Manifestations de 2009 en Moldavie
| Manifestations d'avril 2009 en Moldavie « Révolution Twitter » | |
Manifestations de masse à Chișinău le , sur le boulevard Ștefan cel Mare și Sfânt. | |
| Type | Manifestation |
|---|---|
| Pays | |
| Localisation | Chișinău, Cahul, Orhei, Bălți |
| Coordonnées | 47° 01′ 40″ nord, 28° 49′ 40″ est |
| Cause | Contestation des résultats des élections législatives |
| Date | Du au |
| Nombre de participants | Jusqu'à 30 000 |
| Revendications |
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| Résultat |
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| Bilan | |
| Blessés | 270 |
| Morts | 4 |
| Répression | |
| Arrestations | Plusieurs centaines |
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Les manifestations de 2009 en Moldavie, parfois désignées comme une « révolution Twitter », sont un mouvement de protestation de masse survenu entre le 6 et le , principalement dans la capitale moldave, Chișinău. Les manifestants protestent contre les résultats des élections législatives du dont les premiers résultats donnent une majorité absolue au Parti des communistes de la république de Moldavie, et accuse le parti, au pouvoir depuis 2001, d'avoir truqué le vote. Les personnes mobilisées réclament un recomptage des voix, la démission du gouvernement et l'organisation de nouvelles élections.
Au plus fort du mouvement, plusieurs dizaines de milliers de personnes se réunissent dans la capitale. D'autres manifestations réunissent plusieurs milliers de personnes à Cahul, Orhei, Bălți et à l'étranger parmi la diaspora. Internet et des réseaux sociaux comme Twitter jouent un rôle dans la diffusion des informations. Des slogans pro-européens, favorables à la Roumanie et anticommunistes, sont prononcés par les manifestants, ce qui déclenche une crise diplomatique avec la Roumanie. Le , la situation dégénère : le bâtiment du Parlement est attaqué par la foule, des dégradations sont commises, des scènes de violence ont lieu et les manifestations sont violemment réprimées. Plusieurs centaines d'arrestations ont lieu. De nombreux blessés sont signalés et les forces de l'ordre sont accusées de torture en détention, qui auraient mené à la mort de 4 personnes.
Les manifestations prennent fin le lorsqu'une partie des revendications des manifestations sont satisfaites. Cependant, le recomptage des voix ne change pas les résultats et le remaniement du gouvernement ne suffit pas à mettre fin à la crise. Finalement, face à l'impossibilité d'élire un président, de nouvelles élections législatives sont organisées en et sont remportées par les partis d'opposition qui forment la coalition gouvernementale Alliance pour l'intégration européenne.
Contexte
Controverse sur l'identité moldave
Au moment des manifestations, le Parti des communistes de la république de Moldavie (PCRM), héritier de l'ère soviétique, est au pouvoir depuis 2001. Il a déjà remporté les élections de 2005[1]. La situation économique du pays est mauvaise, poussant une partie de la population vers la pauvreté[2].
La question identitaire est souvent citée comme à l'origine de la crise politique moldave, notamment par Petru Negură, professeur d'université de sociologie à l'université d'État de Moldavie et à l'EHESS, en France. Selon lui, une partie du peuple moldave se considère comme faisant partie intégrante des Roumains sur le plan ethnique et culturel et prône une unification de la Moldavie et Roumanie. Ils se retrouvent plutôt dans les partis libéraux et pro-européens. Dans le même temps, d'autres défendent une identité nationale moldave distincte des Roumains (moldovénisme) ; ils sont principalement sympathisants des partis communistes russophiles comme le PCRM[1].
En 2003, le gouvernement communiste est déjà fragilisé par une série de manifestations. Elles font suite à la tentative gouvernementale de remplacer le cours d'« Histoire des Roumains » par celui d'« Histoire de la Moldavie », conformément au moldovénisme du PCRM. Les étudiants et les partis d'opposition en 2003, protestent pendant des mois avant que le gouvernement ne renonce à son projet[1].
