Madame de Miramion

Madame de Miramion
Attribué à François Jouvenet, Portrait présumé de Madame de Miramion (1693), localisation inconnue[1].
Biographie
Naissance
Décès
(à 66 ans)
Paris
Nom de naissance
Marie Bonneau de Rubelles
Activité
Père
Jacques Bonneau (d)
Conjoint
Jean-Jacques de Beauharnais (d)
Enfant
Marie Marguerite de Beauharnais (d)
Autres informations
Propriétaire de

Madame de Miramion, de son nom d'origine Marie Bonneau de Rubelles, née le à Paris où elle est morte le , devenue par mariage dame de Miramion, est une religieuse française du règne de Louis XIV, à l'origine d'une institution charitable établie en 1675 dans l'hôtel de Miramion (actuel 5e arrondissement).

Issue d'une famille noble impliquée dans la gestion des gabelles, elle épouse en 1645 Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion, qui meurt quelques mois plus tard. Mère d'une fille née en 1646, elle perd ses parents en 1647, héritant d'une fortune importante.

Elle est ensuite victime d'un rapt organisé par Roger de Bussy-Rabutin, cousin de Madame de Sévigné. Cet épisode la pousse à entrer en religion (1649), mais elle va principalement se consacrer à des œuvres charitables, d'abord aux côtés de Vincent de Paul et Louise de Marillac, puis indépendamment.

En 1675, elle achète un hôtel particulier parisien situé quai de la Tournelle, qui va recevoir le nom d'« hôtel de Miramion », où elle installe une communauté de bienfaisance, dont les membres sont désignées comme « les miramiones ».

Biographie

Origines familiales et formation

Marie Bonneau de Rubelles est la fille de Jacques Bonneau, seigneur de Rubelles (actuel département de la Seine-et-Marne), contrôleur des gabelles, et de Marie d'Ivry.

Elle est la nièce de Thomas Bonneau (mort en 1662), seigneur de Pocé et de Valmer (actuel département de l'Indre-et-Loire), fermier des gabelles de 1632 à 1655 et conseiller de Louis XIII.

Mariage et période des épreuves (1645-1647)

Son père, extrêmement riche,[réf. nécessaire] la marie le , à l'âge de 16 ans, à Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion (dans l'actuelle commune de Saint-Jean-de-Braye[2], Loiret), conseiller au Parlement de Paris. Jacques de Miramion est cousin germain[réf. nécessaire] de l’abbé François-Timoléon de Choisy (1644-1724), futur biographe de Madame de Miramion.

Elle perd son époux moins de huit mois après leur mariage, le , alors qu'elle est enceinte de quatre mois et demi. Le , elle accouche au bout de 46 heures d'une fille, Marguerite (future Madame de Nesmond[réf. nécessaire]).

En 1647, elle est touchée par la variole, mais n’en garde pas de séquelles, sauf, dit-on,[réf. nécessaire] pour la fraîcheur de son teint.

Elle perd ses parents en 1647, héritant d'une fortune considérable, 1 200 000 livres tournois.

Épisode de l'enlèvement par Roger de Bussy-Rabutin

Quelques temps après son veuvage, Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693), cousin de Madame de Sévigné (1626-1696) et futur auteur de l’Histoire amoureuse des Gaules (1666), devenu veuf en 1646, croit apprendre qu’il ne serait pas indifférent à la jeune veuve, dont la richesse l'intéresse afin de soutenir son rang. Il apprend que Mme de Miramion a 400 000 livres de rentes. Un curé félon lui fait croire qu’il agrée à la veuve, mais qu’elle ne peut se déclarer sans qu’on lui fasse violence.[réf. nécessaire]

Bussy-Rabutin investit 1 000 livres[réf. nécessaire] pour organiser son enlèvement, qui a lieu dans la montée du mont Valérien[réf. nécessaire] au cours d'un déplacement de Marie de Miramion, puis il l’emmène dans son château situé près de Sens[réf. nécessaire].

Mais, au bout d'une journée, les protestations furieuses de sa captive lui font comprendre qu'il a fait une erreur.

Pendant deux ans, Marie de Miramion et sa belle-famille le poursuivent en justice. Finalement un arrangement a lieu : il accepte de verser 4 000 livres en dédommagement[3]. Madame de Miramion lui pardonne. Il épouse ensuite une autre femme.

