Mafia bosniaque

Mafia Bosniaque
Territoire Bosnie-Herzégovine, Serbie, Croatie, Allemagne, Pays-Bas, E-A-U, Pérou
Années actives 1992 - à nos jours
Ethnies présentes Bosniaques, Serbes, Croates
Activités criminelles Meurtres, vente d'armes, racket, extorsion, fraude à l'assurance, proxénétisme, corruption

La mafia bosniaque (ou crime organisé bosniaque) est l'ensemble des organisations criminelles mafieuses opérant en Bosnie-Herzégovine et au sein de la diaspora bosniaque. Les membres du crime organisé bosniaque opèrent principalement en Europe. Les mafias bosniaques sont impliqués dans un large éventail d’activités et d’extorsions (souvent sous couvert de prétendues sociétés de sécurité et d’assurance). Les revenus de la contrebande total se situent entre 600 et 900 millions d'euros[1].

Groupes et activités du crime organisé

La corruption en Bosnie-Herzégovine est un problème grave, d'autant plus que le gouvernement fédéraliste de Bosnie-Herzégovine rendrait la lutte contre les groupes criminels organisés plus difficile. La Bosnie-Herzégovine se compose de deux entités largement indépendantes, la fédération de Bosnie-et-Herzégovine et la Republika Srpska, qui disposent toutes deux de leur propre capitale, de leur propre Parlement, de leur propre président et de leur propre force de police. En raison du manque de coopération entre les services chargés de l’application de la loi dans les deux régions, les criminels peuvent souvent échapper aux poursuites simplement en passant de l’une à l’autre.

Des efforts ont été déployés pour accroître la collaboration entre les deux régions. En 2006, l’Union européenne a créé l’Agence nationale d’enquête et de protection, une agence de police fédérale bosniaque ayant autorité dans les deux régions, sous l’administration directe du ministère de la Sécurité de Bosnie-Herzégovine (BIH MIS).

Après la mort des chefs historiques de la pègre de Sarajevo, une nouvelle génération de jeunes criminels a commencé à émerger[2]. Parmi eux, les plus notables sont :

  • Mirza Hatić : Né en 1987, il est mentionné 20 fois dans les dossiers de la police depuis 2002 pour tentative de meurtre, atteinte à la sécurité, extorsion et détention illégale d'armes[2],[3]. Considéré comme l’une des figures les plus importantes de la pègre de Sarajevo. Hatić a été libéré de prison en 2021[4].
  • Almer Inajetović : arrêté 17 fois pour vol, comportement violent, atteinte à la sécurité, extorsion et possession illégale d'armes. Cependant, il est surtout connu pour ses traiteurs racketteurs, recherché depuis peu par la police Belge pour une tentative de meurtre en 2025[5],[2].
  • Admir Lekić : accusé de tentative de meurtre, de comportement violent, d'atteinte à la sécurité et de possession illégale d'armes[2]. Lekić a été condamné à 10 ans de prison pour tentative de meurtre[6].
  • Muamer Kulosman et Adi Karić : racketteurs notoires à Sarajevo[2],[7]
  • Benjamin Delalić : Né en 1993, fils du défunt mafieux historique Ramiz Delalić, il est présent dans les archives de la police depuis qu'il est mineur. La plupart du temps, Delalić aurait été impliqué dans des fusillades entre gangs rivaux[2],[8].

Ces dernières années, en raison de leurs activités de trafic de drogue, les groupes criminels bosniaques ont étendu leurs opérations à l’Amérique du Sud. De nombreux ressortissants bosniaques ont été arrêtés dans des pays d'Amérique du Sud en lien avec le trafic de cocaïne vers l'Europe, comme David Cufaj et Smail Šikalo[9],[10].

Guerre de Bosnie

Pendant la guerre de Bosnie (1992-1995), plusieurs groupes criminels et figures mafieuses ont profité du chaos pour étendre leur influence. Le conflit a créé un environnement propice à la criminalité organisée, où les armes, la drogue et les ressources de l’État étaient souvent détournées à des fins personnelles[11].

Certaines figures criminelles, telles que Ramiz Delalić, Jusuf Prazina et Mušan Topalović, ont commencé comme mercenaires ou miliciens locaux, mais ont rapidement consolidé un pouvoir parallèle au sein de Sarajevo et d’autres villes. Ces individus contrôlaient à la fois des activités illégales et des réseaux de milices, leur permettant de s’enrichir via le racket, la contrebande et les enlèvements[12].

La guerre a également favorisé le mélange entre crime organisé et politique : plusieurs mafieux étaient impliqués dans des affaires de corruption et entretenaient des liens avec les autorités locales ou des commandants militaires, consolidant ainsi leur pouvoir et leur immunité face aux poursuites. Ce climat a jeté les bases du crime organisé moderne en Bosnie-Herzégovine, où les structures mafieuses post-guerre ont pu se professionnaliser et étendre leurs activités à l’international, notamment en Europe et en Amérique du Sud[13].

Parmi les activités les plus notoires pendant cette période :

  • Le trafic d’armes et d’explosifs à partir des stocks militaires abandonnés[14].
  • Le racket des commerces et des marchés locaux, souvent sous menace de violence armée[15].
  • La contrebande de cigarettes, carburant et biens de première nécessité, profitant des pénuries généralisées[16].
  • L’extorsion et l’enlèvement pour rançon dans les zones de conflit, en particulier à Sarajevo et à Mostar[17].

Ces opérations ont permis à certaines figures mafieuses de consolider des réseaux qui existent encore aujourd’hui, servant de base aux cartels et aux organisations criminelles bosniaques contemporaines[18].