Élections législatives de 2009
Le ont lieu les élections législatives, qui opposent le PCRM à plusieurs partis d'opposition libéraux et pro-européens. Le parti au pouvoir espère conserver sa majorité au Parlement de Moldavie. La composition du Parlement influe également sur l'élection présidentielle, qui doit s'effectuer au suffrage indirect peu de temps après les élections législatives.
Le , les premiers résultats donnent le PCRM vainqueur avec environ 50 % des voix. Les résultats définitifs finalement publiés le , montrent que le parti a recueilli 49,48 % des suffrages, obtenant ainsi 60 sièges au Parlement[3], soit un de moins que la majorité des trois cinquièmes requise pour élire le président[2]. En effet, Vladimir Voronin ne peut se représenter et un successeur doit être désigné[4].
La mission d'observation électorale internationale de l'OSCE déclare les élections globalement libres et équitables[5], tout en signalant un écart d'environ 160 000 personnes entre les données relatives à la population en âge de voter fournies par le ministère moldave de l'Intérieur et le nombre d'électeurs inscrits communiqué par les autorités locales. Cependant, la Britannique Emma Nicholson, membre de l'équipe d'observation, conteste le rapport de l'OSCE et dresse un bilan bien moins positif, précisant que l'OSCE inclut la Russie et que sa vision est différente. Elle ajoute que des observateurs ont eu la forte impression qu'il y avait des manipulations, sans pouvoir le prouver[6].
Des soupçons de fraude électorale apparaissent ; elle aurait pu prendre la forme d'une inscription d'électeurs décédés sur les listes[7] ou de votes multiples de certains inscrits dans plusieurs bureaux[8]. Les partis d'opposition déclarent que les listes électorales comptaient 300 000 inscrits de plus que lors des élections précédentes, malgré une population moldave en déclin[9]. Ils affirment qu'environ 400 000 électeurs fictifs ont été créés avant le scrutin pour fausser les résultats.
Ainsi, l'opposition rejette immédiatement les résultats, accusant les autorités de falsification lors du dépouillement et exigeant de nouvelles élections[5].
Déroulement
Les premières manifestations débutent dès l'annonce des résultats, le à Chișinău. Elles sont d'abord organisées sous forme d'un flash mob par la journaliste moldave Natalia Morari[10]. Ensuite, des marches pacifiques ont lieu, à l'appel d'ONG de la société civile, durant lesquelles les participants portent des bougies[11].

Un nombre plus important de manifestants revient le lendemain, le . Le rassemblement, qui réunit environ 30 000 personnes (selon Unimedia[12] et realitatea.net[13]), principalement des étudiants et des jeunes, se tient dans le centre-ville, sur le boulevard Ștefan cel Mare[12]. La manifestation dégénère en affrontements avec la police, qui fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau[12]. Cependant, les forces de l'ordre sont rapidement débordées par le nombre de manifestants. Des émeutiers pénètrent dans le bâtiment du Parlement et dans le Palais présidentiel. Après être entré par des fenêtres brisées, ils incendient certaines pièces, ainsi que des documents et du mobilier à l'intérieur comme à l'extérieur. Ils pillent les bâtiments et jettent notamment des ordinateurs par les fenêtres[14]. L'exemplaire original de la déclaration d'indépendance de la Moldavie, signée en 1991, est détruite par les flammes[15]. La police ne reprend le contrôle du bâtiment plus tard dans la soirée[14].
Le même jour, l'opposition affirme que 7 000 manifestants se sont rassemblés à Bălți[13].

Les manifestants, dont certains portent des drapeaux roumains[2], scandent des slogans antigouvernementaux, pro-occidentaux et favorables à la réunification avec la Roumanie, tels que « Nous voulons l'Europe », « Nous sommes Roumains » et « À bas le communisme »[2],[16]. Deux adolescents, Ion Galațchi et Dragoș Mustețea, avec l'approbation apparente de la police, remplacent les drapeaux moldaves sur les bâtiments présidentiel et parlementaire par un drapeau roumain et un drapeau européen, affirmant qu'ils espèrent ainsi calmer la foule[10].
