Mamadou Racine
| Mamadou Racine Sy | ||
Mamadou Racine Sy et sa femme en 1889 | ||
| Naissance | 1838 ou 1842 Podor (Sénégal) |
|
|---|---|---|
| Décès | Kita (Mali) |
|
| Origine | Toucouleur | |
| Allégeance | Empire colonial français | |
| Arme | infanterie de marine | |
| Grade | capitaine | |
| Années de service | 1860 – 1896 | |
| Commandement | postes de Nyamina, puis de Goumbo | |
| Conflits | guerres coloniales françaises | |
| Faits d'armes | prise de Daba | |
| Distinctions | officier de la légion d'honneur | |
| Autres fonctions | fama du Bambouck | |
Mamadou Racine Sy, né à Souïma (Podor), au Sénégal, soit en 1838 soit le [1],[2], et mort le , à Kita, au Mali, est un officier français appartenant au corps des tirailleurs sénégalais. Il est le premier Noir à obtenir le grade de capitaine de l'Armée française.
Biographie
Jeunesse
Toucouleur, Mamadou Racine Sy est né dans le Fouta à Souïma, près de Podor, en 1838 ou le , mais ses date et lieu de naissance ne sont pas connus avec certitude[2]. Son père Elimane Racine était le chef du village, en bons termes avec le colon français[2] et était très influent parmi les Toucouleurs. Sa mère Seynabou Rabi Bâ est issue de l’aristocratie peule et torodo de Thilogne et Guede Ouro.
Enfant, il suit une formation à la religion mulsumane et devient instructeur scolaire en études coraniques[1],[2].
Carrière militaire
Mamadou Racine Sy entre dans le corps des tirailleurs sénégalais[1], le , contre la volonté de son père. Celui-ci envoie dix jeunes hommes à son service pour le racheter, sans succès[2]. Il se fait remarquer par sa bravoure au combat. Il participe à la campagne contre Ahmadou Chékou, au Sénégal, et à celle contre Samory Touré, au Soudan[2]. Il est nommé caporal en 1865, sergent le puis sous-lieutenant à titre indigène le [1],[2]. Il est présent à la bataille de Koundian et à celle de Ségou[2]. C’est le plus jeune Africain qui accède à l’épaulette. Il devient chevalier de la Légion d'honneur en .
En 1872, il dirige en boubou la prière à la mosquée de Bakel, et reçoit une réprimande pour cela[2].
En 1878, il est obtient la permission de se rendre à Paris pour l’exposition universelle[2] et est promu lieutenant le [1]. Cette longue attente pour passer au grade supérieur s’explique par l’absence de poste disponible. L’organisation des tirailleurs n‘avait pas prévu beaucoup de postes d’officiers noirs[2]. Blessé lors de la prise de Daba le [1], il est alors apprécié par ses supérieurs. Bien que la loi française limite la promotion des militaires indigènes au grade de lieutenant, Mamadou Racine Sy est proposé par plusieurs officiers, dont le colonel Gustave Borgnis-Desbordes, au grade de capitaine des tirailleurs[1]. Cette nomination soulève de nombreuses réticences dans l’armée, comme en témoignent les nombreuses lettres figurant dans son dossier, écrites par des militaires qui s‘opposaient à cette nomination. À l’origine, il n’était pas prévu qu’il y ait des capitaines noirs dans les tirailleurs ; de plus, de nombreux Blancs refusent qu’un Noir commande des sous-officiers blancs[2]. À titre exceptionnel, Jules Grévy, président de la République française, signe le un décret faisant de Mamadou Racine le premier capitaine africain de l’infanterie de marine coloniale française[1]. Dans un premier temps, il est affecté à l’état-major du Haut-Sénégal, et n’a donc pas de Blancs qui lui sont subordonnés[2]. Sa proposition au grade d‘officier de la légion d’honneur soulève les mêmes réticences[2].
En , il est chargé de rapporter au colonel Frey le traité de Kéniébakoro (ou Kéniéba-Koura) dans lequel Samory Touré, fondateur de l'empire wassoulou, reconnaissait la souveraineté de la France sur la rive gauche du Niger[3]. Le capitaine Racine devient alors, pour le compte des autorités coloniales, un guide, interprète et diplomate, auprès du nouvel allié des Français[1].
