Mémorial du génocide de Kamembe

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| Coordonnées |
2° 29′ 16″ S, 28° 54′ 04″ E |
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Le mémorial du génocide de Kamembe est un lieu de mémoire situé à Kamembe, dans le district de Rusizi, province de l’Ouest du Rwanda. Il rend hommage aux victimes du Génocide de 1994 perpétré contre les Tutsi et accueille des cérémonies commémoratives annuelles (Kwibuka).
Emplacement
Contexte

Le Mémorial du Génocide de Kamembe fait partie d'un ensemble de nombreux sites commémoratifs, tombes communes présents sur le territoire du Rwanda et en dehors, liés au génocide de 1994.
Quelques sites commémoratifs font partie du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Localisation

Le Mémorial du génocide de Kamembe est situé à côté du Stade Kamarampaka, dans le secteur de Kamembe, district de Rusizi, dans la province de l’Ouest du Rwanda, à proximité du lac Kivu.
Histoire
Kamembe se situe dans l’ancienne préfecture de Cyangugu, où des persécutions contre les Tutsi sont documentées dès 1959 (expulsions, arrestations, exactions), avec de nouveaux pics de violences en 1963-1964 puis en 1973[1]. Entre 1990 et 1994, la planification et la mise en œuvre du génocide mobilisent des responsables étatiques, administratifs et de sécurité jusqu’au niveau local; des civils sont entraînés et armés, des barrières sont érigées dans et autour de Kamembe[1],[2],[3]. Après l’attentat du , les massacres s’intensifient dans la préfecture; à Cyangugu, les tueries se poursuivent jusqu’à la fin , plus tard que dans d’autres régions[4],[5],[6],[7]. La présence de l’Opération Turquoise à Kamembe (Zone humanitaire sûre) n’empêche pas les crimes; des exactions sont rapportées et de nombreux auteurs se replient vers l’actuelle RDC[1],[8].
Le mémorial de Kamembe est érigé pour recueillir les restes, nommer les victimes identifiées et offrir un espace de recueillement et de pédagogie, en lien avec les commémorations annuelles Kwibuka[1],[9].
Contexte Historique Général (1959-1993)
L'histoire des violences contre les Tutsis dans l'ancienne préfecture de Cyangugu est longue et a commencé dès 1959 [10].
Périodes de massacres antérieures au génocide de 1994
Lors de la révolution sociale (1959-1961), les Tutsis sont tués, incendiés, leurs biens pillés et ils sont expulsés de leurs lieux de travail et écoles, forçant les survivants à fuir vers le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC)[10]. Dès la fin de 1960, les politiciens, notamment les militants du PARMEHUTU, attisent la haine, menant à une vaste campagne de répression et d'expulsion des Tutsis à partir de [10].
Pendant la crise de 1963-1964, les massacres atteignent un point critique en 1963. De nombreux Tutsis sont tués sur ordre du préfet Pascal Ngirabatware, dit « Gahini ». Les années 1964 et 1973 sont considérées comme « inoubliables » en raison des massacres, des expulsions des écoles et des emplois, et de la confiscation des biens[10]. Ces événements sont qualifiés de « véritable génocide au Rwanda » par La Tribune de Lausanne en , et le journal France Soir évoquait l'assassinat de « 12.000 géants TUTSI, les cafards »[10].
En 1973, avant le renversement du président Kayibanda Grégoire par Juvénal Habyarimana, la préfecture de Cyangugu est frappée par de graves troubles. Les Tutsis sont expulsés des écoles et lieux de travail, leurs villages incendiés et leurs biens pillés[10]. Ces violences de 1973 sont surnommées « Kajwangara », car les assaillants se déguisent pour traquer les Tutsis en portant du sable (jwangara)[10].
Les préparations du génocide (1990-1994) commencent en 1990. À partir d'octobre, la planification du génocide commence. Les Tutsis sont sévèrement persécutés, victimes de violence et emprisonnés sous des accusations de complicité avec les Inkotanyi[10]. Des journaux comme Kangura et Imvaho circulent largement dans la préfecture pour inciter à la haine[10].
La Mise en Œuvre du Génocide en 1994 à Kamembe
La commune de Kamembe était le chef-lieu de la préfecture de Cyangugu, accueillant l'administration civile et militaire, y compris la base militaire du camp Karambo, commandée par le lieutenant-colonel Samuel Imanishimwe en 1994.
Le génocide commence dans l'ancienne commune de Kamembe dès le dans la ville de Kamembe[10]. Parmi les premières victimes, le Docteur Nagapfizi Ignace, Directeur médical de la Région Sanitaire de Cyangugu et militant du PL, tué et brûlé devant sa maison, au lieu-dit Mucyo, vers 10 heures du matin. D'autres personnalités Tutsi de la ville sont assassinées, telles que Karangwa (homme d'affaires important et militant PSD), Niyonzima Anicet (militant PL), Ndayisaba et sa famille, et Kongo (homme d'affaires)[10].
Les massacres se propagent rapidement dans toute la commune, facilités par les préparations et équipements des Interahamwe[10].
Sites de massacres et acteurs clés