Le service des urgences de l'hôpital de Chișinău indique avoir soigné plus de 78 policiers et manifestants blessés le [10], tandis que le président moldave déclare que 270 personnes ont été blessées lors des émeutes. La télévision nationale moldave affirme initialement qu'une jeune femme est morte d' une intoxication au monoxyde de carbone suite aux incendies déclenchés par les émeutiers dans le bâtiment du Parlement[17]. Cependant, une fois les informations mises à jour, il s'avère qu'elle a été sauvée par une équipe médicale[14].
L'opposition moldave appelle au calme et à la fin des violences, tout en demandant aux autorités d'organiser de nouvelles élections. Le soir du , un groupe de manifestants organise un Comité national de salut, composé de représentants étudiants et de la société civile. L'écrivain Nicolae Dabija, vice-président du comité, déclare que son objectif est de pousser le gouvernement à organiser de nouvelles élections[10]. Le même jour, Serafim Urechean, chef du parti d'opposition Alliance Notre Moldavie, déclare lors d'une rencontre avec président Vladimir Voronin que les émeutes sont orchestrées par les services de sécurité[18]. Cependant, l'ancien président moldave Petru Lucinschi estime que les services d'État ne sont pas impliqués et que les violences sont le résultat spontané d'un mouvement de jeunes sans chef, frustrés par le déclin de la démocratie moldave. Selon lui, il n'est pas nécessaire de chercher plus loin l'explication ces troubles. Il explique que le mouvement « n'a pas de leader ; une partie s'est engagée dans une voie pacifique, tandis qu'une autre a basculé dans la violence »[18].
Le mouvement se poursuit les jours suivants, avec une mobilisation moindre de la population. Des rassemblements de solidarité avec les manifestants de Chișinău ont lieu à Cimișlia, Bălți, Ungheni et dans d'autres villes moldaves. Les manifestations continuent jusqu'au dimanche , lorsqu'environ 3 000 manifestants se sont rassemblés sur la place centrale de la ville. Le maire de Chișinău, Dorin Chirtoacă, prononce un discours anticommuniste. Il explique que la jeunesse moldave rejette le communisme car elle « comprend que son avenir a été volé ». Cependant, les étudiants sont bien moins nombreux parmi la foule car ils ont été sanctionnés pour leur participation aux manifestations précédentes[19].
Répression
Arrestation et accusations de torture

La nuit suivant le , vers 1 h, les forces de police dispersent les derniers manifestants rassemblés sur la place principale et arrêtent environ 200 personnes. Le lendemain, de nouvelles arrestations ont lieu ; des manifestants sont frappés par les forces de l'ordre et emmenés dans des voitures de police. De même, des images montrent des manifestants traînés et battus par ce qui semble être des policiers en civil[20]. Parmi les manifestants hospitalisés après avoir été violentés figure Andrei Ivanțoc, ancien prisonnier politique en Transnistrie[21]. Une députée indépendante, Valentina Cușnir, se trouve près du boulevard principal de Chișinău vers minuit le , lorsqu'elle est attrapée, puis projetée au sol et traînée sur plusieurs centaines de mètres par un policier[22].
Amnesty International accuse le gouvernement moldave de violations des droits humains. L'organisation affirme que la police a arrêté arbitrairement des centaines de manifestants, parmi lesquels des mineurs, et leur a infligé des mauvais traitements, qualifiés d'actes de torture. L’organisation adresse un mémorandum au gouvernement à ce sujet[23].
Le , le parquet général de Moldavie demande à l'Ukraine l'extradition de Gabriel Stati, le fils d'un homme d'affaires moldave, accusé par Chișinău d'être impliqué dans l'organisation et le financement des manifestations[24]. Il est en détention en Ukraine avec un autre suspect, Aurel Marinescu, pour leur implication présumée dans l'organisation d'une tentative de renversement du gouvernement moldave[18]. Le , le parquet général d'Ukraine approuve l'extradition des deux hommes[25], une décision dénoncée par des organismes de protection des droits humains[26].