Cartel Tito et Dino

Le cartel Tito et Dino, dirigé par Edin Gačanin, est considéré comme l'un des principaux acteurs du trafic de drogue en Europe, contrôlant un tiers de la cocaïne qui entre dans le port de Rotterdam. Le cartel est également très présent au Pérou, où, selon un responsable péruvien, il est le principal acheteur de drogue du pays. La DEA considère que le réseau du cartel est l'une des 50 plus grandes opérations de trafic de drogue de la planète. Selon les enquêtes, le cartel est composé de membres de la famille et d'amis de l'ancien quartier d'Edin Gačanin à Sarajevo. En 2021, le cartel était basé à Dubaï[19],[20].

Gačanin a été arrêté à Dubaï en , faisant partie des 49 personnes arrêtées dans le cadre d'un effort concerté d'Europol contre le cartel Tito et Dino[21]. Cependant, il a été libéré sous caution en janvier, bien que les Pays-Bas aient déposé des documents d'extradition, son lieu de résidence est désormais inconnu[22]. En 2023, Edin Gačanin a été sanctionné par les États-Unis qui ont invoqué des « liens étroits » avec le groupe criminel organisé irlandais Kinahan et un complot de cocaïne de 350 millions d'euros[23].

Les United Tribuns

Les United Tribuns sont un gang de motards, mais aussi une organisation criminelle fondée en 2004 par Armin Ćulum à Villingen-Schwenningen dans le Bade-Wurtemberg. Il est venu en Allemagne comme réfugié pendant la guerre de Bosnie. Les United Tribuns sont interdits depuis 2022 en Allemagne pour proxénétisme abusif, agression, trafic de drogue et traite d'êtres humains mais ses membres sont toujours présents dans d'autres pays. Le groupe se présente comme une association de culturistes, d'artistes martiaux et de portiers. Ils ont des sections locales dans au moins 4 pays : l’Allemagne, l’Autriche, la Bosnie et l’Espagne. En Bosnie, il existe un sous-groupe appelé « United-Tribuns des Balkans ». En 2014, le Verfassungsschutz rapportait que le nombre de membres dans le monde était d'environ 1 700. En Allemagne, le ministère fédéral de l’Intérieur a interdit le groupe le .

Personnalité clés

  • Ramiz Delalić (né le – assassiné le )
  • Jusuf Prazina (né le - assassiné le )
  • Mušan Topalović (né le - assassiné le )
  • Ismet Bajramović (né - se suicide le )
  • Zijad Turković (né en 1966) (condamné à 40 ans d'emprisonnement)
  • Edin Gačanin (né le )[24]

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Organized crime in Bosnia and Herzegovina » (voir la liste des auteurs).
  1. Hugh Griffiths, « Investigation: Will Europe Take on Bosnia's Mafia? », Institute for War & Peace Reporting,‎ (lire en ligne)
  2. « Source.ba:Nova generacija kriminalaca: Momci koji žele nametnuti svoje zakone u Sarajevu », Source.ba (consulté le )
  3. « Ovo je Sarajlija Mirza Hatić koji je htio srušiti krst na Zlatištu: 'Poginut ću, ali krsta neće biti!' », depo.ba (consulté le )
  4. (bs) « Pogledajte kako izgleda Mirza Hatić nakon izlaska iz zatvora », Avaz.ba, (consulté le )
  5. (bs) « Inajetoviću vraćene 42.000 maraka », Avaz.ba, (consulté le )
  6. « Admiru Lekiću 10 godina zatvora zbog pokušaja ubistva », novi.ba, (consulté le )
  7. « Reketaši koji su natjerali Samira da iskopa sebi grob dobili 35 mjeseci zatvora ⋆ Balkan Plus », Balkan Plus, (consulté le )
  8. (bs) « Zbog pucnjave u Sarajevu policiji se predao Benjamin Delalić », Avaz.ba, (consulté le )
  9. « GRUPA TITO I DINO: Iz sarajevskog sokaka do Kolumbije », zurnal.info, (consulté le )
  10. (bs) « Sarajlija David Cufaj, koji je uhapšen zbog dilanja kokaina, u vezi s bivšom peruanskom misicom », Avaz.ba, (consulté le )
  11. « Organized crime during the Bosnian War », IWPR, (consulté le )
  12. « Mafia and militias in wartime Sarajevo », Balkan Insight, (consulté le )
  13. « From warlords to crime lords: the Bosnian mafia legacy », OSCE, (consulté le )
  14. « Arms trafficking in Bosnia 1992-1995 », Crimes of War (consulté le )
  15. « Rackets and organized crime in wartime Sarajevo », Bosnia Report, (consulté le )
  16. « Smuggling during the Bosnian war », IWPR, (consulté le )
  17. « Kidnappings and extortion in Bosnia », Balkan Insight, (consulté le )
  18. « Legacy of wartime organized crime in Bosnia », OSCE, (consulté le )
  19. « Cocaine – The Criminal Steroid – InSight Crime Investigation », InSight Crime, (consulté le )
  20. Redakcija, « U glavnom gradu Perua: Ubijen policajac koji je istraživao kartel "Tito i Dino" – Istraga .ba », Istraga, (consulté le )
  21. (en) Zdravko Ljubas, « Ljubas, Zdravko. "Joint EU, UAE Law Enforcement Hit Tito and Dino Clan". », 29 novembre 2022,‎
  22. « US sanctions Bosnian super-cartel drugs boss over 'close links' to Kinahan gang »,
  23. « US sanctions Bosnian super-cartel drugs boss over 'close links' to Kinahan gang »,
  24. « EDIN GAčANIN DEMANTUJE, ŽURNAL DOKUMENTUJE: Kartelu Tito i Dino zaplijenjeno najmanje 14 tona kokaina », zurnal.info, (consulté le )
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