Maison forte de Reignac

Maison forte de Reignac
La maison forte de Reignac.
Présentation
Type
Construction
Propriétaire
Jean-Max Touron
Patrimonialité
Logo monument historique Inscrit MH (1964, Façades et toitures)
Site web
Localisation
Département
Commune
Coordonnées
44° 58′ 46″ N, 1° 03′ 19″ E
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La maison forte de Reignac est un château situé sur la commune de Tursac en Dordogne, et demeure le dernier exemple intact de château-falaise en France.

Elle fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques.

Localisation

La maison forte de Reignac est située dans le quart sud-est du département de la Dordogne, en Périgord noir, sur la commune de Tursac, à un kilomètre et demi au nord du bourg. Elle est implantée à flanc de falaise, sur la rive gauche de la Vézère, le long de la route départementale 706.

Histoire

La maison forte de Reignac.

Préhistoire

Comme de nombreux sites de la vallée de la Vézère, celui de la falaise de Reignac a été occupé à l'époque préhistorique. Les premières fouilles en 1952 ont mis au jour un gisement important de silex taillés datant du Magdalénien[1],[2]. Des hommes appelés « Cro-Magnons » se sont établis sous ces abris en y laissant de nombreuses traces »[3]. Une occupation jusqu'au Hallstatt final (âge du fer) est attestée[2].

Moyen Âge

Une première mention du site apparait dès 1386 sous le nom de Rinhacum, du nom de Rénius (son propriétaire) suivi du acum, le tout correspondant à la « propriété de Rénius. Cette période n'est pas anodine : c'est la guerre de Cent Ans. Cet habitat défensif est construit dans ce contexte pour se protéger de pillards ou de brigands. « [...] le seigneur des lieux vit entouré de sa famille et de ses gens de maison. Il exerce son pouvoir et juge sur ses terres les délits mineurs. Le droit de haute et basse justice était exercé par le seigneur de la cité troglodytique de la Roque Saint-Christophe » (à deux kilomètres). Jaquemet de Reignac en sera le seigneur le plus cruel[4],[5].

À cette période, les renfoncements rocheux, anciens habitats des « Cro-Magnons », sont déblayés[2], en vue d'être réaménagés. L'élévation de la façade est effectuée au XIVe siècle. Outre l'abri naturel, l'emplacement est stratégique : il est en hauteur, à flanc de falaise et offre avec ses terrasses aménagées d'excellents points d'observation, à 40 mètres de haut ; c'est ce que l'on dénomme typologiquement un « château-falaise », c'est-à-dire un type de château construit contre des parois rocheuses. Les potentiels brigands ne peuvent donc venir que de face.

Période moderne

C'est aussi dans ce contexte que des fortifications sont mises en place tout au long de l'occupation (bouches à feu, bretèche, assommoirs, remparts). Au début du XVIe siècle, en 1508, des ouvertures sont créées ; c'est l'état visible de la façade au XXIe siècle. Au même moment apparaissent les premières armes à feu, et l'architecture évolue en conséquence.

Période contemporaine

En , le comte Alphonse Claret de Fleurieu fait installer les peintres japonais Foujita et Kawashima dans la maison forte puis, au départ de Kawashima à l'automne suivant, accueille Foujita dans son château de Marzac que le peintre va quitter en [6].

La maison forte est habitée jusqu'en 1931.

Ses façades et toitures sont inscrites au titre des monuments historiques le [7].