Des journalistes roumains d'Antena 3, de TVR et du journal Gândul reprochent aux autorités moldaves d'avoir tenté de les intimider[27]. Le , les autorités moldaves arrêtent la journaliste Rodica Mahu (rédactrice en chef du Jurnal de Chișinău) et le journaliste roumain Doru Dendiu, correspondant permanent de TVR en Moldavie, les accusant d'avoir un rôle dans l'organisation des émeutes. Ils sont cependant relâchés après interrogatoire par la police plus tard dans la journée ; Doru Dendiu reçoit l'ordre de quitter la Moldavie. La journaliste Natalia Morar, à l'origine du mouvement de protestation, est assignée à résidence[28]. De plus, l'accès à Internet est bloqué à Chișinău afin de limiter l'accès des citoyens aux sites d'information et aux réseaux sociaux[29].
Le , le ministère des Affaires intérieures annonce l'arrestation de 295 personnes à Chișinău pour leur participation aux manifestations[30]. Amnesty International fait de son côté état de 600 arrestations, dont plusieurs enfants[31].
Deux jours plus tard, le maire de Chișinău, Dorin Chirtoacă, lance un appel aux organisations internationales concernant les arrestations par la police moldave. Il affirme que les manifestants ont été torturés, privés du droit de consulter un avocat et que les ONG n'ont pas accès aux centres de détention. Il déclare également que le nombre réel de personnes arrêtées est largement supérieur aux chiffres officiels, la liste des manifestants disparus établie par la presse comptant 800 noms[32].
Un rapport de l'Organisation des Nations unies, fondé sur une visite dans un centre de détention, indique que les centaines de personnes arrêtées à la suite des troubles civils ont subi des traitements cruels, inhumains ou dégradants : passages à tabac à coups de bâton, de bouteilles d’eau, de poings et de pieds, privation de nourriture et d'accès à un avocat et présentation devant des juges par groupes de six, menant à des inculpations collectives violant les principes du droit. Les représentants de l’ONU se voient également refuser l’accès à d’autres centres de détention, malgré leurs demandes[33]. Edwin Berry, conseiller des Nations unies pour les droits de l’homme en Moldavie, déclare que toutes les personnes avec lesquelles il s’est entretenu portaient des marques visibles témoignant des violences subies[34].
Le , le président Vladimir Voronin annonce une amnistie générale et à la « fin de toutes les formes de poursuites contre les participants aux manifestations de rue »[35], cependant, le maire de Chișinău annonce deux jours plus tard qu'aucun manifestant n'a encore été libéré.
Plusieurs décès
Le mouvement et la répression policière qui s'ensuit provoquent, directement ou indirectement, plusieurs décès. Bien qu'aucun ne soit officiellement causé par les manifestations, les circonstances entourant ces décès les relient aux événements. Le gouvernement moldave nie fermement tout lien avec les différents décès, mais Amnesty International Moldavie, par le biais d'un de ses dirigeants, fait part de ses doutes concernant la véracité des dénégations officiels[36].
Valeriu Boboc, un manifestant de 23 ans, meurt le à la suite de son arrestation dans un hôpital de Chișinău[37]. Si la cause officielle de son décès est une intoxication par la fumée des incendies, sa famille affirme qu'il a été battu à mort par la police, son corps étant couvert de contusions[38]. Une enquête est ouverte et un policier arrêté en [37].
Le , la dépouille d'un troisième manifestant, Eugen Țapu, est rendue à sa famille par la police. La cause officielle du décès est un suicide par pendaison. Cependant, la famille conteste cette version, affirmant qu'il ne présente aucune marque au niveau du cou pouvant le suggérer[39]. Selon le maire de Soroca, son village natal, il existe un lien entre la mort d'Eugen Țapu et la manifestation du , car la police refuse de fournir des explications supplémentaires quant aux circonstances du décès d'Eugen Țapu et la date du décès coïncide avec celle de la manifestation. La police affirme avoir découvert son corps en décomposition le , pendu par ses lacets dans le grenier d'un immeuble de la capitale.
