Mae Nak Phra Khanong
Mae Nak Phra Khanong (thaï : แม่นากพระโขนง: , signifiant « Dame Nak de Phra Khanong »), ou simplement Mae Nak (thaï : แม่นาก, « Lady Nak ») ou Nang Nak (thaï : แม่นาก « Lady Nak »), est un fantôme thaïlandais célèbre. Mae Nak est une femme morte en couche pendant le départ de son mari, restée à l’état de fantôme par amour et refus de la mort. L'histoire s'appuierait sur des événements survenus sous le règne du roi Rama IV[1]. Un sanctuaire dédié à Nak a été construit au Wat Mahabut. En 1997, le sanctuaire a été transféré dans le quartier voisin de Suan Luang, dans l'actuelle Bangkok.
Légende

Une belle jeune femme nommée Nak, qui vivait sur les rives du canal Phra Khanong, aimait son mari, Mak, d'un amour éternel. Alors que Nak était enceinte, Mak fut enrôlé dans l'armée thaïlandaise et envoyé au front, où il fut grièvement blessé (selon certaines versions, il s'agit des guerres de Kengtung, tandis que d'autres restent vagues). Pendant qu'il était soigné dans un hôpital du centre de Bangkok, Nak et leur enfant moururent en couches. À son retour, Mak retrouva sa femme et son enfant qui l'attendaient. Ses voisins l'avertirent qu'il vivait avec un fantôme, mais il les ignora.
Un jour, alors que Nak préparait du nam phrik, elle laissa tomber un citron vert du perron. Dans sa hâte de le ramasser, elle tendit le bras de façon démesurée pour le saisir au sol. À cette vue, Mak comprit que sa femme était un fantôme. Cette nuit-là, Mak s'échappa de la maison en cachette et s'enfuit, poursuivi par Nak. Selon le folklore thaïlandais, les fantômes craignent les feuilles collantes de blumea. Mak se cacha donc derrière un buisson de Blumea balsamifera. Il se réfugia ensuite dans le temple Wat Mahabut, lieu sacré où un fantôme ne peut pénétrer.Dévastée par le chagrin, Nak terrorisa les habitants de Phra Khanong, furieuse qu'ils aient poussé Mak à la quitter. Cependant, un moine puissant captura le fantôme de Nak et, après l'avoir enfermé dans une jarre en terre, la jeta dans le canal de Phra Khanong.
Il existe des variantes régionales à la suite de l'histoire. Dans l'une d'elles, un vieux couple nouvellement arrivé à Phra Khanong découvre la jarre en pêchant ; dans une autre, deux pêcheurs la remontent à la surface. Dans les deux cas, Nak est libérée lorsque la jarre est ouverte. Dans d'autres versions, un vénérable moine nommé Somdet Phra Phutthachan (To Phrommarangsi) vainc Nak en emprisonnant son esprit dans un os de son front et en l'attachant à sa ceinture. La légende raconte que cette ceinture serait actuellement en possession de la famille royale thaïlandaise. L'amiral prince Abhakara Kiartivongse, prince de Chumphon, prétendait également avoir possédé cette relique.. Dans une autre version encore, le moine assure à Nak que dans une vie future, elle retrouvera son époux bien-aimé, et elle s'en va volontairement vers l'au-delà.
Hypothèse historique
En menant des recherches, l'historien thaïlandais Anek Nawikamul trouvé un article de K.S.R. Kulap (en) paru dans le journal Siam Praphet le , établissant une possible origine de la légende. Kulap affirme que l'histoire de Mae Nak est inspirée de la vie d'Amdaeng Nak (thaï : อำแดงนาก, « Madame Nak »), fille de Khun Si, un chef du Tambon Phra Khanong. Amdaeng Nak mourut enceinte. Son fils, craignant que son père ne se remarie et que son héritage ne soit partagé avec sa belle-mère, inventa l'histoire du fantôme. Il se déguisa en femme et jeta des pierres sur les bateaux qui passaient pour faire croire qu'il s'agissait du fantôme de Nak. Kulap suggéra également que le mari de Nak s'appelait Chum, et non Mak[2].
Le sanctuaire
Le sanctuaire de Mae Nak se dresse près du Klong Phra Khanong, au Wat Mahabut, un grand temple situé sur Soi 77, à proximité de Thanon Sukhumvit. Ce sanctuaire est un édifice bas, niché sous de grands arbres et couvert d'un toit qui enveloppe leurs troncs. Plusieurs sanctuaires secondaires entourent le sanctuaire principal.
Une statue de Mae Nak et de son enfant constitue la pièce maîtresse du sanctuaire. Les fidèles y font souvent des offrandes, accompagnées d'une demande d'aide, généralement de la part des femmes souhaitant un accouchement facile ou l'exemption de leur mari du service militaire[3]. Les dons consistent généralement en des morceaux de tissu coloré, enroulés autour du tronc de l'arbre de la Bodhi. On y trouve également des fruits, des lotus et des bâtonnets d'encens.
Des jouets pour son enfant et des portraits du fantôme sont exposés dans le sanctuaire intérieur. Une collection de belles robes qui lui ont été offertes est présentée derrière sa statue.Des offrandes sont également faites au canal de Phra Khanong, où des poissons achetés vivants sur les marchés sont apportés dans des seaux au bord du canal et relâchés. Des étals près du sanctuaire vendent des jouets, des poissons, des boutons de lotus, des bâtonnets d'encens et des guirlandes pour ceux qui souhaitent faire une offrande.
Représentation culturelle
Mae Nak a inspiré de nombreux films, séries, pièces de théâtre et représentations graphiques[4] Les adaptations contemporaines de la légende de Mae Nak Phrakhanong conservent la trame originale tout en variant selon les contextes sociaux et médiatiques ; ces réécritures reflètent les liens entre la figure du fantôme et divers enjeux culturels tels que le genre, la religion, la santé, l’armée et l’altérité[5].
La légende a longtemps été perçue comme une terrible histoire de vengeance surnaturelle. En 1999, Nonzee Nimibutr en donne une version humanisée dans son film Nang Nak, soulignant la détresse d'une jeune femme mélancolique qui se dévoue à son mari, soulignant un stéréotype de genre ancré dans la société thaïe[6].
Références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Mae Nak Phra Khanong » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) Chaiyot Yongcharoenchai, « As cultures come together, it's all in bad spirits », sur https://www.bangkokpost.com, Bangkok Post (consulté le ).
- ↑ (en) Anake Nawikamune, « The Legend of Mae Nak Prakanong » (consulté le ).
- ↑ Agence France Presse (AFP), « En Thaïlande, on prie un fantôme pour éviter deux ans dans le kaki », sur lepetitjournal.com, Le petit journal de Bangkok,
- ↑ (en) « 75 ปี แม่นาคพระโขนง (2479-2554) วรรณกรรมตำนานฉบับเฉลิมไทย (เรื่องที่ 2) » (consulté le ).
- ↑ (en + th) จิรบวรวิสุทธิ์ ส, « The Dynamics and Preservation of the Legend of Mae NakPhrakhanong in Current Entertainment Media », Siam Communication Review, vol. 18, no 2, , p. 69-96 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Arunwadi Leeweananthawet, « Whose Voice? Love Legend of Phra Khanong: A Case of "Mak, Nak and People of Phra Khanong" », sur https://iafor.org/ (consulté le ).
Liens externes
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