Malgré son pardon, Mme de Miramion semble avoir été éprouvée par ce rapt. On[Qui ?] lui conseille de se retirer dans un couvent pour en éviter un nouveau, conseil qui va au-devant de sa propre piété.

Dans les ordres (à partir de février 1649)

Elle fait vœu de chasteté[Où ?] le et le renouvelle le 25 décembre suivant.

Aux côtés de Vincent de Paul et Louise de Marillac

À ses débuts, elle est proche de la compagnie du Saint-Sacrement[réf. nécessaire] (créée en 1629), dont elle partage la foi ardente et le goût des œuvres concrètes rondement menées[pas clair].

Elle collabore d’abord aux œuvres de Vincent de Paul (1581-1660) et Louise de Marillac (1591-1660).

À la tête de ses propres institutions

Elle développe ensuite ses propres institutions. Elle déploie son esprit d’entreprise et son efficacité gestionnaire dans les œuvres qu’elle finance.

Ainsi, elle « fonda plus de cent écoles pour la protection et l'éducation des filles et des femmes pauvres ; elle créa des retraites pour l'édification spirituelle mais aussi pour la santé et le repos de femmes pauvres ou bourgeoises. Elle forma des infirmières qui apprirent à panser et administrer des médicaments et surveilla la mise en place et le fonctionnement de dispensaires de soins médicaux. Elle se chargea de l'administration d'hôpitaux pour les indigents ; elle réforma les règlements de plusieurs institutions de charité ; elle lutta contre la faim et le froid des démunis en organisant des distributions de soupe populaire et de vêtements ; enfin, à travers toutes ces activités, elle veilla à la propagation et à l'homogénéisation de la foi. Madame de Miramion avait, nul ne peut en douter, un don particulier pour tout ce qui relevait de l'administration institutionnelle. Elle le dit elle-même : « Mon esprit aime naturellement à entreprendre et à faire beaucoup »[4].

Après avoir fondé en 1662 la communauté de la Sainte Famille, composée de seulement sept à huit personnes, vouée aux soins des malades et à l’instruction des petites filles pauvres, elle la réunit à la communauté des Filles de Sainte Geneviève.

La communauté des miramiones (à partir de 1675)

En 1675, elle achète à Paris un hôtel particulier situé sur l'actuel quai de la Tournelle, face aux extrémités (est et ouest) de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis, hôtel ensuite appelé « hôtel de Miramion ». Les membres de la communauté sont désignées par le nom de « miramiones ».

Mme de Miramion vit avec les femmes qu’elle recueille, vêtue comme elles, proche d’elles. Elle ne leur impose pas de clôture. Ses hôtes peuvent quitter la communauté quand elles le souhaite. Sa charité est plus tolérante et douce que celle d’autres communautés[réf. nécessaire].

Cour intérieure de l'hôtel de Miramion.

La communauté s'implante aussi à Amiens, en Picardie, et à La Ferté-sous-Jouarre, dans le diocèse de Meaux, dont l'évêque est Bossuet.[réf. nécessaire]

Madame de Miramion et la cour de Louis XIV

Comme l'écrit l'historienne Danielle Haase-Dubosc (1939-2017) : « dans les dernières années du siècle, elle deviendra quasiment un personnage d'État : c'était la Trésorière des aumônes royales. En 1692, elle sera chargée de rétablir la discipline dans les maisons du Refuge et de Sainte-Pélagie. En 1695, elle fondera, avec l'appui du roi, l'Apothicairerie des pauvres, c'est-à-dire la Pharmacie centrale. Pendant les années de disette (1694-1695), elle dépensera son énergie à lutter contre la famine et les épidémies, à stimuler l'œuvre d'assistance des pouvoirs publics et à soutenir financièrement l'Hôpital général »[5].

Madame de Sévigné, dont elle est approximativement contemporaine[6] la décrit à la cour, lors de la représentation d'une pièce d'inspiration biblique de Jean Racine, Esther : « Le Roi et toute la cour sont charmés de la tragédie d’Esther. Mme de Miramion et huit jésuites, dont le P. Gaillard était, ont honoré de leur présence la dernière représentation ; enfin c’est un chef-d’œuvre de Racine. Si j’étais dévote, j’aspirerais à la voir. » Parmi ces huit jésuites se trouvaient le père de La Chaise, confesseur de Louis XIV et le célèbre prédicateur Louis Bourdaloue.

