Louisa Yousfi

Louisa Yousfi
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Paroles d'honneur (depuis )
Sciences humaines (-)
Parti politique

Louisa Yousfi, née en 1988 à Cannes, est une essayiste et journaliste française.

Biographie

Louisa Yousfi naît en 1988 à Cannes[1] de parents ouvriers algériens. Elle intègre ensuite une classe préparatoire à Lille, entame des études de philosophie à Nice, puis étudie dans une école de journalisme à Bordeaux[2].

Elle est journaliste[3] pour le magazine Sciences humaines entre 2012 et 2024[4]. Depuis 2018[5], elle anime, plus ou moins régulièrement, des entretiens filmés et diffusés par l'équipe du site Hors-série. Elle est un temps membre du Parti des indigènes de la République[6] et se réclame de la pensée de Houria Bouteldja[2]. En 2017, elle devient rédactrice en chef du média décolonial Paroles d'honneur[7]. Elle effectue une résidence à la villa Médicis entre 2024 et 2025[8].

Œuvre

Rester barbare

En 2022, Louisa Yousfi publie Rester barbare aux éditions La Fabrique. L'essai s'appuie sur la formule du poète algérien Kateb Yacine « il faut que je reste barbare » pour appeler les descendants de victimes du colonialisme à refuser l'assimilation à la langue et aux normes du civilisateur[9]. Elle y défend un « ensauvagement stratégique » comme mode de résistance, arguant que ce qu'elle désigne comme l'ensauvagement de la société française procède non d'un déficit d'intégration, mais d'un excès de France et d'héritage impérial[3]. À travers des figures comme Chester Himes, Toni Morrison, Ralph Ellison, Booba ou PNL, elle analyse des pratiques artistiques qui déjouent l'attente d'intégration et retournent le stigmate de la barbarie en affirmation identitaire et politique[2],[9]. Le dernier chapitre interroge la position de la femme arabe dans cette réflexion, et la difficulté d'échapper au rôle de figure d'émancipation instrumentalisée par les sociétés occidentales[10].

Le Nouvel Obs note plusieurs contradictions de l'essai : le mot « barbare », d'origine grecque, appartient selon lui au « ramage des maîtres », trahissant une assimilation à la langue dominante ; en déléguant sa révolte à la figure de Booba, Yousfi reproduirait par ailleurs une forme de domestication symétrique à celle qu'elle dénonce ; enfin, sa conclusion, où elle reconnaît avoir « échoué » à rester barbare et esquive la question féministe, conduirait le livre à cautionner, malgré son projet initial, un « rester à sa place »[3].

Chant pour des armes splendides

En 2024, Yousfi contribue au recueil collectif Contre la littérature politique, paru aux éditions La Fabrique et rassemblant six auteurs, dont Nathalie Quintane, Tanguy Viel, Leslie Kaplan, Antoine Volodine et Pierre Alferi. Elle y signe un texte intitulé Chant pour des armes splendides, dans lequel elle incorpore des commentaires à une réécriture d'extraits de l'Iliade[11].

La Grande Méthode

En 2026, Yousfi publie La Grande Méthode aux éditions La Fabrique. L'ouvrage mêle fiction, mysticisme et réflexion politique. Il aborde notamment la guerre à Gaza, la foi musulmane, l'expérience des enfants issus de l'immigration postcoloniale en France, ainsi que le deuil à travers le récit des obsèques d'un père rapatrié en Algérie. Le livre prolonge la ligne antiraciste développée dans Rester barbare, rejetant les notions d'assimilation et d'intégration républicaine[8],[12].

S'il est salué pour ses qualités littéraires[8],[12],[13], il est critiqué par Mediapart pour son essentialisme religieux et son anthropologie différentialiste, qui organise le monde autour d'une opposition entre « Orient » et « Occident ». Mediapart y voit une forme d'« orientalisme inversé » au sens défini par Sadek al-Azem, reconduisant les schèmes essentialistes qu'il prétend dénoncer, et y décèle une « grande narration conservatrice » au sein du courant décolonial[13].

Références

  1. (es) Íñigo Domínguez, « Louisa Yousfi, ensayista: “Los hijos de la inmigración no necesitamos ser salvados. Nosotros salvaremos a los franceses” » Accès payant, sur El País, (consulté le )
  2. « Résister à l'Empire par la barbarie » Accès libre, sur Nonfiction, (consulté le )
  3. Fabrice Pliskin, « Booba est-il un « barbare » ? » Accès payant, sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
  4. « Louisa Yousfi : biographie et publications » Accès libre, sur Sciences humaines (consulté le )
  5. Hors-Série, « Auteur/autrice : Louisa YOUSFI », sur Hors-Série, (consulté le )
  6. « Louisa Yousfi : « Le ‘’barbare’’ issu de l’immigration post-coloniale refuse de se nier pour exister » » Accès libre, sur Middle East Eye édition française, (consulté le )
  7. Célia Sadai, « « Paroles d’honneur » ou le décryptage décolonial des élections présidentielles françaises » Accès libre, sur Africultures, (consulté le )
  8. Marie-Eve Lacasse, « «La Grande Méthode» de Louisa Yousfi, l’exil et la pudeur » Accès payant, sur Libération, (consulté le )
  9. July Robert, « 'Rester barbare' de Louisa Yousfi : un essai puissant » Accès libre, sur Radio-télévision belge de la Communauté française, (consulté le )
  10. Toufik Cherifi, « Rester Barbare, par Louisa Yousfi », La Revue nouvelle, vol. N° 253, no 3,‎ , p. 84–89 (ISSN 0035-3809, DOI 10.3917/rn.253.0084, lire en ligne Accès payant, consulté le )
  11. « Nathalie Quintane et Louisa Yousfi vont discuter littérature et politique au Point Éphémère » Accès libre, sur Les Inrockuptibles, (consulté le )
  12. Amélie Quentel, « “La Grande Méthode” de Louisa Yousfi, un essai sensible et puissant » Accès libre, sur Les Inrockuptibles, (consulté le )
  13. Faris Lounis, « Louisa Yousfi : la grande narration conservatrice » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le )

Liens externes

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