Mamadou Racine Sy est commandant du poste de Nyamina, en 1889, puis de Goumbo, en 1896, date de sa retraite. Auparavant, Louis Archinard le nomme chef du village de Kayes-rive droite (Kayes Ndi) et des territoires qui en dépendent le . Le général Edgar de Trentignan, lieutenant gouverneur du Soudan, le nomme, par décision no 236 du , fama (« roi ») du Bambouck, un poste honorifique qui place Mamadou Racine Sy en position d'intermédiaire entre les administrateurs coloniaux et les populations colonisées[1].
Parfaitement assimilé, il avait très tôt appris à lire et à écrire le français, adopté les us et coutumes français[2].
Fin de vie
Mamadou Racine Sy meurt le à Kita[1], au cours d’une mission de recrutement pour le chemin de fer que lui avait confié le gouverneur général en raison de son prestige et de son influence, comme l’indiqua le gouverneur Ponty dans sa lettre de désignation. Au cours de l'année 2011, sa tombe est transférée dans le cimetière réservé aux soldats français[1].
Son frère, Mademba Sy (1852-1918), assure au cours de sa vie le rôle d'interprète entre les officiers de la métropole et les soldats coloniaux[4].
Vie privée
On ne connait pas le nombre de ses épouses. La seule certaine est Maryam Inaysa, qui lui est donnée par Archinard en 1890[2].
Postérité
En France, des personnalités de l'époque coloniale sont enregistrées dans la mémoire nationale, tandis qu'un supplétif indigène tel que Mamadou Racine Sy reste un anonyme[1]. Au Sénégal, le nom de celui-ci est associé au portrait d'un collaborateur au service des colonisateurs, en opposition aux figures héroïques de la résistance africaine[1],[5].
Distinctions
- Chevalier de la Légion d'honneur (). Mamadou Racine est le premier Noir à recevoir cette distinction[1].
- Officier de la Légion d'honneur ()[1]
- Commandeur du dragon noir de L’Annam
- Médaille militaire
- Médaille coloniale avec agrafe Sénégal Soudan
- Chevalier de l’étoile Noire du Bénin
- Officier de l’ordre royal d’Anjouan
- Commandeur de l’ordre royal du Cambodge
Notes et références
Notes
Références
- Stéphanie Soubrier, « Mamadou Racine Sy, premier capitaine noir de l’armée française », The Conversation, (consulté le ).
- Stéphanie Soubrier, « Tirailleur sénégalais et premier capitaine noir de l'armée française : Mamadou Racine Sy », Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, consulté le 21 avril 2026.
- ↑ Louis-Gustave Binger, Une Vie d'explorateur. Carnets de route, Fernad Sorlot, 1938, p. 103.
- ↑ « Anthony Guyon, Les tirailleurs sénégalais de l’indigène au soldat de 1857 à nos jours - Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie », sur www.aphg.fr (consulté le )
- ↑ « Mamadou Racine Sy, premier capitaine noir de l’armée française », sur Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe (consulté le )
Voir aussi
Bibliographie
- Anthony Guyon, Histoire des tirailleurs sénégalais : De l'indigène au soldat, de 1857 à nos jours, Place des éditeurs, (ISBN 978-2-262-08598-8, lire en ligne)
- Jean Gilbert Nicomède Jaime, De Koulikoro à Tombouctou, à bord du Mage, 1889-1890, Dentu, 1891, p. 299-301 (un portrait de Mamadou Racine Sy figure à la page 300 de l'ouvrage).
- Guy Thilmans et Pierre Rosière, Les Tirailleurs sénégalais, 2008, p. 179.
- Abdoul Sow, Mamadou Racine Sy : Premier capitaine noir des Tirailleurs sénégalais (1838-1902), L'Harmattan, 2010.
- Seydou Madani Sy, Le Capitaine Mamadou Racine Sy, 1838-1902 : une figure sénégalaise au temps des tirailleurs, Karthala, 2014.
Liens externes
- Sébastien Philippe, Fédération nationale des anciens d'outre-mer et anciens combattants des Troupes de marine, « Mamadou Racine SY : premier capitaine noir de l'armée française », document archivé sur Internet Archive [PDF], (consulté le ).
- Portail du Sénégal
- Portail de l’Armée française
