Médias à Nauru

Les médias à Nauru sont très peu développés. Nauru est un micro-État d'Océanie, indépendant de l'Australie depuis 1968, avec une population de quelque 12 000 personnes en 2025, et des gouvernements depuis 2013 accusés de violations de diverses libertés fondamentales.

Il n'existe aucun média indépendant dans le pays. Tous les journalistes sont fonctionnaires de l'État, et doivent prêter serment d'allégeance au gouvernement[1],[2].

Médias

Tous les médias, quelle que soit leur nature, dépendent du Bureau des Médias de Nauru, organe du gouvernement[3],[1].

La presse écrite ne comporte aucun quotidien, ni aucun journal indépendant. L'hebdomadaire The Nauru Bulletin, lancé en 2009, est une publication du gouvernement. Le journal The Nauru Chronicle est publié une fois par semaine, et le Central Star News une fois toutes les deux semaines. Tous trois sont des publications du gouvernement[3],[4],[5]. Ces publications sont en anglais, mais le gouvernement publie aussi une lettre d'information hebdomadaire en nauruan, Mwinen Ko (ce qui signifie « Parlons-en »). Lancée en 2009 sur format papier, depuis 2023 elle est diffusée uniquement par voie électronique[6].

L'organisme public Nauru Broadcasting Service, qui dépend aussi du Bureau des Médias de Nauru, produit depuis 1991 Radio Nauru et Nauru Television. Radio Nauru retransmet des programmes de Radio Australia et de la BBC, tandis que Nauru Television, qui a deux chaînes, produit quelques programmes locaux en plus de retransmettre des programmes australiens et néo-zélandais[4],[1],[7].

Parmi les médias étrangers, la chaîne de télévision fidjienne Fiji One atteint Nauru. Et en , le gouvernement autorise la China Media Group, société de médias d'État chinoise qui dépend du département de la propagande du Comité central du Parti communiste chinois, à ouvrir un bureau à Nauru[1].

Liberté de la presse

L'article 12 de la Constitution de Nauru garantit en principe la liberté d'expression et la liberté de la presse, mais le gouvernement « exerce une pression considérable sur l'indépendance éditoriale » des médias, qui sont tous sous son contrôle direct[3].

En 2014, le gouvernement du président Baron Waqa et de son numéro deux David Adeang, l'homme fort du gouvernement, introduit une obligation pour tout journaliste étranger souhaitant se rendre à Nauru de joindre AU$ 8 000 à sa requête, non remboursables. Dans le même temps, le gouvernement fait savoir qu'il refusera d'accorder un visa à tout journaliste jugé susceptible de le critiquer[8]. La Australian Broadcasting Corporation, qui a révélé une affaire de corruption impliquant Baron Waqa et David Adeang, est notamment interdite d'accès au pays[9]. Il s'agit par ailleurs pour le gouvernement Waqa / Adeang d'empêcher l'accès de journalistes au centre de rétention de demandeurs d'asile envoyés à Nauru par l'Australie dans le cadre de sa « solution du Pacifique »[10].

En 2015, le gouvernement interdit Facebook, qui était utilisée par ses opposants. La plateforme est autorisée à nouveau à partir de 2019, mais surveillée[3]. Le gouvernement Adeang menace de poursuites pénales les citoyens nauruans qui postent sur Facebook des messages critiques à son encontre[11]. L'usage que fait le gouvernement de la loi Crimes Act de 2016, qui punit de trois ans de prison la diffamation, a été critiquée par Amnesty International et par Freedom House, qui estiment qu'il permet au gouvernement de dissuader et de bâillonner les journalistes. La loi Cybercrime Act de 2015 par son article 21 punit de sept ans de prison toute communication électronique « politiquement subversive » ou « séditieuse » et pouvant porter atteinte à la sécurité nationale et a, quant à elle, été utilisée par les autorités nauruanes pour réprimer les critiques[12],[13]. Le Département d'État des États-Unis rapporte en 2024 que les journalistes nauruans pratique l'auto-censure et ne publient pas de contenus critiquant le gouvernement, par crainte de poursuites pénales[14].

En 2024, le premier Index de la Liberté de la Presse dans le Pacifique, publié par le Pacific Freedom Forum, classe Nauru dernier sur les quatorze États océaniens qu'il couvre[15],[16]. Comme les autres très petits États, Nauru n'est pas inclus dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, mais l'organisation condamne en 2015 « l’embargo sur l’information décrété par les autorités de Nauru vis-à-vis des médias étrangers »[10].

Article connexe

Références

  1. (en) "State of the Media: Nauru", université d'Adélaïde, 2025, p.7
  2. ↑ (en) "Nauru's unorthodox money-making schemes are a 'riches to rags to riches' story", Australian Broadcasting Corporation, 2 septembre 2025
  3. (en) "Find Media and Broadcasting expertise in Nauru", Commonwealth des Nations
  4. (en) "Nauru country profile", BBC, 27 octobre 2023
  5. ↑ (en) "Nauru Bulletin", gouvernement de Nauru
  6. ↑ (en) "State of the Media: Nauru", université d'Adélaïde, 2025, op. cit., p.13
  7. ↑ (en) "State of the Media: Nauru", université d'Adélaïde, 2025, op. cit., p.14
  8. ↑ (en) "Only 'respectful and objective' media outlets are welcome, says Nauru", The Guardian, 22 juin 2016
  9. ↑ (en) "Nauru blocks ABC from Pacific forum over 'bias and false reporting'", The Guardian, 2 juillet 2018
  10. « Nauru : centre de rétention de l’information », Reporters sans frontières, 22 octobre 2015
  11. ↑ (en) "State of the Media: Nauru", université d'Adélaïde, 2025, op. cit., p.22
  12. ↑ (en) "State of the Media: Nauru", université d'Adélaïde, 2025, op. cit., pp.24-25
  13. ↑ (en) "Nauru", Freedom House, 2024
  14. ↑ (en) "2024 Country Reports on Human Rights Practices: Nauru", Département d'État des États-Unis
  15. ↑ (en) "Pacific Islands Media Freedom Index and Report 2023", Pacific Freedom Forum, 19 septembre 2024
  16. ↑ (en) "Political pressure, bribes, self-censorship ‘greatest threats’ to Pacific media freedom", Benar News, 23 septembre 2024


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