Manifestations anglophones de 2016-2017 au Cameroun

Manifestations anglophones de 2016-2017 au Cameroun
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Manifestation des avocats anglophones, le .
Informations
Date -
(11 mois et 21 jours)
Localisation Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Drapeau du Cameroun Cameroun
Caractéristiques
Organisateurs Consortium de la société civile anglophone du Cameroun (CSCAC), Cameroon Teachers Trade Union (CATTU), Teachers Association of Cameroon (TAC)
Revendications
  • Application de la common law au lieu du droit romano-civiliste
  • Traduction en anglais des lois votées par l'Assemblée nationale, des règlements de la CEMAC et de l'OHADA
  • Dénonciation de la marginalisation de la minorité anglophone
  • Opposition à l'utilisation du français dans les écoles
  • Révocation du délégué du gouvernement et son remplacement par un maire central élu
  • Dénonciation du manque d'investissement dans les régions anglophones
  • Retour au fédéralisme
  • Indépendance des régions anglophones
  • Libération des manifestants arrêtés
  • Suppression des cours du samedi et du versement de primes d'excellence destinées à récompenser les meilleurs étudiants
Types de manifestations Manifestations, émeutes, grèves, désobéissance civile, ville morte, incendies volontaires, barricade
Issue Conflit armé dans les régions anglophones du Cameroun
Bilan humain
Morts 3[2] (au )
Arrestations Centaine[1] (au )
Parties au conflit civil
  • CACSC
  • CATTU
  • TAC
  • Mouvements séparatistes
  • Consortium des associations de journalisme du sud-ouest
Drapeau du Cameroun Gouvernement du Cameroun
Personnages-clés

Les manifestations anglophones de 2016-2017 au Cameroun (qu’on appelle aussi révolution du cercueil au Cameroun) sont une série de manifestations et d’émeutes qui se déroulent d' à dans les deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

Ces manifestations sont initialement lancées par des avocats, qui sont ensuite rejoints par des enseignants, tous deux ayant des revendications corporatistes. Fin , le mouvement prend de l'ampleur lorsque des citoyens ordinaires, en particulier des jeunes, descendent dans la rue et soulèvent des enjeux sociaux tels que le chômage et le manque d'investissements publics. Entre-temps, des violences - émeutes, affrontements et répression - éclatent, faisant les premiers morts civils, qui se poursuivront dans les mois suivants.

Face à la situation, les autorités alternent entre répression et concessions. En , des mouvements fédéralistes et séparatistes sont interdits, plusieurs leaders des manifestations sont arrêtés et inculpés, et Internet est coupé. Durant le même mois, une commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) est créée. En , Internet est rétabli après trois mois de coupure et en , les leaders sont libérés.

À l'automne 2017, des revendications séparatistes émergent, conduisant à des manifestations violemment réprimées, et à une déclaration symbolique d'indépendance des deux régions anglophones sous le nom de république fédérale d'Ambazonie. Ces évènements dégénèrent peu à peu en conflit armé entre les forces gouvernementales et des groupes séparatistes.

Contexte

Colonisé par l'Allemagne sous le régime du protectorat, le Cameroun est ensuite partagé entre la France et le Royaume-Uni après la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale[3]. Les deux parties du pays sont administrées séparément jusqu'en 1961, date à laquelle une partie du territoire britannique, le Cameroun méridional, se rattache à la république du Cameroun, anciennement sous mandat français pour former une république fédérale.

Le fédéralisme ne dure qu'une décennie. Le Cameroun abandonne ce système lors du référendum constitutionnel de 1972 et met en place un système centralisé qui permet au pouvoir de rester fermement ancré dans la capitale, Yaoundé. La minorité anglophone, qui représente 20 % de la population, affirme avoir souffert d'une marginalisation accrue à la suite de ce référendum[3].

Ce sentiment de marginalisation donne naissance à un mouvement sécessionniste, le Conseil national du Cameroun méridional (CNCM). Au côté du CNCM, d'autres anglophones militent pour un retour au fédéralisme[1].

Déroulement

Octobre 2016

Le , les avocats des régions anglophones se sont mis en grève pour dénoncer l'inexistence d'une version anglaise des « actes uniformes » de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), et pour refuser l'application du Code civil francophone dans les juridictions des régions anglophones[4].