Description

Devant le bâtiment principal se présente une terrasse mesurant 45 mètres de long par 12 à 15 mètres de large. Cette terrasse est agrémentée de fortifications : au devant un rempart de quatre mètres de haut[8] ; à droite et à gauche de la terrasse étaient disposées deux portes en plein-cintre, seule celle de droite subsiste. Sur la clé de voûte de celle de droite l'inscription en latin INMOTA/MANEBIT/1667 qui signifie « elle demeurera inchangée », est toujours visible[9],[8]. Cette inscription, vraisemblablement postérieure aux deux portes et au rempart, est alors le témoignage d'un remaniement. Le bâtiment principal mesure 25 mètres de long par 7,5 mètres de large. Il est construit avec des pierres en moyen appareil pour sa partie basse gauche (pierre de taille), et en petit appareil pour le reste de l'édifice. Il est agrémenté de fenêtres et l'une d'elles porte une inscription gravée sur l'ébrasement d'une baie (1508 surmonté de chaque côté par une fleur de lys). Cette inscription est probablement contemporaine de la mise en place des fenêtres au début du XVIe siècle. En tout le bâtiment compte 19 fenêtres dont certaines sont à meneau ; en plus de celles-ci, une ouverture se situe sur la partie gauche du mur pignon, juste en-dessous du pan de toit. L'angle supérieur droit de la façade a été repris[8]. Deux portes sont présentes : l'une sur le mur gouttereau gauche, et l'autre, au milieu du mur pignon, est fortifiée au moyen d'une bretèche présente au premier étage, avec des mâchicoulis qui servent alors d'assommoirs. De plus, l'ensemble est renforcé par des canonnières présentes sous chaque fenêtre, modifiées sans doute en même temps que les fenêtres au début du XVIe siècle, dans le contexte des guerres de la Ligue.

L'intérieur du bâtiment est beaucoup plus vaste qu'il n'y paraît. Les fouilles menées par des préhistoriens dans les années 1950 ont révélé un dégagement des renfoncements troglodytiques dès les premières phases d'occupation, sans doute vers le milieu du XIVe siècle. La porte d'entrée (celle du mur pignon) mène à un vestibule-cage d'escalier ; la seconde pièce à droite est la cuisine avec un âtre et un évier en pierre. Le sol est recouvert d'un pavement en pichat (pierres disposées sur leurs faces saillantes) caractéristique des maisons fortes périgordines[10]. S'ensuit une grande salle qui se situe complètement dans le renfoncement rocheux, dédiée en 2025 à une exposition sur la période préhistorique du site. Dans le prolongement de cette salle se trouve la grande salle d'honneur qui débouche sur l'escalier principal (maçonné) de l'édifice. Celui-ci permet d'accéder à un premier niveau où se situe un dortoir enclavé sous un plafond rocheux très oblique, puis à un second niveau permettant l'accès, d'une part, à une grande salle nommée « salle des grands hommes », et d'autre part, à une sorte de petit hall qui dessert l'entrée de plusieurs pièces : une chambre, un cachot ainsi qu'une salle d'armes. Dans la partie gauche du bâtiment, on peut noter la présence d'une chambre et d'une chapelle au-dessus. Dans le hall évoqué précédemment, se trouve également un escalier qui permet de se mouvoir à un niveau supérieur qui forme la terrasse sommitale. Avant d'accéder à celle-ci, deux espaces réduits — sortes de courtines s'insérant dans le volume de la falaise — permettent potentiellement le guet ou le jet de projectiles. Point de guet et de communication, la terrasse joue un rôle défensif important[11].

Statut de l'édifice

L'édifice est doté d'une grande surface et de beaucoup de pièces, ce qui diffère grandement de la typologie des maisons fortes définie par Jean-Marie Bélingard[10]. L'aspect principal d'une maison forte est qu'elle correspond à un besoin de défense et de fortification dans un contexte de production[10]. Ici, l'emplacement est réfléchi dans une logique défensive ce qui n'exclut pas son aspect de centre de production. La multitude de pièces induit une utilisation différente d'un simple logement de « fermier aisé » : certains espaces comme la salle d'honneur ou celle des grands hommes sont des espaces de possible réception et de rassemblement. Cette réalité renvoie au triptyque carolingien que sont : l'aula (la salle publique, où ont lieu les rassemblements), la capella (la chapelle) et la camera (les appartements seigneuriaux), organisation architecturale inhérente au château[12]. Cet ensemble n'a pas besoin d'être forcément complet, seulement deux de ces espaces peuvent être présents. Même si les espaces ont changé de fonctions, de telles superficies correspondent pleinement à cette organisation spéciale. Bien que la typologie des maisons fortes reste générale et tente de rassembler des aspects pouvant ne pas être tous réunis pour correspondre à celle-ci, cet édifice s'apparente par sa fonction et son emplacement d'avantage à un château qu'à une maison forte.

Folklore et légendes

Jaquemet de Reignac aurait eu une grande part d'ombre, surnommé le « bouc de Reignac » en raison de sa cruauté[13]. Eugène Le Roy y fait allusion dans son roman Jacquou le Croquant[14],[15]. Au XXIe siècle, le lieu est réputé hanté et attire l'attention des médias ou des amateurs de paranormal[16],[17].