Maxim Canișev, originaire de Pîrlița, meurt le , mais n'est retrouvé avec sa colonne vertébrale brisée dans le lac Ghidighici que le [40].
Procédures judiciaires contre des policiers
Marian Lupu, le président du parlement moldave, reconnaît quelques jours après les événements que les manifestants arrêtés ont subi des violences de la part de la police mais annonce que les policiers impliqués ne seront pas sanctionnés, car ils sont couverts par l'amnistie annoncée par le président Voronin[41].
Les membres des forces de l'ordre qui ont participé à la répression du mouvement et commis des violences policières sont ainsi peu sanctionnées par la suite. Le changement de gouvernement qui intervient en permet d'améliorer la situation des droits de l'homme dans le pays, par des réformes importantes. Cependant, dans le cas des manifestations d'avril, les suites judiciaires sont limitées. Une trentaine d'agents de police sont inculpés et pour certains condamnés, mais ce sont davantage des officiers subalternes que des donneurs d'ordre[31].
10 ans après les manifestations, Amnesty International dénonce l'absence de réponse judiciaire suffisante en réponse aux violences commises par la police en [31].
Conséquences politiques
Réactions des autorités
Le , le président moldave Vladimir Voronin qualifie les événements survenus dans la capitale de coup d'État et de « pogrom » orchestré par « une poignée de fascistes ivres de colère » et déclare que les autorités moldaves se défendront contre eux[42]. Il appelle également les pays occidentaux à contribuer au rétablissement de l'ordre et à la résolution du conflit.
Le , Vladimir Voronin accuse l'opposition de « trahir ouvertement son peuple et son pays en provoquant une guerre civile », prétendant qu'elle est à l'origine des violences. Il affirme ensuite qu'il n'existe « aucune opposition en Moldavie, ni anticommuniste, ni anti-Voronin. Il n'y a qu'une opposition à l'État ». Le président dénonce également le déploiement de drapeaux roumains. Dans une interview accordée au journal espagnol El País, Vladimir Voronin qualifie les professeurs et les enseignants de Chișinău de « continuateurs d'Ion Antonescu », le leader d'extrême droite collaborationniste de la Roumanie durant la Seconde Guerre mondiale[43].
Le , Vladimir Voronin accède partiellement à l'une des revendications des manifestants. Il saisit la Cour constitutionnelle de Moldavie afin de demander un recomptage des voix[44], ce qu'elle accepte deux jours plus tard. Le recomptage est prévu le , mais les principaux partis d'opposition annoncent dès la veille le boycotter. Ils craignent que le gouvernement communiste ne l'utilise comme prétexte pour s'attribuer un 61e siège afin de sécuriser l'élection d'un président de leur bord[45]. Finalement, le recomptage, achevé le , ne change pas les résultats et la crise se poursuit : l'opposition réitère ses allégations de fraude, continuant d'appeler à de nouvelles élections[46].
Crise diplomatique avec la Roumanie
Les troubles en Moldavie entraînent une crise diplomatique avec la Roumanie suite aux accusations du président Voronin, selon qui la Roumanie serait à l'origine des émeutes de Chișinău[6],[10]. La Russie, par la voix de Sergueï Lavrov, accuse également le pays d'ingérence[47]. La Roumanie nie toute implication dans les manifestations.
L'ambassadeur de Roumanie en Moldavie, Filip Teodorescu, est déclaré persona non grata par le gouvernement moldave, qui lui demande de quitter le pays dans les 24 heures, et à la Roumanie de nommer un autre représentant. Le lendemain, le Parlement roumain nomme un diplomate de haut rang, Mihnea Constantinescu, comme nouvel ambassadeur en Moldavie, mais deux semaines plus tard, le gouvernement moldave rejette sa nomination sans présenter d'explication, aggravant ainsi la crise[48].
Le gouvernement moldave instaure une obligation de visa pour les citoyens roumains et ferme la frontière entre les deux pays le . Les étudiants moldaves en Roumanie et les journalistes internationaux sont interdits d'entrée sur le territoire. Le lendemain, les liaisons ferroviaires entre la Roumanie et la Moldavie sont suspendues pour une durée indéterminée, prétendument en raison de problèmes techniques[49].