Novembre 2016

Le , des avocats se rassemblent devant la Cour d'appel de Bamenda pour annoncer la création d'un nouveau barreau spécifique à la communauté anglophone. À la suite d'une intervention des forces de l'ordre, les avocats décident de défiler dans les rues de la ville. Alors qu'ils tentaient de se rassembler au centre-ville, les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymogènes pour les disperser[5].

Le , deux syndicats d'enseignants anglophones, la Cameroon Teachers Trade Union (CATTU) et la Teachers Association of Cameroon (TAC), appellent à la grève et à la fermeture des écoles à Bamenda, pour dénoncer la « francophonisation du système éducatif anglo-saxon du Cameroun » et, en particulier, le déploiement d'enseignants francophones dans les écoles anglophones. Par ailleurs, des manifestants réclament la révocation du délégué du gouvernement et son remplacement par un maire central élu. Les manifestants protestent également contre le chômage et le manque d'investissement du pouvoir central dans les régions anglophones[6].

Après plusieurs heures de manifestation, un important contingent de forces de l'ordre est déployé pour rétablir le calme. Entre-temps, des slogans antigouvernementaux sont scandés par les jeunes manifestants, qui brûlent des pneus sur la voie publique[6]. Les et , de violents heurts font trois morts à Bamenda[2].

Le , des étudiants de l'université de Buéa manifestent pour soutenir les avocats et les enseignants anglophones. Ils réclament également la suppression des cours du samedi et du versement de primes d'excellence destinées à récompenser les meilleurs étudiants. Ils sont violemment réprimés par la police, et des images de la répression sont diffusées sur les réseaux sociaux[7].

Décembre 2016

Début décembre, au moins quatre personnes sont tuées lorsque les forces de sécurité tirent à balles réelles en l'air et lancent des gaz lacrymogènes sur un marché[8]. Durant le mois, des journalistes regroupés au sein d'un « consortium des associations de journalisme du sud-ouest » dénoncent « l’anéantissement » de leur langue au profit du français[9]. Le , à Bamenda, des manifestants dressent des barricades et brûlent des pneus sur les routes menant à l'hôtel où se trouve la délégation du parti au pouvoir[10]. De jeunes manifestants brûlent le drapeau du Cameroun avant d'hisser celui d'un mouvement séparatiste[11]. Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre éclatent et font deux morts dans la ville[12]. Un commissariat est également incendié[11].

Janvier 2017

Le , le Consortium de la société civile anglophone du Cameroun (CSCAC) lance une « journée ville morte ». L'action est suivie dans les régions anglophones[13]. Le , plusieurs villes de ces régions dont Bamenda et Buéa suivent une action similaire lancée par le CSCAC. Des policiers commencent à patrouiller dans une ville et sont également présents en grand nombre à Limbé, près de Buéa, où des jeunes sont entrés dans une école pour forcer les enfants à sortir et bloquent certaines routes de la ville[14]. À Mbengwi, le domicile d'un chef d'escadron, commandant de la compagnie de gendarmerie, est incendié[15].

Février 2017

L'activiste Mancho Bibixy (en jaune) haranguant une foule de manifestants à Bamenda, en février 2017.

Le , une centaine de personnes manifestent devant un commissariat de police à Ndop pour demander la libération de personnes arrêtées. La police ouvre le feu sur la foule, tuant deux manifestants et blessant dix autres[16].

Le , à Jakiri, le curé et quarante autres personnes sont arrêtées[17].

Dans la nuit du au , des affrontements éclatent entre des jeunes et la police à Mutengene à la suite de la mort d'un jeune homme, abattu par la police[18].

Mars 2017

Le , plusieurs dizaines de personnes sont interpellées lors d'une opération de rafle organisée par la police à Bamenda[19].

Avril 2017

Le , le marché de Limbé est incendié, cinquante magasins sont détruits. Selon le gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilai, un suspect, membre présumé d’un groupe sécessionniste, est arrêté[20].

Mai 2017

Le , cinq salles de classe d'une école publique à Bamenda est incendié[15].

Dans la nuit du au , le Centre de la promotion de la femme et de la famille de Bamenda est incendié[15].

