35433-397-3)
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