En parallèle, la Roumanie ne prend pas de mesures de rétorsion suite à l'expulsion de son ambassadeur et maintient le régime de visas favorable dont bénéficient les Moldaves. Le pays condamne les mesures prises à l'encontre des ressortissants roumains en Moldavie[47].
Quelques mois plus tard, le procureur général de Moldavie Valeriu Gurbulea confirme que la Roumanie n'a jamais été impliquée dans les manifestations[50].
Chute du gouvernement communiste
Le mouvement de protestation polarise encore un peu plus la société moldave. Le Parti communiste, jusque là dominant dans l'électorat, recule, mais ses partisans deviennent également plus radicaux. La volonté d'une intégration européenne gagne du terrain, en particulier chez les jeunes[51]. Une nouvelle génération émerge, très critique de la corruption et de la proximité du pays avec la Russie. Selon Daniel Vodă, les manifestations sont un « moment d'éveil politique et moral »[52].
La crise politique se poursuit après les manifestations car le PCRM ne dispose pas d'une majorité suffisante au Parlement pour faire élire un successeur à Vladimir Voronin, face au refus de tous les partis d'opposition de soutenir son candidat. Des élections législatives anticipées sont donc organisées le afin de constituer un nouveau Parlement[51]. Les communistes, en tête dans les sondages[51], remportent une majorité relative mais perdent la majorité absolue en obtenant seulement 48 sièges, 12 de moins que lors des élections d'. En face, l'opposition libérale et pro-européenne remporte les élections avec 53 sièges et forme la coalition gouvernementale Alliance pour l'intégration européenne. Le Parti communiste bascule dans l'opposition[4], constituant une victoire à retardement pour le mouvement du mois d'avril.
Utilisation d'Internet et des réseaux sociaux
Le mouvement de protestation est parfois surnommé « révolution Twitter » en raison de l'utilisation par les manifestants de cette plateforme de réseautage social, créée en 2006, afin de se coordonner et d'organiser les différents événements. Comme durant la révolution orange en 2004, les moyens numériques servent à attirer plus de participants[53]. Le soulèvement postélectoral iranien, ayant eu lieu la même année, est lui aussi parfois qualifié de « révolution Twitter ».
Alors que les médias télévisés moldaves parlent peu du mouvement en cours et que les journaux ont un rythme de parution trop lent, c'est sur Internet que les informations se trouvent le plus. Sur Twitter, plusieurs hashtags permettent en effet d'avoir accès à l'actualité des manifestations et cela pousse des étudiants à s'inscrire sur le réseau social à l'oiseau bleu[11].
Cependant, l'appellation de « révolution Twitter » est considérée comme une exagération. Tout d'abord, ce n'est pas le seul canal utilisé. Des vidéos circulent sur Facebook, de simples SMS servent à rallier des participants, tandis que les blogs sont également populaires pour s'informer et que l'activité des cybercafés est florissante. Surtout, le nombre réel d'utilisateurs de Twitter localisés en Moldavie est faible, seulement 100 à 200. Le mouvement est principalement spontané et peu organisé, même via les réseaux sociaux[11].
Dans la culture
Le soulèvement s'inscrit dans l'histoire de la Moldavie et inspire plusieurs œuvres sur différents supports, tant en Moldavie qu'en Roumanie voisine. Parmi ces productions figurent plusieurs livres, écrits par Stela Popa, Nicolae Negru. Le film roumain What a Wonderful World de Anatol Durbală, sorti en 2014, est directement basé sur les événements d'. Il aborde notamment les mauvais traitements infligés par la police aux manifestants[54].
L'un des slogans du mouvement (« Refuse ! Résiste ! Je suis un anticommuniste ») reste et se répand à travers l'Europe, se propageant à d'autres pays selon Daniel Vodă[52].
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « April 2009 Moldovan parliamentary election protests » (voir la liste des auteurs).
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Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
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