Le , le siège du Cameroon GCE Board à Buéa est incendié[15].

Août 2017

Les et , cinq personnes présentées comme des « indépendantistes » sont arrêtés dans la région du Nord-Ouest, selon le porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary. Sur la télévision d’État CRTV, ce dernier déclare que ces personnes voulaient « perpétrer des attaques contre des forces de défense et de sécurité, des responsables militaires et des autorités administratives »[21].

Septembre 2017

Rues de Buéa, lors d'une ville morte, le .

Le , des milliers de personnes manifestent dans les régions anglophones pour réclamer, entre autres, la « libération des prisonniers anglophones » et l'« indépendance de la partie anglophone ». Selon des témoins contactés par Le Monde Afrique à Buéa, Bamenda et Kumbo, des policiers, des gendarmes et des camions anti-émeutes étaient stationnés dans toutes les villes. Certains policiers tirent à balles réelles sur les manifestants à plusieurs endroits. A Mamfé et Santa, trois personnes sont tuées et de nombreuses autres sont blessées[22].

Octobre 2017

Le , le leader séparatiste Sisiku Julius Ayuk Tabe déclare symboliquement l'indépendance des régions anglophones sous le nom de république fédérale d'Ambazonie. À la suite de cette proclamation symbolique, les séparatistes tentent de manifester dans les deux régions. D'importantes forces de sécurité sont déployées. Ces dernières tirent à balles réelles sur les manifestants dans plusieurs villes, notamment Bamenda, Ndop, Kumbo et Kumba, et procèdent à des interpellations. Selon Amnesty International, dix-sept personnes sont tuées par les forces de sécurité au cours des manifestations[23].

Le , les affrontements entre la population et les forces de l'ordre reprennent[24]. Quelques tentatives de rassemblement sont dispersées par des gaz lacrymogènes et des tirs à Bamenda. Plusieurs personnes sont hospitalisées à la suite d'échauffourées entre les manifestants et la police[25].

Réactions nationales

Gouvernement

Interrogé par Le Monde Afrique, le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary, assure qu’il « n’y a et ne saurait y avoir de problème » anglophone au Cameroun : « L’anglais et le français sont les langues coloniales subséquentes. Ce sont deux langues officielles de même importance. S’il y a des revendications d’ordre administrative ou politique, la Constitution a tranché dessus ». Pour Issa Tchiroma Bakary, les troubles de Bamenda sont orchestrées par « des sécessionnistes, des éléments non identifiés, non contrôlés, des extrémistes, des politiciens en mal de notoriété »[26].

Le , le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary assure que les affrontements de Bamenda sont « un phénomène aussi inacceptable qu’incompréhensible ». Il ajoute : « Quelques-uns de nos compatriotes ont brûlé le drapeau du Cameroun, ont hissé le leur à la place… Profanation ! Désacralisation ! Situation inacceptable… Ce qui se passe aujourd’hui à Bamenda, ce sont simplement des démagogues, des illuminés qui pensent qu’ils peuvent remettre en cause notre vouloir vivre ensemble, amputer une partie de notre territoire, chose impensable, inacceptable »[27]. Le , le président Paul Biya déclare dans son discours de fin d'année à la nation : « Par le fait d’un groupe de manifestants extrémistes, manipulés et instrumentalisés, des Camerounais ont perdu la vie ; des bâtiments publics et privés ont été détruits ; les symboles les plus sacrés de notre nation ont été profanés ; les activités économiques ont été paralysées momentanément », tout en rappelant que le Cameroun était « un et indivisible ». Il ajoute : « En pareille circonstance, l’Etat a le devoir impérieux de rétablir l’ordre, au nom de la loi et dans l’intérêt de tous »[28].

Le , plusieurs leaders anglophones à l'origine des manifestations sont arrêtés et inculpés d'« actes de terrorisme »[29]. Le même jour, le gouvernement publie un arrêté interdisant le CNCM et le CSCAC[30]. Le , le président Paul Biya décrète la création de la CNPBM, la chargeant du suivi et de la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles faisant de l'anglais et du français deux langues officielles de valeur égale au Cameroun. Elle sera également chargée de recevoir toute plainte alléguant une discrimination entre les anglophones et les francophones. Le , le chef de l'État nomme l'ancien Premier ministre Peter Mafany Musonge et l'ancienne Ministre des Arts et de la Culture Ama Tutu Muna à la tête de la Commission[31]. Entre janvier et , Internet est coupé dans les deux régions anglophones du Cameroun. Cette coupure est la plus longue de l'histoire du continent africain[32]. Elle aurait déjà coûté près du milliard de perte à l'économie camerounaise[33].