Tourisme

La maison forte est ouverte au public depuis 2006[18].

En plus des intérieurs et expositions préhistoriques, le propriétaire a fait l'acquisition d'instruments de torture qui sont présentés lors de la visite[17],[19].

En 2022, le site a attiré 65 000 visiteurs[20].

Notes et références

  1. L'Art des cavernes: atlas des grottes ornées paléolithiques françaises, Ministère de la culture, Direction du patrimoine, Sous-direction de l'archéologie, (ISBN 978-2-11-080817-2)
  2. Jean-Philippe Rigaud, « Maison-Forte-de-Reignac », Gallia préhistoire, vol. 19, no fascicule 2,‎ , p. 532 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  3. « Maison Forte de Reignac », sur maison-forte-reignac.com (consulté le ).
  4. « Maison forte de Reignac : le Bouc de l'Alchimiste et les esprits dans la falaise »
  5. « Site internet de l'édifice ».
  6. David Briand, « En 1915-1916, le grand peintre Foujita vécut dans le Périgord », Sud Ouest Week-End no 674, supplément à Sud Ouest, , p. 8-10.
  7. « Maison forte de Reignac », notice no PA00083042, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture, consultée le 22 septembre 2019.
  8. Alain Roussot et Julia Roussot-Larroque, « Inscriptions datées à Reignac commune de Tursac (Dordogne) », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, vol. 102, no 2,‎ , p. 131-133.
  9. « La Maison forte de Reignac » Accès libre, sur Site de la commune de Tursac (consulté le ).
  10. Jean-Marie Bélingard, Le Périgord des maisons fortes, Périgueux, Pilote 24, , p. 104, 122
  11. Bernard Fournioux, « Un dispositif de protection territoriale et de défense des populations rurales en Périgord au XIIIᵉ siècle », Archéologie médiévale, Paris, CNRS, vol. 1, no 20,‎ , p. 335-339
  12. Alain Salamagne, , édité par Gérard Danet et al., Presses universitaires François-Rabelais, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pufr.7392., Châteaux et modes de vie au temps des ducs de Bretagne, Presses universitaires François-Rabelais, , 374 p. (ISBN 978-2-86906-287-0, lire en ligne), « La distribution des espaces dans le château français XIIe-XIVe siècle », p. 177-193
  13. Max Pons, Le Guide des châteaux de France : Dordogne. Volume 24., Hermé, (ISBN 978-2-86665-006-3, lire en ligne)
  14. Eugène Le Roy, « VII », dans Jacquou le Croquant, Calmann Lévy, (lire en ligne), p. 299–370
  15. Gérard Fayolle, La vie quotidienne en Périgord au temps de Jacquou le Croquant, Hachette Littératures, (ISBN 978-2-01-238661-7)
  16. « Fantôme, fontaine miraculeuse, prophétie, cloche maudite et maison forte hantée : 5 mystères inexpliqués en Périgord », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, (consulté le )
  17. « Jean Max TOURON le propriétaire de la Maison forte de Reignac », sur ici, par France Bleu et France 3 (consulté le )
  18. Les Mystères de la Renarde, « Maison Forte de Reignac : le Bouc, l'Alchimiste et les Esprits dans la falaise », sur lesmysteresdelarenarde.fr, (consulté le ).
  19. « La Maison Forte de Reignac : Mystérieux château-falaise du Périgord Noir - Guide du Périgord », sur www.guide-du-perigord.com (consulté le )
  20. « Le top des sites touristiques de Dordogne », Sud Ouest édition Dordogne, , p. 11.

Voir aussi

Bibliographie

  • Alain Roussot, Julia Roussot-Larroque, « Inscriptions datées à Reignac commune de Tursac (Dordogne) », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1975, tome 102 (livraison numéro 2), p. 131-133 (lire en ligne)
  • Alain Roussot, « Clefs anciennes de Reignac commune de Tursac (Dordogne) », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1976, tome 103, p. 66-71 (lire en ligne)
  • Jean-Marie Bélingard, Le Périgord des maisons fortes, Pilote 24, Périgueux, 1999, p. 104,122, (ISBN 978-2-912347-03-9)
  • Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, Revue de Paris, 1899. Cette fiction parle du seigneur de Reignac.

Articles connexes

Liens externes

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