Mort et funérailles

Elle meurt le .

Un grand concours de peuple rend hommage à sa dépouille.[réf. nécessaire]

Le duc de Saint-Simon lui consacre une nécrologie : « C'était une femme d'un grand sens et d'une grande douceur, qui de sa tête et de sa bourse eut part à plusieurs établissements très utiles dans Paris ; et elle donna la perfection à celui de la communauté de Sainte-Geneviève, sur le quai de la Tournelle, où elle se retira, et qu'elle conduisit avec grande édification, et qui est si utile à l'éducation de tant de jeunes filles et à la retraite de tant d'autres filles et veuves. Le roi eut toujours une grande considération pour elle, dont son humilité ne se servait qu'avec grande réserve et pour le bien des autres, ainsi que de celle que lui témoignèrent toute sa vie les ministres, les supérieurs ecclésiastiques et les magistrats publics. »[7].

Annexe : l'hôtel de Miramion et l'hôtel de Nesmond

L'hôtel acheté par Mme de Miramion, construit par le financier Christophe Martin dans les années 1630, jouxte un hôtel qui appartient à l'époux de sa fille Marguerite.

Celle-ci, signale Saint-Simon, « fut la première femme de son état qui ait fait écrire sur sa porte « Hôtel de Nesmond. » On en rit, on s'en scandalisa, mais l'écriteau demeura et est devenu l'exemple et le père de ceux qui de toute espèce ont peu à peu inondé Paris »[8].

Notes et références

  1. Huile sur toile, 56 × 46 cm. Vente Paris, hôtel Drouot (Delorme-Collin du Boccage, , lot 62.
  2. « Parc de Miramion », sur le site de la commune de Saint-Jean-de-Braye.
  3. Matthieu Frachon, avec le concours de la Société d'histoire de Suresnes, « Les ermites du Mont Valérien », Suresnes Mag, no 306,‎ , p. 38-39 (lire en ligne).
  4. Haase-Dubosc 1999, p. 222.
  5. Cette pharmacie peut être tenue pour le germe de la pharmacie centrale des Hospices de Paris, actuelle Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), installée dans l'hôtel de Miramion à partir de 1812, l'hôtel ayant servi d'arsenal entre 1794 et cette date.
  6. Nées en 1626 et 1629, mortes toutes deux en 1696.
  7. Mémoires (1691-1701), Tome I, Paris, Gallimard, collection « La Pléiade », 1983, p. 283.
  8. Haase-Dubosc 1999, p. 223.

Voir aussi

Bibliographie ancienne

  • François-Timoléon de Choisy, Vie de Madame de Miramion, Paris, Antoine Dezallier, 1706. Réimpression : Paris, 1707.
  • Roger de Bussy-Rabutin, Mémoires, tome I (édité par Ludovic Lalanne (1815-1898), Paris, Charpentier, 1857, p. 163 et suivantes)
  • Gédéon Tallemant des Réaux, Historiettes, tome I (édité par exemple dans la collection « La Pléiade », Paris, Gallimard, 1960, p. 749-750 et notes)

Bibliographie récente

  • Danielle Haase-Dubosc, Ravie et enlevée : de l'enlèvement des femmes comme stratégie matrimoniale au XVIIe siècle, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Albin Michel histoire », , 465 p. (ISBN 2-226-11094-1), p. 219-266.
  • Jean Orieux, Bussy-Rabutin, le libertin galant homme (1618-1693), Paris, Flammarion, 1958.
  • Jacqueline Duchêne, Bussy Rabutin, Paris, Fayard, 1992.
  • Louis Chabaud, Madame de Miramion et la charité, Paris, P. Lethielleux, 1904.
  • René et Suzanne Pillorget, France Baroque, France classique 1589-1715, , Paris, Bouquins-Robert Laffont, 1995
    • tome I (« Récit »), p. 368-369.
    • tome II (« Dictionnaire »), p. 179.

Articles connexes

Liens externes

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