Le , le président Paul Biya abandonne les poursuites contre plusieurs leaders anglophones[34]. Le , le gouvernement ordonne le déploiement de 932 gendarmes et policiers supplémentaires dans la zone[35]. Le lendemain, il instaure un couvre-feu dans les régions anglophones et l'accès à Internet est limité[36]. Le , réagissant sur les réseaux sociaux, le président Paul Biya condamne « de façon énergique tous les actes de violence, d'où qu'ils viennent, quels qu'en soient les auteurs », appelant au « dialogue »[37].

Opposition

La femme politique Kah Walla déclare : « les opinions sécessionnistes gagnent du terrain ». Elle dit croire « en un pays uni dans sa diversité linguistique et culturelle », mais blâme la mauvaise gouvernance. Elle explique que « les gens se radicalisent en croyant être les seuls à souffrir des pénuries d’eau et d’électricité ou de la corruption qui touchent pourtant tous les Camerounais ». Elle ajoute : « et si les anglophones le prennent aussi mal, c’est parce qu’ils sont discriminés par ailleurs. Dans les administrations ou les entreprises parapubliques, l’anglophone est toujours l’adjoint d’un francophone. Et jamais un citoyen de l’ancien territoire britannique n’a été à la tête des ministères de la Défense ou des Finances ». Le députe du Front social démocrate (FSD) Joshua Osih attribue l’aggravation de la fracture linguistique à cette « élite vieillissante », majoritairement francophone qui gouverne le pays. Il déclare : « contrairement aux quadras et aux quinquas, ces gens-là ne parlent pas anglais. Ils ne le comprennent même pas ! Ils rament à contre-courant de notre société »[38].

En , le responsable adjoint de la communication du FSD, Denis Nkemlemo déclare : « le gouvernement ne veut pas écouter la population ». Il ajoute : « les populations ont posé un problème de marginalisation. On leur rétorque qu'il n'y a aucun problème. On envoie les forces de l'ordre les réprimer »[11].

Église catholique

En , l'Église catholique au Cameroun déplore « l'utilisation d'une force excessive dans le but de réclamer des droits, ou de maintenir la paix »[11].