Dans l'ancien secteur de Kamembe, les tueries des Tutsis se déroule à Kadasomwa, au Stade Kamarampaka et ses environs, ainsi que dans l'ancienne cellule de Gatovu et autour de la ville. Le , des Tutsis fuyant les massacres depuis la commune de Gisuma sont tués à Kadasomwa[10].
Des barrages routiers importants (bariyeri) existent dans la ville de Kamembe, notamment un à Cyapa sur la route goudronnée, établi initialement après l'offensive du FPR-Inkotanyi en [10]. Ce barrage est tenu par des gendarmes puis par des Interahamwe, et n'est levé qu'en lorsque le Gouvernement intérimaire s'est enfui au Congo[10].
Parmi les principaux accusés de massacre au Stade Kamarampaka et dans ses environs figurent le préfet de Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe commandant du camp militaire de Karambo, le procureur à Cyangugu, le commandant de la gendarmerie à Cyangugu et le bourgmestre de Kamembe[10].
Particularités

Le Mémorial du génocide de Kamembe abrite les restes des Tutsis tués dans plusieurs lieux de l'ancienne commune de Kamembe et de Cyangugu (du Stade Kamarampaka et ses alentours, de Kadasomwa, de la Paroisse de la Cathédrale de Cyangugu et ses environs, de la ville de Kamembe, du district scolaire de Gihundwe)[10].
Particularités du Génocide dans l'ancienne Préfecture de Cyangugu
Le génocide des Tutsis dans la préfecture de Cyangugu présente des spécificités notables :
Atrocités Extrêmes et cannibalisme
La préfecture est réputée pour l'extrême cruauté des massacres. Des actes de torture graves y sont pratiqués, y compris le démembrement des victimes et leur grillage sur des brochettes pour être mangées (cannibalisme)[11],[10].
Durée et Participation
La mise en œuvre du génocide à Cyangugu se distingue par sa longue durée et la participation massive et diversifiée de la population[10].
Rôle de l'Opération Turquoise
Le génocide a lieu dans la « Zone Humanitaire Sûre » (ZHS) contrôlée par les troupes françaises de l'Opération Turquoise (incluant Cyangugu, Gikongoro et Kibuye)[10]. Les forces française, à majorité installée à l'aéroport de Kamembe, sont accusées de collaborer avec les Interahamwe et les gendarmes aux barrages routiers de la ville de Cyangugu[10]. Des Tutsis sont massacrés à l'aéroport en leur présence. Les auteurs du génocide se réfugient dans la ZHS[10].
Implication des autorités
De nombreux dirigeants de la préfecture de Cyangugu sont jugés pour leur rôle dans la planification et la mise en œuvre du génocide[10]. C'est le cas de l'ancien préfet Emmanuel Bagambiki (acquitté par le TPIR) et plusieurs bourgmestres des communes (comme Mubiligi Jean-Napoléon de Kamembe) reconnus coupables par les juridictions Gacaca[10].
Le mémorial de Kamembe, par sa proximité avec le stade Kamarampaka et la ville de Cyangugu (Kamembe), est un lieu central pour commémorer l'histoire violente et les spécificités tragiques du génocide dans cette ancienne préfecture[10]. Le site comprend des salles d’exposition et des sépultures collectives destinées à préserver les restes des victimes, ainsi que des espaces de recueillement utilisés lors des cérémonies Kwibuka[1].
Notes et références
Notes
Références
- (rw) Jenoside yakorewe Abatutsi mu yahoze ari Perefegitura ya Cyangugu (rapport), Kigali, CNLG,
- ↑ « Journée de commémoration du génocide des Tutsi | Ofpra », sur www.ofpra.gouv.fr (consulté le )
- ↑ solivri, « Cyangugu se redécouvre, 10 ans après le génocide. Par Gabriel Gabiro », sur JusticeInfo.net, (consulté le )
- ↑ solivri, « 19.09.2001 - TPIR/Cyangugu - Cyangugu était politiquement homogène pendant le Génocide, selon un exp », sur JusticeInfo.net, (consulté le )
- ↑ https://www.un.org/en/preventgenocide/rwanda/assets/pdf/survivor-testimonies/47%20-%20Venancia%202009.pdf
- ↑ (en) « Rwanda: La défense du commandant de Cyangugu plaide contre un procès conjoint - Rwanda | ReliefWeb », sur reliefweb.int, (consulté le )
- ↑ Modèle:Institution, Rapport de la Commission parlementaire sur l’idéologie du génocide, Kigali, Ministère de la Reconciliation et du Développement du Rwanda (MDR/RI), (lire en ligne)
- ↑ https://francegenocidetutsi.org/JenosideCyanguguRutihunza.pdf
- ↑ Ernest Mutwarasibo, « Organisation et exécution du génocide des Tutsi », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 190, no 1, , p. 67–81 (ISSN 2111-885X, DOI 10.3917/rhsho.190.0067, lire en ligne, consulté le )
- (rw) Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG), Jenoside yakorewe Abatutsi mu yahoze ari perefegitura ya Cyangugu, Kigali, Commission Nationale de Lutte contre le Génocide, (lire en ligne [PDF]).
- ↑ solivri, « 10.09.2001 - TPIR/Cyangugu - l'ancien commandant Imanishimwe accusé de cannibalisme », sur JusticeInfo.net, (consulté le )
Voir aussi
Articles connexes
- Zone Humanitaire Sûre
- Génocide des Tutsi au Rwanda
- Sites mémoriaux du Génocide de 1994 perpétré contre les Tutsi du Rwanda
Liens externes
- Site web du mémorial ou des archives
Bibliographies
- (rw) Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG), Jenoside yakorewe Abatutsi mu yahoze ari perefegitura ya Cyangugu, Kigali, Commission Nationale de Lutte contre le Génocide, (lire en ligne [PDF]).

- Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG), Identification des sites du génocide d’avril à juillet 1994, Kigali, CNLG, (lire en ligne [PDF])
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