Réactions internationales

Organisations internationales

  • Drapeau des Nations unies ONU : Le , les rapporteurs spéciaux Maina Kiai (en) et Rita Izsák-Ndiaye (en) se disent profondément préoccupés par la recrudescence de la violence dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays, notamment par le recours à la force contre des manifestants anglophones. Les experts déclarent : « nous appelons les autorités à engager un dialogue fructueux et inclusif avec la société, en particulier avec les syndicats d'avocats et d'enseignants des régions anglophones qui revendiquent des services publics bilingues et une meilleure inclusion des anglophones dans la sphère publique ». Le rapporteur spécial Maina Kiai se dit particulièrement alarmé par les informations selon lesquelles les forces de sécurité ont utilisé une force excessive lors de manifestations à Buéa et Bamenda. Il déclare : « j'exhorte le gouvernement du Cameroun à mener une enquête approfondie sur l'utilisation de la force contre les manifestants ces derniers mois et à faire preuve de la plus grande retenue dans la surveillance des futures manifestations ». Il souligne : « dans les sociétés démocratiques, les manifestations sont indispensables à la sensibilisation aux droits de l'homme et aux préoccupations politiques et sociales, notamment celles concernant les questions relatives aux minorités ». Il ajoute : « les manifestations pacifiques jouent un rôle crucial pour faire entendre la voix des personnes marginalisées et présentent un discours alternatif aux intérêts politiques établis ». La rapporteuse spéciale Rita Izsák-Ndiaye souligne : « le respect des droits linguistiques des minorités est non seulement essentiel pour éviter que les tensions ne s'intensifient, mais est également un élément fondamental de la bonne gouvernance »[39]. Le , le représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale, François Louceny Fall, encourage le gouvernement camerounais à « prendre toutes les mesures qu’il jugerait appropriées, dans les meilleurs délais et dans le cadre de la loi » pour résoudre la crise des régions anglophones[40]. Le , le secrétaire général de l'ONU António Guterres, exhorte les autorités camerounaises « à promouvoir des mesures de réconciliation nationale ». Il estime que ces mesures devraient permettre de « trouver une solution durable à la crise, y compris en traitant ses causes profondes ». Il encourage également « les autorités camerounaises à poursuivre leurs efforts pour résoudre les griefs de la communauté anglophone »[41]. Le , il demande aux autorités camerounaises « une enquête » sur les « actes de violence signalés dans les régions du sud-ouest et du nord-ouest du pays le 1er octobre » ayant donné lieu à « des pertes en vies humaines ». Il « condamne fermement » ces actes et « reste profondément préoccupé par la situation au Cameroun ». Il « exhorte les dirigeants politiques des deux côtés à appeler leurs partisans à s'abstenir de tout nouveaux actes de violence et à condamner sans équivoque toute action qui puisse nuire à la paix, la stabilité et l'unité du pays ». Il « prend note de l'appel au dialogue lancé par les autorités et encourage les représentants de la communauté anglophone à saisir cette opportunité dans leur recherche de solutions aux griefs de la communauté, dans le cadre de la Constitution camerounaise »[42].
  • Drapeau de l'Union africaine Union africaine : Le , la présidente de la Commission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, fait part de ses préoccupations concernant la crise. Elle appelle à la retenue et encourage le dialogue pour résoudre les problèmes sociopolitiques et économiques à l'origine de la crise. Elle insiste également sur le respect de la loi, en particulier le droit de mener des manifestations pacifiques[43].
  • Drapeau de l’Union européenne Union européenne : Le , l’Union européenne appelle « tous les acteurs » à « faire preuve de retenue et de responsabilité »[44].

États

  • Drapeau de la France France : Le , la France se dit « préoccupée par les incidents (…) qui ont fait plusieurs victimes » et appelle « l’ensemble des acteurs » à la retenue[45].
  • Drapeau des États-Unis États-Unis : Le , Anthony G. Brown, membre du Congrès, dépose une pétition auprès du secrétaire d'État, Rex Tillerson, pour demander au gouvernement camerounais de se préoccuper immédiatement de la situation et de résoudre les crises en cours[46]. Les États-Unis condamnent les pertes de vies humaines et la brutalité contre les manifestants anglophones[47]. Le , le département d'État qualifie l'usage de la force contre les manifestants anglophones comme étant « inacceptable », appelant à la retenue et au dialogue[48].
  • Drapeau du Vatican Vatican : Le , alors que le président Paul Biya se trouve au Vatican, le pape François réaffirme « l’importance de la cohésion nationale dans le respect des droits de l’homme et des minorités »[49].

ONG et personnalités

En , Amnesty International dénonce un usage disproportionné de la force contre les manifestants à Bamenda et réclame une enquête[50].

Le , sur son compte Twitter, l'informaticien et lanceur d'alertes américano-russe Edward Snowden déclare au sujet de la coupure d'Internet : « Il s’agit de l’avenir de la répression, contre laquelle il faut se mobiliser et lutter, #keepItOn #BringBackOurInternet »[51].

Le , au micro de RFI, l'actrice française Aïssa Maïga réagit à la coupure d'internet dans les régions anglophones, en ces termes : « J'ai été frappée, par l'espèce d'inertie qu'il y'a eu notamment au Cameroun, et surtout le fait que cette question là ne me semblait ne pas dépasser les frontières camerounaises. Alors que c'est une question de droit citoyen aujourd'hui, l'accès à Internet »[52].

Une tribune signée par plus d'une dizaine de personnalités dont Abdourahman Waberi, Achille Mbembe, Aïssa Maïga, Julie Owono, Makaila Nguebla, Sinatou Saka, Théophile Kouamouo et William Bourdon ainsi que plus d'une dizaine d'organisations dont Bibliothèques sans frontières (BSF), Internet sans frontières, Index on Censorship, Plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique (PPLAAF) et Tournons la page, est publiée dans Le Monde. Elle appelle les candidats à l'élection présidentielle française de 2017 à se pencher sur la question de la coupure d'Internet dans les régions anglophones du Cameroun[53].

Suites

Conflit armé

Dès , en marge des manifestations, des séparatistes prennent les armes et lancent une campagne d'attentats contre les forces gouvernementales, les lieux publics et les écoles. En , une série d'attaques meurtrières visant les forces de sécurité sont attribuées aux indépendantistes. En réponse, les autorités lancent des opérations militaires dans les régions anglophones en décembre de la même année[54]. Le conflit a fait plus de 6 500 morts et a contraint plus d'un millier de personnes à fuir leur domicile[55],

Poursuites judiciaires

Le , une plainte est déposée auprès du Conseil constitutionnel du Cameroun, pour contraindre le gouvernement à rétablir Internet, suspendu depuis , dans les régions anglophones. La procédure, portée par le Réseau des défenseurs des droits de l'Homme en Afrique centrale, rejoint par les deux ONG Access Now et Internet sans frontières, vise à faire condamner le pays pour atteinte, entre autres, à la liberté d'expression ou au libre accès à l'information[1].

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. La-Croix.com, « Au Cameroun, la colère des anglophones », sur La Croix, (consulté le )
  2. « Des violentes manifestations ont éclaté à Bamenda au Cameroun », sur Voice of America, (consulté le )
  3. « Crise anglophone au Cameroun : comment a-t-elle commencé et quand finira-t-elle ? », sur BBC News Afrique, (consulté le )
  4. ↑ « Cameroun : les avocats anglophones en grève », BBC News Afrique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ « Cameroun : manifestation des avocats anglophones », BBC News Afrique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. « Cameroun : à Bamenda, les anglophones se rebiffent », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  7. ↑ « Les réseaux sociaux dénoncent la répression étudiante au Cameroun », sur RFI, (consulté le )
  8. ↑ (en-GB) Eyong Blaise Okie, « Cameroon urged to investigate deaths amid anglophone protests », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ « Cameroun : des activistes anglophones prônent la partition du pays », sur Franceinfo, (consulté le )
  10. ↑ « Cameroun : pourquoi les anglophones se rebiffent », sur France 24, (consulté le )
  11. « Le Cameroun anglophone en ébullition sur fond de pré-campagne électorale », sur Voice of America, (consulté le )
  12. ↑ « Cameroun: affrontements meurtriers entre jeunes et policiers à Bamenda », sur RFI, (consulté le )
  13. ↑ « Cameroun: journée de mobilisation dans plusieurs villes anglophones », sur RFI, (consulté le )
  14. ↑ « Cameroun: opération ville morte dans les zones anglophones », sur RFI, (consulté le )
  15. Actu Cameroun, « Cameroun - Malaise - Incendies: La psychose s’installe dans les Régions anglophones », sur Actu Cameroun, (consulté le )
  16. ↑ (en) « Cameroon police kill two in protests in English-speaking northwest », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. ↑ Actu Cameroun, « Cameroun - Crise anglophone: Le curé de la commune de Jakiri (Nord-Ouest) et 40 autres personnes, arrêtés », sur Actu Cameroun, (consulté le )
  18. ↑ « Biya limoge un chef de la police dans la zone anglophone du Cameroun », sur VOA, (consulté le )
  19. ↑ Actu Cameroun, « Cameroun - Crise anglophone: La police a interpellé de nouvelles personnes à Bamenda (Nord-Ouest) », sur Actu Cameroun, (consulté le )
  20. ↑ « Les séparatistes anglophones pointés du doigt après des incendies au Cameroun », sur Voice of America, (consulté le )
  21. ↑ « Le Cameroun affirme avoir arrêté un groupe de « terroristes » anglophones », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  22. ↑ « A Bamenda et à Buéa, les anglophones rêvent désormais de bâtir leur « Ouest-Cameroun » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  23. ↑ « Cameroun anglophone: lourd bilan humain après la proclamation symbolique d'"indépendance" », sur Le Point, (consulté le )
  24. ↑ « Cameroun : à Bamenda, des sécessionnistes ont bravé les balles pour proclamer leur « indépendance » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  25. ↑ « Cameroun: la contestation anglophone a été étouffée, mais le malaise persiste », sur Franceinfo, (consulté le )
  26. ↑ « Pourquoi le malaise de la partie anglophone du Cameroun persiste », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  27. ↑ « Affrontements de Bamenda: des «illuminés et démagogues» selon le gouvernement », sur RFI, (consulté le )
  28. ↑ « Au Cameroun, les négociations avec la partie anglophone dans l’impasse », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  29. ↑ « Cinq choses à savoir sur la crise anglophone au Cameroun », sur Voice of America, (consulté le )
  30. ↑ « Deux mouvements anglophones interdits au Cameroun », sur RFI, (consulté le )
  31. ↑ « Cameroun : Paul Biya nomme Peter Mafany Musonge et Ama Tutu Muna à la Commission pour la promotion du bilinguisme », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  32. ↑ « Cameroun. Paul Biya rétablit Internet après trois mois de coupure », sur Courrier international, (consulté le )
  33. ↑ « Crise anglophone au Cameroun : la coupure d’internet pèse sur la « Silicon Mountain » - JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le )
  34. ↑ « Cameroun : Paul Biya décrète l’arrêt des poursuites contre des leaders anglophones », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  35. ↑ « Cameroun: 932 gendarmes et policiers déployés dans des zones anglophones », sur BBC News Afrique, (consulté le )
  36. ↑ « Cameroun anglophone : au moins 17 morts en marge des manifestations de dimanche, selon les autorités locales », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  37. ↑ « Cameroun : Paul Biya appelle au "dialogue" après des incidents dans les régions anglophones », sur France 24, (consulté le )
  38. ↑ « Cameroun : l’intifada des anglophones », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  39. ↑ « Cameroun : des experts de l'ONU exhortent le gouvernement à mettre fin aux violences contre les manifestations de la minorité anglophone », sur news.un.org, (consulté le )
  40. ↑ « Cameroun : l’ONU exhorte le gouvernement à trouver une sortie de crise rapide », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  41. ↑ « Guterres exhorte le Cameroun à des "mesures de réconciliation nationale" », sur Voice of America, (consulté le )
  42. ↑ « Guterres demande une enquête aux autorités camerounaises après les violences », sur Voice of America, (consulté le )
  43. ↑ « AU expresses concern on the situation in Cameroon », sur au.int, (consulté le )
  44. ↑ « Le Cameroun anglophone, en ébullition, compte ses morts », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  45. ↑ « Le Cameroun anglophone, en ébullition, compte ses morts », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  46. ↑ (en-GB) « US Congress members petition Secretary of State over Anglophone crisis », sur Cameroon Concord-In the Heart of Cameroon's News Pulse, (consulté le )
  47. ↑ « Cameroon Strike: The United States expresses concern over the loss of life and brutality against anglophone protesters », sur web.archive.org, (consulté le )
  48. ↑ (en) AfricaNews, « U.S. govt says Cameroon's handling of Anglophone crisis 'unacceptable' », sur Africanews, 2017-10-05cest18:16:22+02:00 (consulté le )
  49. ↑ « Cameroun : Paul Biya confronté à la triple pression de l’ONU, des États-Unis et du Vatican », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  50. ↑ « Cameroun: Amnesty réclame une enquête sur les violences à Bamenda », sur RFI, (consulté le )
  51. ↑ Par Lebledparle.com et Marchelo Tientcheu, « Depuis son exil en Russie, Edward Snowden dénonce la coupure d’Internet dans la partie anglophone du Cameroun », sur Lebledparle, (consulté le )
  52. ↑ « Appels sur l'actualité - [1] Aïssa Maïga, rédactrice en chef d'Appels sur l'Actualité », sur RFI, (consulté le )
  53. ↑ « Coupure d’Internet au Cameroun : lettre ouverte aux candidats à la présidentielle française », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  54. ↑ « Cameroun: l'armée "sans état d'âme" avec les séparatistes », sur Le Figaro, (consulté le )
  55. ↑ Julius A. Amin, « Règlement de la crise anglophone au Cameroun : pourquoi l'État refuse l'aide étrangère », sur The Conversation, (consulté le )
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